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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

LÉNAIOS et le VIN (mythe dionysien)

Lénaios (ou Lénéus) est « le dieu » ou « le maître du pressoir ». Homère utilise l'adjectif « délirant » pour qualifier ce dieu civilisateur. Diodore de Sicile le nomme aussi Catapogon, c’est-à-dire « le barbu ». Il est le dieu des forêts, le dieu sauvage et lunatique, celui qui incarne l'ivresse gaie et inspirante, ou bien l'ivresse mauvaise et violente.

Qualifié d'Indien, ce Lénaios serait vraisemblablement originaire du Caucase, où furent retrouvées les premières traces de vinification, remontant à 6000 ou 8000 ans av. J.-C. Lénaios rappelle aussi par certains côtés Sucellos, le dieu celte tenant dans ses mains un gobelet et un marteau. Dionysos a un thyrse, Sucellos un marteau, mais les deux divinités sont présentées barbues, chevelues, arpentant seul un monde dans lequel ils n'ont qu'un rôle, qu'une fonction, mais essentiel : celle de distribué le nectar d'ivresse. C’est-à-dire qu'ils enseignent aux hommes le travail de la vigne, donc de la terre.

Loin de se limiter à la culture de la vigne, Lénéus est en fait le premier des agriculteurs, le maître de la nature, celui qui ne se limite plus à la dominer, mais qui la dompte et la façonne. Lénaios, c'est l’origine du mythe du vin en tant que nectar scellant l'union sacrée entre l'homme et la divinité. Si Dieu crée la vigne, c'est l'homme qui la cultive, et si Dieu fait croître la branche, germer le bourgeon et mûrir le raisin, c'est l'homme qui transforme le nectar, qui le distille et qui s’enivre avant de rejoindre son créateur dans une trance sensorielle : l'ivresse. C'est ainsi que Lénaios est aussi connu comme « Lyaios », celui « qui délivre des soucis ».

On retrouve ces thèmes dans le christianisme et le manichéisme. Durant la Cène, Jésus fait boire à ses disciples le sang de dieu, qu'il présente comme le sien. Pour les religions qui se revendiquent du Christ, le vin est donc un élément essentiel du culte ; le vin de messe se substituant au haoma des prêtres de Zoroastre.

Composé en Égypte vers 297, soit 20 ans après la mort de Mani, le Psautier manichéen copte présente le même vocabulaire, les mêmes références et les mêmes symboles que le mythe dionysien du vin. Tout comme Dionysos Protogonos, Jésus est aussi surnommé « le premier né », et tout comme le sauvage hurleur Bromios domine et ordonne le chaos, le nom du Galiléen calme la tempête.

« Jésus, mon veilleur véritable, puisses-tu veiller sur moi.

Premier-né du Père des Lumières, puisses-tu veiller sur moi.

Tu es le vin vivant, le fils de la vraie vigne.

Donne-nous à boire un vin vivant de ta vigne.

Au milieu de la mer, Jésus, sois mon pilote.

Ne te détourne pas de nous, que les flots ne nous enlèvent.

Que je gémisse ton nom sur la mer, elle calme ses flots.

Qui ne se réjouit de voir le soleil se lever sur lui ?

Tu es un jour achevé, semblable à ton Père dans les cieux. [...]

Tu nous as appelés, tu as ouvert pour nous un vin nouveau.

Ils boivent ton vin : leur cœur se réjouit en lui.

Ils sont ivres de ton amour : la joie se répand... »

Extrait du Psaume à Jésus (trad. M. Tardieu)

 

Une fable d'Ésope rappelle aussi le caractère sacré du vin, qui permet de mener à bien les sacrifices et les rituels :

« Au temps où la vigne jette ses pousses, un bouc en broutait les bourgeons. La vigne lui dit : « Pourquoi m’endommages-tu ? N’y a-t-il plus d’herbe verte ? Je n’en fournirai pas moins tout le vin nécessaire, lorsqu’on te sacrifiera. » Cette fable confond les gens ingrats et qui veulent voler leurs amis. » Le bouc et la vigne (trad. Chambry).

Dans le registre lyrique, dès Anacréon (-550 à – 464), on compose des vers en l'honneur de la reine des boissons.

« Quand ce fils de Jupiter,

Ce riant Bacchus qui délivre les soucis,

Vient s’emparer de mon âme,

Sa douce liqueur m’enseigne à danser. »

Sur Bacchus, trad. Falconnet.

 

« Quand j’ai bu ta liqueur aux vertus souveraines,
Beau Lyæus, je vois le chagrin s’endormir.
À quoi bon les soucis, les labeurs et les peines ?
Pourquoi tenter la vie aux routes incertaines ?
Que je veuille ou non, il me faudra mourir !
Buvons donc, oublions la mort inévitable !
Loin de nous son ombre obscurcis !
Dans la coupe au flot délectable,
Amis, noyons les noirs soucis ! »

Sur le Vin, trad. Lacaussade.

 

« Les flèches du jour dispersent la nuit ;
Où paraît Bacchus le chagrin s’enfuit.
Dès qu’il verse en moi ses jeunes ivresses,
Soucis et regrets, tout s’évanouit :
De Crésus je crois tenir les richesses,

Je crois d’Apollon posséder la voix.
Mollement couché, le front ceint de lierre,
Je ris en mon cœur du sceptre des rois,
Je foule à mes pieds leur tristesse altière.
Libre et radieux, je chante et je bois,
Et des noirs soucis s’éloigne la troupe.
Volez aux combats, je vole à ma coupe !
Enfant, remplis-la de vin jusqu’au bord.
Il vaut mieux cent fois être ivre que mort ! »

Les effets du vin, trad. Lacaussade.

 

Au retour de sa campagne en Inde, Nonnos raconte la rencontre entre Dionysos, Botrys et sa mère Méthé. Ces derniers souffrant de l'atroce chagrin d'avoir perdu un père et un mari, le dieu leur offre du vin afin de les soulager :

« Le dieu en a pitié ; il verse dans une coupe ce vin qui fait évanouir les soucis, et tend le bienfaisant breuvage au fils et à la mère affligée. Ils burent tous deux le jus mielleux et enchanteur de la vendange. Méthé apaisa ses soupirs, et Botrys son chagrin. Elle dit alors au dieu qui charme l'esprit : « Cher Bacchus, vous venez à moi comme· une précieuse lumière. Plus de tristesse ; votre vin consolateur a séché mes larmes. Je ne gémis plus sur la destinée d'un père, d'un époux. Je pourrai même, si vous l'exigez, me séparer de Botrys ; Bacchus me tient lieu d'époux, de fils et de père. Si vous y consentez, je vous suivrai dans votre demeure aux yeux de tous ; j'y serai la compagne des bacchantes ; je porterai votre thyrse ou votre fruit délicieux. J'approcherai mes lèvres de la flûte qui vous est consacrée. Mais ne m'abandonnez pas dans mon veuvage ; n'ajoutez pas, à mes regrets de la mort de Staphyle, mes regrets de votre départ. Botrys devient votre serviteur. Qu'il s'exerce à vos danses, à vos thyrses, à vos cérémonies, et même à votre guerre des Indes, si vous le souhaitez ; que je le voie sourire auprès du pressoir généreux, et fouler sous ses pieds votre féconde vendange ! Souvenez-vous aussi du vieux Pithos ; qu'il ne reste pas étranger à votre culte, et privé de votre douce boisson. »

[Bacchus rassure Méthé d'un visage riant, et répond à la nymphe :]

« Ô femme, dont les bienfaits égalent ceux de la charmante Vénus, ô vous dispensatrice de la joie, mère éternelle des amours, soyez à jamais la compagne des festins de Bacchus. Vos fleurs et vos feuillages embaumés lui donneront, comme à Vénus, ses couronnes. Les guirlandes de vos cheveux rivaliseront avec les palmes de la victoire. Vous verserez le vin, comme Hébé à la chevelure dorée ; vous serez l'étoile satellite du dieu de la vigne, vous ne le quitterez pas, et vous préparerez sa coupe. On donnera votre nom à cette satiété du vin qui fait la joie des hommes. J'appellerai Botrys ce fruit de ma vendange qui fait oublier le chagrin, la grappe qui le produit prendra le nom de Staphyle, et se gonflera du jus de mon arbuste chéri. Point de banquets pour moi sans Méthé ; sans Méthé pour moi point de joie. Venez, [faisons la fête et organisons des concours de poésie.] J'offrirai au vainqueur ce taureau engraissé, et au vaincu, ce bouc à la robe épaisse. » Nonnos, Dionysiaques, 19.

Le tragédien Euripide reprend le thème du vin qui délivre du malheur :

« Il y a deux divinités, ô jeune homme, qui tiennent le premier rang chez les hommes. L'une est la déesse Déméter, ou la Terre, donne-lui le nom que tu voudras ; c'est elle qui d'aliments solides nourrit les mortels. L'autre s'est placée de pair avec elle : c'est le fils de Sémélé ; il a trouvé un breuvage, le jus de la grappe, et l'a introduit parmi les mortels pour délivrer les malheureux hommes de leurs chagrins en les abreuvant de la liqueur de la vigne. » Euripide, Les Bacchantes.

Outre à Sumer ou dans le Caucase, où le vin fut de tout temps très important dans les rituels religieux et les rapports sociaux (commerce, ...), le vin est aussi un objet culturel dans l'Himalaya. Le Kafiristan, pays des Kailashas polythéistes, fut de tout temps réputé pour sa production de vin et malgré les interdits de l'islam, différentes variétés de vignes y sont encore cultivées. Diodore relie donc sans difficulté le mythe de Bacchus, le thème du vin et l’Inde :

« [Ceux qui] prétendent qu'il y a eu trois Bacchus ayant vécu à des époques différentes, et qui attribuent à chacun d'eux des actions particulières, assurent que le plus ancien était Indien de nation, que son pays produisant spontanément la vigne, il s'avisa le premier d'écraser des grappes de raisin et d'inventer ainsi l'usage du vin. Il eut également soin de cultiver les figuiers et d'autres arbres à fruits ; enfin il fut l'inventeur de tout ce qui concerne la récolte. C'est pourquoi il fut appelé Lénaios, « le maître des pressoirs ». On lui donne aussi le nom de Catapogon [« à la longue barbe »], parce que les Indiens ont la coutume de laisser croître leur barbe jusqu'à la fin de leur vie. Ce même Bacchus parcourut toute la terre à la tête d'une armée, et enseigna l'art de planter la vigne et de presser le raisin, ce qui lui fit donner le nom de Lénéus. Enfin, après avoir communiqué aux hommes plusieurs autres découvertes, il fut mis, après sa mort, au rang des immortels par ceux qu'il avait comblés de ses bienfaits. Les Indiens montrent encore aujourd'hui l'endroit de sa naissance, et ils ont plusieurs villes qui portent dans leur langue le nom de ce dieu. Il nous reste encore beaucoup d'autres monuments remarquables qui attestent que Bacchus est né chez les Indiens : mais il serait trop long de nous y arrêter. » Bibliothèque, 3,63.

L'ivresse causée par le vin est une thématique commune. Hercule célèbre ainsi sa victoire contre Cacus :

« Soyez donc, ô Troyens, de cette fête d’Hercule ; et, pour redire avec nous les hauts faits du héros, couronnez vos têtes de feuillage, prenez la coupe en main, invoquez ce dieu, notre dieu tutélaire et le vôtre, et faites couler le vin à flots. » Virgile, Enéide, 8.

Rostam, le héros perse, se repose ainsi après la guerre :

« Buvons donc du vin jusqu'à minuit, célébrons la mémoire des braves, rendons grâce au Maître du monde, au Maître de la victoire, de qui viennent la bravoure, le bonheur et les hauts faits ; et n'attachons pas, au milieu des soucis et des peines, notre cœur à ce séjour passager. Les grands le bénirent, disant : Puissent le diadème et le sceau n'être jamais privés de toi ! » Le Livre des rois, 3,2.

À propos de la Scythie, Hérodote rapporte :

« Chaque gouverneur donne tous les ans un festin dans sa contrée, où l'on sert du vin mêlé avec de l'eau dans un cratère. Tous ceux qui ont tué des ennemis boivent de ce vin : ceux qui n'ont rien fait de semblable n'en goûtent point ; ils sont honteusement assis à part, et c'est pour eux une grande ignominie. Tous ceux qui ont tué un grand nombre d'ennemis boivent, en même temps, dans deux coupes jointes ensemble. » Histoires, 4,77 à 7,80.

Des Gaulois inspirés ont composé d'innombrables chansons en l'honneur du vin. Les Bretons avaient jadis coutumes de ne pas cultiver la vigne, mais de voler directement le vin aux Gallo-Romains, comme en témoigne cette chanson (répertoriée et traduite par Théodore Hersart de La Villemarqué, dans Barzaz Breiz) :

« Mieux vaut vin blanc de raisin que de mûre ;

Mieux vaut vin blanc de raisin. [...]

Mieux vaut vin nouveau que bière ; mieux vaut vin nouveau.

Mieux vaut vin brillant qu’hydromel ; mieux vaut vin brillant.

Mieux vaut vin de Gaulois que de pomme ; mieux vaut vin de Gaulois. [...]

Vin et sang mêlés coulent ; vin et sang coulent.

Vin blanc et sang rouge, et sang gras ; vin blanc et sang rouge.

Sang rouge et vin blanc, une rivière ! sang rouge et vin blanc.

C’est le sang des Gaulois qui roule : le sang des Gaulois.

J’ai bu sang et vin dans la mêlée terrible ; j’ai bu sang et vin.

Vin et sang nourrissent qui en boit ; vin et sang nourrissent. »

Le vin des Gaulois

 

« Le repas abondant et les libations non moins abondantes créaient un état d'euphorie physique et spirituelle qui élevait l'homme au-dessus des limitations de son existence journalière. Si l'organisateur du sacrifice n'avait pas prévu assez à manger et à boire, il commettait par-là une faute très grave tant envers les dieux qu'envers la communauté. Ce sacrifice était en quelque sorte la contrepartie du « festin d'immortalité » des dieux ; la boisson consommée bière ou hydromel — n'était que le symbole de cette boisson mythique qu'Odin lui-même avait conquise sur les géants. Tout comme les dieux devaient leur force à l'hydromel cosmique, l'homme se fortifiait spirituellement à ce banquet auquel assistaient les dieux eux-mêmes. L'organisation de ces repas sacramentels se faisait par district et communauté, la direction étant aux mains d'un fermier riche ou d'un chef puissant. Quant au choix des animaux, il était sans doute déterminé par le caractère spécial de la divinité à qui le sacrifice était destiné. Si le sanglier ou le verrat est l'attribut de Frey, il va de soi que c'est cet animal qui lui sera sacrifié en premier lieu. C'est d'ailleurs en rapportant ce détail que Snorri ajoute : « Pendant le sacrifice les hommes présents posaient la main sur l'animal et prononçaient des vœux. » Dans leur état d'euphorie ces hommes se sentaient capables de prouesses et d'actes de bravoure qu'ils n'auraient peut-être pas entrepris sans cela. Il y a en tout cas des histoires où le participant à un sacrifice regrette après coup la promesse faite dans la salle de banquet. » R. Derolez, Les Germains.

Ce gout des repas rituels, les Germains l'expriment aussi dans leur mythologie. Nous retrouvons dans l'Edda la mention du « festin d'immortalité », mentionné par R. Derolez :

« Le paradis des héros est le Valhala : on y arrive par cinq cents portes, et quatre cent trente-deux mille guerriers y sont réunis. Leur joie est de renouveler, dans l’espace éthéré, les combats qu’ils ont soutenus dans ce monde. Ils se revêtent de leur armure, et s’élancent l’un contre l’autre avec ardeur. Mais ceux qui sont blessés dans ces joutes célestes ne souffrent pas, et ceux qui tombent morts sous le poids des glaives se relèvent aussitôt. Quand la bataille est finie, on dresse les tables du festin, les élus s’assoient, sur des sièges d’honneur, à côté des dieux. On leur verse dans de grandes coupes le lait de la chèvre Heidrun et la bière la plus pure : on leur sert chaque jour les membres fumants d’un sanglier qui, chaque soir, se retrouve intact. Odin est au milieu d’eux, mais il ne fait que boire et ne mange pas : il donne les mets qu’on lui présente à deux loups qui le suivent fidèlement, et porte sur l’épaule deux corbeaux qui lui disent à l’oreille les nouvelles du monde. » X. Marmier. Lettres sur l’Islande.

Tacite nous renseigne sur le type d'alcool que buvaient les Germains. Si les Aryens boivent de l'alcool de palme, comme tous les résidents des tropiques, si les Méditerranéens boivent du vin, ou plutôt de la mélasse de raisin fermentée, les Celtes et les Germains sont friands de cervoise. La passion de la bière lie d'ailleurs encore les Belges, les Flamands, les Allemands, les Anglais et les Irlandais à cette boisson que l'on peut boire sans soif et sans risquer d'ivresse trop violente.

« La boisson des Germains est une liqueur faite d’orge ou de froment, à laquelle la fermentation donne quelque ressemblance avec le vin. Les plus voisins du fleuve ont aussi du vin, que leur procure le commerce. [...] Si vous encouragez l’ivresse en leur fournissant tout ce qu’ils voudront boire, leurs vices les vaincront aussi facilement que vos armes. » Les Germains, 23.

C'est donc fort à propos que Havamal, le poème sacré composé des aphorisme d'Odin, condamne l'ivresse tout autant que l'alcoolisme : « Il n'est fardeau meilleur à porter sur sa route que n'est grande sagacité. Mais il n'est pire viatique à transporter par la plaine qu'un trop grand appétit de bière » (Havamal, 11). Et « N'est pas si bonne la bière, pour les fils des hommes. Car plus il boit, moins l'homme garde le contrôle de ses esprits » (Havamal, 12).

L'historien romain Justin (v. 300), dans son Histoire universelle, fait le même constat à propos des Gaulois. Il relate une victoire qui échappa aux Celtes en Grèce, une fois que les soldats furent enivrés.

« Les soldats gaulois, trouvant, après de longues privations, un pays rempli de vin et de vivres, dans la joie de leur succès et de cette abondance nouvelle, avaient quitté leurs étendards : épars dans la campagne, ils se répandaient partout en vainqueurs. Les Delphiens gagnèrent ainsi du temps. A la nouvelle de l'arrivée des Gaulois, l'oracle avait, dit-on, défendu aux paysans d'enlever de leurs fermes les vins et les récoltes ; on comprit enfin la sagesse de cet ordre, quand on vit les Gaulois, arrêtés par le vin et l'abondance de toutes choses, laisser aux peuples voisins le temps d'accourir à Delphes. Les habitants, aidés de leurs alliés, mirent la ville en état de défense, avant que les Gaulois, retenus par le vin, comme par une riche proie eussent rejoint leurs étendards. » Justin, Histoire universelle, 24,7.

Ernest Renan, Breton lui-même, observe cependant que :

« Les Bretons cherchaient dans l’hydromel ce qu’Owenn, saint Brandan et Pérédur poursuivaient à leur manière, la vision du monde invisible » (La Poésie des races celtiques).

Enfin, mentionnons les Slaves qui ne sont pas en reste, comme en témoigne ce qu'aurait répondu le héros Vladimir à ceux qui voulaient le convertir à l'islam :

« Boire est le plus grand plaisir des Russes, et nous rejetons toute religion qui voudrait nous enlever ce plaisir. »

Par ailleurs, si la documentation est abondante en Occident concernant les boissons alcoolisées, c'est en partie grâce à la place de choix que lui conserva la théologie chrétienne. À l'inverse, l'alcool est interdit dans le monde musulman, tandis qu'il est tabou en Inde. Il ne faut cependant pas en conclure trop vite que cela fut toujours la cas. Comme nous le rappelle Strabon :

« Quels pays trouve-t-on par-delà l'Euphrate ? Une bonne partie de l'Arménie, la Mésopotamie tout entière, voire, à la suite de la Mésopotamie, la Médie jusqu'aux confins de la Perse et de la Carmanie ; or tout le monde sait que chacun de ces pays est à peu près partout couvert de vignes, et de vignes excellentes donnant les meilleurs vins » (Géographie, 15,1) et Photius : « Les Indiens ont aussi des vins exquis et des fromages excellents » (Bibliothèque. Trad. Larcher.)

Le vin serait même loué par les saintes écritures hindoues. Selon Alain Daniélou, « le Ramayana appelle Asuras ceux qui s'abstiennent de boire du vin, un préjugé commun parmi les populations pré-aryennes :

« Ceux qui burent le vin (sura) sont appelés des Dieux (Suras) tandis que les fils de Diti qui refusèrent de boire sont des Anti-dieux (A-sura-s) » Ramayana, 1, 45, cité par Daniélou, Mythes et Dieux de l'Inde.

LÉNAIOS et le VIN (mythe dionysien)

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