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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

RECARANUS, Héraclès italique

Par Virgile

Regardez cette roche suspendue à ce mont escarpé, ces masses jetées çà et là, cette demeure solitaire de la montagne, ces immenses débris de rochers. Là était une caverne enfoncée au loin dans les flancs du roc inaccessible aux rayons du soleil ; Cacus, un monstre demi-homme, l’habitait. L’antre fumait sans cesse d’un carnage nouveau, et, attachées à ses portes, des têtes pendaient, effroyables trophées, pâles et dégoûtantes de sang. Fils de Vulcain, et vomissant de sa bouche les noirs feux de son père, il marchait dans sa vaste masse.

Le temps nous amena enfin le secours que nous désirions : un dieu vint dans nos contrées. Le grand vengeur des crimes, Hercule, fier des dépouilles du triple Géryon tombé sous ses coups, Alcide était là. Vainqueur, il conduisait vers nos pâturages ses immenses taureaux ; ses génisses paissaient dans la vallée et le long des rives du fleuve. Cependant Cacus qu’enflamment les fureurs de la rapine, pour qu’il n’y ait ni crime ni ruse qu’il n’ose et qu’il ne tente, enlève des prés quatre des plus beaux taureaux, et autant de génisses des plus belles. Mais, pour n’être pas découvert par la trace de leurs pas portés en avant, il les saisissait par la queue, les traînait à reculons dans sa caverne, et les cachait sous sa sombre roche. Nul indice ne menait à la caverne ceux qui les cherchaient.

Cependant Hercule rassemblait déjà ses troupeaux engraissés dans nos pâturages, et se préparait au départ. En s’en allant les taureaux mugirent, remplirent les bois de leurs plaintes, et abandonnèrent les collines avec de longs meuglements. Une des génisses répondit d’une voix gémissante, mugit au fond de l’antre vaste, et trahit le larcin et les espérances de Cacus. Hercule l’entend ; un fiel noir et brûlant allume la fureur dans son âme ; il saisit ses armes, sa noueuse et pesante massue, et s’élance vers les sommets aériens de la montagne.

Alors nos peuples virent pour la première fois Cacus trembler : les yeux égarés, il fuit plus rapide que le vent, gagne sa caverne ; la peur lui donnait des ailes. Il s’enferme dans l’antre, fait tomber ce roc énorme que l’adroite main de son père a suspendu à des chaînes de fer, les brise, et du roc abattu se fait un rempart.

Mais voici qu'Hercule arrive au pied de la montagne ; il la parcourt tout entière pour y chercher un accès, et porte çà et là son regard en grinçant des dents : trois fois, bouillant de colère, il fait le tour du mont Aventin ; trois fois il attaque en vain les portes de roc du brigand ; trois fois lassé il se repose dans le vallon. Sur la croupe de la montagne était une roche pointue, et de tous côtés à pic ; elle s’élevait sur le dos de la caverne, à perte de vue, et offrait un sauvage asile aux oiseaux de proie. À gauche elle inclinait vers le fleuve par une pente précipitée : Hercule, appuyant tout son corps sur la droite, la pousse, l’ébranle et la déracine : elle tombe ; le ciel immense retentit de sa chute, la rive s’écroule, et le fleuve épouvanté recule vers sa source.

Alors apparurent à la lumière la caverne, l’immense et effroyable palais de Cacus, ses voûtes ténébreuses et leurs profondes horreurs. [...] Surpris tout à coup par cette lumière qu’il n’attendait pas, enfermé dans les cavités du roc, le monstre poussait de sauvages rugissements : du haut du mont, Hercule l’écrase de traits, se fait des armes de tout, l’accable de troncs d’arbres et de pierres énormes. Mais, ô prodige ! Cacus, qui ne peut plus fuir le péril, vomit de son gosier une immense fumée, enveloppe son repaire d’une épaisse obscurité, se dérobe aux yeux de son ennemi, et amasse sous son antre une nuit tourbillonnante, où se mêlent les feux et les ténèbres. Hercule ne contient plus sa rage, et d’un bond il se précipite au milieu des flammes, là où la fumée roule ses flots les plus épais, où bouillonnent les plus noires vapeurs qui remplissent la vaste caverne. Là il saisit Cacus vomissant dans les ténèbres ses vains feux ; il l’embrasse, il l’étreint, lui serre la gorge, fait jaillir ses yeux de leurs orbites, arrête le sang et la vie dans son gosier desséché.

Soudain tombe le roc arraché, et s’ouvre la noire caverne : alors les génisse, enlevées, et toutes les rapines niées par le brigand parjure, apparaissent à la lumière. On traîne par les pieds hors de l’antre son cadavre hideux ; on ne se lasse point de regarder ses yeux terribles, sa face effroyable, la poitrine velue du monstre demi-bête, et ses feux éteints dans son gosier. [...]

Potitius, premier instituteur du culte herculéen, et la famille Pinaria, dépositaire de ce rite, ont érigé au milieu de ce bois un autel, qui toujours restera pour nous le plus grand des autels. » Virgile, Enéide (8), Nisard.

RECARANUS, Héraclès italique

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