Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

ANTHOLOGIE orphique

Sauf mention contraire, textes adaptés des traductions Leconte de Lisle et Falconnet (Les Petits poèmes grecs)

 

Hymne à Phanès, l'être originel

5e hymne orphique


J’invoque l'immense Protogonos aux deux sexes,

Qui vagabonde dans l’éther,

Qui est sorti de l’Œuf primordial,

Doté d'ailes en or, mugissant comme un taureau,

Il est l’origine des immortels et des mortels,

Invisible mais bruyant, indescriptible,

Il plane sur les murailles du monde

Il chasse de tous les regards la noire nuée primitive,

Il amène la rayonnante lumière,

Il est Phanès, la première créature qui naquit dans l'Univers

Dieu sage dont les semences sont variées,

Viens à nous et préside à nos sacrifices.

 

Hymne orphique à Zeus

4e fragment orphique

Roi de l’air et des enfers,

Roi de la terre et des ondes,

Toi dont le tonnerre ébranle l’Olympe,

Toi que redoutent les Génies et que craignent les dieux,

Toi à qui obéissent les Moires, pourtant inflexibles pour tout autre ;

Père immortel de la mère, toi qui es à la fois le père et la mère,

Toi dont la colère secoue le monde entier,

Toi qui déchaînes les vents, enveloppes la terre de nuages

Et sillonnes de tourbillons de feu la vaste étendue des airs ;

La loi qui régit les astres, le temps cyclique émane de toi ;

Auprès de ton trône étincelant se tiennent les infatigables créatures célestes,

Dont la tâche est de veiller aux besoins des mortels et à l’accomplissement de leurs devoirs.

Le printemps, ses fleurs nouvelles et ses brillantes couleurs, est une création de ta volonté

L’hiver aussi, avec les nuages glacés qui l’environnent :

Et nous te devons encore les fruits de l’automne et les raisins de Bacchus

Viens, ô le plus grand des dieux ! Viens, toi que l’air couronne,

Viens, dieu terrible, invincible et immortel.

 

Hymne orphique au Soleil (Hélios)

À réciter en brûlant de l'encens

7e hymne orphique.

Ô dieu dont l’œil éternel embrasse tous les ouvrages,

Titan illustre, lumière toute-puissante, lumière infatigable,

Miroir animé de tout ce qui respire,

Père du matin lorsque tu es sur la droite,

Et de la nuit quand tu arrives à gauche,

Modérateur du temps,

Traîné par quatre chevaux à la course retentissante ;

Torrent de feu, aimable divinité,

Achevant ta course par un rapide tourbillon ;

Conducteur favorable des hommes pieux et hostile aux méchants ;

Toi qui sur ta lyre fais entendre des sons harmonieux,

Maître des ouvrages qui réussissent, père des tempêtes,

Dieu tout-puissant, rayonnant et agile, œil du monde étoilé,

Qui meurs et revis chaque jour dans des flammes immortelles ;

Grand inquisiteur de la justice, maître du monde, fils de Zeus,

Toujours présent pour les mortels, lumière de la vie,

Toi qui de ton fouet sifflant précipites la course de ton char attelé de quatre chevaux,

Nous te supplions,

Accorde une vie heureuse aux jeunes enfants qui se dévouent à tes mystères.

 

Prière d'Orphée à Apollon

Pseudo-Orphée, L'Argonautique

Apollon, roi vainqueur de Python, poète qui lance au loin ses flèches, toi qui habites les sommets élevés de l'Olympe, je chante ta sagesse.

Inspire-moi un chant de vérité, permets-moi de chanter aux hommes dispersés à travers le monde, un chant conforme aux préceptes de la muse, un chant digne de la lyre.

Car je veux chanter des choses qui n'ont encore jamais été dites. Inspiré par Dionysos et par Apollon-Hélios, je veux chanter les flèches qui blessent les mortels, chanter les remèdes qui les soignent et aussi les secrets découverts par les initiés.

Je veux aussi chanter le Chaos initial, et les difficultés qui accablèrent le Temps [Chronos] alors que celui-ci s'évertuait à mettre au monde les jumeaux Éther et Éros [l'Espace et l'Amour].

 

Hymnes orphiques à la Terre (Gaïa)

25e hymne orphique

Terre, grande déesse, mère des dieux et des hommes,

Déesse puissante, large, fertile en toute chose,

Toujours jeune, toujours chargée de beaux produits ;

Vierge habile, fondement du monde éternel ;

Toi qui enfantes tous les fruits différents,

Déesse auguste, éternelle, bienheureuse,

Fière d’être ornée des herbes du gazon, avide de pluie ;

Déesse autour de laquelle flottent les espaces semés d’astres et le ciel éternel,

Mère déesse, augmente les productions verdoyantes de la terre

Et sois-nous propice avec les saisons favorables.

 

30e hymne orphique

Je célébrerai la Terre solide, mère antique de toutes choses,

Nourrice de tous les êtres épars sur le monde.

Ils vivent tous de tes largesses, qu’ils rampent sur le sol,

Qu’ils habitent la mer, ou qu’ils volent dans les airs.

C’est par toi, déesse vénérable, que les hommes ont une nombreuse famille

Et qu’ils jouissent des fruits abondants,

Car c’est toi qui donnes et soutiens la vie des faibles mortels.

Ceux que tu honores sont heureux : toutes choses leur sont accordées avec largesse.

Leurs champs sont couverts de moissons, leurs troupeaux se multiplient dans les pâturages ;

Leurs maisons regorgent de biens ; leurs villes, fécondes en belles femmes,

Obéissent à de sages lois ; partout la richesse et la félicité les accompagnent.

Ô déesse auguste ! Divinité bienfaisante, la jeunesse et les plaisirs

Animent les enfants de ceux que tu protèges.

Leurs jeunes filles joyeuses forment des chœurs, et, couronnées de roses,

Conduisent leurs danses dans les prairies couvertes de fleurs.

Salut, ô mère des dieux ! Épouse du ciel étoilé, daigne,

Dans ta bienveillance pour mes chants,

M’accorder une vie heureuse ; je ne l'oublierai pas.

 

Hymne à Rhéa, mère des dieux

26e hymne orphique

Mère sublime, mère de tous les dieux,

Viens à nous, grande déesse,

Accours aux sacrifices que nous t’offrons,

Atèle à ton char les lions terribles qui tuent les taureaux.

Reine éternelle de l’univers, célèbre et justement honorée,

Toi qui te tiens au centre du monde, parce que, bonne déesse,

Tu commandes à toute la terre et tu nourris les hommes de ton lait divin ;

C’est de toi que les dieux et les mortels tirent leur origine,

C’est par toi que coulent l’élément liquide et la mer elle-même ;

On l’appelle Vesta, on le nomme aussi la dispensatrice généreuse des biens,

Parce que tu accordes aux hommes tes nombreux bienfaits.

Viens à nous, ô déesse qu’on vénère en frappant sur les tambours sacrés,

Déesse victorieuse, protectrice des Phrygiens, grande épouse de Chronos,

Habitante du ciel, toi qui nourris les hommes,

Viens assister au culte sacré que nous t’adressons.

 

Hymne à Déméter

38e hymne orphique

Déméter, mère de toutes choses, déesse aux mille noms

Nourrisse des enfants, dispensatrice des biens, pourvoyeuse des richesses,

Toi qui fais germer les épis, qui te réjouis de la paix et des travaux agricoles,

Qui ensemences et fertilises les moissons, qui habites les saintes profondeurs d’Éleusis,

Désirable, aimable, nourrice de tous les vivants,

Qui, la première, soumis au joug le cou des bœufs laboureurs,

Et donna ainsi une vie heureuse et de nombreuses richesses aux hommes,

Qui fais croître la végétation,

Compagne de Dionysos, vénérable, splendide, chaste,

Qui te réjouis des faucilles en été,

Chthonienne, favorable, bienveillante, féconde, vénérable,

Vierge aimant les jeunes vierges,

Portée par un attelage dont les rênes sont des couleuvres,

En hurlant, tournant en d'immenses cercles, tu erres dans l'Univers,

Née unique, Déesse féconde, très vénérée des mortels,

Toi dont les icônes sacrées sont toujours fleuries,

Viens, Bienheureuse, chaste, chargée des fruits de l’été !

Donne-nous la paix, les richesses, et le plus important : la santé.

 

Hymne à l'Aurore

Pour obtenir la Manne

75e hymne orphique

Écoute-moi, déesse qui guides pour les mortels le char de la lumière,

Blanche déesse qui fais rayonner sur le monde un doux éclat,

Messagère dorée du grand titan le Soleil.

Toi qui par ta présence renvoies les épaisses ténèbres de la nuit dans les entrailles de la terre.

Conductrice de tous les travaux, distributrice de la vie des hommes,

Tu fais la joie des mortels ; aucun ne voudrait fuir ton charmant visage.

Quand tu chasses loin des paupières le sommeil aimable,

Les hommes, les reptiles, les quadrupèdes, les oiseaux

Et tout ce qui habite le sein des mers, tout se réjouit.

Tu donnes aux hommes la nourriture qui leur est agréable.

Bienveillante pour tes dieux, augmente pour eux l’éclat de ton char sacré.

 

Hymne à Aphrodite

52e hymne orphique

Aphrodite, fille du ciel, fille illustre et souriante,

Déesse née de l’écume de la mer,

Vénérable déesse qui aimes les ténèbres de la nuit,

Aphrodite, déesse de l’hyménée et de la nuit,

Habile sans ruses, mère de la nécessité,

Toutes choses viennent de toi, car tu donnes des lois au monde entier,

Tu commandes même aux trois Moires,

Et tu engendres toutes les choses du ciel, de la terre et de l’élément salé ;

Conseillère sacrée de Bacchus, toi qui te plais aux joies et aux festins,

Mère des amours, merveilleuse conciliatrice, toi qui accordes le don de la grâce,

Déesse à la belle chevelure, déesse visible et invisible,

Déesse des noces et des festins, la plus illustre des divinités,

Déesse qui te plais aux baisers des hommes et qui engendres les enfants ;

Toi qui domines les mortels par tes charmes séducteurs,

Et qui frappes tout ce qui respire de l’éternelle blessure de l’amour,

Sois-nous propice.

 

Invocation en l'honneur des divinités marines

Pseudo-Orphée, L'Argonautique.

Je vous invoque, dieux de l'abîme, souverains de l'Océan

Vous tous qui habitez les rives et les profondeurs de la mer,

Toi d’abord Nérée, le plus ancien de tous, avec tes cinquante filles ;

Toi, Glaucus, qui fus changé en poisson,

Et toi, Amphitrite, dont l’empire est immense ;

Protée et Phorcyn, puissant Triton,

Vents rapides, zéphyrs qui avez des ailes d’or aux talons,

Astres qui nous éclairez du haut des cieux,

Épaisses ténèbres de la nuit,

Lumière du Soleil qui vole devant les pieds des coursiers divins,

Génies des mers, héros, dieux des rivages,

Fleuves qui vous jetez dans la mer,

Et toi-même Neptune à la chevelure noire,

Toi qui ébranles la terre, élance-toi des flots ;

Venez tous, je vous invoque, soyez témoins de notre serment.

 

Hymne à la déesse lunaire (Hécate)

8e hymne orphique

Lune, reine puissante, plus illustre des vierges,

Lune vigilante, habitante des airs, compagne fidèle de la nuit,

Lune escortée de tes fidèles étoiles,

Tour à tour nouvelle et vieillissante, toujours brillante ;

Mère des siècles, toi qui protèges tous les hommes durant leur sommeil,

Toi qui présides aux signes enflammés des cieux,

Compagne du bonheur véritable et de la paix,

Ô vierge splendide, brillante, étoilé,

Viens nous rejoindre et protège nos sacrifices.

 

Invocations en l'honneur des vents

Borée

77e hymne orphique

Borée glacial dont le souffle horrible tourmente l’immensité des cieux,

Abandonne les montagnes neigeuses de la Thrace,

Écarte les nuages noirs qui couvrent le ciel,

Chasse bien loin les nuées porteuses des tempêtes,

Toi qui soulages, essuie l’immense Éther.

 

Zéphyr

78e hymne orphique

Souffles charmants de Zéphyr, habitants du ciel,

Souffles aériens, invisibles, aux ailes légères, rapides comme l’air.

Vous qui glissez doucement sur les mers

Et nous consolez de nos durs travaux ;

Vous qui exhalez une odeur agréable,

Vous qui faites germer et fleurir la terre ;

Souffles bien aimés des ports,

Vous qui ouvrez une route facile

Aux vaisseaux qui vont sur l’immensité des mers

Je vous en supplie, respirez doucement auprès de nous,

 

Invocation en l'honneur des Nuages

20e hymne orphique

Nuages aériens, voyageurs célestes, générateurs de tous les fruits,

Vous qui renfermez dans votre sein les trésors de la pluie,

Vous qui parcourez le monde poussés par la forte haleine des zéphyrs,

Nuages foudroyants, enflammés, retentissants,

Vous qui tour à tour répandez dans l’air un inimitable murmure

Ou qui faites entendre d’affreux sifflements sous le souffle des tempêtes,

Je vous supplie maintenant de verser sur la terre, avec de doux vents,

Les pluies fertiles qui fécondent les fruits.

 

Hymne au désir (Éros)

55e hymne orphique

Je t’invoque, pur, aimable, charmant Éros,

Enfant ailé, armé d’une lance,

Prompt, rapide, impétueux comme la flamme,

Qui te joue également des dieux et des hommes.

Enfant rusé, qui tiens les clés du monde entier,

Du ciel, de l’éther, de la mer et de la terre ;

Toi que la déesse mère universelle reconnaît comme sien ;

Car toi seul tu commandes à tous ces éléments,

Sois-nous favorable, sois propice ceux qui te suivent et dont l’âme est pure,

Éloigne d’eux les dangers des passions illégitimes.

 

Parfum d'Héraclès

11e hymne orphique. Associé à l'encens

Salut, père Titan, courageux Héraclès à la force prodigieuse ;

Dieu invincible aux larges bras, habile aux combats les plus terribles,

Père du Temps, éternel et bienveillant, dieu aux formes changeantes,

Invoqué par d’innombrables prières, divinité de bon augure, bienveillante,

Célèbre dieu sauvage, dominateur tout-puissant, généreux, fort, procréateur,

Maître de toutes choses et dompteur de monstres féroces,

Né de ton propre génie, animé par la flamme éternellement primitive,

Tu portes sur ta tête le matin et la nuit couverte d’épaisses ténèbres,

Depuis la naissance jusqu’à la mort, tu as mené douze célèbres combats.

Toi qui d'abord su te passer des immortels, puis qui t'es assis parmi eux,

Sois-nous propice, apporte-nous les remèdes qui charment les maladies,

Donne-nous de favorables augures, éloigne de tes mains sacrées les fièvres

Et chasse les maladies mortelles à l’aide de tes flèches rapides.

Héracles et Dionysos (jouant de la lyre)
Héracles et Dionysos (jouant de la lyre)

Héracles et Dionysos (jouant de la lyre)

Invocations à Dionysos

Parfum de Dionysos, 42e hymne orphique

Viens, bienheureux Dionysos, né par la foudre, doté de cornes de taureau,

Bacchus, aux mille noms, qui dompte tout,

Qui te réjouis des épées et du sang et des chastes Ménades,

Qui pleure sur l’Olympe, qui rugis avec force,

Bacchus furieux, porteur de thyrse, qui te souviens des injures,

Vénérable aux mortels comme aux immortels,

Viens, Dieu bondissant, et donne à tous le bonheur.

 

Parfum de Lénaios, 47e hymne orphique

Écoute-moi, bienheureux fils de Zeus, qu’on chante autour du pressoir,

Bacchus aux deux mères,

Semence vénérable, germe sacré des dieux,

Illustre puissance libératrice,

Caché par tes parents,

Fructueux Bacchus qui pérennise les moissons,

Retentissant et vigoureux Lénaios, aux formes variées,

Vin qui repose du travail, remède visible aux mortels,

Fleur sacrée, ami de la joie,

Chevelu et rugissant, agréable à tous,

Tu brilles pour les Immortels comme pour les mortels,

Je te supplie de favoriser ceux qui s'initient à tes mystères.

 

Parfum de Bacchus, 49e hymne orphique.

Je t’invoque, ô Bienheureux, aux mille noms,

Frénétique Bacchus,

Couronné de cornes de taureau,

Toi qui répands le feu, toi qui portes une férule,

Prince des mystères, nocturne, prudent,

Coiffé d’une mitre, armé du thyrse,

Prêtre sacré des mystères, trois fois né, né le premier

Semence cachée de Zeus,

Père et fils des Dieux,

Mangeur de chair crue, danseur furieux, conducteur des orgies, flamboyant,

Tu cours sur les montagnes vêtu de peaux de cerfs.

Porteur de la lance d’or, couronné de raisins, habillé de lierre, Dieu-phallus !

Viens, Bienheureux, et sois propice à ceux qui enseignent tes mystères.

 

Hymne à la Nuit (Nyx)

2nd Hymne orphique

Je chante la Nuit, génératrice des dieux et des hommes,

Nyx, source de toute chose, écoute-moi,

Déesse bienheureuse, splendidement noire, brillante d'étoiles,

Heureuse dans le repos et le profond sommeil,

Joyeuse, charmante, habituée aux veilles,

Mère des songes, oubli des peines,

Bienfaitrice, inspiratrice et réparatrice, amie de tous,

Terrestre et céleste tour à tour,

Tu chasses la lumière vers l'Hadès ou tu reviens vers lui.

Nyx, viens à nous et écoute la voix suppliante de ceux qui te prient !

Viens et dissipe nos terreurs en brillant dans les ténèbres.

 

Hymne à la Mort (Thanatos)

83e hymne orphique

Entends-moi, reine de tous les mortels, toi qui es d’autant plus proche d’eux que tu peux leur octroyer un peu plus de temps à vivre.

Tu es commune à tous, ton sommeil tue l’âme et le corps, et, quand tu as rompu les liens de la nature, tu apportes le repos éternel aux hommes.

Injuste parfois, tu peux mettre brutalement fin au cours de la jeunesse.

C'est en toi que tout s’accomplit ; ni les prières, ni les libations n’apaisent ta colère.

Pourtant je t'en supplie, par mes sacrifices et par mes prières : éloigne les bornes de ma vie et accorde aux mortels une vieillesse heureuse.

 

Prière d'Orphée en enfer

Ovide, Métamorphoses, 10

Traduction Nisard

Hadès, Perséphone, divinités de ce monde souterrain où retombe tout ce qui naît pour mourir, souffrez que laissant les détours d’une éloquence artificieuse, je parle avec sincérité.

Ce n’est pas pour voir le ténébreux Tartare que je suis descendu sur ces bords.

Non, ce n’est pas pour enchaîner quelque monstre à la triple tête hérissée de serpents.

Ce qui m’attire, c’est mon épouse.

Une vipère, que son pied foula par malheur, répandit dans ses veines un poison subtil, et ses belles années furent arrêtées dans leur cours.

J’ai voulu me résigner à ma perte ; je l’ai tenté, je ne le nierai pas : l’Amour a triomphé.

L’Amour est bien connu dans les régions supérieures, mais l’est-il en enfer, ce lieu plein de terreur, ce chaos immense, ce vaste et silencieux royaume ?

Je l’ignore, mais je vous en supplie, renouez les jours trop tôt brisés de celle que j'aime.

Plus tard, quand l'âge aura mûri sa beauté, elle aussi pourra subir vos lois. Mais pas maintenant.

Tous nous vous devons tribut.

Après une courte halte, un peu plus tôt, un peu plus tard, nous nous empressons vers le même terme.

C’est ici même, en enfer que nous tendons tous.

C'est là notre dernière demeure, et c'est donc vous qui tenez le genre humain sous votre éternel empire.

Que ma femme vive, c’est la seule faveur que je demande.

Si celles qui décident du destin me refusent la grâce d’une épouse, alors je ne veux pas revoir la lumière.

Une seconde victime s'ajoutera donc à la première.

ANTHOLOGIE orphique

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article