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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Quelques mythes CHINOIS d'inspiration indo-européenne (Pangu, Fuxi, Nuwa - la cosmogonie chinoise)

Si nous connaissons les Gaulois, c'est à travers leurs commentateurs, de même que grâce aux traces typologiques et archéologiques qu'ils laissèrent à travers l'Europe. Des Tokhariens et autres Yuezhi et Khotanais, nous ne savons rien, les voyageurs d'Occident les ayant visités à des époques bien trop tardives pour ne plus y rencontrer que des ethnies turques islamisées. Nul indice typologique non plus, les Ouïghours il y a mille ans, les Chinois aujourd’hui, ayant rebaptisé la moindre bourgade, la moindre colline, le moindre bout de désert.

S'il faut chercher les Tokhariens, cherchons donc là où ils laissèrent des traces, c'est à dure chez les peuples voisins, en particulier chez les Tibétains et les Hans. N'existerait-il pas chez ces peuples des influences directes de la culture tokharienne et apparentée ? L'hétérogène culture traditionnelle chinoise, le Tibet sensible aux traditions indiennes et dharmiques, n'ont-ils pas puisé dans le Tarim et le Gansu indo-européens certains mythes ou thématique ?

Pangu crée le monde

La Chine Han n'est pas une terre de mythes, pas plus que ne le sont le Japon ou la Corée. La recension des légendes locales et folkloriques est récente, datant du début du premier millénaire et possédant bien souvent un côté surfait, étant alors des commandes royales pour justifier des monarchies qui se voulaient de droit divin. De fait les mythes chinois, même les plus populaires, semblent directement inspirés de mythologie de peuples bien plus accoutumés aux récits mythologiques, tels les Tibétains, dont la culture s'inspirera très tôt des thématiques dharmiques et de l'enseignement des gourous de l'Inde védique.

Le mythe de création du monde le plus populaire en Chine est celui de Pangu, que les généalogistes associent à l'influence tibétaine, mais aussi au mythe indien du Pouroucha, l'être cosmique dont le sacrifice permit la création de la vie et le façonnage de l'Univers. Ce mythe serait néanmoins originaire du Gansu, l'un des territoires jadis peuplés par le peuple indo-européen des Yuezhis. Selon les chroniques ancestrales du peuple Han, les habitants du Gansu avaient les cheveux roux et la peau blanche.

Il existe trois sources et donc trois versions complémentaires du mythe de Pangu : Histoire des trois Augustes et des cinq empereurs et Annales des cinq éléments, de Xu Zheng, ainsi qu’Histoires extraordinaires, de Renfang. Nous avons ri en considération chacune de ces sources pour établir le récit qui va suivre.

*

Avant la séparation du ciel et de la terre régnaient le chaos, le vide, l'obscurité et les profondeurs insolubles de l'océan primitif. Du chaos sortit l'œuf originel, l'œuf de l'univers.

Le ciel et la terre étaient alors mélangés comme dans un œuf de poule, et Pangu était au milieu, endormi d'un sommeil qui dura 18 000 ans. Pangu, au centre de l’œuf, se transformait neuf fois par jour, tandis que le divin rejoignait le ciel et le démoniaque la terre. Chaque jour, le ciel s’élevait d’un zhang [environ 15 degrés], la terre épaississait d’un zhang, et Pangu grandissait d’un zhang.

Après 18 000 ans, Pangu finit par s'éveiller et brisa la coquille de l’œuf. Les éléments de la coquille volèrent alors en éclat à travers l'espace. Les éclats les plus légers et les plus purs, le Yang, volèrent vers le haut, le ciel clair, tandis que ceux qui étaient plus lourds et opaques, le Yin, tombèrent et créèrent la terre sombre. Le ciel et la terre se séparèrent donc ainsi, le yang pur devenant le ciel et le yin trouble la Terre. Ainsi, grâce à sa connaissance du yin et du yang, Pangu avait réussi à séparer le Terre du ciel et à placer entre eux les corps célestes, créant vallées et montagnes et séparant les mers.

Pangu s'étendait comme pilier sans fin du sol jusqu'aux confins du ciel, grandissant de dix pieds [3 mètres] par jour en maintenant écartés le ciel et la terre. Pendant encore 18 000 ans, la terre et le ciel, ainsi séparés, se solidifièrent, puis, épuisé par son labeur, Pangu put enfin se reposer en s'allongeant sur la terre et mourut.

Ainsi, Pangu, qui fut le premier à naître, fut aussi le premier à mourir. À sa mort, il se transforma : son souffle devint le vent et les nuages, sa voix donna naissance au rugissement du tonnerre et de ses yeux naquirent les éclairs, puis son œil gauche devint le soleil et le droit la lune.

De même, ses quatre membres devinrent les extrémités de l’univers, ses coudes, ses genoux et sa tête devinrent les cinq montagnes sacrées, de sorte que sa tête devint le Mont de l’est [Tai Shan], son ventre celui du centre [Song Shan], son bras gauche le Mont du sud [Heng Shan, Hunan], le droit le Mont du nord [Heng Shan, Shaanxi] et ses pieds le Mont de l’ouest [Hua]. Son sang forma les rivières qui abreuvèrent la Terre, ses larmes formèrent les fleuves et sa graisse les mers et océans et sa transpiration la pluie et la rosée.

Par ailleurs, son corps devint la terre, ses os devinrent des rochers, ses tendons le relief, sa chair les terres arables, ses cheveux les astres, les poils de son corps la végétation, ses dents les métaux et les roches, sa moelle les pierres précieuses et le jade. Enfin, la vermine et les mouches qui pullulaient sur son corps, disséminées par le vent, devinrent les animaux et les hommes.

La légende de Pangu raconte encore que le temps est clément lorsqu'il est content, mais qu’il fait mauvais temps lorsqu'il est en colère et que ce sont ses battements d’œil qui forment le jour et la nuit.

Fuxi et Nuwa, parents de l'humanité

Fuxi et Nuwa sont un conte typiquement chinois, mais qui trouve lui aussi son origine probable hors des frontières culturelles Hans. C'est d'ailleurs dans le bassin du Tarim et dans l'oasis de Turpan que l'on a retrouvé les plus belles mentions de ce mythe, à travers des enluminures et des draperies retrouvés dans des tombes datant du milieu du premier millénaire (civilisation du Tarim, Tokhariens). Le thème du couple gémellaire fondateur est en effet très commun dans le monde indo-européen.

Dans leur représentation du Tarim, Fuxi et Nuwa apparaissent donc ensemble, avec un tronc inférieur en forme de queue de serpent enlacées : Fuxi, le dieu de l'artisanat, tient dans ses mains une équerre, capable de tracer des angles, et Nuwa, déesse de la fertilité, tient dans sa main un compas, capable de tracer des cercles arrondis comme le ventre d'une femme enceinte. Fuxi est aussi appelé Taihao, le « Suprême Éclat », un terme qui rappelle celui de la déesse primordiale dans védique : Aditi la lumière primordiale sans obstacle.

Dans un rapport de complémentarité et empruntant à la binarité chère aux Anciens, Fuxi permet aux hommes de rencontrer les femmes, mais aussi de les protéger et de les nourrir, en étant par ailleurs le dieu de la chasse et du feu, deux dons qu'il enseigna aux hommes, tandis que Nuwa est celle qui permet aux femmes d'avoir des enfants. Ce couple est identique à celui de Shiva-Shakti ; Shiva étant l'Ishvara, c’est-à-dire la toile qui s'étend à travers chaque parcelle de l'univers, tandis que Shakti est le principe féminin ultime sans qui l'Univers ne serait pas animé et demeurerait à jamais stérile.

En outre, on attribue à Nuwa la création des instruments à vent, une invention que l'on attribue aussi en Inde à Sarasvati, la compagne et fille de Brahma, la toute première divinité crée par Brahma. Tout comme Sarasvati est présenté avec une cithare, la légende attribuée à Nuwa l'invention de cet instrument. Enfin, Nuwa crée les hommes avec de l'argile, un mythe que l'on retrouve en Grèce (Prométhée) mais aussi dans le monde sémite. C'est d'ailleurs sans surprise que nous remarquerons qu'en plus d'être le premier couple de créature crée sur la Terre, Fuxi et Nuwa sont aussi deux rescapés du Déluge.

Autres indices : la tombe de Fuxi, attraction touristique majeure de la Chine moderne, se retrouve dans le Henan, quant aux montagnes qui jadis étaient le lieu sacré de Nuxa, elles ont été identifiées par le sociologue chinois Meng Fanren dans le Shanxi. Associées au Gansu voisin, les trois régions du centre de la Chine correspondent au territoire occupé le plus anciennement par les Indo-Européens, et ce dès le début du second millénaire avant notre ère.

Cependant, l'origine indo-européenne de ce mythe n'est pas certaine. Ce mythe étant présent partout en chine et jusqu'à Taiwan, des chercheurs ont pu le rapprocher d'autres cultures de la Chine méridionale et des collines indochinoises. Ainsi, Charles Le Blanc, de l’Université de Montréal, proposait dans les années 1980 :

« Le plus ancien mythe que nous ait transmis la tradition écrite chinoise est le mythe de Fuxi (le Dompteur d’animaux) et Nü Gua (Dame Gua) le mythe de Fuxi et Nü Gua n’est, ni une création du IIe siècle apr. J.-C., ni la résurgence d’un mythe chinois archaïque, mais l’introduction, dans la tradition écrite chinoise, d’un mythe oral d’origine non chinoise, à savoir Miao ».

La version que nous proposons de ce mythe est inspirée de ses nombreuses versions, en particulier celles de l'auteur Tang Li Rong dans son Duyi Zhi (v. 850), de l'auteur Han Ying Shao (140-206 apr. J.-C.) dans son Traité des coutumes, inclus dans l’Encyclopédie impériale, et de l'auteur Song Taiping Yulan (977 à 983 apr. J.-C.)

*

Après 18 000 ans, le ciel était donc très élevé, la terre très profonde et Pangu très grand ; alors apparurent les Trois Augustes [Sanhuangwudi] : Fuxi, Nuwa et Shennong. C'est alors que la mort de Pangu déclencha un déluge à travers l'Univers.

Fuxi et Nuwa, qui étaient deux créatures jumelles assemblées par leurs deux queues entremêlées, tels des serpents géants et mi-homme et mi-femme, se réfugièrent alors au sommet du mont Kunlun. Ils y vécurent longtemps et désirèrent devenir mari et femme, mais ils avaient honte. Alors, ils se rendirent au sommet de la plus haute montagne du Kunlun et adressèrent une prière au ciel pour lui demander conseil. « Ô Ciel, implorèrent-ils, devons-nous nous unir pour peupler la Terre ? »

Ensuite, Fuxi et Nuwa allumèrent un feu et laissèrent la fumée décider de leur sort. Si elle s'envolait tout de suite vers le ciel, alors cela voudrait dire que leur union est refusée. Au contraire, si la fumée prenait un autre chemin, alors elle serait approuvée.

Le feu allumé, la fumée se maintint autour d'eux. La fumée se dispersera ensuite à travers la nuit, et au matin la brume elle aussi s'était évaporée. Alors, pour cacher leur visage, alors que la sœur s'unissait à son frère, ils se cachèrent derrière un éventail de plantes.

 

Puis, comme elle s'ennuyait, rongée par la solitude, Nuwa fabriqua des créatures avec la boue qui l'entourait, espérant qu'elles lui tiennent compagnie. Six jours d'affilée, Nuwa créa, à raison d'un animal par jour. D'abord elle inventa la poule, puis le chien, puis le sanglier, puis le mouton, puis la vache et enfin le cheval. Le septième jour elle créa l'être humain.

C'est aussi ce jour-là qu'elle créa la hiérarchie entre les hommes, car si en début de journée elle était alerte et précise, en fin de journée, fatiguée, ses mains lui faisant mal, elle ne créa plus les hommes avec ses mains mais avec une corde qu'elle trempait dans la boue puis qu'elle faisait ensuite vivement tourner autour de sa tête. Ainsi, de ses mains naquit la noblesse et des tas de boue retombées au sol naquit le peuple.

Quant à Fuxi, voulant aider les créatures de sa femme à mieux vivre et à progresser, il offrit aux hommes la maîtrise de nombreuses techniques, comme la pêche. Constatant que les hommes n'avaient que la chasse pour se nourrir, et qu'ils étaient condamnés à avoir faim s'ils n'attrapaient aucun animal sauvage, Fuxi, se prit de pitié en voyant les enfants des hommes pleurer. Alors, il se rendit au cours d'eau le plus proche et pêcha des poissons à mains nues, puis les offrit aux enfants qui pleuraient, tout en leur apprenant comment pécher à leur tour et à mains nues. C'est donc grâce à Fuxi que l'humanité fut protégée de la faim.

Cependant, tout cela se faisait aux dépens des poissons, qui s'en allèrent se plaindre au roi-dragon des mers qui régnait sur les océans et les rivières. Apprenant que ses sujets se faisaient manger par les hommes, et que bientôt il perdrait de sa puissance, le roi-dragon, sur les conseils de son Premier ministre la tortue, interdit aux fils de Fuxi de pécher à mains nues.

Déçu, ne sachant comment aider ses enfants, Fuxi réfléchit beaucoup en essayant de trouver une solution… Puis il aperçut une toile d’araignée et s'en inspira pour fabriquer un filet de pêche. Il réunit alors les hommes autour de lui et jeta le filet dans un étang, et après quelques instants, il le ressortit, gorgé de poisson, pour le plus grand plaisir des hommes.

Fuxi eut aussi une autre idée, afin que l'imprévisibilité de la chasse soit remplacée par la sécurité de l'agriculture. C'est lui qui montra aux hommes comment domestiquer les animaux, car il comprit que c'est en les gardant en vie que les hommes auront accès à plus de viande, mais aussi à de nombreux autres bienfaits, comme le lait, les œufs, mais aussi l'aide au travail des champs.

Par ailleurs, c'est aussi Fuxi qui civilisa les hommes, en leur apportant tout ce qui constitue la société, comme l'argent, l'écriture ou les coutumes des mariages (car il est aussi l'entremetteur des hommes et des femmes.)

 

La paix ne dura pourtant pas, car dans l'Univers s'affrontaient le dieu du feu et le dieu de l'eau. Ce dernier sentant qu'il allait perdre le combat, et fou de dépit et de colère, se cogna la tête contre le mont Buzhou [Mérou, Pamir], qui se rompit. En conséquence, comme le mont Buzhou était un des quatre piliers du monde, l'Univers s’effondra aussitôt sur les créatures qui l'habitaient.

La terre s'ouvrait, les étoiles tombaient, les montagnes s'éventraient, les forêts brûlaient, ainsi que de nombreuses personnes, prises dans les tourments, étouffées, noyées, dévorées par les flammes.

Voyant ses enfants souffrir, Nuwa décida de les sauver, et monta au plus haut du ciel pour le colmater avec une mixture composée de cinq pierres précieuses moulues et mélangées. Une fois le toit de l'Univers réparé, elle demanda à la tortue cosmique de lui permettre de lui couper les pieds, afin de remplacer le pilier cassé de l'Univers. La tortue accepta de bon cœur, puis Nuwa s'arma pour défaire un terrible dragon qui, échappé des limbes, terrorisait les habitants de la terre.

Pour arrêter les inondations, elle fit un immense bûcher de roseaux avec les cendres duquel elle épongea le monde. Pourtant, Nuwa dut bien vite constater qu'elle n'avait pas réussi à complètement reboucher le ciel, alors elle se sacrifia pour le combler avec son propre corps. Aussi, malgré ses efforts, elle ne parvint pas à égaliser parfaitement le monde comme il était avant le combat entre le dragon du feu et de l'eau, de sorte qu'en Chine, les rivières coulent d'ouest en est, tandis que les planètes font le trajet inverse dans le ciel.

Si Nuwa perdit la vie en sauvant le monde, son frère aîné Fuxi vécut 200 ans. À sa mort, il a hérité d’un tombeau, et depuis, on le fleurit à la manière du diagramme sacré et magique, qui est un autre de ses dons aux habitants de la Terre.

Quant à la troisième divinité composant les Trois Augustes, Shennong, il devint le dieu des tâches agricoles et commerciales et le patron des pharmaciens et des médecins. C'est lui qui inventa la première charrue et ouvrit les premiers marchés. C'est lui aussi qui découvrit les plantes médicinales et le thé.

Quelques mythes CHINOIS d'inspiration indo-européenne (Pangu, Fuxi, Nuwa - la cosmogonie chinoise)

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