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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les INDO-EUROPÉENS (et les Proto-Indo-Européens)

Qu'est-ce qu'un Indo-Européen ?

« Indo-européen » est un terme qui qualifie un type de langue bien particulier, identifié par l'emploi d'un vocabulaire et d'une grammaire comparables. Ce terme regroupe donc des langues assez similaires pour être regroupées (comme le français, l'italien, l'espagnol) mais aussi des langues historiques et aujourd'hui éteintes comme le latin, le vieil allemand, le sanskrit archaïque ou l'ancien grec. Les langues indo-européennes sont une des plus grandes familles linguistiques du monde, constituée à ce jour par plus de trois milliards de locuteurs.

Le Larousse propose trois sens complémentaires à « indo-européen » :
1 : Se dit des langues issues de l'indo-européen. 2 : Se dit des peuples qui ont parlé les langues indo-européennes. 3 : Langue non directement attestée mais reconstituée par comparaison des diverses langues à l'origine desquelles elle se trouve.

Larousse

Cependant, ce qui nous intéresse ici, ce n'est pas tant les langues en elles-mêmes, que les peuples qui les parlent. Car en raison de la linguistique, de l'histoire, de la géographie mais aussi de la génétique, l'existence d'une entité cohérente indo-européenne est indubitable. Plus qu'une simple généalogie linguistique, ces ethnies partagent une aire géographique, qui s'étend de l'Islande jusqu'au delta du Gange, ainsi que d'innombrables références et valeurs communes.

Si la linguistique a brillamment prouvé les liens entre les langues, la mythographie et l’ethnologie mirent tout aussi bien en évidence l'unité des peuples indo-européens (en particulier grâce aux travaux de Georges Dumézil et Mircea Eliade). Le terme « indo-européen » fut dès lors non seulement associé à une aire géographique et à une famille linguistique, mais aussi à une manière de percevoir le monde et d'expliquer l'Univers.

 

Les Indo-Européens, l'Atlantide et les Hyperboréens

La thématique indo-européenne souffre cependant de deux maux majeurs, qui causent une partie de son mystère et de son malentendu : d'un côté, elle est victime du négationnisme médiatique et d'un autre côté, elle pâtit grandement des théories absolument mensongères auxquelles on l'affuble trop souvent.

La thématique indo-européenne souffre en effet d'un manque de considération que la méprise atlante-hyperboréenne ne fait que renforcer… Il n'y a rien de mal à célébrer l'ancestralité, et même l'antériorité de certains peuples, mais il n'y a rien de plus dommageable que de mêler théories paranormales, légèreté scientifique, utopie politique et fierté raciale. Si la récupération de la thématique aryenne par les nazis contribua grandement à décrédibiliser la réalité historique d'un peuple ancestral, les théories qui associent le mythe de l'Atlantide aux civilisations nordiques préhistoriques font de nos jours autant de mal.

Si des dizaines d'arguments imparables, tant au niveau génétique, linguistique et archéologique, valident la théorie indo-européenne, en revanche rien n'a jamais laissé penser que l'Atlantide pouvait être autre chose qu'une fable… Sauf nouvelles découvertes sous-marines d'envergure, on peut avancer que les Indo-européens ne sont pas originaires d'Europe du nord-ouest, ni de la façade atlantique. Leur origine exacte demeure un mystère, mais se situerait vraisemblablement à équidistance du Kazakhstan actuel et de la mer du Nord.

Par ailleurs, à rebours de la théorie atlante (qui repose sur l'existence supposée d'une civilisation antédiluvienne très avancée technologiquement), la civilisation indo-européenne originelle est pauvre et nomade. Il s'agit d'une culture néolithique très en retard par rapport au développement urbain et agricole du Croissant fertile ou de la vallée de l'Indus aux mêmes époques.

Quant aux glorieuses civilisations qui sont les héritières de ce substrat nomade, nul besoin d'avoir recours à la parabole de Platon pour les envisager ; elles sont bien connues des historiens depuis des centaines d'années : il s'agit des empires perse, scythe et romain, de l'hégémonie hellénique, des nations celtes et germaniques... Autant de civilisations qui fournissent la matière mythologique que l'anthropologie et l'histoire des religions se proposent d'étudier.

LES ÉTUDES INDO-EUROPÉENNES

Depuis quelques années, on remarque la médiatisation à outrance de théories universitaires négationnistes, visant à « déconstruire » les plus évidentes réalités historiques, linguistiques et génétiques. Il s'agit malheureusement de la contrepartie aux théories racialistes en vogue au 19e siècle et durant la première partie du 20e. L'idéologie, quelle qu'elle soit, ne peut cependant pas réduire à néant trois siècles d'étude universitaire, et nous considérons que plusieurs millénaires de gnose, trois siècles d'analyse linguistique et anthropologique et quelques décennies d'étude génétique, ont apporté assez de preuves quant à l'existence des Indo-Européens.

 

Un Indo-Européen est avant tout un locuteur d'une langue appartenant à la famille indo-européenne. Ces locuteurs sont plus de trois milliards à ce jour, et font partie de peuples aussi disparates que les Canadiens, les Russes, les Kurdes, les Espagnols, les Indiens ou les Afghans.

Cette définition est celle des linguistes, mais les chercheurs en religion comparée l'utilisent aussi pour définir ces même peuples, mais d'un point de vue mythologique et symbolique. Est donc qualifié d'indo-européen, un peuple qui partage si ce n'est une Histoire, tout du moins quantité de mythes et de valeurs en commun et issus d'un socle culturel ancestral.

« Indo-Européen » peut aussi dénommer le peuple initial, paléolithique ou néolithique, à partir duquel les différentes ethnies « indo-européennes » se sont séparées. Il s'agit alors d'un synonyme de Proto-Indo-Européens.

Des îles Féroé aux îles Sakhalines, plus de 7000 km de l'autre côté de la Sibérie, leur présence est partout visible. Ils vivaient en cabane, dans des maisonnettes construites en bois, souvent sur des sites lacustres (pour mieux se défendre en cas d'agression). Leur génome indique la présence des haplotypes R1a et R1b.

 

S'il régnait jadis un flou quant à leur origine, si l'on pensait à tort que la patrie des Anciens Indo-Européens se trouvait sur les rivages de la Baltique ou de la mer du Nord, on sait à présent qu'elle était centrale-asiatique ou anatolienne. Si l'on croyait jadis les invasions indo-européennes violentes, on sait aujourd’hui qu'elles furent surtout culturelles, religieuses et politiques.

Les peuples indo-européens avancèrent irrémédiablement vers le sud-est et le nord-ouest, mais avant tout par vagues de migrations successives et diffuses. Comme le résume très justement Augustin Filon : « La soumission des races autochtones par les Aryens, graduelle et pacifique, fut moins une conquête qu’un apostolat » (L’Inde d’aujourd’hui d’après les écrivains indiens).

Plus encore, où les Indo-Européens s'installèrent, ils ne détruisirent pas mais magnifièrent les civilisations locales. La civilisation étrusque fut sublimée par Rome, la civilisation minoenne le fut par Athènes, tandis que les Aryens indiens firent de Shiva et Mayon (Vishnou), deux divinités pourtant dravidiennes, les maîtres suprêmes de leur propre panthéon.

 

Des peuples sans temple

L'absence de vestiges archéologiques fut longtemps préjudiciable à la civilisation indo-européenne. Grâce à la linguistique et à la mythologie comparée, on avait pu mettre en avant un nombre incalculable de ressemblances et de variations sur des thèmes communs, mais aucune découverte archéologique d'envergure n’était venue nous éclairer sur cette civilisation. Aucun monument semblable aux pyramides égyptiennes, aucun temple comme à Gobekli Tepe, ni aucun village élaboré comme à Çyatal Huyuk n’avaient été retrouvés. Depuis, des cités ont été mises à jour, comme Arkhaïm (place forte de la culture Sintashta), mais elles n'ont pas suscité l’intérêt du grand public (si ce n'est en Russie).

N'ayant pas de ruine grandiose, les cultures indo-européennes ont longtemps paru bien ternes aux yeux des historiens comme du grand public. Durant des siècles, c'est sous le vocable de « Cimmériens », de « Scythes », de « païens » ou de « barbares » que cette culture initiale et originelle fut nommée, ainsi que calomniée.

Par ailleurs, nous n'avons retrouvé aucun texte indo-européen avant ceux de l'empire hittite du second millénaire avant J.-C (Code hittite, vers -1650 à -1100).

La culture indo-européenne n'était pas écrite, mais orale, et reposait sur le rôle essentiel du chamane, plus tard du prêtre, et enfin du roi. De fait, l'Histoire ne nous a légué d'eux, ni tablette, ni bas-relief, ni palais, ni cité, mais des mots, des concepts, et des tombeaux recouverts de terre (les kourganes et tumulus).

Mentionnons à propos les célèbres Vedas des Aryens indiens ; si leur composition date très certainement du début du second millénaire avant notre ère (vers -1700), leur mise à l'écrit ne date que du début de l'ère moderne. Quant à leur diffusion populaire, elle est très récente et ne remonte qu'à quelques siècles avant nous.

De fait, vivant dans des habitats en bois, utilisant des objets en terre cuite, n'ayant découvert ni le fer, ni l'agriculture et n'utilisant ni alphabet ni écriture, les chasseurs-cueilleurs proto-indo-européens laissèrent peu de traces.

Par comparaison, dans le bassin méditerranéen, les Proto-Sémites du natoufien (14 500 à 11 500 av. J.-C.) se sédentarisèrent et découvrirent l'agriculture 8 000 à 10 000 ans avant que les premières cultures indo-européennes ne s'établissent en villages, en cités et en États (Yamna, v. -3300, puis Sintashta, v. - 2050 à -1750).

 

L'architecture, qui en Égypte, en Grèce et ailleurs laissa tant de témoignages, nous est donc d'un faible secours. Les Aryens ne possédaient pas de temple. « Nous dirons que les Perses n'élèvent pour leurs dieux ni statues ni autels, qu'ils sacrifient sur les lieux hauts, à ciel ouvert », écrit Strabon. Nous constatons le même phénomène chez les Gaulois, les Scythes ou les Germains.

À propos de ces derniers, l'historien et runologue belge René Derolez écrit qu'

 

Ils n'ont jamais construit des sanctuaires comparables aux temples grecs et romains. Leurs architectes se servaient surtout du bois comme matériau de construction, de sorte que les seules traces laissées par le sanctuaire d'Uppsala sont les trous dans le sol où étaient plantées les poutres verticales.

Les Germains

Dans la monographie qu'il consacre aux Germains, Tacite donne une raison à une telle coutume :

Emprisonner les dieux dans des murailles, ou les représenter sous une forme humaine, semble aux Germains trop peu dignes de la grandeur céleste. Ils consacrent des bois touffus, de sombres forêts ; et, sous les noms de divinités, leur respect adore dans ces mystérieuses solitudes ce que leurs yeux ne voient pas.

Les Germains, 9.

On observe les mêmes valeurs chez les Celtes, que l'historien Ferdinand Lot qualifie :

 

d'un idéalisme sans exemple, même dans les temps modernes, en ce sens qu'ils n'admettaient pas que la divinité fût représentée par des images (simulacra) quelconques, ni honorée dans des temples.

La Gaule

Dans son récit des guerres celtes en Grèce, le philosophe Justin (100 - 165) évoque en effet le mépris des Celtes envers les richesses. Surtout envers celles associées aux idoles :

Les Macédoniens battus se renferment dans les murs de leurs villes, et [leur chef] Brennus, sans obstacle ni péril, désole la Macédoine. Bientôt, comme s'il dédaignait le butin que lui offre la terre, il ose tourner ses regards vers les temples des dieux, et dire, par une raillerie impie, que les dieux sont assez riches pour donner aux hommes. Il marche donc contre Delphes, et, sacrifiant la piété à la passion de l'or, la faveur céleste à la cupidité, il répète que les dieux n'ont pas besoin de trésors, puisqu'ils les prodiguent aux mortels.

Histoire universelle, 24, 6.

En conséquence de telles coutumes :

Les druides officieront et enseigneront en plein bois. Les sanctuaires édifiés seront très rares. Le culte sera célébré en plein air, devant un chêne, arbre traditionnellement associé à la foudre, c’est-à-dire à la puissance du ciel. Volontiers les Celtes s’installent au milieu des forêts, où ils laissent vaquer et paître leurs moutons.

A. Varagnac, Les Celtes

La non-représentation des dieux se retrouve aussi dans l'ancienne Rome, comme en témoigne Clément d'Alexandrie (L'explication de Clément n'est cependant pas juste : dans le contexte romain, le refus de représenter les idoles est un héritage celte et non une influence du judaïsme. Clément est un chrétien converti, un Père de l’Église ; son témoignage est celui d'un prosélyte.)

Numa, roi des Romains, était pythagoricien ; c’est d’après ce qu’il apprit dans les livres de Moïse, qu’il défendit aux Romains de représenter Dieu sous l’image d’un homme ou de tout autre être vivant. Aussi, dans les 170 premières années, on ne voit dans leurs temples aucune statue ni peinture. Numa leur montrait ainsi, d’une manière allégorique, qu’on ne peut atteindre au souverain bien que par l’intelligence.

Stromates, 1, 15

La linguistique comparée

La langue est l’histoire des races qui n’ont plus d’autre monument historique.

A. Esquiros, Les Gypsies et la Vie errante

Grâce aux nouvelles technologies qui mettent en commun des masses impressionnantes d'études et de données génétiques, archéologiques, linguistiques et culturelles, nous pouvons observer très clairement ce qu'était et ce qu'est devenue la civilisation primordiale des premiers habitants de l'Eurasie néolithique. Par ailleurs, des études à grande échelle sur le patrimoine génétique de l'humanité ont été entreprises, et comme nous l'indiquent les récents travaux des chercheurs en génétique Alan Cooper et Wolfgang Haa (de l'Université d’Adélaïde) : les locuteurs d'une langue indo-européenne possèdent un patrimoine génétique commun (les haplogroupes R1a et R1b).

 

Outre sur la génétique, c'est en partie sur la linguistique que repose la crédibilité des théories indo-européennes. 8463 km séparent Reykjavík, en Islande, de Guwahati, en Assam, mais entre ces deux villes, des centaines de millions de personnes parlent sans le savoir des langues étonnamment similaires dont les origines sont communes. Actuellement, sur les 27 langues les plus parlées dans le monde, 14 appartiennent à la famille linguistique indo-européenne.

Le premier à exprimer l'intuition d'un foyer linguistique commun est Leibniz, dans son Essai sur l’entendement humain (1703) :

On peut conjecturer de l’origine commune de tous ces peuples descendus des Scythes, venus de la mer Noire, qui ont passé le Danube et la Vistule, dont une partie pourrait être allée en Grèce et, l’autre aura rempli la Germanie et la Gaule.

Or, s'il existe une langue originelle, il doit bien exister un peuple pour la parler.

C'est l'historien russe N. V. Riasanovsky (de l'Université de Berkeley) qui nous renseigne :

Les langues sont intimement apparentées entre elles à l'intérieur de chaque groupe linguistique, comme elles le sont à l'intérieur de chaque famille. En revanche, entre les langues appartenant à des familles différentes, par exemple indo-européenne et ouralo-altaïque, on a pu observer des emprunts fortuits, mais jamais de relations structurelles profondes. [...] Pour expliquer la parenté entre langues d'une même famille, et les liens bien plus étroits encore entre les langues d'un même groupe, les spécialistes ont été amenés à postuler l'existence d'une langue et d'une patrie originelle pour chaque famille linguistique : ainsi les Indo-Européens se seraient dispersés à partir d'un foyer primitif pour peupler l'Europe et une partie de l'Asie.

Histoire de la Russie.

Les universitaires T. Pellard, L. Sagart et G. Jacques, définissent ainsi la méthode linguistique qui permet d'étudier la généalogie des langues indo-européennes :

Il s’agit de comparer minutieusement des formes afin d’identifier des régularités même là où les ressemblances ne sont pas évidentes, ainsi que d’exclure le hasard et les emprunts. [...] Les indo-européanistes ne sélectionnent pas leurs comparaisons en fonction de leurs présupposés, mais en fonction de critères scientifiques et d’une méthode bien établie, avec pour objectif d’expliquer l’histoire des langues. On compare le sanskrit et le grec car leur comparaison permet de comprendre leur histoire, tandis que comparer le grec et le chinois ne mène globalement à rien et ne nous apprend rien sur l’histoire des langues concernées.

L’indo-européen n’est pas un mythe.

L'étude des similitudes et de la généalogie entre les langues indo-européennes permet donc leur classification en grandes familles, lesquelles correspondent exactement aux différentes migrations indo-européennes à travers l'Eurasie. Nous distinguerons donc quatre principales familles de langues indo-européennes, qui correspondent aux différentes routes migratoires prises par les différentes peuplades indo-européens :

- les langues tokhariennes, aujourd'hui disparues mais jadis parlées du bassin du Tarim (tokharien A et B).

- les langues balkaniques et anatoliennes (hittite, grec, phrygien, albanais, arménien...)

- les langues européennes, parlées par les peuplades d'Europe de l'ouest (celte, germain, latin...)

- les langues indo-iraniennes, parlées en Asie du Sud (hindi, ourdou, persan...)

Pour établir les tableaux suivants, nous avons pris soin de mélanger les langues antiques et modernes, afin de montrer que la similitude de ces langues n'est pas propre à l'Antiquité. Il ne s'agit là que d'un échantillon des mots les plus courants et parmi les plus représentatifs des différentes familles de langues indo-européennes.

Le vocabulaire de la famille

islandais

anglais

français

latin

allemand

russe

vieux perse

sanskrit

assamais

fadir

father

père

pater

vater

otets

pita

pita

pita

modir

mother

mère

mater

mutter

mat'

matar

matar

ma

sonur

son

fils

filius

sohn

syn

hunus

sunu

puta

brodir

brother

frère

frater

bruder

brat

bratar

brater

bha'i

dottir

daughter

fille

puela

tochter

doch'

doxtar

duhitar

duhita

systir

sister

sœur

soror

schwester

sestra

xwahar

svasar

ba

 
Quelques mots de vocabulaire

islandais

anglais

français

latin

allemand

russe

farsi (dari)

sanskrit

assamais

 

kyr

 

cow

vache

taureau

bœuf

 

bovem

 

kuh

 

korova

 

gau

 

go

 

garau

sol

sun

soleil

sol

sonne

solntse

aftaab

surya

surya

nott

night

nuit

nox

nacht

noch'

shab

nakti

raati

daudi

death

mort

mortis

tod

smert

marg

mertyou

mertyou

er

is

est

est

ist

on

ast

asti

purba

utsyni

view

voir

verum

verstehen

vid

mebinam

veda

darshana

standa

stand

se tenir

consistunt

stehen

dershat

estaadagi

shta

uthova

 

La méthodologie

En résumé, pour établir l'Histoire des Indo-Européens, il convient de faire appel à quatre différentes catégories scientifiques :

Tout d'abord, de -20 000 à -3000, ce sont les études génétiques qui nous permettent de tracer les successives migrations en Eurasie. Ceux qui habitent en Eurasie du nord ne sont alors estimés qu'à quelques dizaines de milliers. Plus tard, après la néolithisation complète de l'Europe et de l'Asie, le brassage ethnique et l'explosion démographique rendent les études génétiques vaines et inutiles.

De -3000 (établissement du polythéisme en Europe) à l'an 1000 de notre ère, l'étude comparée des religions et des mythes nous permet de suivre l'évolution des communautés indo-européennes polythéistes à travers l'Antiquité et le Moyen-âge. Après la christianisation de l'Europe et l'islamisation de l'Asie, les peuples d'Eurasie cessent de perpétuer une tradition héritée du polythéisme, pour adopter des références judéo-sémites.

De -1750 (date des premiers écrits hittites) jusqu'à l'an 1500 de notre ère, la littérature comparée permet de suivre l'évolution des modes intellectuelles et spirituelles, depuis la source primordiale jusqu'à ses nombreuses ramifications ultérieures. Après la naissance de la littérature moderne, le scientisme (humanisme, Lumières) et le progressisme (romantisme) font entrer la littérature dans une nouvelle ère. Les thématiques et les valeurs indo-européennes disparaissent.

Enfin, la linguistique comparée, sans pouvoir néanmoins assigner de date précise, permet de mieux appréhender les rapports généalogiques entre les différentes cultures indo-européennes.

Généalogie des langues indo-européennes

Généalogie des langues indo-européennes

Généalogie des spiritualités indo-européennes

Généalogie des spiritualités indo-européennes

Les migrations indo-européennes selon la théorie kourganeLes migrations indo-européennes selon la théorie kourgane

Les migrations indo-européennes selon la théorie kourgane

Les peuples indo-européens

Les peuples indo-européens

Les migrations indo-européennes selon la théorie germano-centrée

Les migrations indo-européennes selon la théorie germano-centrée

Le baromètre des ressemblances indo-européennes

civilisations et peuples

 

spiritualités et religions

Proto-Indo-Européens

0

chamanisme, animisme, culte du feu,

des ancêtres et des héros

Celtes, Aryens indiens,

Kailashas

1

védisme, polythéisme kailasha, divination

germanique (seidr), druidisme,

apollinisme scytho-hyperboréen

Germains, Slaves,

Aryens perses,

Scythes

2

cultes dissidents et schismatiques du niveau

précédent (bouddhisme, mazdéisme-

zoroastrisme, culte de Zalmoxis)

Grecs, Romains, Hittites

3

cultes à mystères (dionysisme, orphisme,

pythagorisme, mithraïsme), polythéisme

littéraire et décadent (polythéisme gréco-

romain), jaïnisme, hindouisme (vishnavisme,

culte de Krishna), néoplatonisme

(école d'Alexandrie, Plotin), manichéisme

Pélasges, Phrygiens, Illyriens,

Daces, Thraces, Baltes,

Issédons, Tokhariens (Yuezhi),

Philistins, Aryens de Mitanni

4

polythéisme mycénien, polythéisme tokharien, mazdakisme, gréco-bouddhisme, catharisme, bogomilisme

Ibères, Lapons, Tatares, Turcs,

Mongols, Chinois, Tibétains,

Dravidiens, Mundas,

Mésopotamiens (Sumériens,

Élamites, Akkadiens,

Assyriens, Hourrites), Phéniciens, Égyptiens

5

mégalithisme, celto-christianisme, culte de la

déesse-mère (culte de Cybèle, shaktisme),

tengrisme, shivaïsme agamique (culte du phallus), polythéisme babylonien (culte de Marduk), polythéisme mésopotamien (culte de Dumuzi), polythéisme égyptien (culte d'Osiris)

N. B. : le tableau se lit par colonne, de haut en bas.

À la colonne de gauche ne correspond donc pas la colonne de droite.

0 : Modèle proto-indo-européen de base, proto-civilisation des steppes d'Eurasie (Kourganes, Yamna)

1 : Civilisations et spiritualités très proches du modèle proto-indo-européen.

2 : Civilisations et spiritualités relativement proches du modèle proto-indo-européen.

3 : Civilisations et spiritualités proches du modèle proto-indo-européen mais intégrant de très nombreuses influences extérieures.

4 : Civilisations et spiritualités apparentées au modèle indo-européen, mais trop peu documentées.

5 : Civilisations et spiritualités profondément différentes, mais en relation d'influence réciproque avec les civilisations et spiritualités indo-européennes.

En prenant en compte les découvertes archéologiques, les ressemblances linguistiques et les nombreuses similitudes entre les différentes mythologies indo-européennes, il est possible de retracer l'Histoire de ces peuplades originelles.

Elles étaient nomades et n’hésitaient pas à traverser de très longues distances en faisant des voyages sur plusieurs générations. Leur allouer une zone géographique bien déterminée est peine perdue. Les variations climatiques ont été si importantes entre la Sibérie et la chaîne himalayenne durant ces derniers 20 000 ans, qu'il serait vain d'espérer retrouver une seule et même culture qui aurait traversé le Paléolithique supérieur jusqu'au Néolithique.

Rappelons à propos le mot de Dumézil lorsqu'on lui demandait ce qu'il pensait des théories sur le « foyer indo-européen ». N'étant ni archéologue ni historien, mais anthropologue et spécialiste de la mythologie comparée, celui-ci répondait simplement :

« Sur ces points fort débattus, la méthode ici employée n'a pas de prise et, d'autre part, la solution n'en importe guère aux problèmes ici posés. La “civilisation indo-européenne” que nous envisageons est celle de l'esprit » (L'idéologie tripartie des Indo-Européens).

 

Les migrations préhistoriques

Le sujet des migrations indo-européennes est un des plus complexes qui soit. Pour l'aborder, il faut considérer plusieurs milliers d'années de migrations humaines et prendre en compte de très nombreuses hypothèses, qui souvent se contredisent. Tentons tout de même de dresser un portrait cohérent de ces différentes vagues migratoires.

Il y a plus de 125 000 ans, des tribus d'homo sapiens sapiens membres des haplogroupes primordiaux quittent l'Afrique pour entreprendre le passage vers l'Orient depuis la corne somalienne et la mer Rouge, à travers l'Arabie. Des variations génétiques apparaissent.

Vers -80 000 à -60 000, apparaissent les haplogroupes associés aux futurs groupes ethniques géorgien-caucasien (haplogroupe G) et berbère (E, EM).

Les tribus porteuses de l'haplogroupe E entreprennent un retour en Afrique, pour s'établir dans le Sahara, puis en Afrique du Nord et enfin en Europe (où elles cohabiteront quelques millénaires avec l'homme de Neandertal). Ce sont les lointains ancêtres des Berbères (Atlas), des Guanches (Canaries), des Ibériques (Espagne) et des Basques (Pyrénées).

Les tribus porteuses de l'haplogroupe G prennent un chemin plus nordique et s'implantent durablement en Asie occidentale et en Europe. Ce sont les lointains ancêtres des habitants du Caucase, de l'Europe centrale et orientale.

D'autres ethnies, détentrices de nouveaux haplogroupes, demeureront dans le creuset arabo-mésopotamien et donneront naissance à de très nombreux groupes ethnolinguistiques, dont les futurs locuteurs des langues chamito-sémitiques, comme les Arabes, les Égyptiens, les Assyriens et les Akkadiens (haplogroupe J, vers -40 000).

Le mouvement initial entrepris par les premiers migrants qui suivaient les côtes somaliennes puis arabes, se poursuit en longeant les côtes yéménites puis perses.

Les Sapiens Sapiens arrivent dans le sous-continent indien au plus tôt vers -70 000 ans et suivent les fleuves de la vallée gangétique.

Depuis ce qui sera plus tard Sumer et Elam et jusqu'au sud de la péninsule du Deccan, l'haplogroupe L marque l’émergence des groupes ethnolinguistiques associés aux Dravidiens, aux Sumériens et aux premiers habitants de l'Indus.

Vers -50 000 ans, l'haplogroupe K apparaît au bout de la péninsule de Siam. Il s'agit des plus anciens ancêtres des futurs habitants de l'Eurasie et de l'Amérique. Leur religion est l'animisme et le culte des ancêtres. Leur apparence physique les distingue par une pigmentation claire.

De -50 000 à -40 000 (donc relativement rapidement), apparaissent deux haplogroupes : K2a et K2b. Vers -30 000, émerge de K2a l'haplogroupe O, associé à l'ethnie chinoise han.

Les membres de K2a continuent de migrer, en prenant la direction du nord. Ils suivent les rives des mers de Chine, de Corée et du Japon, puis se scindent. Une branche occidentale suit le cercle arctique vers l'Oural. Ce sont les ancêtres des Finnois et des Samis (haplogroupe N). Une fois la glaciation terminée (vers -10 000), ils s’installeront en Scandinavie et au nord de la Russie. Une branche orientale passe le détroit de Béringie avant la fonte des glaces des pôles et colonisent l'Amérique.

Vers -45 000 ans, tandis que les K2a découvrent le nord de l'Asie, les membres de K2b restent dans le sud-est asiatique, entre l'Indochine et l'Indonésie actuelles.

Entre -40 000 et -30 000 ans, apparaît l'haplogroupe K2b1, marqueur de groupes ethniques qui prirent les chemins maritimes vers les îles Andaman, les îles mélanésiennes, la Papouasie et l'Océanie.

Vers -35 000 ans, apparaît en Asie du sud-est l'haplogroupe K2b2 (aussi appelé P), marqueur de groupes ethniques qui prirent la direction du nord de l'Asie, en suivant la voie qui avait été celle des K2a plusieurs millénaires plus tôt. Les plaines chinoises déjà peuplées, les tribus K2b2 continuent leur voyage vers la Sibérie. Avant cela, se détache l'haplogroupe K2b2a, qui prend la mer et colonise les îles des Philippines.

Les porteurs de l'haplogroupe K2b2 sont locuteurs d'une sorte d'eurasien ; une langue qui serait l'ancêtre des groupes linguistiques altaïques (turc, mongol) et indo-européens.

Comme l'ont remarqué les linguistes, les langues indo-européennes (surtout la branche indo-iranienne), possèdent de nombreux points communs avec les langues altaïques. On observe bien sûr des mots empruntés d'une langue à l'autre, à une époque probablement récente, mais on observe aussi une structure linguistique qui tend à penser que le proto-indo-européen et le proto-altaïque seraient des langues dotées d'une origine commune : une langue eurasienne qui aurait été parlée au long du Paléolithique supérieur, durant le voyage de l'haplogroupe K2b2 vers le nord de l'Asie.

Ces chasseurs-cueilleurs migrent lentement en suivant les troupeaux. En conséquence, leur religion évolue, mais elle garde les mêmes principes animistes de bases.

Leur culte n'est plus pratiqué dans la savane ou sur le littoral, mais dans la forêt et la toundra. À l'image du gibier qu'ils chassent, leur écosystème se transforme. De pêcheurs, résidents des littoraux des mers de Chine, pour qui l'océan avait été le principal horizon depuis des dizaines de millénaires, ils devinrent chasseurs et nomades, et suivirent les troupeaux qui parcourent les steppes.

En s’éloignant des tropiques, le rude climat de la fin de l'ère glaciaire se fait sentir avec plus de sévérité. Les corps doivent se couvrir. En conséquence de la moindre exposition au soleil, la peau des porteurs de K2b2 s'éclaircit encore.

Vers -30 000 ans, aux alentours de la Mongolie actuelle, l'haplogroupe K2b2 se sépare en deux sous-groupes : l'haplogroupe R et Q.

L'haplogroupe Q correspondrait aux ethnies proto-altaïques, qui continueront leur migration vers le nord pour suivre ensuite deux mouvements : l'un par la Béringie vers l'Amérique, l'autre vers les montagnes de l’Altaï, puis l'Oural. Ce sont les lointains ancêtres des Turcs, des Mongols, des Tatares et des Amérindiens. Leur langue devait être le proto-altaïque, dont les langues turco-mongoles (mais aussi possiblement le japonais et le coréen) sont les héritières.

Depuis la plus haute Antiquité, ils sont installés aux frontières nord-est des territoires occupés par les Proto-Indo-Iraniens ; ce sont les Touraniens mentionnés dans l'Avesta. La religion primordiale de ces tribus deviendra le tengrisme, qui peut s'envisager comme une forme de shivaïsme archaïque et chamanique.

 

Les Proto-Indo-Européens

Apparu lui aussi vers -30 000 en se séparant de l'haplogroupe K2b2, l'haplogroupe R, correspond aux ethnies de langues et de cultures indo-européennes.

Sous ses variants R1a (oriental) ou R1b (occidental), il est le marqueur génétique des cultures sibériennes et steppiques proto-indo-européennes. C'est l'haplogroupe majoritaire des ethnies indo-iraniennes (R1a), slaves (R1a), celtiques (R1b), italiques (R1b) et germano-scandinaves (R1a et R1b).

Le plus ancien porteur de l'haplotype R retrouvé par l'archéologie était présent il y a 27 000 ans sur les rives du lac Baïkal. Son écosystème était donc celui de la toundra (quelques centaines de kilomètres plus au nord, s'étendait la calotte glaciaire, qui atteignit son maximum vers -20 000, pour disparaître tout à fait vers -10 000).

Les mers Noire, Caspienne, Aral et le lac Baïkal sont alors des immenses étendues aquatiques aux eaux calmes et riches en poissons. Les forêts environnantes regorgent de gibier et la toundra se voit traversée par des mammifères géants. Le mammouth est alors chassé pour sa viande, mais aussi pour ses os et sa fourrure (qui permettent de fabriquer des armes et de construire des tentes).

La langue des communautés porteuses de l'haplotype R devait être le proto-indo-européen ancien. De ce dialecte qui émergea au Paléolithique supérieur pour se diffuser à la fin de l'ère glaciaire, émergeront à leur tour les familles linguistiques intermédiaires reconstruites par les linguistes, comme le proto-indo-européen, le proto-indo-iranien ou le proto-celto-germanique.

 

La religion des groupes porteurs de l'haplogroupe R était le chamanisme de type sibérien. Leur déité principale est un Proto-Shiva ; un grand esprit (ou un ancêtre chamane) qui focalise leur culte et leur rituel, sans être encore une véritable divinité.

C'est une spiritualité de la superstition, de l'ascétisme, de l'immortalité de l'âme et du temps cyclique, pour laquelle les excitants mystiques jouent un rôle important (cette spiritualité transcendantale donne plus d'importance à l'expérience mystique qu'à la pratique rituelle). Surtout, cet ascétisme a pour objet d'apprendre à se passer de tout ce qui peut être amené à manquer dans la steppe : la chaleur, comme la nourriture ou la sexualité.

Cette spiritualité proto-indo-européenne ne reconnaît pas encore l'existence des dieux du polythéisme classique. Si la notion d'un être supérieur existe, il s'agit plus du Grand esprit ou de la Grande âme (que chacun peut rejoindre en pratiquant la sagesse), ou d'anges (esprits fastes ou néfastes) plutôt qu'un dieu tout-puissant, créateur, vengeur et destructeur.

Ces micro-sociétés ne sont pas encore hiérarchisées, et ne connaissant pas les enjeux de l'agriculture ou de l'héritage ; la division entre dieux-phallus et déesse-mère n'a pas encore été faite.

 

On retrouve des traces de ce culte ancestral et animiste dans le jaïnisme, le shivaïsme et l'orphisme. Mentionnons comme exemples évidents :

- L'importance dans ces traditions de la figure tutélaire du maître spirituel (Jina, Shiva ou Orphée). Remarquons à propos que la statutaire épurée des tirthankaras évoque le chamane assis dans sa tente de sudation.

- la présence d'une divinité androgyne initiale (Ardhanarishvara et Phanès)

- la prépondérance de la musique rituelle, magique et psychédélique,

- mais aussi la boisson de Mnémosyne et la transe de Dionysos : deux mythes qui rappellent les consommations rituelles des excitants mystiques par les chamanes sibériens et amazoniens

- enfin, la non-violence envers toute forme de vivant, doctrine centrale pour ces traditions, exprime la croyance que tout ce qui vit, plantes comme animaux, possède une âme. De telles notions sont en adéquation avec le chamanisme animiste le plus classique.

Les migrations des haplogroupes R, R1a, R1b, R2 (Maulucioni pour Wikipedia, CC BY-SA 4.0)

Les migrations des haplogroupes R, R1a, R1b, R2 (Maulucioni pour Wikipedia, CC BY-SA 4.0)

La fin de l'ère glaciaire

Vers -20 000, l'avancée de la calotte glaciaire a atteint son maximum. Le climat est plus rigoureux que jamais au nord de l'Eurasie. Les groupes porteurs de l'haplogroupe R entreprennent une migration vers le sud ; ils traversent le Tibet et s'établissent au nord du sous-continent indien.

Une scission s'effectue très vite : R1 continue à migrer vers l'ouest pour rejoindre les rives de la mer Caspienne (v. -10 000), tandis que R2 (apparut vers -25 000 en Asie centrale) s'établit dans le Pamir (v. -12 700) et dans la péninsule indienne (v. -10 000).

Le groupe porteur de l'haplogroupe R1 est concentré entre les rives orientales de la mer Caspienne et les montagnes de l’Altaï. La Caspienne, la mer d'Azov et le lac Baïkal sont alors deux fois plus grands qu'aujourd'hui. Les rivages de la Caspienne ne sont même qu'à quelques centaines de kilomètres des sommets de l'Oural. Leurs bassins sont alimentés par les eaux du dégel des glaciers himalayens (Pamir et Kunlun), caucasiens et ouraliens. Aujourd'hui désertique et ensablé, Le Karakoram est alors une plaine verdoyante. Il en va de même pour la vallée du Tarim.

Ces vastes espaces qui comprennent des mers intérieures font de l'Asie centrale une terre propice à la chasse, à la pêche, mais aussi aux échanges (troc de pierres taillées ou brutes, ainsi que de petits objets manufacturés en os et en coquillage).

Cependant, à la fin de l'ère glaciaire, les voyages pour suivre les bêtes (dont le mammouth) sont de plus en plus longs et de plus en plus périlleux. En conséquence, il devient très difficile d'entretenir des communications et des échanges entre tribus. Les rares communautés sont plus isolées que jamais, ce qui favorise l'éclosion rapide de nouveau haplogroupes. Très vite, en quelques millénaires seulement (entre -25 000 à -19 000), les haplogroupes R1a (originaire de la steppe caspienne) et R1b (originaire du sud de l'Oural) se distinguent.

À la fin du Paléolithique, les membres de l'haplogroupe R1a sont établis depuis les rives orientales de la Caspienne jusqu'en Sibérie. Les steppes sont leur écosystème. Ce sont des chasseurs nomades et leur religion est le chamanisme. Ils sont locuteurs du proto-aryen (dont seront originaires les langues indo-iraniennes, dardiques et balto-slaves).

Au cours des 15 000 ans à venir, les Proto-Aryens vont s'établir depuis les rivages de la Caspienne vers le nord-est jusqu'en Sibérie et vers le nord-ouest jusqu'en Europe.

Entre -10 000 à -3000, ces tribus se sédentarisent autour de la mer Caspienne.

Leur religion est le proto-védisme : seulement quelques dieux sont universellement adorés, mais ils possèdent une grande variété d’appellations et d’attributs locaux. Les rituels ont une importance fondamentale car ils doivent assurer la fertilité des champs mais aussi la bonté des dieux. La déesse-mère est adorée en tant que divinité-Terre garante de la fertilité des femmes, des plantes et des animaux.

Cette religion ne possède pas de temples ; les divers rituels se font à même le sol ou sur une pierre, et les offrandes sont incinérées, ou abandonnées dans les eaux des cours d'eau. Plus le sacrifice est important et de grande valeur, plus celui qui le fait est en mesure d'espérer une réponse favorable du dieu auquel il consacre. En cas de maladie, de mauvaise récolte, de famine, ou face à un quelconque danger, on sacrifie donc le petit bétail jusqu'aux vaches et aux chevaux. Les sacrifices humains, absents du chamanisme, font leur apparition.

 

Les kourganes

Vers -6000, commence la mode culturelle des kourganes. Elle durera jusqu'à l'époque scythe, soit plus de 5000 ans.

Les échanges démographiques, culturels, religieux et linguistiques étant particulièrement dynamiques entre tribus proto-Aryenne R1a et proto-européennes R1b, cette coutume fut adoptée par les membres de la culture de Yamna (apparue v. -3000, membre de l'haplogroupe R1b) ainsi que par toutes celles qui lui sont associées.

Les kourganes sont des tumulus battis sur la dépouille de ce que l'on pense être des rois ou des chefs. À la suite d'une cérémonie funéraire sacrificielle, la dépouille royale, habillée, momifiée et accompagnée de ses biens les plus précieux (dont femmes, courtisanes, chevaux et armes fétiches), était placée dans un tombeau. Celui-ci était ensuite recouvert de cendres à la suite d'un gigantesque bûcher, puis recouvert de terre et de pierre.

Ces coutumes se retrouvent en Inde contemporaine. Lors de la mise en terre de la dépouille d'un gourou, celui-ci est paré de ses plus belles toges, et maintenu assis en position du lotus. C'est donc semblable à une statue, qu'il est mis en terre, dans un flot d'encens et de fleurs (il doit être littéralement recouvert de fleurs).

On retrouve la coutume des kourganes en Scandinavie, où les chefs étaient incinérés avec leur armes et parfois même avec leur bateau. L'armature de celui-ci servait alors de voûte au tumulus (si le bateau n'était pas livré en flamme à la mer, avec la dépouille du chef et ses biens personnels à son bord, dans une mise en scène que rappelle l'épisode de la mort du roi Arthur).

 

Les Aryens perses

Le réchauffement climatique qui marque la fin de l'ère glaciaire entraîne une désertification de la région caspienne.

Vers -2000, se forment le désert du Tarim et du Karakoram. Mais bien avant, les ravages du changement climatique se font sentir. La mer caspienne a perdu beaucoup de sa surface, de même que les mers environnantes ne sont plus que des lacs (Baïkal).

De -4800 à -3800, une variation de R1a apparaît : R1a1a1. Une communauté quitte les hauts plateaux iraniens et les bords de la Caspienne pour s'installer sur les versants occidentaux de l’Oural. Il s'agit des Proto-Balto-Slaves. Ils joueront un rôle capital dans les migrations de masse liées à la culture de la Céramique cordée en Europe (ils seront la cause du remplacement ethnique des membres originels R1b par des nouveaux arrivants orientaux R1a). Ils importeront en Europe leurs pratiques spirituelles proto-védiques et les transmettront aux porteurs de l'haplotype R1b (Proto-Celto-Germains).

D'autres tribus proto-aryennes se sédentarisent au sud de la Caspienne et sur les hauts plateaux iraniens. Ce sont les tribus mèdes, scythes, et parthes, qui montent en puissances militaire (chars de guerre) et démographique (migrations vers la Perse).

Toutes ces tribus n'adoptent pas l'agriculture et la vie sédentaire. Comme en témoignent les auteurs antiques, une partie du peuple scythe est urbain et agricole, quand l'autre est nomade et chasseur-cueilleur. Quant aux Aryens indiens, ils sont encore nomades à leur entrée dans le sous-continent indien (v. -1500) tandis que les Aryens iraniens étaient déjà puissants dans la ville de Bactres, et sédentarisés depuis des millénaires.

Les migrations indo-européennes
Les migrations indo-européennes
Les migrations indo-européennes
Les migrations indo-européennes
Les migrations indo-européennes

Les migrations indo-européennes

Les INDO-EUROPÉENS (et les Proto-Indo-Européens)
Les INDO-EUROPÉENS (et les Proto-Indo-Européens)
Les tribus védiques en Inde

Les tribus védiques en Inde

L'Inde védique

L'Inde védique

Le proto-védisme

Jusqu'à la composition canonique du Véda et jusqu'à l'imposition du monothéisme mazdéen comme religion d’État en Bactriane puis dans tout l'Empire perse (deux événements intervenus entre –2000 et -500) le proto-védisme est la religion universelle des steppes eurasiennes.

Si ce n'est dans les pratiques hindoues elles-mêmes, on trouve encore des traces de cette spiritualité simple, bucolique et familiale dans le pseudo-védisme que propose la religion traditionnelle kailasha.

On observe aussi la présence de telles pratiques minimalistes de l'autre côté de l'Eurasie, en Europe druidique comme en Scandinavie ou en Slavie. En Russie, du fait de leur similitude avec les pratiques aryennes, il est même commun de nommer « védiques slaves » les pratiques religieuses locales qui pré-datent (ou refusent) l'influence orthodoxe.

Ces peuples sont avant tout des guerriers, ils adoptent donc avec ferveur un culte védique qui se contente de rituels simples et de formules magiques. Le clergé n'existe pas encore, les prêtres non plus. Il s'agit pour eux de réciter des mantras et pour cela il leur suffit de les apprendre et d'en respecter la prosodie. Le chef de famille mène donc lui-même le culte.

Apparaissent des dieux secondaires. À la grande énergie unificatrice et apparentée au grand esprit chamanique, succèdent des dieux anthropomorphes, masculins et guerriers. Leur force est celle du feu, du Soleil, mais aussi de la Lune et de la foudre.

« [Les Aryens] rendaient un culte à la nature divinisée. Telle fut aussi la religion des Chaldéens, des Perses et de la plupart des peuples anciens. [...] Partagés en familles ou tribus qui devaient bientôt devenir des peuples, les Aryens, à l’époque reculée où nous nous plaçons, n’avaient point encore rempli leur olympe d’une myriade de divinités étranges et bizarres. La Terre, qui produit et alimente les objets propres aux sacrifices, fleurs et fruits, troupeaux et céréales ; l’Eau, qui rend la Terre féconde ; les Vents, qui règlent les saisons en exerçant leur influence sur la température ; le Feu, emblème de la force, qui dévore l’offrande et nourrit les dieux ; les Crépuscules du soir et du matin (les Ashvins, jumeaux), qui servent à marquer l’heure de la prière ; la Lune, que les poètes remercient de ce qu’elle éclaire sans chaleur ; l’Aurore, symbole du réveil de la nature ; enfin les mânes des ancêtres (pitrs) qui réclament leur part du sacrifice, — tels furent les premiers objets de la vénération de ces tribus émigrantes. Le culte qu’elles rendaient à ces divinités consistait en sacrifices, en prières et en hymnes chantés durant les cérémonies. L’ensemble de ces cérémonies fut réglé par les Vedas. » T. Pavie, Le Rig-Veda et les livres sacrés des Hindous.

Une société virile adopte alors un panthéon simple et cohérent : à chaque élément (vent, eau, maladies, saisons, astres, ...) correspond un dieu. Les cérémonies sont adressées à chacun des dieux en fonction de leur importance saisonnière ou économique.

Par ailleurs, on ne prie plus le Grand esprit pour chasser les animaux, mais on prie le dieu de la pluie pour que les moissons soient abondantes, ou le dieu de la guerre pour qu'il intervienne lors d'un conflit militaire. Bien souvent, leurs prières ont pour objectif d'avoir une descendance heureuse et nombreuse.

Dans les centres de pèlerinage et les centres urbains de la culture d'Andronovo, commence à se créer une caste de prêtres. Ils sont les auteurs des hymnes sacrés du Rig-Véda.

Leur art n'est pas seulement poétique, mais aussi théologique et mélodique. Véritables psalmodies, les hymnes védiques consacrent dès lors le sanskrit archaïque comme la « langue des dieux ».

Le sanskrit demeurera la lingua franca de l'Asie du nord-est jusqu'à son islamisation. On distinguera cependant le sanskrit archaïque du Veda, du sanskrit littéraire et raffiné des épopées indiennes. Les langues prakrit, pali, puis hindi-ourdou complètent la généalogie du sanskrit.

Avec l'entrée en Inde des Aryens, cette caste prendra de l'importance et formera la caste des brahmanes. Ils se spécialiseront dans la parfaite diction des mantras rig-védiques et des écoles de rishis (sages) en composeront des commentaires ésotériques.

 

Sintashta et Andronovo

Vers -2100, dans la région steppique qui sépare l'actuel Kazakhstan de l'Ukraine et de la Russie, se développe la culture de Sintashta (-2100 à -1800), puis celle d'Andronovo (-2000 à -900). Cette dernière étant proposée comme lieu de composition du Rig-Veda).

Il s'agit d'un réseau de places fortes, en tous points semblables à des oppidums gaulois. Des villages fortifiés sont bâtis sur des promontoires et placés aux carrefours des routes les plus empruntées. Le site d'Arkhaïm et de Sintashta en sont emblématiques.

La culture de Sintashta est considérée comme le foyer d'origine des peuples aryens et védiques. C'est à cette civilisation qu'appartiennent les imposantes cités circulaires dont le site archéologique d'Arkhaïm est le plus célèbre mais non le plus important. Placées au centre de plaines découvertes (à la frontière russo-kazakhe actuelle), entourées de champs cultivés et irrigués, traversées par des routes et défendues par d'épaisses « murailles-maisons », ces cités étaient des places fortes qui permettaient aux caravaniers de faire étape.

Au centre de ces cités circulaires se trouvait une sorte de cour de forme carrée, attribuée aux rituels et sacrifices. Ces formes circulaires périphériques, associées à une forme rectangulaire centrale, ne peuvent manquer de faire penser aux yantras védiques (dessins géométriques magiques).

À peine plus tardive, la culture d'Andronovo est un véritable Empire aryen. Des confins sibériens jusqu'en Perse, un peuple nomade et guerrier sillonne les steppes et rançonne certains villages. Le rapt de vaches est une sorte de passe-temps, mais aussi une manière de vivre.

Certaines tribus des cultures de Sintashta et Andronovo vont migrer vers le sud, pour s’installer aux frontières des empires assyrien, babylonien et égyptien, dans le Caucase (influençant les prémices de la civilisation hourrite), dans les montagnes de Zagros (zone probable d'origine de la tradition mazdéenne), de même que les montagnes du Pamir puis de l'Hindu Kush (zone probable de la composition canonique des Vedas, v. -1200 à -800).

Là, ils commençaient à cultiver la terre, à se réunir en villages, tandis que leurs frères continuaient la vie de pâtres et de chasseurs dans les forêts du nord et dans les steppes du midi ; là aussi ils avaient atteint ce degré d’organisation politique qui consiste à grouper un certain nombre de familles autour d’un chef : c’est le clan, qui précède la cité ou la royauté ; les autres Aryens, nomades, n’avaient pas encore dépassé cette extension de la famille qui constitue la tribu.

J.-Ch.-F. Hoefer, article Zoroastre, Nouvelle Biographie générale.

Les INDO-EUROPÉENS (et les Proto-Indo-Européens)

Au maximum glaciaire, vers -20 000, l'haplogroupe R1b se forme dans le sud de l'Oural, avant de redescendre vers le sud de l'Eurasie. En se déplaçant vers l'ouest, les membres de l'haplogroupe R1b traversent les hauts plateaux iraniens, puis arméniens et anatoliens.

À la fin de la dernière glaciation, les membres de l'haplogroupe R1b sont établis depuis les rives occidentales de la Caspienne jusqu'au sud de l'Europe (dans l'aire Égée et vers -12 000, au nord de l'Italie). Ce sont les ancêtres de la plupart des peuples européens du Néolithique tardif et de l'Antiquité. Ces tribus parlent des dialectes dérivés de l'indo-européen.

Vers -15 000 à -12 000, commence la néolithisation du Moyen-Orient, à laquelle ces tribus vont participer.

Vers -8500, les Proto-Européens sont en Anatolie. Le proto-arménien est alors un dialecte du proto-européen. Un peuple proto-arménien s'installe sur le versant sud du Caucase.

 

La migration vers l'Afrique

L'haplogroupe R1b va alors se diversifier : on retrouve la présence de l'haplotype R1b dans les codes génétiques mésopotamiens, anatoliens mais aussi africains.

Une sous-classe du R1b (R1b1a2-R-V88) migre vers l’Égypte puis remonte le Nil pour s'établir autour du Soudan et du Tchad actuel.

Vers -7000, ils sont en Syrie, puis vers -6000 passent en Égypte et demeurent dans le Sahara de longs siècles. Le Sahara est alors une savane riche en gibier.

La présence de l'haplogroupe R1b en Égypte1 pourrait en outre expliquer les nombreuses similitudes entre mythologies égyptienne et védique, mais aussi la présence linguistique de l'indo-européen dans l'égyptien le plus archaïque. La présence constante de la culture indo-aryenne dans la civilisation égyptienne, tant au niveau de la mythologie que de la langue demeure en effet un mystère, sauf si l'on considère une présence « indo-européenne » proto-historique en Égypte, qui prédaterait de plusieurs millénaires les premiers pharaons.

 

Le retour vers les steppes

Vers -9700, l'épisode glaciaire est terminé. Le climat se réchauffe. Les grands mammifères (dont le mammouth) ne sont plus adaptés à leur nouvel écosystème et disparaissent rapidement.

La chasse au gros gibier se faisant plus difficile, c'est la chasse, puis la domestication du petit bétail qui la remplace. À un mouvement migratoire du nord vers le sud, qui a mené les Proto-Indo-Européens porteurs de l'haplotype R1b vers l'Anatolie, la Mésopotamie et l'Afrique, succède un mouvement inverse vers l'Eurasie.

Par ailleurs, la néolithisation du Proche et du Moyen-Orient a entraîné un boum démographique qui ne peut qu'encourager le départ de communautés vers le nord. C'est ainsi qu'après -7000, des Anatoliens, parfois porteurs de l'haplogroupe R1b, entrent en Europe par le Bosphore ou la Steppe pontique.

Des populations porteuses de l'haplogroupe R1b s'installent dans une Europe encore peuplée majoritairement par les porteurs des haplogroupes G (géorgien-caucasien), E (Ibéro-Berbère) et I (autochtone nordique). Elles introduisent l'agriculture jusqu'au rivage de la mer du Nord.

Il ne s'agit cependant pas d'une colonisation humaine, mais plutôt d'une libre diffusion d'un modèle économique séduisant.

 

La steppe : foyer indo-européen

La domestication du cheval semble trouver son origine vers -6000 aux alentours de l’actuelle Ljubljana (Europe centrale, Slovénie). D'autres foyers de domestication du cheval se trouvent par ailleurs dans les hautes plaines caspiennes (v. -4600).

La maîtrise des chariots, de la roue et de l'équitation, facilitent les déplacements à travers l'Eurasie. Grâce au chariot tiré par des bœufs, les familles se déplacent en emportant leurs animaux et leurs biens.

Vers -6300, dans les steppes sibériennes et aux alentours des montagnes de l'Oural et de l’Altaï, débute la civilisation des kourganes, du nom local que l'on donne aux tumulus et autres chambres funéraires recouvertes de pierres et de terre (pouvant mesurer jusqu'à 200 mètres de diamètre).

Cette culture, qui peut être attribuée aux Indo-Européens porteurs de l'haplogroupe R1a, perdurera de longs millénaires (on la retrouve chez les Scythes, quelques siècles seulement avant notre ère).

Ces tumulus sont des tombes, qui accueillent les dépouilles des guerriers les plus valeureux. Ces derniers se faisaient enterrer avec leurs biens, dont leurs armes, leurs femmes et leurs chevaux (probablement afin que leur héritage ne suscite ni discorde, ni jalousie, ni envie).

 

L'expansion kourgane
Source : à partir de l'hypothèse de Marija Gimbutas

 

La coutume funéraire de l'ensevelissement des chefs se diffuse vers le sud-ouest. Très vite, elle est adoptée par les cultures steppiques porteuses de l'haplogroupe R1b, comme celle de Sredny Stog, Samara et Yamna (héritière des premiers agriculteurs des rives de la mer Noire).

Si la présence des porteurs de R1b en Europe centrale et occidentale n'est pas encore significative, elle l'est dans la steppe pontique. Vers -5000, les Proto-Indo-Européens R1b sont massivement installés entre l'Oural, la mer Caspienne et la mer d'Aral.

Vers -4000, ils sont établis dans les montagnes du Caucase, sur ses versants nord et sud, ainsi que sur un très vaste espace qui va des sources du Danube jusqu'à la Volga, et comprenant les actuelles Yougoslavie, Roumanie, Ukraine et Biélorussie.

Les porteurs de l'haplogroupe R1b se concentrent surtout dans la vallée de la Volga (Samara, -5200 à -4800) et dans celle du Dniepr (Sredny Stog, -4500 à -3500). Il s'agit des ancêtres des peuples Balkaniques proto-historiques (Thraces, Daces, Illyriens) et des Celto-Germains.

Les tribus indo-européennes agricoles installées dans les steppes et sur les rivages nord de la mer Noire fondent ensuite la culture de Yamna, très florissante de -3600 à -2300.

Dans ce vaste espace, commence à se dessiner une culture qui annonce les nombreuses civilisations qui en seront les héritières. Les offrandes de fruits et de viandes (gibiers, bovins, ovipares) sont accompagnés de sacrifices humains. Le cheval et la guerre (sous la forme de razzias de bétails) occupent une place importante. Outre l'agriculture et le pastoralisme, l’économie des steppes repose aussi sur l'artisanat (poterie) et plus tard sur la métallurgie (mines de l'Oural et du Caucase, exportations de pierres précieuses de Sintashta vers la Bactriane, production européenne à grand échelle de haches de combat, joaillerie scythe et gauloise, ...)

Comme les Proto-Aryens, ces peuplades adorent le feu et le Soleil, et leurs rituels nécessitent peu de moyens. Comme les Aryens védiques d'Andronovo, ils gravent sur des menhirs des figures anthropomorphiques que l'on imagine être les plus importants de leurs dieux.

 

Les Tokhariens

Suite à la croissance démographique engendrée par le développement de l'agriculture et de l'économie minière dans la région steppique, un mouvement migratoire vers l'est amène des porteurs de R1b vers la Sibérie orientale. S'établit alors la culture d'Afanasievo (-3300 à -2400), d'où sont originaires les ancêtres des Yuezhis, des Tokhariens et des Kouchanes.

Durant tout le Néolithique, les porteurs de l'haplotype R1a qui vivaient au nord-est de la Caspienne se mêlent aux colons occidentaux (R1b) de la culture d'Afanasievo, de sorte que les civilisations tokhariennes du Tarim sont porteuses des deux haplogroupes (avec même une majorité de R1a dans les relevés génétiques effectués sur les momies du Tarim).

On sait par ailleurs que les Indo-Européens du Tarim avaient adopté le sanskrit comme langue sacrée et linga franca, alors que leur propre langue vernaculaire ne faisait pas partie de la famille linguistique indo-iranienne mais qu'elle appartenait plutôt à la branche européenne.

En somme, bien que la civilisation tokharienne (yuezhie-kouchane) n'ait pas été fondée par des Proto-Aryens, elle fut colonisée culturellement et démographiquement par les Aryens d'Andronovo, puis par les Aryens des successifs empires perses. Car si les états-cités du Tarim n'étaient pas des satrapies (des régions administratives de l'Empire perse), elles demeuraient des alliés et des partenaires commerciaux privilégiés des villes du nord de la Perse, comme Bactres ou Marcanda (Samarcande).

Ce que nous apprend la prépondérance de l'haplotype R1a dans le Tarim en -2000 (dans les momies du Tarim) comme de nos jours (chez les populations Ouïgours), c'est que les Aryens eurent une influence si forte sur cette région du monde, qu'ils en remplacèrent ethniquement les indigènes porteurs de l'haplotype Q ainsi que les colons porteurs de l'haplotype R1b qui avaient pourtant fondé les premières civilisations dans la région (Afanasievo, puis Gansu et enfin Tarim).

Le Taklamakan et le désert de Gobi apparaissant vers -4000, ces groupes indo-européens proto-tokhariens détenteurs des haplogroupes R1a et R1b reprennent leur migration pour s’installer plus à l'est, dans les vallées du Gansu, du Qinkai (Chine) et sur le plateau de l'Ordos (en Mongolie intérieure, vallée septentrionale du fleuve jaune).

Même si la présence indo-européenne est attestée dans le Tarim depuis -2000, ce n'est qu'à la fin de l'Antiquité que les Yuezhis et autres Tokhariens refluèrent massivement de Chine continentale (probablement chassés par les tribus chinoises hans), pour s'établir autour du Taklamakan, dans les oasis du Tarim (Kashgar, Turpan, Khotan), et plus tard en Perse et en Inde (dynastie kouchane).

Après avoir été repoussés par les Chinois, puis dominés par les Turcs Ouïgours, ces peuples, qui avaient adopté le bouddhisme, furent victimes d'un génocide lors de l’islamisation de la région vers l'an 1000. Cessant d'être pratiquées, ces langues et ces cultures disparurent à jamais, la nation ouïgoure et sa langue turcophone s'installant à leur place autour du bassin du Tarim.

 

Les momies du Tarim

 

Les Daces et les Thraces

À la suite de l'expansion de la culture de Yamna en Europe balkanique (v. -2500 à -1500), se créent de nouveaux peuples, auxquels on peut associer des langues, qui émergent du proto-européen.

Nous distinguons à l'intérieur des langues européennes deux grandes familles : celle issue de la première vague de migrations intervenue au cours du troisième et du second millénaire avant J.-C. qui amena les Daces, les Thraces et les Hellènes, et celle, à peine plus tardive, issue de la seconde vague, et qui amena les Celtes puis les Germains.

 

Vers -2500, dans différentes vallées des Balkans, émergent les Proto-Daço-Thraces et les Proto-Illyriens. Après -2000, ces peuples sont établis dans la vallée du Danube et les Carpates (Daces), dans le Bosphore (les Thraces se séparent des Daces vers -1200) et sur le rivage Adriatique (Illyriens). Ces peuples forment un groupe linguistique hétérogène mais ils possèdent le point commun d'être dérivés d'un proto-européen qui prédate l'apparition du celto-germanique.

La littérature antique nomme ces peuples mystérieux « Pélasges », « Scythes » ou barbares, mais il s'agit de nations clairement indo-européennes, comme nous le prouvent leurs coutumes religieuses proches du druidisme.

De -2000 à -500, d'autres tribus nomades porteuses de l'haplotype R2b font le déplacement depuis les steppes orientales vers l'Europe. Il s’agit en particulier des Gètes (qui partageront le Danube avec les Daces) et des Cimmériens, dont le faciès culturel peut sembler similaire à celui des Thraces.

La puissance thraço-dace culmine avec le royaume des Odryses, fondé vers -400 par l'union de tribus daces et thraces, puis incorporé à l'Empire romain quelques siècles plus tard. Son territoire englobait l'actuelle Bulgarie (Thrace), les côtes de l'actuelle Roumanie (Dacie), le nord-est de la Grèce (Macédoine) et le Bosphore européen. Térès Ier, fondateur de la dynastie des Téréïdes, en fut le premier roi, et Seuthès III établit la capitale à Seuthopolis (actuelle Kazanlak, Bulgarie).

 

Les peuples de la mer

Vers -1800 à -1500, des peuples associés à la culture balkanique post-Yamna et installés dans les Balkans, vont suivre la voie maritime qui relie le Danube à la mer Noire.

S'installant dans l'archipel grec, après un détour en Asie mineure, les Achéens rejoignent Mycènes entre -1900 et -1500. Avec les Illyriens et les Pélasges, ils sont parmi les « Peuples de la mer » qui ravagèrent les côtes méditerranéennes et particulièrement celles de l’Égypte. D'autres Achéens prennent la direction de l'est et longent les côtes de la mer Noire jusqu'en Colchide.

 

Spiridon Manoliu, selon J. et M. Griffe ; Chronologie de la Provence, M.-H. d’Arbois de Jubainville ; Les premiers habitants de l’Europe d’après les écrivains de l’Antiquité, et R. Delattre ; Langues et origines des peuples de l’Europe antique.

 

La colonisation de l'Europe

Tandis que la culture de Yamna étend son influence vers l'ouest ; des ethnies membres de l'haplogroupe R1b remontent le Danube et le Rhin, franchissent les Alpes et s'établissent en Allemagne : ce sont les Proto-Celto-Germains.

Dans le nord de l'Europe, la culture de Yamna influencera grandement la culture de la céramique cordée (-3000 à -2200). D'abord de nature génétique très hétéroclite, comprenant des individus appartenant aux haplogroupes E (ibéro-berbère), R1b, R1a et I (nordique), la culture de la céramique cordée est ensuite envahie par les Indo-Européens porteurs de l'haplotype R1a (ce sont les Proto-Balto-Slaves qui ont quitté les rivages de la mer Caspienne presque un millénaire plus tôt, vers. -3800).

Si les nouveaux arrivants balto-slaves remplacent la population de la culture de la céramique cordée, ils adoptent néanmoins la langue locale qui est le proto-germanique.

Les Indo-Européens continuent leur expansion vers le centre de l'Europe ; d'abord vers les îles atlantiques (Grande-Bretagne, Irlande et Islande), puis vers les péninsules espagnole et italienne. Ce sont les Proto-Celtes de la culture campaniforme (-2900 à -1900).

Leur constitution en tant qu'ethnie est marquée par l'apparition de l'haplogroupe R-L151, largement majoritaire chez les peuples de la façade atlantique (de la Belgique au Portugal). Cet haplogroupe est présent chez 60 à 90 % des habitants des îles britanniques et des Irlandais, et chez 40 à 60 % des habitants de l'Europe de l'ouest (France, Portugal), mais sa présence est négligeable en Europe de l'est, où l'haplogroupe R1a est largement majoritaire.

Favorisant le transport maritime, plus rapide et plus sûr, vers -2900 à -2500, les Proto-Celtes sont déjà sur les côtes portugaises, ce sont les Proto-Lusitaniens. Vers -2500 à -2200, ils sont en territoires ibères, en Andalousie : leur acclimatation à la culture locale donnera naissance à l'entité celte-ibère. Les Pyrénées demeurent cependant le territoire des Basques-Aquitains, un peuple vraisemblablement ibère.

 

Les Italotes

Dans le nord de l'Italie se distingue lentement une culture typique, qualifiée d'italo-celtique. Les Romains et les Latins seront les fruits tardifs de cette culture qui commença aux alentours de -2000.

Des langues romanes (latines) naîtront les langues d'oc et d’oïl, le roumain, l'espagnol, le portugais, le français, l'italien, ainsi que tous les dialectes qui sont associés à ces langues. L'influence du latin sur les langues germaniques sera par ailleurs immense.

 

Les Ligures

Vers -1500 à -400, les Ligures seront le plus puissant des peuples indo-européens pré-étrusques de la péninsule italienne. Leur présence est attestée d'Espagne jusqu'en Ligurie, avec une persistance dans le sud de la France. Ce sera ensuite au tour des Étrusques puis des Romains de dominer la péninsule.

Étymologiquement, le terme ligure est d'origine grecque. Il renvoie à la jouissance de la vie, des plaisirs et de la musique, ce qui nous donne une indication sur les mœurs et les coutumes ligures (qui seraient alors proches de celles des Étrusques, peuple connu pour leur art de vivre). Les sources anciennes distinguent, comme en Celtie, des Ligures « chevelus » et des Ligures « montagnards ». Il s'agit des habitants des côtes méditerranéennes, ainsi que des habitants des Alpes et des Apennins.

Tout comme les Pélasges, les Paléo-balkanniques (Illyriens) ou les Ibères (possiblement d'ascendance basque ou berbère), il est difficile de connaître l'identité exacte des premiers Ligures. Aucun document écrit en langue ligure n'étant disponible, il nous faut étudier la langue celtique ou latine pour y retrouver des emprunts ou des vestiges du ligure, de sorte que si le consensus actuel semble considérer les Ligures comme des Indo-Européens arrivés à l'ouest du continent entre l'an -2500 et l'an -1000, il ne s'agit que d'une théorie.

Il en est de même pour de nombreux autres peuples pré-romains de la péninsule italienne, tels les Ombriens, les Sabins, les Volsques, les Picéens, les Sicules ou encore les Sardes. Si nous connaissons précisément les territoires qu'ils occupèrent successivement, à la suite des guerres et des migrations, nous devons déplorer un manque cruel de matériel concernant leurs langues ou leurs religions. De fait, s'il semble incontestable que certains de ces peuples sont indo-européens de langue et de tradition (Ombriens, Latins, Sabins, Vénètes), il demeure contestable que d'autres le soient (Sardes).

Dans Peuples d'Europe Occidentale et Nordique dans l'Antiquité (Atramenta, 2016), le spécialiste des peuples antiques européens Raymond Delattre est cependant catégorique : « Les Ligures sont certainement les premiers Indo-européens d’Europe Occidentale, venus d’Ukraine, de Roumanie ou des Carpathes et arrivés au plus tôt vers -2500. Mais selon une expression consacrée chez les historiens, ils sont venus par vagues successives s’étalant sur de nombreux siècles. D’autres Indo-Européens leur ont succédé plus tard et ont pris leur place. […] Tout dans l’onomastique semble indiquer que les Ligures sont indo-européens, même si leur culture l’est peu. Il doit s’agir de petits groupes d’Indo-européens qui ont dominé des populations autochtones comme ce fut le cas pour les Achéens en Grèce, les Luviens sur les côtes d’Anatolie ou les Mitanniens indo-aryens en pays hourrite (de langue caucasienne). Ils pouvaient donc être bilingues et s’intégrer beaucoup plus que ne le feront leurs successeurs italiotes, gaulois ou grecs à la société et aux coutumes locales. On peut leur attribuer la culture des mégalithes de l’âge du bronze. Ils ont donc imité à leur manière la culture autochtone précédente. C’est dans le domaine du travail des métaux que leur apport aux populations locales a été le plus considérable. Ils introduisent aussi l’usage du char tiré par des chevaux. » Raymond Delattre propose d'attribuer aux Ligures un espace qui s'étendait de l'Andalousie actuelle au nord du massif alpin : « L’expansion ligure correspond assez bien à ce qui devait constituer le territoire de l’Atlantide [l'Atlantide de Delattre n'est pas l'Atlantis légendaire de Platon, mais la région d'Afrique du nord que les géographes Grecs considéraient comme les portes de l'océan Atlantique]. Des Ligures se trouvaient notamment, sous le nom de Cynètes, sur le site de Tartesse (Huelva), qui fut probablement le port commercial le plus important de cet empire atlante. Ils contrôlaient le commerce de l’étain (les Ipsicores des Cassitérides) et celui de l’ambre (les Ambrons). L’ensemble de leurs peuples, comme plus tard les Gaulois, constituaient donc une puissance occidentale qui avait de quoi impressionner les Méditerranéens par sa richesse en métaux (or, argent, étain). Ils avaient aussi sûrement réussi à monopoliser à leur profit le commerce de l’ambre de la Baltique (des Ligures sont signalés comme recueillant cette précieuse matière à l’embouchure de l’Albis, l’Elbe, en plus des Ambrons du Jutland). […] L’espace ligure (impressionnant) s’étendait au moins du Jütland (les Ambrons) jusqu’au sud du Portugal (les Cynètes) et du sud de l’Angleterre (les îles Cassitérides) jusqu’au Nord de l’Italie en passant par la Bretagne, l’Aquitaine, le Languedoc, la Provence et les Alpes. Les écrits antiques ne permettent aucun doute à ce sujet. L’Elbe (Albis) était signalé aussi comme un fleuve ligure, avec un nom ligure. »

 

Les Celtes

Vers -2500, les Proto-Celtes ont fini leur tour d'Europe et les dernières tribus nomades se sédentarisent en Europe centrale. Vers -2400 à -2100, ils sont aussi en Europe de l'est.

Quant à la civilisation celtique en tant que telle, il faudra attendre la culture de Hallstatt (-1200 à -450) puis celle de La Tène (-450 à -25) pour qu'elle s'exprime pleinement. Avant qu'elle ne s'efface en conséquence de la colonisation romaine (commencée vers -100 en ayant entraîné l'éradication des druides et du druidisme) puis de la christianisation du continent (commencée vers 300).

 
Les Germains

En conséquence de l'explosion démographique de la fin de l'Antiquité, les peuples se battent pour trouver leur territoire, et assurer à leur bétail du pâturage.

C'est une époque de grandes migrations : en Asie, les Cimmériens fuient les Scythes, qui eux-mêmes fuient les Touraniens. Les Alains, tribus aryennes gênées par l'expansion touranienne entre la mer Caspienne et le Karakoram, s'avancent en Europe pour y entrer au début de notre ère.

« Les tribus qui devaient former un jour la nation des Germains emportèrent, en quittant l’Asie pour se diriger vers l’Europe, le trésor d’une expérience acquise pendant la période préhistorique. Ces futurs Germains étaient des pâtres et des cultivateurs ; ils avaient mis le taureau sous le joug, dompté le cheval, et domestiqué nombre d’animaux. Ils travaillaient le bois, la pierre, les métaux et fabriquaient leurs charrues et leurs armes. Chez eux la famille était organisée ; elle avait son chef, qui était l’homme d’une seule épouse ; et la langue primitive, par le nom même qu’elle donnait à chaque membre de la famille, marquait la hiérarchie des sentiments et des devoirs entre le mari et la femme, les parents et les enfants, le frère et la sœur. La famille, avec ses serviteurs et ses esclaves, était le cadre naturel de la société ; l’autorité de son chef, la seule forme de gouvernement. » E. Lavisse. Études sur l’histoire d’Allemagne.

À partir de la fin du premier millénaire avant notre ère, sous les pressions hunnique et turco-mongole, mais aussi par volonté de conquête, les tribus germaniques déferlent successivement, sur les territoires gaulois (Francs), steppiques (Goths, Varègues), italiques (Lombards, Ostrogoths), ibériques (Wisigoths) et nord-africains (Vandales).

Elles sont en majorité porteuses de l'haplogroupe R1b (héritiers de Yamna), mais comprennent aussi des membres de l'haplogroupe R1a (Proto-Balto-Slaves) et I (Scandinave autochtone). Ces tribus germaniques sont accompagnées dans leurs mouvements par des tribus alaines (iraniennes de type R1a), avares (caucasiennes) ou tatares (turco-mongoles).

Jadis occupant un espace immense allant des rives de la Baltique jusqu'à la ville actuelle de Moscou, et présents en Europe depuis le troisième millénaire avant notre ère, les Baltes subirent quant à eux la pression germanique à l'ouest (Prussiens, Teutons) et slave à l'est (Ruthènes), pour ne plus occuper depuis le Moyen-âge qu'un petit territoire sur le littoral de la mer Baltique (Lettons, Lituaniens).

La seconde vague de migrations germaniques concerne les invasions vikings qui se déroulèrent à la fin du premier millénaire (vers. 700 à 1000). Les Danois régnèrent sur les îles britanniques, les Norvégiens colonisèrent l'Islande et le Groenland, et les Suédois s'installèrent dans les plaines baltes et russes jusqu'à Byzance.

En remontant par l’anglais et le hollandais, par le danois et le suédois, jusqu’à l’anglo-saxon, au vieil allemand, à l’islandais, et de là jusqu’au mésogothique, on arriverait à démontrer très bien de quelle racine tous ces rameaux sont sortis et comment ils ont divergé. On pourrait faire la carte géographique de toutes ces langues, les suivre comme autant de fleuves dans leurs sinuosités, dans leurs conquêtes, et, à l’aide de ces études philologiques, constater la migration des peuples, mieux qu’on n’a jamais pu le faire par d’autres rapprochement.

X. Marmier. Lettres sur l’Islande

Les Scandinaves

Vers 800 à 1000 apr. J.-C., c'est l'âge d'or des Vikings. Viking est un terme peu académique mais très populaire, qui désigne les clans scandinaves d’origine germanique qui pillèrent les embouchures des grands fleuves européens au début du Moyen-Âge.De ces hommes rudes, sont nés bien des clichés, tels qu'en témoigne Marmier dans ses Chants Danois :

« Le fils aîné héritait seul du patrimoine de ses pères. Il ne restait à ses frères qu’une voile de pêcheur, ou une lance. Ainsi les uns se faisaient soldats pour gagner l’épée à la main un coin de terre, ou une part de pillage. Les autres s’en allaient sur leur frêle embarcation attaquer les navires marchands, ravager les habitations situées sur la côte. Ces pirates se nommaient les rois de la mer. Ils montaient sur leurs bâtiments, qu’ils appelaient leurs chevaux à voiles, et les faisaient bondir sur les flots. Ni la distance ni la saison ne les arrêtaient. Quelquefois ils se mettaient en route, sous le poids d’un orage, sans savoir où ils iraient aborder. La mer les entraînait sur ses hautes vagues, et le vent de la tempête les poussait comme des vautours vers leur proie. Ils s’en allaient ainsi jusque sur les côtes de la Finlande, jusque sur les côtes d’Angleterre et de Normandie, ici rançonnant une peuplade, là pillant une ville, ailleurs moissonnant la campagne. Les princes leur payaient tribut ; les ducs de Normandie leur cédaient leur duché ; les rois d’Angleterre leur couronne, et Charlemagne baissa la tête et pleura en les voyant. »

L'aire d’influence norvégienne s'étendait vers l'Islande, l'aire d'influence danoise vers l'Angleterre et la France et l'aire d’influence suédoise (Varègues) vers la Russie et Byzance.

Outre des guerriers, les Vikings étaient aussi des commerçants hors pair, passés maîtres dans l'art du troc et du trafic d'esclave. Ce dernier commerce était particulièrement prisé par les califats et les sultanats d'Asie centrale et de Mésopotamie. Des artefacts venus de tous les continents furent retrouvés en Scandinavie, notamment des tissus précieux de facture islamique mais aussi une statue massive de bouddha originaire du Gandhara. Outre l'Atlantique qu'ils traversèrent, les Vikings ne manquèrent pas d’accoster les rivages sud de la Méditerranée et de la mer Noire, annexant parfois des régions russes, des états palestiniens de Terre sainte, ou encore des royaumes kabyles, berbères ou insulaires (Sardaigne, Sicile, Malte).

Les Slaves

Vers le milieu du premier millénaire de notre ère, les dernières vagues de nomades indo-européens à s'installer en Europe sont les Slaves. Après les vagues celtique, germanique, alaine, hunnique, il s'agit du dernier groupe ethnique à avoir massivement déferlé sur l’Europe. Originaires des steppes eurasiennes, les Slaves s'installèrent dès le début du premier millénaire de notre ère dans les vastes plaines germano-russes, colonisant ainsi la Bohême, la Thrace, les Balkans mais aussi toute la Russie Blanche.

 

LA FIN D'UNE TRADITION

Au long des millénaires, les mouvements de populations décidèrent du paysage culturel eurasien, mais ce ne fut pas toujours le fait d'une guerre ou d'une occupation militaire. Souvent, les peuples eux-mêmes, sentant la pression d'une nation voisine belliqueuse, décidaient de quitter ses terres pour en coloniser de nouvelles.

Sauf les Hyperboréens, tous ces peuples, à commencer par les Arimaspes sont toujours en lutte avec leurs voisins : les Arimaspes ont chassé de chez eux les Issédones, les Issédones ont chassé les Scythes, et les Scythes ont contraint les Cimmériens, qui habitaient sur les bords de la mer du sud, à quitter leur pays.

« Sauf les Hyperboréens, tous ces peuples, à commencer par les Arimaspes sont toujours en lutte avec leurs voisins : les Arimaspes ont chassé de chez eux les Issédones, les Issédones ont chassé les Scythes, et les Scythes ont contraint les Cimmériens, qui habitaient sur les bords de la mer du sud, à

Les Scythes chassèrent les Cimmériens de la région du Caucase, qui s’établiront ensuite en Anatolie puis en Europe.

La domination des Sarmates sur la steppe au nord de la mer Noire s'écroule sous les coups des Goths. Ces envahisseurs germaniques venaient du nord : ils étaient originaires de la Baltique et progressaient en direction du sud-est. En Russie du Sud, ils se séparèrent en Wisigoths et Ostrogoths ; au bout d'un certain temps, ces derniers fondèrent, sous le règne d'Ermanaric, un grand empire qui s'étendait de la mer Noire à la Baltique. La période gothique (200 à 370 de notre ère, selon la datation habituelle) prit fin brusquement en Russie avec l'irruption de nouveaux envahisseurs venus d'Asie, les Huns.

N. Riasanovsky, Histoire de la Russie.

Ayant perdu leur suprématie dans les steppes avec la chute de leur Empire, des tribus scythes pillèrent la vallée de l'Indus puis s'y installèrent. Au début de notre ère, si l'on ajoute les vagues des Huns blancs (Hephthalites), l'Inde comme la Perse n'ont pas cessé de subir les invasions venues du nord et originaires des steppes eurasiatiques sous-sibériennes. Ces diverses invasions causeront la fin du brahmanisme et de l'âge d'or de la civilisation indo-aryenne.

 

La fin du polythéisme

Depuis leur lointaine origine en Asie centrale, les peuples indo-européens ont connu un destin commun, même si celui-ci ne se décida pas au même moment. La plupart de ces peuples se sont en effet convertis au monothéisme, pour ensuite, irrémédiablement, perdre la pratique, puis la sagesse, de leurs traditions ancestrales. Ces pratiques ayant d'abord été chamaniques puis panthéistes.

Vers le milieu du second millénaire avant notre ère, ce furent d'abord les Aryens de Bactriane qui se convertirent les premiers à la doctrine monothéiste de Zarathoustra. Dès lors, ils combattirent les pratiques polythéistes des « adorateurs des dévas », ce qui eut pour conséquence de pousser à l'exil les tribus aryennes réticentes à l'hégémonie culturelle de ce qui allait devenir le mazdéisme et le zoroastrisme. Ces tribus rebelles franchirent donc l'Hindu Kush et s'installèrent dans un premier temps dans les vallées du Cachemire et des « sept vallées » (sources de l'Indus). D'autres vagues de migrations coloniseront les vallées de l'Indus, du Gange, mais aussi de la Narmada (centre de l'Inde).

Quant aux peuples indo-européens du Moyen-Orient, tels les Anatoliens (Phrygiens, Hittites, Kurdes) ou les Perses, le zoroastrisme et la présence juive, puis chrétienne et manichéenne, les avaient déjà accoutumés au monothéisme. Aussi, lorsque commencèrent les conquêtes islamiques, ils adoptèrent sans difficulté la religion de leur envahisseur.

À l'inverse, l'Inde voisine, qui fut pourtant sujette à la colonisation religieuse, culturelle et militaire musulmane plus de 800 ans durant, ne se convertit pas au monothéisme (pas dans sa large majorité en tout cas). Il existait bien sûr en Inde des formes de monothéisme, en particulier concernant les adorations (bakhti) de Vishnou, Krishna ou Shiva, mais jamais ces croyances en un dieu unique et tout-puissant, n'ont revêtu le caractère exclusif du monothéisme judéo-zoroastrien. L'Inde fut toujours imperméable au monothéisme abrahamique.

Du culte des anciens Aryens, il ne restait cependant plus grand-chose au seuil du second millénaire, que ce soit en Inde, en Perse ou ailleurs. Il y eut une certaine relance du culte du Soleil, avec l’édification d'un temple à Konack en honneur de Surya (v. 1250 apr. J.-C), mais ce mouvement spirituel ne fut jamais très important. Seuls quelques rares brahmanes pratiquaient encore les rituels brahmaniques dans leur forme la plus pure.

Plutôt que le polythéisme védique, ce que vénèrent les Indiens depuis les deux derniers millénaires, ce sont plutôt les personnages mythologiques de Krishna, Rama, mais aussi la Grande déesse ou encore deux des trois membres de la Trimurti ; Vishnou et Shiva. Or, il n'existe que de très rares mentions de Vishnou et de Shiva dans les Vedas. De même, le personnage de Krishna ne semble pas être une figure religieuse remontant au-delà des derniers siècles avant notre ère, donc postérieur de quelque 1000 années à la supposée composition du Rig-Veda. Si Rudra était connu des Védiques, il n'était pas un des dieux les plus populaires, et seuls quelques hymnes lui sont dédiés. Enfin, Indra et Varuna, mais aussi Soma, Chandra ou Ushas, perdirent de leur importance au cours des siècles pour ne plus incarner de nos jours, pour la masse des Indiens, que des personnages mythologiques utiles à l'élaboration des fables moralisatrices, mais sans importance théologique ou rituelle.

Il exista de tous temps en Inde des brahmanes savants des Vedas et les rituels védiques sont encore à la base de tous les rituels hindous, mais dans leur immense majorité, les hindous ne maîtrisent pas plus le sanskrit que les catholiques le latin. Quant aux Indiens locuteurs de sanskrit, qui appartiennent à la haute société indienne, ils ne maîtrisent que le sanskrit littéraire et classique, celui des épopées et de la Bhagavad Gita, mais pas la langue ancestrale des anciens Aryas.

 

Résumons la situation du polythéisme indo-européen  :

En Europe, il a disparu à la suite de la christianisation du continent.

En Inde, demeurent des traces persistantes de la tradition initiale mais noyées sous les nombreuses couches brahmanique, puranique et agamique que 2000 ans d'Histoire ont déposées dessus (de sorte qu'on a du mal à distinguer les couleurs d'origine).

Dans le monde perse, l'islam a acculturé tous les cultes locaux panthéistes. Seules de très rares communautés, comme celles des yézidis ou des zoroastriens, perpétuèrent encore une tradition inspirée du socle polythéiste indo-européen.

L'évolution spirituelle des civilisations

Rudra étant absent de l'Avesta et peu présent dans les couches les plus anciennes du Rig-Veda, il n'est donc pas une divinité authentiquement indo-européenne. Rudra et Cernunnos semblent plutôt des adaptations gauloises et indiennes, d'une entité prédatant les grandes migrations indo-européennes. Liée probablement au culte du phallus de pierre, au monolithisme et au culte du bœuf et de la vache, l'entité que nous retrouvons si clairement en Rudra-Shiva, en Cernunnos et en Dionysos, n'est donc pas une création mythologique indo-européenne, mais une très ancestrale divinité.

Divinité possédant d'évidentes composantes héritées du monde nomade des bergers, des chasseurs et des chamanes, la silhouette du Cernunnos-Pashupati n'est donc pas seulement commune aux peuples indo-européens mais aussi à l'humanité tout entière. En effet, chacune des sociétés humaines de type panthéiste ou chamanique, porte en elle une divinité centrale de type shivaïte.

L'animisme de type chamanique, est typique du haut néolithique et de la naissance de la civilisation. Ensuite survient le shivaïsme, c’est-à-dire le culte du phallus, de la fertilité et des champs, pratiques adaptées aux premières communautés humaines sédentaires. Entre ces deux âges, perdure le culte de la Grande déesse, ainsi qu'en témoigne l'unicité des mythes de Shiva et Parvati.

Alors que les civilisations se développent, intervient l'âge polythéiste de type panthéiste, introduisant une hiérarchie céleste. Le ciel se peuple de créatures toujours plus nombreuses, à l'image du développement de la société humaine. Artisanat, guerre, amour, science, médecine, chaque phénomène donne lieu à sa déification.

Alors que les civilisations se rencontrent et se subjuguent, naissent les démons, titans et autres asuras et danavas. En Inde, cette période serait marquée par l’arrivée des Aryens dans la vallée du Gange et par le recul du proto-shivaïsme face à l'introduction des dévas védiques (Agni, Indra, Soma, Varuna, Mitra...)

Le même phénomène s'observe en Europe. Dans son Essai sur l’inégalité des races humaines, Arthur de Gobineau relie avec pertinence le mythe des géants à l'arrivée des Achéens en Grèce.

« Les Titans étaient les fils directs de cet ancien dieu aryen, déjà aperçu par nous dans l’Inde, aux origines védiques, de ce Varuna, expression vénérable de la piété des auteurs de la race blanche, et dont les Hellènes n’avaient même pas défiguré le nom en le conservant, après tant de siècles, sous la forme à peine altérée d’Ouranos. Les Titans, fils d’Ouranos, le dieu originel des Aryens, étaient bien incontestablement eux-mêmes, on le voit, les Aryens, et parlaient une langue dont les restes, survivant au sein des dialectes helléniques, se rapprochaient, sans nul doute, d’une façon très intime, et du sanskrit, et du zend, et du celtique, et du slave le plus ancien.

Les Titans, ces conquérants altiers des contrées montagneuses du nord de la Grèce, ces hommes violents et irrésistibles, laissèrent [des traces] dans la mémoire des populations de l’Hellade, et, par contre-coup, dans celle de leurs propres descendants. [...] On les divinisa, on les plaça au-dessus de la créature humaine, on s’avoua plus petits qu’eux, et, ainsi que je l’ai dit quelquefois déjà, par une telle façon de comprendre les choses, on rendit exacte justice et aux nations primitives de race blanche pure et aux multitudes de valeur médiocre qui leur ont succédé.

Les Titans occupèrent donc le nord de la Grèce. Leur premier mouvement heureux vers le sud fut celui auquel présida Deucalion, menant à cette entreprise des troupes d’aborigènes, c’est-à-dire de gens étrangers à son sang. Lui-même d’ailleurs, on l’a vu, était un hybride. Ainsi, nous n’avons plus affaire désormais aux Titans. Ils restent, ils se mêlent, ils s’éteignent dans les contrées septentrionales de l’Hellade, dans la Chaonie, l’Épire, la Macédoine : ils disparaissent, mais non sans transmettre et assurer une valeur toute particulière aux populations parmi lesquelles ils se fondent. »

Le raisonnement de Gobineau repose sur l'assimilation religieuse et linguistique entre le dieu védique Varuna et le dieu ancestral des Grecs Ouranos. Celui-ci, tout comme Saturne en Italie, était vénéré bien avant Zeus lui-même. De même, en Germanie, Irmin était au sommet du panthéon avant Odin. En Inde, Varuna (Ahura en ancien perse) était la divinité tutélaire et centrale du peuple aryen, avant de céder cette place à Indra, puis à Brahma.

 

Une spiritualité trop riche, trop débordante, perd de sa mystique pour devenir un sujet de littérature. La poésie remplace alors le chant psalmodié des rituels. En réaction à la décadence religieuse, des sectes entrent alors en dissidence. C'est l'âge des schismes, marqué par la naissance du zoroastrisme, du jaïnisme, du bouddhisme, du judaïsme, du christianisme, du manichéisme, de l'islam...

À l’inverse des cultes rituels panthéistes, qui proposaient à l'individu de trouver sa place dans l'univers, ces nouvelles doctrines s'adressent à l'homme pour lui promettre le salut, et non au prêtre pour l'aider à officier.

À l'âge des rituels, des offrandes et des sacrifices, succède l'âge des livres, des lois, des règlements, des inquisitions et des intolérances. En réaction à ces tendances destructrices bien que régénératrices, se développent alors l'incrédulité, le scientisme (astrologie), l'amour des plaisirs, la philosophie, les cultes à mystères, l'ésotérisme, le gnosticisme...

Combattues avec violence par les cultes monothéistes devenus majoritaires, ces traditions disparurent, avant que ne s'impose l'agnosticisme, c’est-à-dire le refus d'une doctrine particulière, puis enfin l'athéisme, c'est-à-dire le refus de considérer Dieu dans sa vie.

En Europe moderne, la majorité de la population en est au stade terminal de l'évolution, qui est la négation absolue du divin dans l’existence, en Amérique, au Moyen-Orient, en Afrique, les populations sont encore au stade du monothéisme exclusif. Il n'y a qu’en Asie et en Inde en particulier, que se trouvent encore des populations qui suivent un culte qui relève non pas des strates religieuses les plus récentes, mais les plus anciennes, comme le chamanisme (Mongolie, Sibérie, Himalaya), le panthéisme (hindouisme, shintoïsme) ou le monothéisme non exclusif (vishnavisme, shivaïsme, shaktisme).

Le zoroastrisme, le christianisme, l’islam, se présentèrent en rupture avec les pratiques les ayant précédées. Le zoroastrisme et le judaïsme diabolisèrent le polythéisme, le christianisme abrogea les rituels judaïques et l’islam condamna l’idolâtrie… L'hindouisme au contraire, ne s'est pas construit en opposition. La figure de Shiva évolua à travers le temps, s'adapta, depuis la nuit des temps du sous-continent jusqu'à l’érection des plus récentes statues en banlieue de Bombay. Shiva porte donc encore en lui les traces du chamanisme, mais aussi du brahmanisme, du tantrisme et même du vishnavisme (avec le principe de l'avatar, inspiré de la mythologie vishnavite et adapté tardivement à Shiva).

Les INDO-EUROPÉENS (et les Proto-Indo-Européens)
Les INDO-EUROPÉENS (et les Proto-Indo-Européens)
Les INDO-EUROPÉENS (et les Proto-Indo-Européens)
Les INDO-EUROPÉENS (et les Proto-Indo-Européens)

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