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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le peuples de la MER (Grecs et Philistins)

Vers -1800 à -1500, des peuples associés à la culture balkanique post-Yamna et installés dans les Balkans, vont suivre la voie maritime qui relie le Danube à la mer Noire.

S'installant dans l'archipel grec, après un détour en Asie mineure, les Achéens rejoignent Mycènes entre -1900 et -1500. Avec les Illyriens et les Pélasges, ils sont parmi les « Peuples de la mer » qui ravagèrent les côtes méditerranéennes et particulièrement celles de l’Égypte. D'autres Achéens prennent la direction de l'est et longent les côtes de la mer Noire jusqu'en Colchide.

Connus des chroniqueurs de la décadence égyptienne, les Peuples de la mer firent trembler les pharaons. Il s'agit cependant d'une appellation mystérieuse regroupant de très nombreuses ethnies. Dans Les Races connues des Égyptiens, l'égyptologue Eugène Lefébure consacre une étude à la représentation des étrangers par les Égyptiens.

« Si les pasteurs sémitiques [Hyksos] firent une fois la conquête de l’Égypte, les pirates aryens1 la tentèrent souvent : ils guerroyaient avec les Pharaons dès la 11e dynastie [-2160 à -1994], et ils formèrent en tout ou en partie quatre grandes coalitions au moins contre le nouvel empire. Au nord, les habitants d’Ilion [Troie], les Dardaniens, les Mysiens et les Lyciens, prirent part à la ligue des Khétas contre Ramsès 2 [v. 1303 à 1213] ; les Péléstas [Pélasges ou Philistins], les Troyens, les Sicules, les Dauniens, les Osques, et sans doute les Étrusques, attaquèrent l’Égypte par la Syrie au temps de Ramsès 3 [r -1186 à -1155] ; à l’occident, les Libyens et les Mashouashas, avec les Sardiniens [Sardaigne], les Sicules [Sicile], les Achéens [Grecs], et les Étrusques sous Méneptah 1er [r -1213 à -1203], ainsi que les Mashouashas joints à d’autres peuplades libyennes sous Ramsès 3, assaillirent deux fois l’Égypte par mer. Tous ces peuples forment quatre divisions importantes. Les habitants d’Ilion [Troyens], les Dardaniens, les Mysiens, les Lyciens, les Péléstas et les Teucriens appartiennent à l’Asie Mineure, comme les Achéens à la Grèce ; les Sardiniens, les Sicules, les Dauniens, les Étrusques et les Osques se rattachent à l’Italie, et les Libyens avec les Mashouashas à la cote septentrionale de l’Afrique. [...] Ils ont en général le profil aquilin ou le nez droit. […] Les peuples d’Asie Mineure, de Grèce, d’Italie et d’Afrique [...] appartiennent en général au type brun de la race blanche ; le type blond apparaît chez les Libyens ; ceux-ci comptaient parmi les Tahennou, ou hommes blancs d’Afrique, et les Tamehou, ou hommes blonds du Nord. Il est facile de voir que ces deux appellations, sans doute identiques au fond, sont des noms approximatifs donnés par les Égyptiens à une population qui, pendant un certain temps leur apparut comme blanche ou blonde. On ne saurait conclure de là que tous les Libyens étaient blancs ou blonds, mais seulement qu’une invasion, venue du Nord, s’était répandue sur la côte africaine qui fait face à l’Europe. »

Ces peuples ne sont pas nécessairement indo-européens de langue. Si les Achéens et les Mysiens (Troyens) le sont assurément, ce n'est peut-être pas le cas des Pélasges, des Philistins, des Sicules ou des Sardiniens (Sardes) et ce n'est absolument pas le cas des Étrusques.

Quant aux peuples mentionnés occupant la Cyrénaïque et la Libye, il s'agit bien de peuples europoïdes, mais probablement affiliés à un des groupes ethniques ibéro-berbères ou porteurs de l'haplogroupe R2, et non au groupe oriental indo-européen.

« On a signalé certaines représentations d’hommes blonds à yeux bleus dans les tombes de la 12e dynastie [-1991 à -1780]. Un Pharaon du moyen empire avait battu les peuples du Nord ou Hanebou, et ce dernier nom, qui désigne les nations européennes en général, se rencontre dans un texte, malheureusement fragmenté, appartenant aux premières dynasties. On voit qu’il est possible que l’arrivée des Septentrionaux remonte aux débuts de l’empire pharaonique. Ils ont laissé des traces de leur passage dans les constructions mégalithiques de l’Algérie, encore en usage chez les Kabyles du Djurjura, et dans la persistance du type blond sur toute la ligne de l’Atlas, parmi les Berbères, qui touchent d’un côté à l’Europe par ce type, d’un autre côté à l’Égypte par leur langue.

En outre, Lefébure mentionne les casques à cornes typiques du monde celto-germanique, mais aussi les vêtements rayés et colorés, tout aussi typiques de la mode vestimentaire celto-slave :

Les Péléstas et les Teucriens portaient des toques rayées ; les Dauniens et les Osques avaient les mêmes toques ; mais la coiffure des Étrusques était un bonnet pointu ; celle des Sicules [Siciliens] un casque ayant deux cornes, et celle des Sardiniens auxiliaires de l’armée égyptienne un casque semblable, surmonté en outre d’une boule. Tous, sauf peut-être les derniers, sont caractérisés par une courte tunique à franges et quadrillée.

Le tartan, une étoffe rayée aux couleurs de la tribu, se retrouve en effet de l'Écosse jusqu'en Assam et dans le bassin du Tarim, comme en témoignent les folklores écossais et assamais, ainsi que les célèbres momies de Lulan et Turpan. Quant au couvre-chef en forme de pointe, il est caractéristique des peuplades scythes et phrygiennes (il deviendra le bonnet de Mithra et des révolutionnaires français).

Le type de bateau qui accompagne les raids des pirates semble être l'ancêtre du fameux drakkar : « les vaisseaux des alliés rappellent les navires égyptiens, mais leur carène se relève à angle droit et se termine aux deux bouts en tête de cygne. »

De même, Lefébure mentionne les épées courtes et les chars de guerre, qui firent la puissance des armées celtes, germaniques et perses :

Les armes sont une courte épée à deux tranchants, avec un bouclier, et en outre une pique pour les Sicules et les Sardiniens auxiliaires. Les confédérés, qui n’avaient ni arcs ni flèches, possédaient des chars de guerre ; ils étaient suivis aussi par des chariots de transport en osier ou en bois, à roues pleines, attelés de bœufs et renfermant les enfants et les femmes. On a signalé la ressemblance des chariots, des épées et des vaisseaux, avec les chariots germains de la colonne Antonine, avec les épées gauloises d’avant Jules César, et avec les barques de certaines monnaies celtiques.

Les Philistins

Principaux ennemis des Hébreux dans la Bible, les Philistins sont peut-être le plus célèbre des peuples de la mer.

Simples pirates confédérés et probablement d'origine pélasgique, les Philistins s'imposèrent dès la fin du second millénaire en Palestine (contrée qui prit alors leur nom). Nouveaux arrivants dans le dynamique Croissant fertile, les Philistins eurent à guerroyer contre les Hébreux, mais aussi contre les Égyptiens et les successives puissances de Mésopotamie.

Les Philistins adoptèrent les divinités sémites locales. Ils firent de Baal leur dieu du tonnerre et de Dagon leur dieu de la fertilité, tandis qu'ils adoptèrent d'Astarté comme déesse-mère tutélaire.

Enfin, ils adoptèrent la langue des Sémites, et après de longs siècles d'indépendance et de lente acculturation, la culture philistine disparut, mêlée aux populations locales sémites (cananéennes et phéniciennes).

Dans son Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, Pierre Larousse compile ce que l'on sait d'eux dans la Bible : « C’était un des peuples les plus puissants de la Syrie maritime. Leur pays, attaqué par les Hébreux dès leur arrivée dans la terre de Canaan, ne fut jamais complètement soumis. À l’époque de l’invasion des Hébreux, il était gouverné par cinq chefs ayant le titre de seranim (axe, pivot) et résidant dans les cinq capitales Gaza, Asdod, Ascalon, Gnth et Kkron. Josué donna le pays des Philistins à la tribu de Juda, qui parvint à s’établir un moment à Gaza, à Ascalon et à Ekron, mais ne put s’y maintenir. Sous les juges et sous les rois, les cinq principautés des Philistins subsistèrent ; mais ce ne fut pas sans peine qu’ils parvinrent à maintenir leur indépendance. S’ils résistèrent victorieusement aux premières attaques des Hébreux, l’acharnement de ceux-ci les affaiblit. Samson, d’après le récit de la Bible, en fit perdre trois mille à Gaza. Sous les deux pontificats d’Éli et de Samuel, ils éprouvèrent plusieurs désastres. La conquête de l’arche, qu’ils placèrent dans le temple de Dagon, à Ahhod, n'eut pas de suite ; ils la rendirent même, sur le conseil de leurs prêtres, qui attribuaient à la présence du Dieu d’Israël les maladies épidémiques dont les Philistins étaient périodiquement affligés. Saùl guerroya contre eux durant une partie de son règne. [...] Vaincus par Ezéchtus, les Philistins passèrent alternativement, comme les Israélites, du joug des rois d’Assyrie sous celui du rot d’Égypte. Ashod fut occupée militairement en 716 avant J.-C. par les Assyriens. Psanjmétique, roi d’Égypte, s’empara d’Azoth. Plus tard, on voit les Scythes piller le temple de Vénus phénicienne à Ascalon. Le pays était placé sur le grand chemin des invasions venant d’Égypte, du Caucase et de la vallée de l’Euphrate. Quand les Assyriens ne ravageaient pas la contrée, c’étaient les Égyptiens, dont le roi Nécho s’établit à Gaza. À travers tant de révolutions, les Philistins conservèrent néanmoins leur nationalité ; mais, à partir de la captivité de Babylone, il n’est plus question d’eux dans l’histoire. Ils furent sans doute absorbés, comme tant d’autres peuples, dans la monarchie fondée par Cyrus. »

 

Si l'origine égéenne des Philistins semble de nos jours une évidence, des doutes importants pèsent sur leur identité indo-européenne.

Des récentes études génétiques ont été effectuées sur des restes humains d'un cimetière antique palestinien. Trois strates ont été prélevées : une ancienne (prédatant l'arrivée des Philistins), une moyenne (datant de « l'âge d'or philistin ») et une plus récente (vers -700). Les résultats témoignèrent que les Philistins ne possédaient pas le patrimoine génétique indo-européen, mais un patrimoine plus proche de celui des anciens habitants de l'Europe (de type Ibéro-berbère).

 

Goliath est le plus célèbre des Philistins. Son combat contre David l'immortalisa dans la Bible. Ce combat est d'ailleurs très représentatif des rapports de force qui pouvaient s’opérer entre deux belligérants.

Plutôt que de risquer la mort de plusieurs dizaines voire centaines ou milliers de guerriers, il était commun de ne faire s'affronter que deux champions. L'issue de cet unique combat déterminerait quel belligérant serait considéré comme vainqueur et lequel serait vaincu.

Ce type de combat était particulièrement populaire en Scandinavie, en Grèce archaïque et en Gaule. On en retrouve la trace dans les récits d'Homère et dans le holmgang (duel) germanique.

Dans le récit de la Bible (Samuel, 17), Goliath, en champion philistin, défie avec morgue le camp des israélites, que chaque jour il revient narguer. C'est d'ailleurs en manquant gravement aux règles du combat singulier que David gagne son duel.

En effet, alors que les deux champions se ruent l'un vers l'autre, mais qu'ils sont encore séparés par le champ de bataille, David décoche un projectile à son adversaire alors que les deux hommes ne se sont pas encore véritablement fait face. Bien qu'armé d'une lance, Goliath ne l'avait pas jetée vers David, car il se la réservait pour le combat singulier. Il aurait donc été plus juste que David affronte Goliath avec les mêmes dispositions, c'est-à-dire coiffé d'un casque, protégé d'une cuirasse et armé du même type d'arme (une de poing et non une arme de jet).

 

Les Grecs

Les langues helléniques sont le dorien, le thessalien, l’attique, l’ionique et le grec ancien. Le grec moderne semble le seul héritier de cette lignée, avec actuellement 12 millions de locuteurs.

Les Mycéniens sont le peuple racine de la civilisation hellène. Originaires des Balkans, ils connurent quelques siècles de gloire entre -1400 et -1200, avant de disparaître à l'aube du premier millénaire.

Si les Mycéniens ne sont pas les descendants de la civilisation minoenne1 qui la précéda en Méditerranéen orientale, cette dernière laissa tout de même des traces dans la culture mycénienne puis grecque, en particulier avec les cultes de la vierge Britomartis ou de Déméter-Cybèle, déesse de la Terre et de l'abondance.

Selon Hubert la Marle, la langue encore indéchiffrée des premiers Minoens contiendrait des mots d'origine indéniablement indo-européenne. Selon sa propre traduction du linéaire A, la Marle aurait découvert l'inscription « Raja Asirai » sur de nombreux documents tels que des stèles présentes dans les sanctuaires. Cette mention évoquerait donc la racine indo-européenne « Raj », qui signifie roi, ainsi que les vocables Asura et Ahura, désignant les créatures célestes des mythologies perses et indiennes.

L'antique appellation des Mycéniens est le terme homérique d'Achéens. Ils sont les protagonistes de la guerre de Troie et probablement les « peuples de la mer », tant redoutés des Égyptiens.

Il existait à la même époque que Troie VI [-1800 à -1300], à Mycènes (ou Argos), une tribu grecque, les Achéens, puissante dans tout le Péloponnèse et au-delà et dont les rois, les Atrides, s'enrichissaient dans des expéditions de pillage. Des documents égyptiens attestent qu'ils ont exercé leurs ravages dans le delta du Nil. Ils battirent aussi, en Asie mineure, le peuple des Hittites qui avait dans cette région un puissant empire.

Bonnard, Civilisation grecque.

Les Grecs furent donc d'abord présents sur les rives d'Asie Mineure (Ionie), puis s'installèrent dans l'archipel.

Une ceinture d’îles, qui doublait, pour ainsi dire, les côtes de la Grèce, invitait ses peuples à la navigation, en leur montrant des buts prochains ; et dans la mer Égée, sur le chemin de l’Asie, les îles étaient si nombreuses qu’on accomplissait directement le voyage sans perdre de vue la terre. Aussi vit-on dès l’antiquité les Grecs retourner vers cette Asie, berceau de leurs pères, soit qu’ils fussent entraînés par la guerre, soit qu’ils allassent fonder des colonies.

H. Chotard, Le Périple de la Mer Noire d'Arrien, traduction, étude historique et géographique.

L'Histoire les retient comme les inventeurs de la philosophie rationaliste et de la démocratie, c’est-à-dire du pouvoir collégial exercé par le peuple lui-même. Les Grecs inventèrent par ailleurs des techniques militaires qui assurèrent leur hégémonie sur la Méditerranée, comme la phalange hoplite ou la galère de combat. Ils étaient un peuple de voyageurs, commerçants et marins hors pair, et nombreux furent les colons qui s'installèrent au nord de la mer Noire, mais aussi en Inde et jusque dans le Tarim chinois.

Les Grecs sont donc des passeurs de traditions et leur foisonnant panthéon doit autant à sa source indo-européenne qu'à ses nombreuses influences à la fois égyptienne, perse, mais aussi thrace et scythe.

Spartes, Athènes, Corinthe, Thèbes, Massalia (Marseille), Éphèse, Alexandrie sont autant de villes prospères du monde hellénique. Delphes, où résidait la pythie, ainsi que les villages sacrés des pourtours du mont Olympe, étaient certaines de ses capitales rituelles et religieuses. La civilisation hellénique repose sur les œuvres d'Homère et d'Hésiode, sur un panthéon panthéiste tolérant et capable d'incorporer de nouveaux dieux.

La société hellène se veut éclairée : le travail manuel et fatigant est déconsidéré, seuls les jeux de l'esprit et la recherche de la sagesse sont encouragés. Cette société repose cependant sur la domination systématique d'une masse innombrable d'esclaves.

Rivale d’Athènes, de Thèbes et de Corinthe, Sparte est la puissante cité autosuffisante et tournée sur elle-même du Péloponnèse,. Son économie reposait sur l'exploitation massive des paysans des campagnes environnantes.

Sparte est l'anti-modèle d'Athènes. Méprisant le confort et l'argent, chérissant la violence et la guerre, les Spartiates défendirent de très longs siècles leur indépendance face aux Athéniens, mais aussi face aux Perses.

Les Ioniens sont un peuple grec d'Asie mineure, voisin des Phrygiens et des Lydiens.

Les Éoliens sont un peuple grec originaire de Thessalie, fondateur de la ville de Delphes mais aussi présent en Asie mineure.

Les Doriens sont installés en Laconie, en Crête et en Asie mineure insulaire.

Les Doriens étaient une tribu apparentée, par la race et par la langue, aux groupes de Pélasges, d’Ioniens et d’Achéens qui, depuis des siècles, habitaient les plaines et les vallées méridionales de la péninsule hellénique ; mais, tandis que ceux-ci s’adonnaient à la navigation, au commerce et à l’industrie, les Doriens n’avaient pas cessé d’être des montagnards ; ils avaient vécu surtout parmi les forêts de l’Olympe et de l’Ossa, de l’Œta, du Pinde et du Parnasse. Ce n’étaient pas des barbares, puisque le culte d’Apollon était chez eux en honneur ; mais ils avaient conservé, sous un climat plus dur que celui des plages tièdes de l’Argolide et de la Laconie, une énergie native et une humeur belliqueuse qui en faisaient des soldats redoutables.

G. Perrot, La Civilisation mycénienne.

L'influence grecque se fit aussi sentir plus profondément en Asie, où l'art gréco-bouddhique révolutionna, pour un temps, l'expression artistique indo-iranienne. C’est aux Grecs que l'on doit les premières représentations du Bouddha, mais aussi de Krishna, comme en témoignent les monnaies frappées par les rois grecs du Sindhu. L'influence de ces rois grecs s'étendait jusqu'à Patalipoutra, la capitale de la vallée du Gange (actuelle Patna, dans le Bihar). Les Indiens connaissaient les Grecs sous le nom de Yonas, ou encore Yonakas (Ioniens). Leur présence, en tant que tribu barbare alliée aux forces aryennes est attestée dans le Mahabharata. Les Yonakas prennent en effet part aux combats lors de la bataille du Kurukshetra.

Quant aux (Anciens) Macédoniens, sous l'influence du roi Philippe II puis d'Alexandre le Grand, ce petit Royaume hellénisé, situé au nord de l'archipel grec, devint pourtant l'épicentre d'un empire transcontinental. S'étalant sur les trois continents du monde connu d'alors, l'Empire d'Alexandre donna naissance à la dynastie égyptienne ptolémaïque (dont fera partie la reine Cléopâtre), ainsi qu'à la dynastie séleucide qui fut maîtresse de la Perse. Ces deux dynasties régnèrent de longs siècles sur l'Afrique et l'Asie.

Les colonies grecques

Les Grecs colonisèrent l'Asie mineure, la Méditerranée (Syracuse), la péninsule italienne (Metapunto, colonie grecque du golfe de Tarente ayant hébergé une célèbre communauté pythagoricienne et apollinienne), le delta du Nil et le sud de la Gaule (Nice, Marseille), mais aussi la partie méridionale de la Scythie. En particulier la région de la mer Noire.

Pendant de nombreux siècles, Iraniens et Grecs vécurent et travaillèrent côte à côte. Il est remarquable que ni les Scythes, ni les Sarmates ne firent aucun effort durable pour détruire les colonies grecques de la Russie du Sud ; ils préférèrent rester en relations avec elles, et maintenir un courant d'échanges très actif. Les mariages mixtes, l'hellénisation des Iraniens, l'iranisassion des Grecs progressaient de pair. [...] Ce qui était au départ une confédération assez lâche de cités et de tribus devient progressivement un organisme politique dualiste. Celui-ci est gouverné pour les Grecs par un magistrat élu, pour les indigènes par un souverain de droit divin.

N. Riasanovsky, Histoire de la Russie.

Les eaux y étant moins clémentes que celles de la Méditerranée, la mer Noire fut colonisée plus tardivement, mais tout aussi efficacement.

« Les Grecs luttèrent plus heureusement contre ses vents et ses flots ; ils vinrent plus nombreux, et ils eurent raison des barbares ; ils créèrent eux-mêmes les abris et les ports qui manquaient ; leurs colonies s’échelonnèrent sur ces côtes ouvertes enfin, et pour toujours. D’ingénieux colons tirèrent d’un sol longtemps ingrat des richesses inconnues, ou développèrent des industries et des arts naissants, dont les barbares usaient à peine. La terre féconde des Scythes produisit du blé en abondance, et de longs convois s’acheminèrent vers l’Attique ; au midi, la terre donna ses fers, ses métaux divers, ses bois ; la Colchide laissa recueillir l’or de ses fleuves, De nouvelles routes s’ouvrirent au commerce ; les caravanes de l’Inde arrivèrent jusqu’à Trébizonde et jusqu’à Sinope ; et la Grèce reçut enfin le prix de ses longs labeurs, des dangers sans nombre qu’elle avait affrontés : son sang, en arrosant le sol, l’avait fécondé. » H. Chotard, Le Périple de la Mer Noire d'Arrien.

 

La présence grecque ne se limite pas au pourtour de la mer Noire et de la Méditerranée mais s'étend aussi jusqu'aux états perses montagneux (Gandhara, Sogdiane, Bactriane) et au pays des Tokhariens. Dans le Tarim, à Turfan et à ses environs, l'indianiste et tibétologue Grunwedel (1856 - 1935) et l’archéologue Von Lecoq (1860 - 1930) ont découvert des fragments de poteries et de statues, ainsi que des fresques et des manuscrits ; autant d'artefacts qui prouvèrent la présence grecque en Asie centrale durant l'Antiquité.

À la suite du passage des troupes alexandrines, s’ajoutèrent aux marchands-voyageurs grecs, installés en Asie depuis des siècles, les mercenaires et les élites politiques envoyés de Grèce et de Macédoine pour surveiller et gérer les nouveaux royaumes et empires gréco-perses et gréco-indiens. Avant les Macédoniens, les Perses avaient bâti un empire universel, regroupant des nations africaines et asiatiques, d'horizons culturels très différent. De l’Égypte jusqu’au nord des montagnes du Pamir, l'empire perse s'étendait alors sur les 2/3 du monde antique. Mais c'est Alexandre qui ajouta à cet empire l'Europe, et donc relia entre elles ces trois différentes aires géographiques en établissant un pont entre les cultures celtiques, italiques et grecques, et leurs cousines égyptiennes, perses et indiennes.

Sur les ordres d'Alexandre seront construites, rénovées ou rebaptisées, sur le modèle de leur aînée égyptienne, les diverses villes qui furent nommées Alexandrie, et qui demeurèrent jusqu'au début du 20e siècle, les étapes les plus essentielles des réseaux commerciaux entre l'Europe, la Chine, l'Inde et la Mésopotamie. Avec l'implantation de casernes, de comptoirs, d’entrepôts et de manufactures, les échanges commerciaux mais aussi culturels entre l'Europe et l'Inde ne cessèrent de s'intensifier de la fin de l'Antiquité au début du Moyen Âge. Plus tard, l'islam dressera une muraille douanière et religieuse, mais 800 ans durant, du premier passage d'Alexandre et de ses troupes, jusqu'à l'islamisation de ces régions, la culture grecque fut le pont entre l'Orient et l'Occident.

 

 

Les principales colonies grecques

Cités grecques

Aires géographiques

d'expansion

Colonie(s)

correspondante(s)

Corinthe

Îles Ioniennes

Corcyre (Corfou)

Sparte

Chypre

Le quartier spartiate

de la cité phénicienne

de Lapathus

Sparte

Crète (Minos)

Polyrrhenia

Sparte

Santorin (Cyclades)

Thera

Sparte

Cyrénaïque (Libye)

Cinyps

Sparte

Ionie (Asie mineure)

Knidos

Sparte et d'autres cités

grecques

Apennins (pays des Sabins)

Foronia

Sparte

Calabre

Locri Epizephyroi

Sparte

Péninsule italienne

Tarente

Mycènes, Corinthe, Mégare,

Chalcis

Sicile et rivage méridional

de l'Italie

 

Locride

Actuelle Calabre (Italie)

Locres

Chalcis

Thrace chalcidique

 

Milet*

Asie mineure

 

Milet

Hellespont et Propontide

Abydos, Lampsaque, Cyzique

Milet

Pont

Sinope

Milet

Colchide

 

Milet*

Tauride (actuelle Crimée)

Panticapée

Mégare

Bosphore

Chalcédoine, Périnthe,

Byzance

Athènes

Chersonèse (Thrace)

 

Mycènes (Argos)*

Caucase

 

* :Ammien Marcellin, Histoire de Rome, 22, 8

 

À mesure qu’Alexandre avançait en Asie, furent créées des villes afin d'assurer un bon ravitaillement à ses troupes, souvent en marge de villages déjà présents, à des étapes populaires sur des chemins datant des empires babyloniens et akkadiens (Alexandrie de Susiane, Alexandrie de Carmanie, au sud de l'Iran). Les conquêtes menèrent Alexandre au bout du monde, tel que le connaissaient les géographes grecs de son époque. On retrouve donc ses villes aux confins de l'empire perse, aux portes de la Chine et du désert du Taklamakan, aux pieds des montagnes du Pamir : Alexandrie de Sogdiane, Alexandrie Eskhate (Khodjent au Tadjikistan) ou encore Alexandrie de Margiane (Mary au Turkménistan).

C'est peut-être en Bactriane, terre de prédilection du bouddhisme antique, que le Macédonien fut le plus inspiré. La Bactriane, région du nord-est de l'empire perse correspondant à l'actuel Afghanistan, était alors une contrée aryenne et vouée à l'adoration des dieux de l'Avesta. Alexandre y fonda Alexandrie d'Arachosie (actuelle Kandahar), Areion (actuelle Hérat), Alexandrie du Caucase (actuelle Begram) et Alexandrie du sous Caucase, aussi nommée Alexandrie Nicée, et qui, contrairement à ce qu'indiquent leurs noms, ne sont pas des villes situées dans les montagnes du Caucase géorgien, mais tout à fait à l'ouest de la cordillère himalayenne.

Dans ses chroniques de Hérat, l'historien perse Mouyin ed-din el-Esfizari (v. 1491) doute cependant que ce soit sous Alexandre que ces villes furent fondées. Avant que les Macédoniens n'y installent des légions et des baraquements, il pense que les Achéménides avaient déjà aménagé ces lieux pour y recevoir les commerçants qui transitaient vers l'Inde ou la Chine.

Grâce à sa position géographique, Hérat devint de bonne heure le point de transit le plus important du commerce entre l'Inde et la Perse. On lit dans la chronique de Fâmi : « Dans les temps les plus reculés, lorsque le bourg d'Obeh existait seul au milieu de ces solitudes, les caravanes campaient au bord du fleuve qui passait sur l'emplacement de Hérat. » Les rois achéménides durent sentir bientôt la nécessité de développer ces relations de commerce par le rétablissement d'une ville ou tout au moins d'un entrepôt, et telle est, je n'en doute pas, la cause première de la fondation de Hérat.

Les Jardins célestes ou description de la ville de Herat.

Outre à travers l'empire perse, furent aussi fondées des villes au Penjab, partagées aujourd'hui entre les nations indiennes et pakistanaises : une autre Alexandrie Nicée fut bâtie, de même qu'une Alexandrie de l'Indus, une Alexandrie de l'Opiène, (actuelle Uch au Pakistan) ou encore Bucéphalie, nommée d'après le fidèle cheval que montait Alexandre depuis son enfance et qui non loin de là était passé à trépas.

Avant d'entreprendre son retour par la voie terrestre vers Babylone, suite au refus d'avancer de son armée, Alexandre ordonna à son ami et fidèle compagnon Néarque, de prendre la tête d'une flotte de navires marchands et de redescendre le cour de l'Indus vers la mer. Sa mission consistait à découvrir un moyen rapide et facile de rejoindre le détroit d'Ormuz puis la Mésopotamie. Largement documenté par divers chroniqueurs, ce voyage maritime restera l'une des œuvres les plus intéressantes d'Alexandre, car après lui, les mers d'Orient n'auront plus de secret pour les navigateurs-commerçants grecs. Ils n’hésiteront plus à prendre la mer pour rejoindre l'Inde au lieu de se risquer à un long et dangereux voyage terrestre. Cette voie maritime ne fut cependant jamais véritablement sécurisée, en raison des nombreux pirates qui pullulaient dans la région.

L’influence d'Alexandre et de ses troupes fut glorieuse et incroyablement fertile. Des villes, des villages, des oasis, des casernements furent dressés sur leur passage. Plus d'un millénaire plus tard, des nations issues des campagnes macédoniennes dominaient encore le bassin du Tarim, le Gandhara ou l'Hindu Kush, ainsi que certaines parties du Tibet.

Pour les peuplades turques du nord de l'Asie, il est le héros Iskandar, tandis qu'en Inde il serait un avatar du fils de Shiva, le dieu de la guerre à l'aspect éternellement juvénile qui se nomme Skanda (Kartikeya) au nord de la péninsule et Murugan (Subramaniya) au sud de celle-ci.

 

Alexandrie

De toutes les villes bâties après le passage d'Alexandre, la plus célèbre et la plus prospère demeure Alexandrie d’Égypte. Cette cité peut d'ailleurs être considérée comme une seconde Athènes. Elle fut le foyer de tant de doctrines et de tant de philosophes, qu'il convient de faire un peu plus que simplement la mentionner. Lieu de rencontre entre l'Orient et l'Occident, entre les rives nord et sud de la Méditerranée, « Alexandrie fut dans les derniers siècles antiques une ville immense. Fondée par une décision d'Alexandre à l'une des embouchures du Nil, sur l'emplacement d'un village de pêcheurs et de bergers, mais au carrefour des routes navales, fluviales et terrestres de trois continents, elle devint promptement l'entrepôt de l'univers, la plus grande ville de commerce du monde et du même coup, pour trois siècles au moins, la capitale culturelle de l'hellénisme » (A. Bonnard, Civilisation grecque).

La création d'Alexandrie évoque la naissance des villes du nouveau-monde, mais aussi celles de la Chine ou de l'Arabie du 21e siècle. La fondation d'Alexandrie se donnait en effet plusieurs raisons d'être :

- Un objectif démographique : loger les colons qui collecteraient les richesses d'un pays nouvellement conquis.

- Un objectif commercial : attirer les navires marchands des trois continents.

- Proposer la vitrine religieuse, culturelle, technologique et universitaire d'une puissance d'occupation gréco-macédonienne en quête de légitimité.

La conception d'Alexandrie par Dinocrate de Rhodes (v. -331) rappelle celle de Chandigarh par l'architecte suisse Le Corbusier (1887 - 1965) :

La ville fut divisée par lui en quatre quartiers par deux artères ; l'une nord-sud, l'autre est-ouest, qui se coupaient en son centre. Chacun de ces quartiers portait le nom de l'une des quatre premières lettres de l'alphabet. L'artère principale (est-ouest) avait en ligne droite de sept mille cinq cents mètres, elle était large d'une trentaine de mètres et bordée de trottoirs. L'artère nord-sud se dédoublait en deux larges allées, séparées par une rangée d'arbres.

A. Bonnard, Civilisation grecque.

Dans son Histoire universelle, Carl Grimberg ajoute que :

Le plan de la ville étonne par sa régularité et son ampleur. Les urbanistes d'aujourd'hui n'y trouveraient pas grand-chose à redire. Les rues, larges de six à dix mètres, selon leur importance, se coupaient perpendiculairement. Dans chaque quartier, une place publique de grande dimension et d'accès facile, s'entourait des portiques où l'on venait flâner à l'ombre. Les maisons, pourvues d'eau par un système d'aqueducs et de canalisations, étaient confortables et souvent luxueuses. Les bâtiments officiels et les frondaisons des parcs donnaient, à la fois, une impression de grandeur et d'humanité.

Creusé quelques décennies plus tôt par l'empereur Perse Darius 1er (-550 à -486), mais ré-ensablé depuis, le canal qui reliait le Nil à la mer Rouge fut remis en usage par les Gréco-Macédoniens. Dès lors, Alexandrie n’était plus seulement une cité moderne, qui consacrait tout le savoir-faire des architectes et urbanistes grecs, elle devint aussi un modèle quant à la modernisation du réseau de communication facilitant le commerce et la navigation intercontinentale. Le port d'Alexandrie accueillait d'ailleurs l'une des sept merveilles du monde antique :

Une des jetées réunissait le port à l'île de Pharos où se dressait une gigantesque tour de marbre de 120 mètres, due à l'architecte Sostrate. À son sommet, des esclaves entretenaient, durant la nuit, un feu qui se voyait de plus de cinquante kilomètres en mer et servait de point de repère aux vaisseaux qui pouvaient atteindre le port même la nuit.

Ibid

Héritière d'Athènes et annonçant Rome et plus tard Paris et Londres, Alexandrie fut une des premières villes universitaires et cosmopolites.

Tous les peuples de la terre se côtoyaient à Alexandrie. On y rencontrait même des Indiens. Certaines caractéristiques de l'artisanat d'art de la ville semblent même indiquer que des Chinois y sont venus.

C'est d'ailleurs à Alexandrie que le philosophe Plotin put consulter des papyrus qui traitaient des sagesses indiennes (en particulier le jaïnisme et le brahmanisme) dont les notoriétés rayonnaient alors de Babylone jusqu'à Athènes (où ces doctrines étaient connues sous le nom de gymnosophisme). La colossale bibliothèque d'Alexandrie devait d'ailleurs probablement conserver non pas des traductions de la Bhagavad Gita et des Upanishads, mais plutôt des ouvrages d'introduction et de commentaires de ces mêmes ouvrages indiens.

Le peuples de la MER (Grecs et Philistins)

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