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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le KALI YUGA (mythe indo-européen)

Supporter d'être le contemporain d'une époque désastreuse, en prenant conscience de la place occupée par cette époque dans la trajectoire descendante du cycle cosmique, c'est là une attitude qui devait surtout démontrer son efficacité dans le crépuscule de la civilisation gréco-orientale.

M. Eliade, Le Mythe de l'éternel retour.

Selon la tradition indienne (Kurma Purana et Agni Purana), nous vivons actuellement dans l'âge du Kali Yuga, qui commença à la mort de Krishna, alors que celui-ci prit le chemin du ciel pour rejoindre sa demeure éternelle du Vaikuntha. Cet événement, qui marque la fin du Dvapara Yuga et le début du Kali Yuga, serait, selon les exégèses vishnavites, intervenu en -3102, alors que se terminait la guerre légendaire du Kurukshetra.

Le Kali Yuga, l'âge final de l'humanité dans lequel nous évoluerions à présent dure 1200 ans védiques ou 432 000 années puraniques, selon le système de décompte approprié. Les prophéties hindoues nous apprennent alors qu'après une période de 10 000 ans qui sera marquée par la réussite et le progrès, rappelant en cela l'âge d'or, l'humanité plongera dans une crise mortifère et les hommes, ne respectant plus la vie, se tueront entre eux. L'homme perdra alors totalement la conscience de sa véritable nature. Il agira comme un fou, et s'attaquera à la planète elle-même. L'argent sera leur unique divinité et à part quelques obscurs brahmanes qui officieront cachés, la science des Vedas sera perdue. Le chaos régnera et les castes seront mélangées.

Lors du Kali Yuga, la justice sur Terre n'est plus que le dixième de ce qu'elle était durant le Satya Yuga. La véritable adoration a disparu, de même que le véritable sacrifice. Les écritures saintes sont les Tantras, des manuels de métaphysique teintés de sexualité et souvent écrits par des profanes. Le noir est la couleur attitrée de cet âge sombre. La durée maximale d'une vie humaine est alors d'une centaine d'années et règne sur Terre et dans le cœur des hommes la colère, la haine, le désir violent, les passions, et toutes autres formes de violences. Les hommes cherchent des satisfactions en dehors du mariage, avec des femmes de basses castes, et l'homosexualité se répand. Les préoccupations matérielles sont excessives et les maladies sont universellement répandues.

« Dans le Kali, il n’y a plus de religion ; hommes et femmes ne tiennent aucun compte des dieux. Le fils n’obtempère pas au désir de son père, il ne fait que ce qui lui plaît. Les enfants meurent avant leurs parents. Il n’en naît même que fort peu et l’on n’en voit pas arriver à l’âge des cheveux blancs.

Dans le Kali, on n’ose pas témoigner de ce qu’on a vu, tandis qu’on n’hésite pas à affirmer le mensonge. La nature elle-même est changée. Le corps de l’homme est réduit de moitié. La végétation est presque nulle ; aussi beaucoup de gens meurent-ils de faim, et l’on ne peut nourrir les vaches qu’avec les feuilles destinées aux pourceaux.

Dans le Kali, les sacrifices et les bonnes œuvres sont rares ; il n’y a pas d’amis ; que dis-je ! Le père vend sa fille et ce crime est fort commun. Les Brahmanes demandent honteusement de porte en porte, eux qui devraient nourrir les offrandes faites aux dieux ; aussi font-ils le service divin pour des gens de condition basse. [...] Ils se moquent de celui qui leur reproche leur conduite ; car ils ignorent les obligations qui leur sont imposées. Les Vedas et les Puranas leur sont en effet étrangers, et ils ne s’appliquent qu’à se procurer de l’argent. Il y a parmi eux beaucoup d’ignorants et des fourbes, mais on y trouverait difficilement un homme de mérite.

Quant aux kshatriyas, ils ne s’appliquent pas non plus à l’aumône, ni à la justice. S’ils vont aux lieux de pèlerinage, c’est pour y faire le commerce. Ils négligent la connaissance des Vedas et des Puranas ; mais ils écoutent volontiers la voix des bayadères. Ils ne remplissent les devoirs que leur impose leur caste que lorsqu’ils reçoivent des présents qui les y déterminent ; et tandis qu’on leur fait ces dons corrupteurs, on ne donne rien au pauvre volontaire.

Dans le Kali, les savants tiennent au roi des discours futiles. Au lieu d’entendre la lecture des Vedas, on écoute celle des romans érotiques. Les brahmanes étudient peu, et cependant ils manifestent beaucoup d’orgueil dans les assemblées.

De leur côté, les kshatriyas commettent toutes sortes de vexations ; ils sont fiers et n’ont d’égard pour personne. Ils prennent aux brahmanes leurs vaches pour les vendre, et non seulement ils persécutent les Brahmanes, mais les bardes mêmes chargés de chanter leurs exploits, et on s’expose à la mort, soit qu’on s’oppose à leur tyrannie soit qu’on veuille s’y soustraire.

Dans ce malheureux âge, les Brahmanes ne reconnaissent pas d’impureté légale. Ils entrent sans scrupule dans la maison des gens de basse caste. Ils ne songent qu’à acquérir des richesses, quoiqu’ils n’y réussissent pas. [...]

Dans le Kali, tout le monde ment ; l’avidité règne partout. On ne respecte plus l’aîné de la famille ; on n’observe pas les fêtes ; on déserte les pèlerinages. On renonce aux bains sacrés ; on délaisse l’aumône. Le père n’hésite pas à vendre son fils pour satisfaire sa cupidité. Dans le Kali, tout le monde est débauché et avide de richesse ; on ne conserve de respect pour aucune chose, pas même pour l’arbre sacré des Banians.

Les rois se livrent à tous leurs désirs et ils ne songent pas à la gloire. Ils ne rendent pas la justice et ils ne protègent leurs sujets qu’autant qu’ils en reçoivent des présents. Sans compassion pour les malheureux qui poussent des soupirs, ils s’attachent à inspirer la crainte. Plus de sagesse, ni d’équité, mépris absolu des Vedas et des Puranas. On se laisse aller à ses passions avec une telle violence que le fils, par exemple, tue sa mère à cause d’une courtisane. Les vaches participent à la dégénération générale ; elles ne donnent que peu de lait et finissent par abandonner leurs veaux. [...]

Quant aux pénitents, ils se retirent du monde afin de se sauver ; et ils effacent leurs fautes au onzième jour de la lune. » Vishnudas Bhave, Tableau du Kali Yuga.

De même chez Hésiode :

« C’est maintenant la race de l’âge de fer. Les hommes ne cesseront plus désormais, et le jour et la nuit, de se consumer en peines et en travaux. Les dieux leur enverront des chagrins accablants. Quelques biens cependant se mêleront à tant de maux. Jupiter perdra aussi les hommes de cette race, à peine nés, lorsque leurs cheveux commenceront à blanchir autour de leurs tempes. Plus d’accord entre le père et les enfants, entre les enfants et le père, entre les hôtes, entre les amis, entre les frères. Le fils sera sans respect pour son vieux père ; il l’affligera avec impiété par des paroles cruelles, sans craindre la vengeance des dieux. Les ingrats humains ne payeront plus à leurs vieux parents le prix de leur éducation ; ils renverseront avec violence les habitations de leurs semblables. On n’aura plus d’égards pour le mortel fidèle à son serment, juste, vertueux. On n’honorera que l’homme violent et injuste. La justice et la pudeur ne se rencontreront plus ici-bas. Le méchant attaquera l’honnête homme par des paroles injustes, en y ajoutant de faux serments. L’Envie, au teint livide, aux discours médisants, à la joie cruelle, poursuivra sans relâche les malheureux.

Remontant vers l’Olympe, loin de la vaste terre, et voilant leurs beaux corps de leurs vêtements blancs, la Pudeur et Némésis ont quitté les hommes pour se joindre à la troupe des dieux ; elles ont laissé aux mortels des maux cruels, qui n’auront point de remède.» Les Travaux et les Jours.

Comme ils ont conservé l'âge d'or dans leur croyance, les Gitans ont de même gardé la trace du Kali Yuga. Pour eux aussi, cet âge de la destruction s'exprime dans la perte de pureté ethno-raciale, ainsi que le rapporte A. Esquiros dans Les Gypsies et la Vie errante :

La vieille sibylle, avec laquelle j’avais fini par faire plus ample connaissance, me dit en me revoyant : « Vous venez trop tard pour étudier nos mœurs ; nous ne sommes plus le peuple que nous étions. Les roms se sont trop mêlés aux gorgies [gadjo], ils sont devenus comme eux et pire qu’eux. Nous ne sommes plus unis, nous ne sommes plus prêts à nous assister les uns les autres en tout lieu et en toute saison. Les intérêts des individus sont maintenant distincts : le riche méprise le pauvre. Nos fils ne nous valent pas, et leurs fils vaudront encore moins qu’eux. Je vous le dis, la loi des gypsies a cessé d’exister sur la terre.

De semblables notions se retrouvent en Scandinavie, une contrée hantée par le spectre de la famine, où le summum de la décadence et de la perversion semble être le désordre à l'intérieur même des familles.

Mais le règne des dieux est limité, et les génies du mal doivent un jour rompre leurs chaînes et bouleverser le monde. Ce jour s'annonce par des signes effrayants : trois longs hivers se succèdent sans interruption ; pas une lueur consolante n'apparaît au ciel, pas une fleur de printemps n'éclot dans la vallée, pas un brin d'herbe ne reverdit sur la colline. La famine et la peste ravagent le monde ; la haine divise les familles ; les frères s’entre-tuent ; il n'y a plus de liens d'affection, plus de foyer domestique, plus de vertus, plus d'amour. Le crime gagne tous les cœurs comme un ulcère, et ceux qui sont restés justes se réjouissent de s'endormir dans leur tombeau.

Récit résumé de l'Edda, X. Marmier, Lettres sur l’Islande

Le thème de la décadence est universel, mais il affecte particulièrement les sociétés qui ont atteint leur zénith et qui ne peuvent que chuter. Tout comme les puissantes dynasties égyptiennes du début du second millénaire avant notre ère avaient tremblé face aux invasions des « peuples de la mer », les Romains du début du premier millénaire tremblaient face à la pression exercée par les peuplades germaniques amassées aux frontières de l'empire. Pour autant, ses élites menaient une vie de débauche, le plaisir et la richesse ayant remplacé comme valeurs, le courage et la piété.

Dans un épisode qui rappelle beaucoup le mythe d'Orphée et d'Eurydice, le héros ossète Soslan traverse l'enfer. Il y rencontre sa femme, Beduha, morte avant lui. Beduha reprend alors le rôle de la Sibylle de Cumes guidant Énée, pour enseigner à Soslan le sens véritable de ce qu'il aperçoit du monde infernal :

Un temps viendra où les plus jeunes donneront conseils et leçons aux plus vieux. […] À la fin des temps, le monde sera comme une porte grande ouverte. [...] Les hommes descendront de la montagne à la plaine pour gagner leur vie, mais ensuite regagneront la montagne. [...] Un temps viendra où les étrangers se sentiront plus proches que les frères, où toutes les familles vivront entre elles dans une amitié plus étroite que les parents par le sang. [...] Un temps viendra où les femmes et les hommes auront les mêmes droits, où la suprématie des hommes ne sera plus reconnue. [...] Il n'y a pas là de mystère. Un temps viendra où les hommes se seront tellement multipliés qu'ils mesureront la terre.

Soslan au Pays des Morts, G. Dumézil, Le Livre des héros.

Les considérations sur une destruction régulière et cyclique de la Terre sont aussi partagées par les anciens philosophes. Apulée (125 - 170), auteur d'origine berbère mais de langue latine, est un philosophe platonicien. Dans son Traité sur l'ordre du monde, rédigé dans une optique à la fois scientifique et philosophique, il relaie à son tour le mythe de la fin du monde1. Il trouve son inspiration dans la géologie et l'étude des phénomènes tectoniques, mais son argumentation reprend aussi les poncifs du mythe du déluge, dont le rôle de l'eau, puis du feu, comme agents destructeurs, de même que le mythe du héros sauveur. Ici les jeunes sauvent leurs aînés, en Inde, Manu sauve les Vedas en les remettant entre les mains des rishis célestes, mais il s'agit du même acte de transmission d'un savoir ancestral (incarné chez Apulée comme dans les Vedas par des patriarches en difficulté, ayant besoin d'un plus jeune, ou d'un mortel). En sauvant les Vedas, Manu sauve la justice et restaure l'ordre du monde (Rta). Il devient alors le roi du nouveau monde, dont il a rendu possible la renaissance. Chez Apulée, les jeunes, encore ignorants des traditions, sauvent leurs pères, s'assurant ainsi la possibilité de pérenniser leurs traditions et leurs coutumes, malgré la perte du patrimoine matériel de leur peuple (détruit par l'explosion du volcan).

« Tout ce qui est sur la terre subit des changements, des transformations, et finit en dernier lieu par s'anéantir. D'effroyables tremblements de terre font éclater le sol, des villes sont englouties avec des peuples ; c'est du moins ce que nous avons cent fois entendu dire. Nous savons également que des torrents de pluie ont noyé des contrées entières ; des pays qui d'abord étaient des continents ont été par l'incursion des flots d'une mer étrangère changés tout à coup en des îles ; d'autres terrains dont la mer s'éloignait sont devenus accessibles aux pieds de l'homme. Parlerai-je de ces cités que l'on se rappelle avoir été renversées par des vents et des orages ; de ces incendies qui éclatèrent au sein des nues, lorsque, par exemple, toutes les contrées de l'Orient périrent dans une conflagration générale à la chute de Phaéthon ? Dans les contrées de l'Occident, des feux qui jaillissaient pour couler ensuite en ruisseaux de laves, occasionnèrent les mêmes désastres. Que de fois des sommets de l'Etna qui brisait ses fournaises, des fleuves de feu semblables à un torrent descendu du ciel se précipitèrent le long des flancs de la montagne ! Dans ces scènes de péril on vit éclater des traits sublimes d'héroïsme dont le souvenir est venu jusqu'à nous. Des fils, que d'abord le bruit avait effrayés, toujours sensibles cependant à la voix de la tendresse et de la piété, arrachaient aux flammes rapides leurs vieux pères pour les emporter sur leurs épaules ; et ces ondes brûlantes, se séparant comme à la voix de Dieu, formaient en quelque sorte deux fleuves sortis d'une même source, et d'eux-mêmes faisaient circuler leurs flots inoffensifs autour de l'espace où s'avançaient ces vertueux portefaix chargés de leur religieux butin. » Du Monde, 34.

 

Typique de la tradition primordiale, la théorie des cycles temporelle inspirera toute l'Histoire de l'ésotérisme, des alchimistes aux hermétiques, en passant par les gnostiques et les scientistes actuels (le réchauffement climatique et la crise sanitaire étant une énième variation sur le thème de la fin du monde, dont l’humanité serait coupable).

 

Le mythe aryen moderne exploita particulièrement le mythe d'un combat entre deux forces élémentaires et antagonistes.

Hans Horbiger (1861-1931) est un des principaux artisans du mythe aryen moderne. Il n'appartenait pas aux cercles universitaires mais plutôt aux cercles initiatiques, étant une sorte de sorcier gnostique, qui reprenait à son compte l'héritage du dualisme mazdéen. Dans le chapitre 2, 6 du Matin des magiciens (1960), Jacques Bergier et Louis Pauwels résument la pensée d'Horbiger en quelques paragraphes qui reprennent, de fait, la plupart des thèmes que nous avons présentés plus haut dans ce chapitre.

« Un monde est englouti, un monde a disparu, les anciens habitants de la terre se sont évanouis, et nous commençons notre vie d’hommes seuls, de petits hommes abandonnés, dans l’attente des mutations, des prodiges et des cataclysmes à venir, dans une nouvelle nuit des temps, sous ce nouveau satellite qui nous arrive des espaces où se perpétue la lutte entre la glace et le feu.

Un peu partout, des hommes refont en aveugles les gestes des civilisations éteintes, élèvent sans plus savoir pourquoi des monuments gigantesques, répétant, dans la dégénérescence, les travaux des maîtres anciens : ce sont les immenses mégalithes de Malekula [Vanuatu], les menhirs celtiques, les statues de l’île de Pâques. Des peuplades que nous nommons aujourd’hui « primitives » ne sont sans doute que des restes dégénérés d’empires disparus, qui répètent sans les comprendre et en les bâtardissant des actes autrefois réglés par des administrations rationnelles.

En certains lieux, en Égypte, en Chine, beaucoup plus tard en Grèce, de grandes civilisations humaines, mais qui se souviennent des Supérieurs disparus, des géants rois initiateurs, s’élèvent. Après quatre mille ans de culture, les Égyptiens du temps d’Hérodote et de Platon continuent d’affirmer que la grandeur des Anciens vient de ce qu’ils ont appris leurs arts et leurs sciences directement des dieux.

Après de multiples dégénérescences, une autre civilisation va naître en Occident. Une civilisation d’hommes coupés de leur passé fabuleux, se limitant dans le temps et l’espace, réduits à eux-mêmes et cherchant des consolations mythiques, exilés de leurs origines et inconscients de l’immensité du destin des choses vivantes, lié aux vastes mouvements cosmiques. Une civilisation humaine, humaniste : la civilisation judéo-chrétienne. Elle est minuscule. Elle est résiduelle. Et pourtant ce résidu de la grande âme passée a des possibilités illimitées de douleur et d’entendement. C’est ce qui fait le miracle de cette civilisation. Mais elle est à son terme. Nous approchons d’un autre âge. Des mutations vont se produire. Le futur va redonner la main au passé le plus reculé. La terre reverra des géants. Il y aura d’autres déluges, d’autres apocalypses, et d’autres races régneront. « Tout d’abord, nous avons gardé un souvenir relativement net de ce que nous avions vu. Ensuite, cette vie-ci s’éleva en volutes de fumée et obscurcit rapidement toutes choses, à l’exception de quelques grandes lignes générales. À présent, tout nous revient à l’esprit avec plus de netteté que jamais. Et dans l’univers où tout retentit sur tout, nous ferons de profondes vagues. » [...]

Selon Horbiger, nous sommes donc dans le quatrième cycle. La vie sur terre a connu trois apogées, durant les trois périodes de lunes basses, avec des mutations brusques, des apparitions gigantesques. Pendant les millénaires sans lune sont apparues les races naines et sans prestige et les animaux qui se traînent, comme le serpent qui évoque la Chute. Pendant les lunes hautes, les races moyennes, sans doute les hommes ordinaires du début du tertiaire, nos ancêtres. Il faut encore songer que les lunes, avant leur effondrement, agissent en cercle autour de la terre, créant des conditions différentes dans les parties du globe qui ne sont pas sous cette ceinture. De sorte qu’après plusieurs cycles, la Terre offre un spectacle très varié : races en décadence, races en montée, êtres intermédiaires, dégénérés et apprentis de l’avenir, annonciateurs des mutations prochaines et esclaves d’hier, nains des anciennes nuits et Seigneurs de demain. Il nous faut dégager dans tout cela les routes du soleil d’un œil aussi implacable qu’est implacable la loi des astres. Ce qui se produit dans le ciel détermine ce qui se produit sur la terre, mais il y a réciprocité.

Comme le secret et l’ordre de l’univers résident dans le moindre grain de sable, le mouvement des millénaires est contenu, d’une certaine façon, dans le court espace de notre passage sur ce globe et nous devons, dans notre âme individuelle comme dans l’âme collective, répéter les chutes et les ascensions passées, et préparer les apocalypses et les élévations futures. Nous savons que toute l’histoire du cosmos tient dans la lutte entre la glace et le feu et que cette lutte a de puissants reflets ici-bas. Sur le plan humain, sur le plan des esprits et des cœurs, quand le feu n’est plus entretenu, la glace vient. Nous le savons pour nous-mêmes et pour l’humanité tout entière qui est éternellement placée devant le choix entre le déluge et l’épopée.

Voilà le fond de la pensée horbigérienne et nazie. »

Né en Allemagne vers la fin du 19e siècle, à la suite de la redécouverte des liens qui unissaient la culture celto-germanique à celles des Indiens et des Perses, le mythe aryen moderne se construit sur cet héritage conjoint. Il convient donc d'en rappeler les principes cosmogoniques fondamentaux.

Rappelons d'abord l'Edda :

Rappelons d'abord l'Edda :

« Ganglere demanda : Que se passa-t-il avant la création de l’espèce humaine ?

Har répondit : Lorsque les fleuves, désignés sous le nom d’Elivôgor, se furent tellement éloignés de leur source que leur courant empoisonné en fut desséché comme des scories, ils se congelèrent. Cette glace s’arrêta, se durcit, et les tourbillons de neige produits par le venin, se répandant sur la glace, devinrent du givre. Les couches de givre s’accumulèrent les unes sur les autres dans l’abîme de Ginnung.

Jafnhar ajouta : Le bord septentrional de cet abîme se couvrit d’un immense amas de glace pesante et de givre ; l’ouragan et la tempête y régnaient ; mais le bord méridional de l’abîme de Ginnung fut dégelé par les étincelles qui s’échappaient de Muspelheim.

Thridi ajouta : Si l’air glacé exhalé par Niflheim rendait ses environs affreux, ceux de Muspelheim, au contraire, étaient lumineux et chauds. L’abîme de Ginnung était aussi léger que l’air le plus pur. La chaleur, avançant toujours davantage, atteignit les glaces, les fondit, et forma des gouttes d’eau. La puissance de celui qui envoyait la chaleur leur donna la vie ; il en résulta une forme humaine qui fut nommée Ymir. » Le Voyage de Gylfe, 5.

Ainsi que les bases de la cosmogonie perse :

« Dieu a créé le monde de rien, pour que sa puissance apparût. Il a créé la matière des quatre éléments, il les a fait naître sans peine et sans travail. Le premier est l'élément du feu brillant, qui s'élève en haut ; au milieu est l'air, puis l'eau, et au-dessous la terre obscure. D'abord le feu commença à rayonner, sa chaleur produisit alors de la sécheresse ; ensuite le repos engendra le froid, qui à son tour fit naître l'humidité : la place de ces quatre éléments leur étant assignée, ils formèrent ce monde transitoire. Ils se pénétrèrent l'un l'autre, et des êtres de toutes espèces parurent. La voûte céleste à la rotation rapide se forma, et montra incessamment ses merveilles. [...] Les montagnes s'élevèrent, les eaux descendirent, la tête des plantes s’érigèrent. La terre n'eut pas en partage une situation élevée, elle formait un point central obscur et noir. Les étoiles montrèrent leurs merveilles dans les cieux et versèrent sur la terre leur lumière. Le feu s'éleva vers le ciel, l'eau descendit, le soleil tourna autour de la terre. » Ferdowsi, Le Livre des rois.

De l’Égypte ancienne jusqu'à nos jours, il semble que les sociétés humaines naissent d'une division initiale, s'organisent ensuite afin de connaître le plus haut degré de prospérité, puis s'effondrent inévitablement, en conséquence logique du haut degré de confort auquel elles étaient parvenues.

Une catastrophe initiale est souvent la base d'une civilisation. Les Aryens quittèrent l'Asie centrale pour fuir la désertification du Karakoram, et s'installer dans les vallées verdoyantes de l'Oxus, de l'Indus et du Gange. Poussés par d'autres peuples nomades d'Asie centrale, les Celtes et les Germains s'installèrent en Europe. Chassés d'Anatolie par les Scythes, les Cimmériens traverseront le Bosphore pour s'installer en Europe. Plus tard, les Scythes et les Alains déferleront respectivement sur l'Inde et sur la Gaule, pour échapper à la pression hunnique. En littérature, c'est Énée fuyant Troie, sa patrie en feu, ou Erik le Rouge, qui aborde le Groenland et l'Amérique du Nord, condamné à l'exil.

Afin que la société en exil survive à ce cataclysme initial, qui est une sorte de départ du jardin d’Éden, elle applique une morale ambitieuse et incorruptible. En exil à Médine, Mohammed demande (et obtient) de ses fidèles une rigueur implacable dans leur foi : les femmes se couvrent et les hommes ne se lient pas avec les étrangers. En Italie, le descendant d’Énée Romulus applique pour lui-même une rigueur morale si stricte, qu'il n'hésitera pas à tuer son propre frère pour la faire respecter. En Grèce, c'est en méprisant la mort, en imposant l'esclavage aux villages voisins et soumis et en interdisant l’enrichissement personnel, que Sparte conserva de longs siècles son indépendance... sans même se doter de murailles !

À la puissance militaire, succèdent les alliances diplomatiques. La recherche de la gloire laisse place à celle du plaisir et du confort. Des valeurs universellement partagées, comme la justice, la vérité, la beauté, la force, la fécondité, la famille, le goût du travail et de l'effort, la culture physique et intellectuelle, sont alors remplacées par l'unique quête individuelle du plaisir. Les vices se multiplient donc en conséquence.

Les rois ne sont plus des conquérants mais des administrateurs. Les religieux ne sont plus des saints mais des percepteurs. La religion, quelle qu'elle soit, n'est plus pratiquée avec autant de dévotion. Le clan, devenu peuple, puis état, n'est plus défendu avec zèle. Si il est défendu, c’est par des mercenaires capables de se retourner en cas de solde impayé. La société n'est plus un corps, mais une machine.

La civilisation jadis brillante mais à présent corrompue, cède alors son territoire, ses institutions et sa culture à une autre entité plus jeune, plus morale, elle-même issue d'un cataclysme initial.

 

Dans des poèmes qui regrettent l’échec militaire et spirituel des croisades, le chrétien Rutebeuf (v. 1230 – v. 1285) illustre l'étape finale du cycle que nous venons d’exposer. Dans L’État du Monde, il regrette la lâcheté de la caste guerrière, qui ne cultive plus le goût de l’héroïsme et de l'honneur.

J'arrive à la chevalerie
Qui aujourd’hui est ébahie,
Point de Roland, point d'Olivier,
Tous sont noyés en un vivier.
On peut bien voir et bien entendre
Qu'il n'y a nul Alexandre.
Leur métier se perd et décline :
La plupart vivent de rapine

Le trouvère regrette aussi la condition misérable des artistes...

Les ménestrels sont éperdus

… et la corruption des élites, toujours prompte à voler ceux qu'ils devraient servir.

Je ne vois ni prince ni roi
Qui ne prélève mal l’impôt

L'église ne montre d'ailleurs pas l'exemple, car même interdite par une bulle papale, la pratique des actes spirituels rémunérés (simonie) est encore diffuse dans le Royaume de France.

Ni nul prélat de Sainte Église
Que n'accompagne convoitise
Ou au moins dame Simonie
Par qui donneurs ne sont haïs

Le roi réserve ses largesses à ceux qui en font preuve à son égard, mais sa générosité ne va pas au-delà.

Noblement reçoit-on en Cour
Celui qui donne, en temps présent ;
Celui qui ne peut rien donner
S'en aille aux oiseaux s'adresser
Vous pouvez bien apercevoir
Si je vous conte vérité.

Rutebeuf exprime des critiques envers une société qu'il sait décadente. À son époque, vers 1250, le Moyen Âge s’essouffle, son modèle social basé sur les trois états, la loi salique et le catholicisme romain ne convient plus. Les croisades ont tourné l'Europe vers l'Orient ; Venise, Gêne (pour ne citer que les plus connues) et les villes de la Hanse, prospèrent grâce à un commerce qui n'enrichit pas les souverains, ni leurs ministres, mais les bourgeois. Une nouvelle caste sociale va alors voir le jour, inédite ; amassant les richesses matérielles sans honte ni pudeur, la bourgeoisie est pieuse mais non mystique, savante intellectuellement, mais pauvre spirituellement. Sans avoir le talent professionnel des artisans et tout en n'appartenant pas à la caste agricole soumise aux prêtres et aux rois, elle représente des intérêts qui lui sont propres.

Au guerrier et mystique Moyen Âge succéda donc l'ère de l'entreprise, de l'innovation et du commerce, qui débutera « officiellement » dans les années 1490, à la suite de la découverte des Amériques par Christophe Colomb et du passage africain vers les Indes, par Vasco de Gama.

Ayant vécu près d'un siècle après Bernard de Ventadour, Rutebeuf est un trouvère qui vit dans le souvenir glorieux des troubadours méridionaux. Né en 1230, soit un an après la croisade contre les Albigeois, Rutebeuf vit dans un royaume déchiré, sombre et violent, où règne la férule de l’Église. Par ailleurs, contemporain de la neuvième et dernière croisade, il ne peut que regretter la faiblesse des chrétiens, quand il songe aux victoires éclatantes que furent les premières croisades.

Dans ces quelques vers extraits de La Vie du Monde (un titre à comprendre comme « l'état de la société »), Rutebeuf exprime un pessimisme que l'on peut tout à fait rapprocher du mythe du Kali yuga :

« Puisque Justice cloche, et droit penche et s’incline,

Et Loyauté chancelle, et Vérité décline,

Et Charité roidit, et foi se perd et manque,

Je dis que n'a le monde fondement ni racine...

 

Rome, qui devrait être de notre foi la base,

Simonie, avarice et tout mal y abonde :

Ceux-là sont plus malpropres qui doivent être purs

Et par mauvais exemple avilissent le monde. […]

 

France, qui de franchise est dite par droit nom,

À perdu de franchise la Gloire et le renom :

Il n'y a plus nul franc, ni prélat ni baron,

En cité, ni en ville, ni en religion. »

 

Le Sauveur

Durant le dernier âge de l’humanité et de l'Univers, le Kali Yuga, Vishnou ne s'incarne qu'une fois, et à la fin. Le Kali Yuga est un âge si sombre que la clarté n'y trouve que difficilement sa place. Par comparaison, Vishnou s'est incarné au moins quatre fois durant l'âge d'or, et trois fois durant l'âge d'argent.

Durant le Kali yuga, ni Shiva ni Vishnou n’apparaissent sur Terre. Ils y envoient cependant des messagers, qui inspireront des maîtres spirituels.

Les Brahmanes appelleront au secours, accompagnés dans leurs prières par la Terre. Brahma leur répondra comme à l'accoutumée que seul Vishnou peut les aider. Vishnou choisira à nouveau Manu pour l'aider dans sa tâche de réhabilitation de l'Univers. Alors, Parashurama, lui aussi avatar de Vishnou deviendra le gourou de Kalki, l'ultime avatar de Vishnou, le chevalier de la fin du monde, armé de deux épées et monté sur un cheval blanc.

Dans leur combat contre les forces du mal, les divinités peuvent être aidées d'un cheval mythique. Dans la mythologie védique, il s'agit d'Uchchaihshravas, la monture d'Indra, qui possède par ailleurs Airavata, un éléphant blanc aux mille têtes. Quant au Pégase grec, le cheval de Zeus, il semble directement inspiré du Pégaz perse. Le divin cheval slave est quant à lui nommé Sémik.

À la fin du Kali Yuga Vishnou naîtra donc sur Terre sous la forme d'un enfant difforme, qui étudiera les Vedas et deviendra Kalki, le chevalier de la fin des temps, qui de son épée éradiquera la vie sur Terre tout en sauvant du chaos ses fidèles et les Vedas. C'est aussi Kalki qui inaugurera le nouvel âge d'or en cachant en lui puis en redistribuant dans le nouveau monde ce qu'il aura sauvegardé de l'ancien.

À la fin de cet âge funeste, apparaîtra donc le cavalier Kalki, le dernier avatar de Vishnou, aussi appelé le sauveur de l'humanité. C'est lui qui éradiquera le mal sur Terre et sauvera les Vedas afin que recommence, après le déluge, un nouvel âge d'or.

Il est dit que Kalki naîtra avec quatre bras de parents humains, mais que rapidement il prendra la forme d'un enfant normal. Il grandira chez ses parents et recevra une éducation de brahmane. Lorsqu'il prendra conscience de la triste condition des prêtres du Kali Yuga, Kalki décidera de consacrer sa vie à restaurer l'ordre védique.

Son gourou sera l'immortel ermite et guerrier Parashurama. C'est lui qui lui apprendra qui il est véritablement et le rôle qui devra être le sien : détruire les forces démoniaques du kali yuga, et retrouver son épouse éternelle, la déesse Lakshmi, elle sera incarnée sous les traits de la princesse Padma, fille du roi de Lanka. Avant qu'il n'entreprenne sa tâche, Shiva lui confiera un perroquet, il lui servira de monture, et une épée magique dont jaillira le tonnerre. Kalki montera un cheval blanc qui lui sera fidèle lors de toutes les batailles qu'il mènera contre les forces du Kali Yuga, c’est-à-dire les forces du mal, de la perversion et de la décadence.

Quand Kalki apparaîtra, l'espoir et la joie renaîtront, et les rivières couleront à nouveau pendant quelque temps, puis le monde sera plongé dans le plus grand et long déluge qu'il n'aura jamais connu, suite auquel il renaîtra, à nouveau merveilleux et prospère. Les quatorze domaines de l'existence, c’est-à-dire les mondes souterrains, terrestres et célestes, péricliteront et l'Univers implosera. Avant ce déluge, une famine d'un siècle frappera la Terre, alors que le Soleil brillera douze fois plus fort. Après ces cent années de sécheresse, le déluge submergera toute chose puis l'Univers sera complètement au repos.

Kalki rétablira alors sur Terre le Dharma, la loi morale de l'Univers, en rétablissant les varnas, les quatre castes complémentaires consistant en celle des brahmanes, des kshatriyas, des vaishyas et des shudras. Grâce à elles, l'humanité reprendra le chemin de la justice. Une fois le Satya Yuga établi, c’est-à-dire le nouvel âge d'or, Vishnou quittera la forme de Kalki et retournera demeurer en son paradis céleste du Vaikuntha.

Seul Vishnou, la cause sans cause, restera seul à la fin des temps. Shiva, dont la chevelure emmêlée reçoit la chute du Gange, trouvera refuge dans la partie droite de Son corps et Brahma aux quatre visages, retrouvera son origine en Son nombril.

Nammalvar, Periya Thiruvandhadhi, 71.

Les premières mentions de Kalki remontent au Mahabharata, dont les premières compositions trouvent leur origine vers -700, soit quelques siècles avant la rédaction complète de la Torah (-350) et presque un millénaire avant la naissance de Jésus. Kalki le chevalier de la fin du monde est une figure qui fait bien sûr écho aux douze chevaliers de l'Apocalypse de Jean, tout comme à l'épisode de Mahomet montant au ciel sur un cheval blanc. De même, dans la mythologie chiite, le Madhi, une figure proche de celle de l'antéchrist, est un personnage similaire à Kalki, envoyé sur Terre juste avant la fin des temps, afin de fédérer autour de lui ceux qui croient encore en Dieu et qui souhaitent leur salut.

 

Quand Zarathoustra décéda, il avait 77 ans et laissait derrière lui trois épouses avec lesquels il avait eu de nombreuses filles et de nombreux fils. L'une des filles, Pourucista, s'unit à Jamaspa, le ministre de Vishtaspa. Quant à Hvogva, sa troisième femme, bien que non féconde, c'est de sa lignée que naîtra un jour celui qui sauvera la communauté des mazdéens. Il régnera cinquante- sept ans, puis ce sera la fin des temps.

Durant son règne, seront d'abord réveillés les os de Yima, puis ceux de Mashye et Mashyane, et enfin ceux du reste de l'humanité. Tous les morts et tous les humains se lèveront ; les justes comme les méchants. Chaque créature humaine s'éveillera à la vie, à l'endroit même où sa vie avait commencé.

C'est alors que Saoshyant préparera le homa, la blanche, pure et sainte boisson d'immortalité. Il en offrira à tous les hommes, et tous les hommes deviendront immortels pour toujours et à jamais.

Saoshyant (littéralement le « Sauveur ») est le champion des zoroastriens, le défenseur des derniers authentiques mazdéens. C'est lui qui éradiquera le mal de la Terre, marquant ainsi la victoire finale d'Ahura-Mazda sur Angra-Mainyu. Il est le pendant mazdéen à Kalki, « que les Parsis attendent comme un Messie par qui la communauté des élus parviendra à triompher des terribles épreuves qui marqueront la fin du cycle » (J. Varenne, Zarathoustra).

Par la vertu d’un second sacrifice du taureau, Saoshyant donnera aux hommes l’immortalité. Ce sera alors la fin des temps, car la création cessera d'être perturbée par l'esprit du Mal et reviendra à l'état d'unité, d’absolue pureté. La paix et l'immortalité seront alors communes à l'Univers.

Lors de l'épisode du taurobole mithriaque, seule la promesse de la venue sur Terre du Sauveur calma la colère de l'âme du taureau de vie (sacrifié par Mithra).

L'âme du taureau, guidé par le chien qui avait bu de son sang, s'éleva au plus haut des cieux et rencontra Ahura-Mazda. Celui-ci, satisfait de son sacrifice, lui offrit l'immortalité en faisant d'elle l'ange gardien du bétail. Mais cela ne suffisait pas à calmer la tristesse du taureau, qui interrogea l'être suprême :

« À qui as-tu confié l’empire des créatures, pour que le mal ravage la terre et que les plantes aient soif ? Où est l’homme dont tu avais dit que sa parole garantirait la paix ? »

Sensible à la tristesse du taureau, Ahura-Mazda mena l'âme du bovin devant l'ange gardien qui aurait pour tâche de rétablir la justice mazdéenne sur Terre, de concert avec Mithra. Le désignant, Ahura-Mazda eut ces paroles :

« Vois-tu, ce maître de sagesse, c'est Zarathoustra et c'est lui que j'enverrai bientôt sur Terre pour sauver les hommes et témoigner à l'humanité de la juste et bénéfique doctrine. C'est lui que je donnerai au monde pour lui apprendre à se préserver du mal. À la fin des temps, ce sera de sa semence, que purifiera la Lune, que naîtra Saoshyant, le Sauveur, celui qui consommera la ruine d’Ahriman et sacrifiera le second sacrifice du taureau. C'est par ce sacrifice que le Sauveur donnera à tout jamais l’immortalité aux justes. Ensuite, Mithra embrasera les mondes et purgera la création de la matière, qui retournera au néant. »

Satisfaite des paroles d'Ahura-Mazda, l'âme du taureau initial consentit à nourrir les créatures de la Terre et à permettre que s'y répandent la richesse, la prospérité et la vie. »

Héritier des traditions mazdéennes, christiques et dharmiques, Mani prétendit être le Saoshyant, qu'il associait au Messie.

En Bretagne, en évoquant la mort d'Arthur après la bataille de Salisbury, le Roman de la table ronde mentionne le retour espéré du roi-sauveur. L'attente des Bretons de leur roi légendaire est même devenue une expression, en vogue au Moyen Âge.

Les larmes aux yeux, Girflet s’en fut sur son destrier. Et sachez que, lorsqu’il fut à un quart de lieue, il commença de pleuvoir si merveilleusement qu’il dut s’abriter sous un arbre. Mais, l’orage passé, regardant vers la mer, il vit approcher une belle nef, toute pleine de dames avenantes, qui aborda non loin du lieu où il avait laissé le roi, son seigneur ; l’une d’elles, qui était Morgane la fée, appela et le roi se leva, puis, tout armé, suivi de son cheval, il monta dans la nef qui tendit ses voiles au vent et s’enfuit comme un oiseau. Le conte dit qu’elle s’en fut droit à l’île d’Avalon où le roi Arthur vit encore, couché sur un lit d’or : les Bretons attendent son retour. Et ainsi s’accomplit la parole du prophète Merlin, qui avait prédit que sa fin serait douteuse.

J. Boulenger, La Mort d'Artus.

Dans la Vie de Sainte Hélène de Hongrie, un poème dans lequel Rutebeuf décrit la nonchalance avec laquelle un roitelet reçoit son visiteur, le poète utilise l'expression :

La même attente il me faut faire
Que les Bretons font de leur roi.

Le KALI YUGA (mythe indo-européen)

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