Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le corpus GREC et LATIN

Le corpus grec classique est composé des ouvrages des géographes, historiens, chroniqueurs et auteurs de théâtre hellènes. Ce corpus de textes grecs est à rapprocher du corpus romain, car ce dernier en est largement inspiré.

L'Iliade et l'Odyssée, attribué à l'aède Homère (v. -800 à -740), l'Énéide de Virgile (-70 à -19) et les Métamorphoses d'Ovide (-43 à 17), sont des monuments de la littérature européenne, ils comportent en chacun d'eux la presque totalité des mythes indo-européens.

Il s'agit cependant d’œuvres littéraires et non théologiques ou véritablement mystiques. Elles furent composées durant les âges d'or de leur civilisation respective, alors que l'on ne croyait plus aux dieux avec la même ferveur que quelques siècles plus tôt (l'athéisme philosophique ayant remplacé la ferveur religieuse).

« Les aèdes charmaient les hommes et par leurs inventions poétiques, et par leur débit harmonieux, et par les accords de la phorminx [harpe] et de la cithare. Souvent ils ne faisaient qu’improviser, par exemple dans les luttes entre aèdes rivaux, et ils abandonnaient aux vents les paroles volantes. Mais souvent aussi leurs chants étaient de véritables compositions, longuement élaborées à l’avance, et qui ne périssaient pas avec l’instant de la récitation. L’aède reproduisait vingt fois un sujet favori, ou devant des auditoires divers, ou devant le même auditoire, qui le redemandait. Ce chant était bientôt dans toutes les mémoires. Rien n’empêchait qu’il ne se conservât, même de la sorte, pendant des siècles, et qu’il ne se transmît plus ou moins intact, plus ou moins altéré, jusqu’à la postérité lointaine. [...]

Les premiers poètes, […] les premiers chantres, les premiers aèdes furent des prêtres ; la première forme de la poésie fut un hymne, un chant religieux. Je ne dis pas qu’on n’eût jamais chanté avant qu’il y eût des aèdes : le chant et la musique sont contemporains de la parole même, et de l’existence de l’homme en ce monde. Mais il ne s’agit ici que de ce que les anciens nommaient les œuvres de la Muse ; il ne s’agit que des chants inventés ou tout au moins façonnés par les aèdes. Durant de longues années, aède et prêtre, c’est tout un. Plus tard, les aèdes eurent leur vie propre : c’étaient des artistes travaillant pour le peuple, des démiurges, suivant la forte expression d’Homère. Ils chantaient encore les dieux, mais ils célébraient surtout les exploits des héros. » A. Pierron, Histoire de la littérature grecque.

 

INFLUENCE DES ÉPOPÉES GRECQUES

Issues de la tradition des aèdes, L'Iliade et l'Odyssée sont des œuvres magistrales mettant en scène des dizaines de héros. Elles influencèrent comme aucune autre œuvre avant elles et depuis, la culture européenne. Les deux épopées grecques eurent autant d'importance dans l'histoire de la littérature européenne qu'en eurent le Ramayana et le Mahabharata sur la religion des Indiens.

Tout comme on retrouve la jeunesse de Dionysos dans celle d'Hagen ou l’exil de Rama et Sita dans celui de Tristan et Yseult, on retrouve des épisodes de la guerre de Troie à la base de la fondation de Rome, de la dynastie franque (Francio et Aliénor) ou encore de très nombreuses villes d'Asie.

Parmi d'innombrables exemples de l'influence évidente et diffuse des épopées grecques, citons le point faible de Siegfried. Siegfried est comme Achille, absolument invincible, sauf sur une toute petite partie de son dos. N'ayant pas été baignée dans le sang du dragon, cette partie du dos pourra donc être percée d'un épieu et causer la mort du héros.

 

Autre exemple : le Lai de Hagen est un poème épique germanique faisant partie du corpus de la Chanson de Gudrun (v. 1230). Il évoque un épisode similaire à la naissance de Dionysos. Victime, comme Héraclès, de la colère d'Héra, Dionysos ne doit sa survie qu'à l'intervention de Zeus (dont l'animal véhicule est un aigle), et des nymphes de Nysa. Il en va de même pour Hagen : ravi à sa naissance par un griffon, puis sauvé miraculeusement de l'instinct d'une mère qui voulait le donner à manger à ses petits, il est élevé par des jeunes femmes qui vivent sans présence masculine à leur côté, isolées dans les bois et ne devant leur survie qu'à leur connaissance des plantes comestibles. Dionysos descendra du Mont Méros accompagné des bacchantes, afin de conquérir le monde, et de même, Hagen quittera son île d'adoption pour rejoindre sa patrie de naissance, la terre d’Irlande, accompagné de ses trois nourrices, puis il combattra Siegfried et le tuera.

Une indication sans équivoque nous permet de relier Hagen à Dionysos : une fois devenu homme, Hagen repart en Irlande accompagné de ses trois amies, qui se sont avérées être des princesses… Or, Hagen se maria avec l'une d'elles, la très justement prénommée « Hilde-des-Indes », princesse des Indes…

 

Un autre exemple évocateur : dans La Dacie Hyperboréenne, Geticus raconte « la Légende de Maître Manolé », extraite du folklore roumain et rattachée au monastère Curtea de Arges (Valachie). Nous y retrouvons les thèmes mythologiques grecs du Minotaure, de la peine qui recommence sans cesse, du palais de Minos et du vol d'Icare, mais aussi d'autres thèmes qui se retrouvent en Inde, comme l'épisode de la rencontre entre Krishna et Mayasura (le premier demandant au second de lui construire un palais en lieu et place d'une forêt marécageuse infestée de serpents). La légende de Manolé évoque aussi le mythe du cadavre de Sati, porté à bas de bras par un Shiva en pleure qui erre à travers l'Univers (et où tombèrent les différentes parties du corps de Sati, naquit un lieu saint du shaktisme).

« Noir-Voïvode » fit appel à un architecte, « Maître Manolé » et à ses six « compagnons ». Ils se mirent au travail, mais, voilà que pendant la nuit, tout le travail du jour s'effondrait. Angoisse des maçons et colère du Prince. Une nuit, Maître Manolé vit en rêve un ange qui lui dit que, s'il voulait achever l'Œuvre, il devait le matin suivant murer dans les assises de l'église le premier être humain qu'il rencontrera… Le matin, Maître Manolé raconte son rêve aux compagnons et s'en va au travail. Mais le premier être humain qu'il rencontra c'est sa jeune femme bien-aimée, Florica, « petite fleur »…

Vainement Manolé cherche à se dérober ; ses compagnons l'obligent à tenir son serment. Il commence alors à murer Florica dans les fondements de l'église ; la femme ne se rend pas bien compte de ce que l'homme veut faire d'elle, mais quand elle commence à sentir l'étau de briques, elle se plaint : « Manolé ! Manolé ! Maître Manolé ! Mon corps me fait mal. L'enfant dans mon sein gémit. » Mais inflexible, Manolé la mure tout entière et même ainsi, elle continua ses prières et ses plaintes. L’église put être achevée. Mais « Noir-Voïvode » ne voulait qu'aucun autre prince eût une église pareille ; il enleva les échelles, laissant Manolé et ses six compagnons sur le toit de l'église… Ils se firent alors des ailes de bois comme Dédale, mais elles ne les soutirent pas ; ils se brisèrent contre la terre, tour à tour, Manolé le dernier… Et à la place où ils tombaient, une fontaine jaillissait, sept en tout… » La Dacie Hyperboréenne.

 

Mitjel Yoshamya, spécialiste croate des anciens habitants de la Dalmatie, a répertorié un conte tchakavien (Illyrie) tout à fait similaire au dénouement de la guerre de Troie. Les ressemblances avec le récit de l'Iliade ne s'expliquent cependant pas par une origine commune à la culture slave et grecque du récit d'Homère, mais simplement par l'immense popularité de l'épopée à travers le monde méditerranéen. Le récit suivant fait partie de la 3e légende de Vaeya, telle qu'interprétée par feu le barde Fabian Tomashic-Velnic.

« Ils construisirent enfin une forteresse, un temple, et des maisons dans les enceintes, puis vécurent là heureux et prospères pour des siècles. Jusqu'à un soir d'été, où fut jeté sur eux un sortilège, alors qu’apparaissait à l'horizon l'étoile rouge Antarès. Tout d'abord, ils ne comprirent pas ce message rougeoyant, mais le matin suivant de l'observation, depuis l'Adriatique apparut un vaisseau battant le pavillon noir des pirates, qui jeta l'ancre dans la baie de Corynthia.

C'est alors que les chefs des pirates se firent annoncer en ville et prétendirent qu'un des leurs était mort, et qu'il voulait profiter de leur temple pour lui porter de dignes sacrements avant qu'il ne poursuive son voyage vers la mort. Ils demandaient donc la permission de bénir son corps dans le temple et de l'enterrer dans le cimetière de la ville. Naïfs, les habitants acceptèrent. Les pirates amenèrent alors en ville un immense cercueil, qu’ils installèrent dans le temple.

Curieux de voir en quoi consistaient les coutumes des pirates, les citoyens de la ville s'étaient amassés aux alentours du temple, afin d'observer leurs invités. C'est alors que les pirates ouvrirent le cercueil, qui contenait de nombreuses armes, dont ils se saisirent et avec lesquelles ils massacrèrent les habitants de Corynthia. Les pirates brûlèrent ensuite la ville, dont pratiquement toutes les maisons s’effondrèrent, pour devenir les ruines que l’on trouve encore sur la côte Adriatique. » M. Yoshamya, Gan-Veyan.

 

Une légende originaire d'Argentan (Orne, Normandie) racontée par la folkloriste Amélie Bosquet, reprend elle aussi à son compte une péripétie de l'Odyssée (il s'agit de l'aveuglement par Ulysse du cyclope « Personne »). Un lutin est surpris par un mari jaloux que ce dernier observe sa femme durant la nuit. Le mari prépare alors un brasier sur le siège ou le lutin a l'habitude de s'asseoir :

« Le lutin s'assied à sa place accoutumée ; mais, à peine s'est-il posé sur le siège perfidement préparé qu'il se relève et s'enfuit en poussant les hauts cris. Ses compagnons embusqués au haut de la cheminée lui demandent ce qu'il a : « Je me brûle, leur crie-t-il. - Eh ! qui donc t'a brûlé ? - C'est Moi-même. » Car il faut savoir que le rusé paysan avait fait dire au lutin par sa femme qu'il s'appelait Moi-même. À cette réponse, les fés se moquèrent et l'abandonnèrent à son triste sort [...] » La Normandie romanesque et merveilleuse.

 

Homère n'est bien sûr pas le seul à avoir été abondamment repris. En compilant les légendes ossètes, qu'il pensait être inspirées de la tradition scythe initiale, George Dumézil rapporte le passage du héros Soslan en enfer (Soslan au Pays des Morts). Cet épisode rappelle à la fois le mythe orphique, mais aussi Virgile et son Énéide. Lorsque Soslan rencontre sa femme dans les mondes infernaux, elle devient pour lui une sorte de guide, qui n'est pas sans rappeler la Sibylle guidant Énée.

« [Soslan] arrive enfin à l'endroit où est sa femme Beduha, mais horrible merveille, il n'y a là que le tronc de Beduha, sans sa tête. Soslan éclate en larmes.

- Pourquoi la tête de ma femme n'est-elle pas sur son corps ? demande-t-il aux morts. C'est pour la voir que je suis venu…

- Sa tête ne va pas tarder à revenir, lui répondent-ils.

Et en effet, la tête apparaît soudain et se recolle au corps.

- Qu'as-tu ? demande Beduha. Pourquoi ces yeux rouges ? Pourquoi pleures-tu ?

- Comment ne pas pleurer ? Quand je suis arrivé et que je n'ai pas trouvé ta tête sur ton corps, je n'ai pas eu la force de retenir mes larmes. Ils s'abandonnent à la joie de se revoir. »

Soslan raconte alors à sa femme sa visite des enfers (tout comme le fait Énée à son père). Durant son récit, Soslan pose de nombreuses questions à la résidante des enfers. La dernière est la suivante :

« Quand je suis arrivé ici, pourquoi ta tête n'était-elle pas sur ton corps ?

- Est-il possible que tu ne comprennes pas cela ? Ma tête est toujours près de toi. D'ici, je ne cesse de t'aider. Quand tu as voulu venir en ces lieux, c'est grâce à moi que tu as trouvé les chemins libres, car nul vivant ne peut pénétrer dans le monde des morts. Pendant tes expéditions lointaines, quand un nuage noir passe au-dessus de toi, c'est moi qui viens te protéger de l'ardeur épuisante du soleil. Pendant tes batailles, quand une pluie torrentielle tombe sur tes ennemis, c'est encore moi qui viens donner la victoire à ton armée. [...] C'est grâce à ta force que tu es entré dans le monde des morts, car Dieu ne permet pas qu'un vivant y pénètre. Il ne permet pas davantage qu'on en sorte pour regagner le monde d'en haut : une fois que tu es dedans, tu ne peux revenir sur tes pas. Cependant, rien qu'en fermant les yeux, je ferai que les sabots de ton cheval se retournent. Alors, va-t'en. Les morts te poursuivront, voulant sortir avec toi. Mais, quand ils regarderont les empreintes de ton cheval, ils verront qu'elles sont tournées vers l'intérieur, et ils s'en retourneront chacun à sa place. Tu es un homme d'aventure, Soslan, un homme présomptueux, et tu ne saurais vivre une vie tranquille. Jamais tu ne m'as écoutée, mais cette fois je te donne un grave avertissement : quand tu partiras d'ici, quelque trésor que tu rencontres, passe ton chemin sans même le regarder ! » Le Livre des héros, légendes sur les Nartes.

La suite de la légende de Soslan propose une autre analogie avec le mythe orphique de la remontée infernale et tragique. Cette fois, les rôles sont inversés.

Après avoir traversé sain et sauf les enfers, Soslan remonte à la vie… Mais malheureusement pour lui, il ne suit pas les conseils de sa femme, et veut s'emparer de force d'un cheval croisé sur son chemin… C'est alors que le héros se raidit, pour mourir aussitôt.

 

LES AUTEURS DE L'ANTIQUITÉ

Dans le même registre épique grec, mais bien plus tardif que les œuvres homériques, citons aussi les Dionysiaques de Nonnos (v. 500), qui est le texte le plus complet sur la légendaire campagne de Dionysos en Inde.

Par ailleurs, le mythographe des divinités méditerranéennes est Diodore (v. 90 - v. 20), auteur d'une Bibliothèque historique. Citons aussi Apollodore (v. 100), auteur d'une autre Bibliothèque. Compensant les ouvrages perdus de Mégasthène, Orphée ou Pythagore, les travaux d'Hérodote (v. 480 - 425), de Strabon (60 - 20), de Tacite (58 - 120) et de Pline l'Ancien (23 - 79) nous livrent de vastes et complets témoignages sur l'Asie, l’Égypte, la Scythie, l'Inde, la Gaule et la Germanie, ainsi que tous les pays et tous les peuples du monde connu. Quant à l'Inde, c'est Arrien (v. 85 - v. 146) qui nous délivre le témoignage du plus fiable et le plus complet. Sur la Grèce en général, c'est Pausanias (115 - 180) qui nous renseigne, mais son témoignage est très tardif, datant d'une époque durant laquelle la Grèce avait perdu son indépendance et son hégémonie. Sur Sparte en particulier, c'est Anaxagore (-500 à -428) qui nous décrit le gouvernement des Lacédémoniens. Concernant l’antiquité tardive et les derniers moments du polythéisme gréco-romain, c'est l'historien romain né à Antioche Ammien Marcellin (v. 330 – v. 395) qui est la plus complète de nos sources (Ammien Marcellin est l'apologète de l'empereur Julien, que les chrétiens qualifièrent d'apostolat).

Les auteurs gréco-romains témoignèrent de peuples qui, sans eux, seraient oubliés à jamais. Hérodote et Strabon sont les deux historiens et géographes qui nous renseignent le mieux sur les peuples qui environnent la mer Noire et la Caspienne. Hérodote raconte les Cimmériens, les Scythes ou les Gètes, mais aussi les peuplades légendaires de l’Hyperborée. Plus fiable car bien plus tardif et sceptique, Strabon témoigne des civilisations aryennes perses et indiennes. Malheureusement, il écrit plus de 1500 ans après la vie supposée de Zarathoustra, et 500 ans après la chute de l’empire perse achéménide…

En ce qui concerne les peuples Celto-Germains, c'est Tacite, romain né en Gaule narbonnaise, qui nous livre un témoignage de première main. Il était en garnison aux frontières septentrionales et en Bretagne, et fut amené à parcourir l'empire en tant que juge et sénateur. Son père lui-même était un chevalier romain en poste en Germanie.

C'est Jules César (-100 à -44) qui nous renseigne abondement sur les Gaulois, le plus connu des peuples celtes. Cependant, si l'avis de César est celui d'un lettré et non d'un mythographe, son témoignage pâtit du fait qu'il demeure un conquérant, ne montrant aucun respect pour les Celtes et les Germains, ni aucune volonté de comprendre leurs traditions. Son témoignage demeure donc souvent superficiel en ce qui concerne la religion et les coutumes gauloises.

Les écrivains en langue latine qui témoignent des coutumes celto-germaniques, ne sont pas nécessairement italiques ou hellènes, mais peuvent être originaires d'Anatolie (comme Lucien de Samosate) de Gaule (comme Tacite) ou encore d'Afrique du Nord (comme Apulée).

Homère

Homère

Le corpus GREC et LATIN

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article