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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le YÉZIDISME (religion mésopotamienne)

Le yézidisme

Au tournant du premier au second millénaire, de nombreuses inquisitions furent menées en Perse, afin d'en déloger les derniers zoroastriens, qui s’exilèrent au Gujarat. En Mésopotamie furent aussi éradiqués les manichéens, dont les quelques patriarches survivants durent s’exiler à Samarcande. Cette retraite ne fut que temporaire, car à la suite de l'occupation de la Route de la soie par des puissances musulmanes, les manichéens émigrèrent encore, cette fois-ci vers la Mongolie, puis vers la Chine.

Après avoir été des milliers d'années durant un terreau de traditions et de mythologies, la Mésopotamie devint une terre d'islam. N'y était plus toléré que le culte d'Allah et de son prophète Mohamed, dont le Coran, et parfois les Hadiths (commentaires) étaient les seules sources autorisées.

Vers 1100, soit quelque 500 ans après l’essor de l'islam au Moyen-Orient, apparut pourtant le yézidisme. Face à l'arabisation de la Mésopotamie, face à sa standardisation religieuse, un peuple indo-européen d'Irak, descendant des lointains ancêtres Hittites, tentait de proposer une alternative intellectuelle, culturelle et théologique à l'hégémonie arabo-musulmane.

À part cette tentative yézidie de créer un culte dissident en terre islamique, nous ne relèverons dans l'Histoire aucune autre tentative réussie de s’affranchir du culte mahométan avant le milieu du 19e siècle.

La prochaine religion qui réussira à naître en Perse malgré l'interdiction islamique, sera le culte babiste (annonciateur du bahaï), créé par le Bab au 19e siècle, soit 700 ans après la naissance du yézidisme.

Inspiré des religions locales archaïques, comme le mazdéisme, mais aussi le manichéisme et le christianisme, le yézidisme fut combattu dès son origine par un islam refusant toute implantation sur son territoire d'une foi nouvelle ou étrangère (se conformant en cela aux versets du Coran imposant au calife de combattre la mécréance). Tout au long de son existence, le yézidisme a subi 47 meurtres de masse, dont le dernier en date fut perpétré par l'État islamique (Daesh), qui n'hésita pas à affamer, puis à violer et déporter sa population. La mort par le suicide et le déshonneur furent l'horizon quotidien de cette communauté près d'une décennie durant, dont le siège du mont Sinjar fut le paroxysme de la violence (3 août 2014 au 13 novembre 2015).

 

Des Yézidis de la région de Mardin, en Turquie (carte postale de la fin du 19e siècle)

 

Les yézidis possèdent une trinité : Malek Taus, cheikh Adi et sultan Ezid. Chacune de ces figures est une incarnation du Dieu unique et créateur, tout puissant. Les yézidis attribuent à cheikh Adi le témoignage de leur culte et du personnage divin de Malek Taus. Cheikh Adi est par ailleurs un saint musulman soufi, célèbre et respecté dans sa communauté d'origine. Recherchant un pays désertique pour méditer, il se serait installé en pays yézidi et aurait alors adopté les codes de la théologie locale pour transmettre sa sainte parole. C'est à lui qu'est attribué ce que l'on croit reconnaître comme le livre saint des yézidis : Le livre Noir (Mechef Rech). Ce livre, mais aussi la Révélation de Malek Taus (Qu'ret al-Yezid), ou le Livre des Révélations (Kiteba Cilwe ou Kitab el-Je1wah) trouveraient leur origine dans l'enseignement du cheikh Adi, mais il demeure un grand débat autour de l'authenticité de ces textes. Pourtant, si la communauté musulmane considère les yézidis comme des adorateurs d'une fausse religion, le contenu de ces livres n'a pas été démenti par la communauté yézidie elle-même. Celle-ci reste par ailleurs extrêmement secrète à propos de ses traditions, ce qui ne facilite pas la compréhension de ses dogmes et coutumes. Comme il est interdit en terre islamique de faire la publicité d'un autre culte que l'islam ou de s'en revendiquer en public, les yézidis peuvent même être amenés à se prétendre musulmans, afin de garder leur culte secret (taqiya).

Pour les yézidis, Dieu est le créateur du monde mais il n’en est pas le conservateur. C'est Malek Taus accompagné de sept anges qui est chargé de cette tâche. Malek Taus est donc une sorte d'archange. Si les cultures indiennes donnèrent naissance à de très nombreux dévas, dans le monde perse, on leur a préféré des anges, des archanges, toute une foule de divinités subordonnées à un dieu unique, central et créateur. Malek Taus est donc l'oiseau de vérité, le premier avatar de Dieu, celui qui s'est incarné sur la Terre pour sauver les hommes et leur apporter la sagesse. Les yézidis considèrent que Malek Taus visita le monde entier pour apporter sa bonne nouvelle, mais personne ne l’aurait écouté si ce n'est les yézidis et leur personnalité historique et légendaire : cheikh Adi et sultan Ezid, deux avatars parmi les yézidis de Dieu et de Malek Taus.

 

Le symbole de Malek Taus

 

En kurde, Tawus signifie « ange paon », tandis qu'en arabe Melek signifie « roi ». L'étymologie de Malek Taus représente la double origine de son culte, lequel s'inspire à la fois de la structure du monothéisme abrahamique (dieu unique entouré d'anges), mais aussi du socle indo-européen (principe de l'avatar). Si Malek Taus est un paon, c'est que cet animal représente l'immortalité, tout comme les plumes représentent la diversité, la beauté et le pouvoir. En Inde, le paon est l'animal-véhicule de Kartikeya, dieu de la guerre, et cet animal est souvent représenté à côté de Krishna, l'avatar de Vishnou.

Il existe une véritable polémique entretenue par les musulmans à l'égard de la figure mythologique de Malek Taus. Une légende yézidie raconte que pour le tester, Dieu demanda à Malek Taus de s'agenouiller (de se soumettre) devant Adam, sa création. Or, Malek Taus refusa de s'abaisser devant un homme, la créature du créateur, car il avait juré à Dieu de ne se soumettre qu'à lui, le créateur. Le refus de s'agenouiller devant Adam est interprété par les yézidis comme la preuve de la fidélité de l'oiseau de vérité envers son unique créateur et maître. Ceci n'empêche pas certains musulmans de mauvaise foi de présenter Malek Taus comme une figure démoniaque. En désobéissant à Dieu, Malek Taus serait donc devenu Iblis, l'ange déchu inspiré par le diable (Sheitan) pour semer la discorde et les tentations. C'est lui que Dieu aurait rejeté au plus bas de l'Univers.

La présence kurde

La présence kurde

Le YÉZIDISME (religion mésopotamienne)

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