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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

L'HOMME-SAUVAGE (divinité européenne)

Sylvain

La littérature mythologique romaine abonde sur le thème de Sylvain (Sylvanus). Les Romains faisaient de Sylvain l'un des petits-fils de Faune, le Pan latin. Or, Pan est un des fils d'Aphrodite et Dionysos, ce qui fait de Sylvain un descendant direct de Dionysos. Un de ses mythes le décrit comme homosexuel, attiré par Cyprès, un jeune homme qui meurt sans que Sylvain ne puisse l'aimer à sa guise. C'est pourquoi le cyprès est aussi associé à Sylvain et parfois remplace le pin en tant que couronne.

L'arbre fétiche de Sylvain est en effet le pin, le même arbre que Priape et Pan. Le pin, le plus grand et le plus majestueux des arbres à feuille permanente, est l'arbre de la virilité, l'arbre dressé et fier. Arbre résineux qui passe l’hiver, il est le symbole de la permanence, puis de la résurrection.

C'est sous un pin que va mourir Roland. C'est ainsi qu'il s'en remet à Dieu :

Roland sent que la mort le saisi, que de la tête sur le cœur elle lui descend / Dessous un pin il est allé courant, sur l'herbe verte s'est couché face contre terre...

La chanson de Roland, trad. inspirée de Pauphilet.

En Gaule romaine et dans la péninsule italienne, Sucellos est assimilé à Sylvain. Maître des arbres, il est représenté lui-même comme une sorte d'homme-arbre. Caton l'Ancien (234 - 149), dans son traité sur l'agriculture, mentionne un « Mars Sylvain » auquel on fait honneur au milieu des forêts (Mars, le dieu de la guerre, étant lui aussi assimilé à Sucellos). Son apparence est la suivante : il peut posséder des cornes, en particulier des bois de cerf, des membres de son corps peuvent être zoomorphes, à la manière du Pan et des satyres, sa silhouette est recouverte de végétation, de vigne ou de lierre, dans une posture toute dionysiaque rappelant Silène, la personnification de l'ivresse, compagnon fidèle de Bacchus dans ses déplacements. Sa tête est ainsi entourée de lierre, de la même manière que Dionysos porte une couronne de vigne.

 

Succellos

 

Sylvain, l'homme-arbre, le souverain des forêts denses et inhabitées, est une de ces figures universelles qui semble de tout temps avoir peuplé l'imaginaire collectif des êtres humains. Serpe en main, premier des ermites, premier des druides, Sylvain est une variation sur le thème du sage qui s'est retiré dans les bois et qui est littéralement devenu ces bois. Il est celui qui a tant médité, qu'il est devenu lui-même la Terre. Les arbres l’ont recouvert, il ne mange ni ne boit plus, il ne se nourrit plus que de soleil.

De même qu'autour de Pan existe toute une mythologie de satyres, Sylvain est le modèle du peuple des Sylvains. Les sylvains sont le pendant gallo-romain aux elfes nordiques et aux yakshas indiens. Ce sont de petits êtres forestiers espiègles, aux pouvoirs magiques. Comme les muses celtes, les Sylvains sont les gardiens des fermes, protégeant le bétail contre les bêtes sauvages.

 

L'homme des bois

Le roman de la table ronde mentionne une créature masculine des forêts. Si on désire la rencontrer, afin d'obtenir d'elle un oracle, on doit l'honorer d'offrandes comme une divinité païenne.

Cet homme des bois est relié au cerf, l'animal qui symbolise le retour du printemps et dont la présence est diffuse dans les mythes celtes (tel qu'au chapitre 12 de l'Histoire de Merlin).

Probablement Merlin métamorphosé, cette créature n'est pas dangereuse mais elle est espiègle et dotée du pouvoir de voyance. Dans la tradition folklorique française, on nomme ce personnage Satyre. Il incarne souvent le démon qui cherche à perturber les œuvres des curés, comme dans la fable de la construction du pont de Saint Cado (Morbihan).

 

Saint Cado et Pan (le diable)

 

Dans le conte lituanien La Mégère, le génie des bois, le potier et la princesse envoûtée (disponible dans l'anthologie Les plus beaux contes du pays des fées, de M. Maly), un génie apparaît lorsque les femmes s'aventurent trop profondément dans la forêt. En quête de champignons ou de baies, les cueilleuses font alors la rencontre d'une créature « qui sort de la terre ». Semblable à un lutin, celui-ci porte « un pantalon moussu et un manteau de lichen ». Il est coiffé « d'un chapeau de fougère orné d'une plume de geai ». Sa moustache est « aussi longue que celle d'un poisson-chat et sa barbe lui arrive à la taille ». La nuit, « il effraie les villageois en huant comme un hibou ».

En Russie, le satyre ou le sylvain, se nomme Leshi. Il est parfois présenté avec des cornes et peut se métamorphoser à sa guise. Il forme un couple avec Leshachikha. Proche de l'ogre, il enlève les enfants qui se perdent dans les bois. Le leshi ressemble à son homologue lituanien, tout en évoquant les silhouettes de Merlin et de Pan.

Elizabeth Warner, spécialiste du folklore russe et responsable du département d'études russes de l'Université de Hull (Royaume-Uni) nous en donne une brillante description :

La forêt a toujours inspiré beaucoup de crainte au paysan russe et, la nuit, même l'homme le plus désinvolte ne s'y aventurait pas volontiers et n'en outrepassait pas la lisière. La vaste forêt sauvage avec ses rares chemins recelait maints dangers naturels. Un voyageur solitaire pouvait facilement s'y perdre la nuit, tomber dans un ravin ou dans un étang, mourir de faim ou être dévoré par des animaux sauvages. Il risquait également de se trouver nez à nez avec les génies de la forêt, les leshis.

Les plus belles légendes de la mythologie russe.

Le leshi avait l'apparence d'un vieil homme, très parcheminé, peu soigné, avec les cheveux tout emmêlés, une longue barbe et une peau aussi rêche que l'écorce des arbres. Il avait des yeux étranges, clairs et proéminents, et, de la tête aux pieds, il était recouvert de poils hirsutes. On le représentait parfois avec des cornes et des pieds fourchus.

Ibid

Leshi, par A. Koshkin

Leshi, par A. Koshkin

Le leshi peut être qualifié de génie ou de magicien. C'est une créature protéiforme, dotée de pouvoirs magiques :

Le leshi apparaissait et disparaissait soudainement et il pouvait modifier sa taille et son apparence à son gré. Parfois, il se faisait si petit qu'un brin d'herbe suffisait à le dissimuler aux regards. D'autres fois, il s'élevait au-dessus de la cime des arbres, tel un géant. Il pouvait aussi revêtir la forme de n'importe quel animal ou oiseau de la forêt, surtout l'ours et le loup, qu'il protégeait tout spécialement.

Ibid

Comme les fées associées aux lacs et cours d'eau, les hommes des bois, qu'ils soient Merlin, leshis ou génies, doivent être honorés d'un culte, sous peine de s'attirer leurs courroux. La forêt est en effet leur domaine, ils en sont les suzerains auxquels ceux qui veulent l'exploiter doivent la vassalité.

Les leshis régnaient sur la forêt et contrôlaient tout ce qui s'y passait, et c'est ainsi que ceux qui dépendaient d'elle pour leur subsistance essayaient de se concilier leurs faveurs en leur faisant des offrandes d'œufs ou de galettes. On prétendait même que certains vachers concluaient des pactes avec eux pour qu'ils empêchent leurs bêtes de se perdre.

L'homme vert

Dans le film de Robin Hardy, The Weaker Man (1974), dont le sujet est un culte païen, l'homme vert apparaît dès les premières minutes, sur l'enseigne du pub local, pour ensuite ne pas cesser d'apparaître tout au long du film, sous une forme ou une autre. L'homme vert, « The Green Man » est en effet un motif que l'on retrouve fréquemment au fronton des pubs britanniques ainsi que dans les églises européennes. L'homme vert est une figure à la fois effrayante et rassurante. Homme-végétal, son corps et son visage ne sont pas humains mais monstrueux. Seuls ses yeux semblent identifiables quand tout le reste de sa silhouette n'est que feuilles, branches, végétation baroque.

L'homme-vert représente le printemps, le renouveau de la nature. Il rappelle le cycle de la vie, qui sans arrêt va de l’hiver à l'été, en passant par le printemps et l’automne. Ce cycle divisé en quatre parties, signifie les quatre âges de la vie. Occasionnellement, l'homme vert est accompagné d'une femme verte.

L'homme vert ne se trouve pas seulement dans les îles britanniques, où il est encore un motif commun de décoration, mais on le retrouve absolument partout dans le monde. Il s'agit d'un thème universel par excellence, souvent repris dans les églises médiévales, malgré son évidente nature païenne.

L'Homme Vert signifie l'irrésistible vie… Il est une image issue des profondeurs de la préhistoire ; il apparaît et semble mourir puis, après un long temps d'oubli, il revint à plusieurs reprises au cours de ces derniers deux mille ans. De par ses origines, il est bien plus ancien que notre ère chrétienne. Sous toutes ses formes, il est une image de renouveau et de renaissance.

W. Anderson, The Green Man.

Green Man, Vendome Loire et cher (Simon Garbutt)

Green Man, Vendome Loire et cher (Simon Garbutt)

église de Saint Mary et Saint David (Kilpeck, Herefordshire, époque normande tardive, 12e siècle, Simon Garbutt)

église de Saint Mary et Saint David (Kilpeck, Herefordshire, époque normande tardive, 12e siècle, Simon Garbutt)

L'HOMME-SAUVAGE (divinité européenne)

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