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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Présentation du projet Arya-Dharma

« Comment la religion grecque, malgré des erreurs, des imperfections et des lacunes qui frappent tous les yeux, a-t-elle duré plus de quinze siècles ? Comment a-t-elle non seulement fondé et soutenu une civilisation brillante et forte, mais encore inspiré à ceux qui en ont été les guides des œuvres dont certaines n’ont jamais été surpassées, d’autres jamais égalées ? C’est là un problème d’une évidente gravité. Présenter à l’admiration des hommes la société grecque et les monuments immortels qu’elle a laissés, en faire la base de l’instruction de la jeunesse, et d’autre part accabler cette antiquité de dédains ou d’anathèmes et prétendre que ce beau fleuve est sorti d’une source impure et empoisonnée, c’est plus que de l’inconséquence, c’est une contradiction. » Ch. Lévêque.

Présentation du projet Arya-Dharma

Le Larousse propose trois sens complémentaires à « indo-européen » :

« 1 : Se dit des langues issues de l'indo-européen. 2 : Se dit des peuples qui ont parlé les langues indo-européennes. 3 : Langue non directement attestée mais reconstituée par comparaison des diverses langues à l'origine desquelles elle se trouve. »

Larousse

Qu'est-ce qu'un indo-européen ?

« Indo-européen » est un un terme qui qualifie un type de langue bien particulier, identifié par l'emploi d'un vocabulaire et d'une grammaire similaire. Ce terme regroupe donc des langues assez similaires pour être regroupées (comme le français, l'italien, l'espagnol) mais aussi des langues historiques et aujourd'hui éteintes comme le latin, le vieil allemand, le sanskrit archaïque ou l'ancien grec. Les langues indo-européennes sont une des plus grandes familles linguistiques du monde, constituée à ce jour par plus de trois milliards de locuteurs.

Cependant, ce qui nous intéresse ici, ce n'est pas tant les langues en elles-mêmes, que les peuples qui les parlent. Car en raison de la linguistique, de l'histoire, de la géographie mais aussi de la génétique, l'existence d'une entité cohérente indo-européenne est indubitable. Plus qu'une simple généalogie linguistique, ces ethnies partagent en effet une aire géographique, qui s'étend de l'Islande au delta du Gange, ainsi que d'innombrables références et valeurs communes.

Cette identité, d'abord linguistique, des savants comme George Dumézil ou Mircea Eliade l'ont adapté à l'étude des mythologies et des religions comparées. Si les études linguistiques avaient brillamment prouvé les liens entre toutes ces langues, la mythographie et l’ethnologie mirent tout aussi bien en évidence l'unité des peuples indo-européens. Le terme « indo-européen » fut dès lors non seulement associé à une aire géographique et à une famille linguistique, mais aussi à une manière de percevoir le monde et d'expliquer l'Univers.

 

Les Indo-Européens, l'Atlantide et les Hyperboréens

La thématique indo-européenne souffre de deux maux majeurs, qui causent une partie de son mystère et de son malentendu : d'un côté, elle est victime du négationnisme médiatique et d'un autre côté, elle pâtit grandement des théories absolument mensongères auxquelles on l'affuble trop souvent.

La thématique indo-européenne souffre d'un manque de considération que la méprise atlante-hyperboréenne ne fait que renforcer… Il n'y a rien de mal à célébrer l'ancestralité, et même l'antériorité de certains peuples, mais il n'y a rien de plus dommageable que de mêler théories paranormales, légèreté scientifique, utopie politique et fierté raciale. De même que la récupération de la thématique aryenne par les nazis contribua grandement à décrédibiliser la réalité historique d'un peuple ancestral, les théories associant le mythe de l'Atlantide aux civilisations nordiques préhistoriques en font de nos jours tout autant.

Si des dizaines d'arguments imparables, tant au niveau génétique, linguistique et archéologique, valident la théorie indo-européenne, en revanche rien n'a jamais laissé penser que l'Atlantide pouvait être autre chose qu'une fable… Sauf nouvelles découvertes d'envergure, on peut avancer que les Indo-européens ne sont pas originaires d'Europe du nord-ouest, ni de la façade atlantique. Leur origine exacte demeure un mystère, mais se situerait vraisemblablement à équidistance du Kazakhstan actuels et de la mer du Nord.

Par ailleurs, à rebours de la théorie atlante (qui repose sur l'existence supposée d'une civilisation antédiluvienne très avancée technologiquement), la civilisation indo-européenne originelle est pauvre et nomade. Il s'agit d'une culture néolithique très en retard par rapport au développement urbain et agricole du Croissant fertile ou de la vallée de l'Indus aux mêmes époques.

Quant aux glorieuses civilisations qui sont les héritières de ce substrat nomade, nul besoin d'avoir recours à la parabole de Platon pour les envisager ; elles sont bien connues des historiens depuis des centaines d'années : il s'agit des empires perse, scythe et romain, de l'hégémonie hellénique, des nations celtes et germaniques... Autant de civilisations qui fournissent la matière mythologique que l'anthropologie et l'histoire des religions se proposent d'étudier.

 

L'univers indo-européen

Notre objectif est de répertorier les nombreuses ethnies indo-européennes, des Celtes insulaires aux Aryens perses et indiens, ainsi que les principaux mythes et traditions spirituelles qui leur sont associés.

Pour ne mentionner que les plus célèbres, il s'agit des traditions védique, brahmanique, hindoue, vishnavite, kailasha, mazdéenne (zoroastrienne), grecque, romaine, celte (druidique), germano-scandinave, scythe, ossète et balte.

Dans un désir d’exhaustivité, nous aborderons aussi des traditions moins connues, mais tout aussi essentielles, comme le gréco-bouddhisme ou les cultes initiatiques typiques des rivages nord orientaux de la Méditerranée, tels que le dionysisme, l'apollinisme hyperboréen, l'orphisme ou le mithraïsme. Nous considérerons par ailleurs les écoles philosophiques dont l'héritage indo-européen est évident, comme celles de Pythagore ou de Platon (ainsi que ses successeurs néoplatoniciens, dont Plotin et l'école d'Alexandrie).

Nous avons aussi pris en considération des légendes chrétiennes qui entrent en résonance avec des thématiques indo-européennes, particulièrement si elles permettent de pallier à un manque flagrant de littérature païenne locale (comme cela peut être le cas en Arménie ou dans les mondes slave et celte). Nous tenions donc à étudier certaines hérésies qui témoignent de traditions ancestrales remplacées puis effacées des mémoires.

L'origine commune à de très nombreuses doctrines étant bien souvent le dualisme perse, nous avons retenu des hérésies de l'islam, le khorramisme et le yézidisme, et des hérésies de l'Église, le catharisme et surtout le manichéisme. Quant aux hérésies du zoroastrisme, outre le manichéisme, nous retiendrons le mazdakisme.

Les dissidences du védisme que sont le bouddhisme et le jaïnisme sont donc présents dans notre étude, tout comme les hindouismes de type shivaïte, tantrique, shaktiste.

En outre, aussi souvent que possible, nous avons souhaiter établir des ponts entre les cultures indo-européennes et les traditions voisines. Nous ne manquerons donc pas de citer le Kalevala, l'épopée finnoise, ou le Guru Granth Sahib, le livre saint du sikhisme, mais aussi d'aborder les incontournables mythologies égyptienne, suméro-sémite, abrahamique, dravidienne, tibétaine, turco-mongole ou japonaise. Alternativement, ces traditions ont pu influencer la spiritualité des Indo-Européens ou bien en être influencées.

 

L'Inde

Si de nos jours quelques rares nouvelles nous parviennent d'Inde, il s'agit invariablement d'un sinistre fait divers, toujours décontextualisé (la crise covidienne du printemps 2021 étant un parfait exemple de la manière dont l'Occident a l'habitude de se faire peur en regardant l'Inde). Ces informations semblent même bien souvent n'avoir d'autre intérêt que de renforcer dans l'esprit des Occidentaux le mépris à l’égard d'un sous-continent trop différent pour être appréhendé autrement que par la peur, la commisération ou le misérabilisme.

Ce qui est vrai pour le monde actuel, l'est tout autant pour celui d'hier. Si les mythologies gréco-romaine et nordique sont largement étudiées et documentées par les études indo-européennes et la mythologie comparée, la très riche et bien plus ancestrale spiritualité indo-aryenne demeure bien souvent un faire-valoir, qui bénéficie d'un intérêt relatif1.

Notre ouvrage est donc particulier, car il ne considère pas l'Inde trop lointaine pour être familière, mais s'efforce plutôt de mettre en lumière les similitudes qui unissent le sous-continent aux nombreuses traditions européennes. Habituellement, dans les ouvrages traitant de mythologie, la gréco-romaine et la nordique sont centrales et c'est autour d'elles que gravitent des traditions considérées comme mineures… Quand ces dernières ne sont tout simplement pas totalement oubliées.

La situation est ici inversée : non seulement toutes les traditions indo-européennes seront présentées avec la même considération, mais encore, le védisme est l'élément central auquel se référent nos analyses.

À travers l'étude des spiritualités indo-européennes, c'est l'histoire d'un peuple, les Indiens, et d'un pays, l'Inde, que nous serons amenés à comprendre, en même temps que nous envisagerons l'Histoire de l'Occident sous un autre angle.

 

La Tradition initiale

Entre le deuxième et le premier millénaire avant notre ère, il était possible de se déplacer de la Méditerranée jusqu'en Inde, en ne faisant étape que dans des cités et des royaumes partageant la même tradition indo-européenne (qu'elle soit de type mycénienne, anatolienne, perse, scythe ou indienne)2.

Située stratégiquement à la confluence des mondes perse et chinois, en relation commerciale avec l’Égypte, l'Arabie et l’Afrique depuis la plus haute Antiquité, et avec les îles indonésiennes et les côtes australiennes depuis le début de notre ère, l'Inde ne pouvait manquer de réunir en elle toutes les influences. L'Inde fait donc totalement partie du patrimoine commun partagé par les peuples d'Eurasie, et le fait que les manuels d'Histoire occidentaux ont fait le choix de la mettre de côté, n'y change rien : Aryens, Hittites, Celtes, Grecs, Germains et Tokhariens ont maintes fois été mis en relation par les linguistiques comme par les mythographes.

Par ailleurs, l'influence de l'Occident sur l'Inde est tout aussi méconnue que le rapport inverse. Si nous savons que des colonies grecques étaient installées sur les rives de la mer Noire, nous sommes loin de réaliser qu'elles étaient aussi présentes au cœur-même de la vallée du Gange.

L'empire commercial et culturel gréco-indien, dont le Gandhara était l'épicentre, était florissant des siècles avant notre ère. Son aire d'influence s'étendait des rives méridionales de la Caspienne jusqu'à Patalipoutra (actuelle Patna, dont les Grecs attribuaient la fondation à Héraclès).

En favorisant la diffusion des dialogues philosophiques des questions-réponses (que l'on retrouve particulièrement dans l’œuvre de Platon) cette culture typiquement indo-grecque influença la rédaction de la Bhagavad-Gita, le plus populaire des textes hindous, mais aussi des Questions de Milinda (Milindapanha), lesquelles sont incluses dans le Canon bouddhique (Milinda, le roi étranger et protecteur de la tradition bouddhiste étant connu en Occident en tant que Ménandre, un Gréco-Macédonien né en actuel Afghanistan, qui régna de -160 à -135).

 

Les mythes indiens répondent aux mythes européens, mais d'une étrange manière : si Zeus s'incarne en taureau pour enlever la nymphe Europe, le roi Prithou chasse une Terre transformée en vache.

Autre exemple : dans le Harivamsa, Vishnou insuffle sa présence dans chacune des créatures, ce qui a pour conséquence de les diviser entre une partie féminine et une autre masculine. Ce mythe trouve un écho chez Platon et le mythe de l'être primordial qui contient en lui les deux sexes : la foudre de Zeus sépara cet hermaphrodite initial en deux parties, qui depuis sont à la recherche l'une de l'autre.

Nous retrouvons en Inde des mythes qui ont tant voyagé, d'une culture à l'autre, d'une religion à l'autre, qu'il nous est difficile de savoir quelle civilisation pourrait, à juste titre, s'enorgueillir d'être leur source commune… Où les mythes seraient-ils donc nés ? En Inde ou au Moyen-Orient ? Dans les steppes d'Eurasie ou dans les déserts ceinturant le Croissant fertile ? Dans les forêts, les jungles ou les montagnes ? Autour des Balkans, du Caucase, du Zagros ou du Pamir ? Sur les bords de l'Euphrate, du Don, du Gange ou du Kaveri ?

Ces questions ne nous intéressent cependant que peu, car il ne s'agit pas tant de savoir laquelle de ces traditions influença les autres en première, mais plutôt de reconnaître dans chacune d'entre elles un bagage culturel ancestral et homogène.

Ce « savoir ancestral », nous pensons qu'il remonte au Paléolithique supérieur et qu'il est le fruit des traditions orales claniques, des superstitions instinctives universelles et d'une connaissance poussée de la nature et des différents éléments qui la constituent. Cette tradition primitive, chamanique, animiste et nomade serait à l'origine des principaux mythes qui peuplent le paysage culturel de l’Eurasie (un concept similaire, nommé la « Tradition primordiale » est développé dans l’œuvre de René Guénon).

Il n'est donc pas nécessairement pertinent de rechercher des origines exogènes aux mythes. Prenons l'exemple de Dionysos, qui est souvent présenté comme un dieu « venu d’Orient », inspiré du culte de Rudra-Shiva. L'étude du mythe et du mystère de Dionysos nous pousserait en effet à accréditer cette thèse… Mais ce serait ignorer que Dionysos est une divinité déjà présente en Grèce à l'époque mycénienne (v. -1200), soit plus d'un demi-millénaire avant le siècle de Périclès et l'âge d'or hellénique. Pausanias avance même que de toutes les divinités, celle du vin et de la transe est la plus ancienne : « le temple de Bacchus qui est vers le théâtre, est le plus ancien de tous » écrit-il dans sa Description de la Grèce. Dionysos n'est donc pas une divinité orientale, mais une divinité tout à fait locale à la Grèce, mais doté d’attributs exotiques et subversifs.

De la même manière, le dieu védique Rudra est régulièrement présenté comme une influence dravidienne sur le panthéon védique. Or, rudra est présent dans le Rig-Veda, dont la composition ne se fit ni en Inde, ni dans l'Himalaya, mais probablement dans le Pamir ou les steppes d'Asie centrale.

De même que les ancêtres des Hellènes adoraient déjà une forme de Dionysos avant même d'entrer en contact avec l'Inde, les Védiques adoraient Rudra avant même qu'ils ne s'installent en Inde et n'entrent en relation avec les civilisations dravidienne et indusienne, et leur monothéisme shivaïte. Rudra était pour les Aryens védiques un dieu mineur, certes (tout comme l'était Dionysos en Grèce), mais il n'était pas moins un dieu surgit de l'esprit même du peuple qui croyait en lui.

Qu'il soit Indo-Aryen, Grec ou Dravidien, qu'on le nomme Dionysos, Rudra ou Shiva, il s'agit de la même figure chthonienne, connue par ailleurs en tant que Cernunnos chez les Celtes et Tengri chez les Turco-Mongols.

Cette divinité ne fut donc pas « inventée » quelque part puis importée ailleurs… Elle était déjà là, « partout », pourrait-on dire.

 

1Peut-être pense-t-on, à tort, que le polythéisme indien est trop corrompu pour être considéré comme un exemple authentique de spiritualité indo-européenne ? Le védisme, tout comme l'hindouisme, sont pourtant des panthéismes qui présentent tous les signes de l'identité spirituelle indo-européenne ; en témoigne l'importance du soleil, la réunion collégiale des dieux, leur lutte contre des géants anti-dieux, mais aussi le rôle prépondérant des rituels minimalistes et des incantations magiques (pour ne citer que les éléments les plus évidents).

2 Il y a 2000 ans, en citant Mégasthène, le géographe grec Strabon remarquait déjà les nombreuses similitudes entre les modes et croyances indiennes et grecques : « En matière de physique, sur beaucoup de points, les idées des Indiens s'accordent avec celles des Grecs. Par exemple, pour eux comme pour les Grecs, le monde a eu un commencement, et il aura une fin ; il a la forme d'une sphère et le Dieu qui l'a créé et qui le gouverne le pénètre et circule dans toutes ses parties ; il y a plusieurs principes ou éléments constitutifs de l'Univers, mais qu'un seul, l'Eau, a servi à la formation de notre monde ; indépendamment des quatre éléments il existe une cinquième substance, avec laquelle ont été faits le Ciel et les Astres ; la Terre occupe le centre de l'Univers. Sur la nature du sperme, sur celle de l'âme et sur mainte autre question encore, leurs sentiments sont conformes aux nôtres. Seulement, ils ont le tort de trop mêler la fable à leur philosophie. Mais n'est-ce pas là aussi ce que fait Platon, quand il traite par exemple de l'Immortalité de l'âme et des Jugements aux enfers ? » Géographie, 15, 1.

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