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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le MITHRAÏSME (spiritualité perse et romaine)

Le bonnet phrygien, symbole de Mithra

Bibliographie :

Gasquet, Amédée. Le culte et les mystères de Mithra. Revue des Deux Mondes tome 152, Paris, 1899.

Maire de Clermont-Ferrand de 1888 à 1892, Amédée Gasquet (1852 - 1914) est un ancien professeur à la faculté des lettres de Clermont-Ferrand, recteur de l'académie de Nancy.

Prat, Louis-Charles. Mithra et le mithriacisme. Conférence 52 du Cercle Ernest Renan.

Louis-Charles Prat (1932 - 2013) est un ancien professeur à la Faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Yaoundé (Cameroun) et à l'Université de Haute-Bretagne. Il est l’auteur, en autre, de : Les langues indo-européennes et les autres (2003), Mœurs, civilisation et idéologie des Indo-Européens (2011), Druides et druidisme (2003), La quête du Graal en forêt de Brocéliande (2000) Spiritualisme et gnosticisme (2003), Initiés et profanes (1996), Exotérisme et ésotérisme, la kabbale hermétique (2002), Mithra et le mithriacisme (2002), Catharisme et néo-catharisme (2009), Cathares et catharisme (2003).

 

Mithra, entre Perse et Mésopotamie

« Quand les Perses envahirent la Médie et les pays du Tigre et de l’Euphrate, ils les trouvèrent en possession de la plus vieille civilisation du monde, à la fois très savante et très corrompue, fortement organisée par un corps de prêtres puissants. Ils en eurent d’abord la défiance et l’horreur ; puis, comme toujours, le vainqueur primitif et barbare se laissa gagner par le vainqueur plus raffiné. Cette civilisation était celle de Ninive et de Babylone. Sur les boues fécondes et malsaines de l’Euphrate, il est probable qu’a vécu la première humanité. [..]

L’astrologie, qui suppose la connaissance du ciel, était la grande affaire des prêtres [chaldéens], la science maîtresse. Des hautes tours à étages qui leur servaient d’observatoires, au-dessus de la poussière et du bruit des cités, ils exploraient de leurs regards aiguisés par l’habitude les profondeurs du ciel oriental. À Callisthène, l’envoyé d’Aristote, ils montraient des observations astronomiques enregistrées depuis dix-neuf cent trois années consécutives. Dans les débris de la bibliothèque d’Assourbanipal, on a retrouvé, en même temps que des traités de magie, des calendriers, des livres de numération et d’astronomie d’une singulière précision. Ils fixaient la naissance du monde au moment où le soleil était entré dans le Taureau et lui assignaient pour fin le moment où il rentrerait dans ce signe. Le soleil était en effet leur principale étude. Ils lui avaient tracé sa voie dans le ciel, compté pour autant de victoires son entrée dans les douze signes, ses hôtelleries célestes, nommé ces signes par les vagues figures ébauchées par le groupement des étoiles et rattaché à chacun autant de légendes héroïques. Ils avaient affecté à ces signes leurs douze dieux principaux et aux trente-six décans les trente-six divinités inférieures. Mais pour eux, le ciel était surtout le livre des destinées, la manifestation sensible des volontés divines. Des influences constatées du soleil, de la lune et des planètes sur la nature et sur l’homme, ils concluaient à des influences permanentes et occultes, à des sympathies mutuelles que la science pouvait pénétrer et dont le secret assurait la domination sur les hommes.

Cette civilisation, servie par les armes victorieuses des rois assyriens, s’était imposée depuis des siècles à toute l’Asie. La Médie [contrée aryenne], la première étape de la conquête persane, en était toute pénétrée. Ecbatane [une des toutes premières villes fondées par les Mèdes, v. 700], que vit Hérodote, avait, comme les villes de Chaldée, sept enceintes aux couleurs des sept planètes. Les mages y dominaient. La pure religion de la Perse [le mazdéisme], presque absolument dépouillée d’éléments naturistes, ne tarda pas à s’altérer par ce voisinage. L’Avesta, même dans ses parties anciennes, porte la trace de ces influences ; non seulement la fixation des périodes de la grande année cosmique, mais le nombre des Amesha Spenta, celui des yazatas, qui répond aux jours du mois lunaire, en portent le témoignage. […] » Gasquet.

« Parmi les rois perses, on sait qu’Artaxercès II Mnémon « qui a de la mémoire » et qui régna environ de 404 à 358 avant notre ère, honorait Mithra au même titre qu'Ahura-Mazda et que la déesse Anahita. En effet, les rois de Perse juraient par Mithra. Le septième mois de l'année lui était consacré. Le Grand Roi participait personnellement aux fêtes en son honneur par des libations et des danses sacrées. On constate donc que dès le IVe siècle Mithra avait repris une place privilégiée dans la religion des Achéménides. Son éclipse à l'origine de la réforme Zoroastrienne n'a pas empêché son culte de perdurer et de revenir en force au bout de quelques siècles. Il faut encore ajouter que le culte d'Anahita, la « douce amie de dieu » et son épouse, est associé au culte de Mithra et continue le rôle de la Sathana indo-européenne comme celui de la Chandi [Parvati-Durga] indienne. » Prat.

« Sous Artaxercès Mnémon, s’achève la trahison des dieux nationaux. Deux des yazatas avestéens, Mithra, le génie de la lumière, Anahita, le génie des eaux courantes dispensatrices de fécondité, se prêtaient à l’assimilation avec les dieux de la Chaldée. Artaxercès imposa le premier l’adoration à ses sujets et dressa à Suze, à Ecbatane, à Babylone, et jusqu’à Damas et à Sardes, les statues du nouveau couple, Mithra et Anahita, conçu sur le modèle des couples babyloniens d’Ishtar, l’Aphrodite chaldéenne, et de Marduk, le dieu solaire et démiurge. À leurs temples, il affecta d’immenses revenus. Il attacha au service de la déesse des milliers de hiérodules des deux sexes, voués aux prostitutions sacrées. Le culte d’Ahura-Mazda n’est point pour cela délaissé. Les inscriptions achéménides nous le montrent associé tantôt à Mithra, tantôt à Mithra et à Anahita. Mais, dès lors, il commence à s’effacer, sans jamais disparaître, et à s’éclipser devant l’éclat de son coadjuteur, Mithra, identifié de plus en plus par la foule avec le soleil. [...] La fusion s’est consommée entre les religions de la Perse et de la Chaldée. Si plus tard, dans les mystères de l’Occident, Mithra nous apparaît dégagé de toute promiscuité féminine, le plus austère dans son culte et dans ses symboles de tous les dieux de l’antiquité, nous sommes conduits à conclure à une séparation violente du dieu perse d’avec sa conjointe, à une sorte de réforme puritaine qui ramena Mithra à la pureté des conceptions avestéennes. Cette réforme, nous n’en connaissons ni le temps, ni le lieu ; elle s’opéra probablement sous la domination des successeurs d’Alexandre, au sein d’une de ces sectes, qui, comme les zervanistes unitaires, naquirent de la ruine du magisme. Anahita, seule et sans son acolyte, resta la déesse-nature adorée surtout en Arménie, en Cappadoce, dans le Pont et la Comagène. Mithra semble être resté le dieu des Parthes, de Tiridate [roi d'Arménie] et de Vologèse [roi parthe], un Mithra tout persan par les directions de sa morale et le caractère de sa doctrine, chaldéen par la forme de ses dogmes et son symbolisme astronomique. » Gasquet.

« En Asie Mineure, les rois d'origine iranienne, revendiquant parfois une hérédité achéménide, ont favorisé l'arrivée en Occident d'un mithriacisme hellénisé. Le nom théophore de Mithridate ou Mithradatès « don de Mithra » porté par les rois du pont, d'Arménie et de Comagène révèle qu'ils vénéraient Mithra. Ils voyaient en lui le garant divin de leur autorité. […] C'est sans doute l'hellénisation du monde asiatique sous l'influence des dynasties installées par les diadoques d'Alexandre qui a favorisé l'introduction, dans le monde grec, du culte de Mithra. Cela a été également aidé par les correspondances qui existaient dans le mazdéisme avec le courant gnostique grec maintenu dans les mystères et venant de l'héritage commun indo-européen qui identifiait Hermès avec le Protecteur des Êtres et Apollon avec le Protecteur des Choses. » Prat.

 

Mithra s'installe à Rome

« La première étape du culte de Mithra, hors de sa patrie d’origine, fut la Phrygie. Il ne nous reste aucun document de ce séjour, et c’est là la principale lacune de son histoire. Il ne semble pas que la doctrine du dieu persan se soit altérée au contact des divinités phrygiennes. Mais déjà se manifeste en lui cette facilité singulière à s’adapter aux divers milieux où il se transporte et à s’apparenter aux dieux étrangers. C’est ainsi qu’il emprunte à Attis le costume sous lequel il figurera désormais sur les monuments, les braies flottantes serrées aux chevilles, la blouse et le bonnet phrygien. Il se confond avec Sabazius [apparenté à Zeus ou Dionysos], le dieu solaire, « berger du troupeau des étoiles, » qui déjà, sous le patronage de Bacchus, a pénétré dans les mystères d’Éleusis. Son nom gravé se lit sur le taureau mithriaque du Capitole ; et, dans la catacombe de Prétextât, un prêtre de Mithra et un pontife de Sabazius dorment fraternellement unis dans la tombe. Pareille alliance, attestée par les monuments du IVe siècle, se fit avec le dieu Men ou Lunus, qui ressemble de si près au Sin chaldéen, le dieu mâle de la lune : la victime immolée à tous deux est le taureau. Il est possible aussi que, dès lors, le culte de Mithra ait emprunté à celui de Cybèle l’usage du taurobole et du criobole ; bien que l’immolation du taureau et du bélier, qui tous deux symbolisent à deux périodes différentes l’année zodiacale en Chaldée, fût une coutume générale sur les bords de l’Euphrate. Le pin, emblème d’immortalité, qui garde en hiver sa verdure, et qu’on promenait pendant les lamentations d’Attis, devient un des accessoires figurés du sacrifice mithriaque. De Phrygie, le culte de Mithra gagna les côtes de la Méditerranée. Il était le dieu principal des pirates que Pompée poursuivit dans leurs retraites de Cilicie. Les légions le rapportèrent de Tarse, la colonie assyrienne fondée par Sennachérib, et par elles, il fit son entrée dans Rome. [...]

Les mystères de Mithra s’introduisirent à Rome, au déclin de la République, vers le même temps où, de tous les points du bassin de la Méditerranée, d’Égypte, de Syrie, de Judée, de Perse et de Chaldée, commençaient à affluer vers la capitale du monde les cultes orientaux et les superstitions étrangères. Rendez-vous de tous les peuples, Rome devient le réceptacle de toutes les religions qu’a connues l’univers, comme si toutes pressentaient, à ce moment précis où s’établit l’empire, la crise religieuse d’où devait sortir une religion universelle.

Les temps étaient propices pour la propagande des dieux nouveaux. La vieille religion se mourait au milieu de l’indifférence générale. À bout de sève, elle avait perdu toute prise sur les âmes, toute action sur les consciences. Il n’en restait que les rites, la liturgie, les gestes extérieurs. Cette mythologie fripée n’imposait plus même aux enfants et aux vieilles femmes. Le peuple, sevré des agitations de la politique et du souci de la patrie, exclu de la religion officielle, qui restait le privilège de l’aristocratie, déshabitué de ses cultes municipaux, n’a plus rien pour satisfaire les besoins supérieurs de sa nature et cette soif obscure d’idéal qui est la noblesse et le tourment des sociétés humaines. Ni la réforme religieuse d’Auguste (le culte de la Cité-Reine, agrandi à la mesure du monde conquis) ne pouvait lui donner l’aliment qu’il réclamait ; ni la philosophie grecque, qui prit sous les Antonins quelques-unes des formes et des allures d’une religion, et prétendit à la direction des consciences, n’était capable d’agir sur des imaginations avides de mythes et de symboles, sur des cœurs affamés de consolation et d’espérance.

Le peuple entendait d’autres voix, allait à d’autres maîtres. Jamais le monde n’a vu pareil débordement de superstition, pareille orgie de surnaturel, jamais tant de devins, de charlatans, d’astrologues, de vendeurs de recettes pieuses et d’amulettes. L’espace se peuple de génies et de démons, qui interviennent pour faire de la vie de l’homme un miracle continuel. D’extravagantes chimères hantent les cerveaux les plus robustes et les plus lucides. Mais cette folie même est le signe d’un travail extérieur, d’une fermentation spirituelle, d’une attente. Des préoccupations nouvelles assiègent les esprits ; des mots nouveaux circulent, qu’on entend dans les réunions secrètes, dans les associations des humbles, et qu’on retrouve sur la pierre des inscriptions. L’âme est en proie au tourment de l’inconnu et de l’au-delà ; elle réclame un sauveur, elle aspire au salut ; elle souffre de la tare intime du péché : non de cette amertume que laisse après elle la faute commise, mais de cette souillure radicale et foncière qui vient de l’infirmité originelle de l’homme. Pour la laver et l’effacer, on a recours aux lustrations, aux expiations connues, et l’imagination enfiévrée en invente de nouvelles. » Gasquet.

« On comprend bien qu'une organisation de résistance armée à l'impérialisme romain ait voulu lier ses membres par un rituel qui les engageait sous la foi du serment. Le culte, uniquement réservé aux hommes, avec un mode d'organisation secret à caractère militaire, ne manque pas d'attirer les légionnaires romains. C'est peut-être pour cela que les mithraea romains reprennent l'aspect des grottes dans lesquelles les pirates ciliciens célébraient le culte de Mithra. » Prat.

« [Le culte de Mithra] végéta d’abord obscurément [à Rome]. Le premier monument qui le signale est une inscription de Naples, du temps de Tibère. Néron lui fit accueil et demanda à ses mystères l’expiation de son parricide. Il se lie d’amitié avec les souverains parthes et reçoit leurs ambassadeurs, qui célèbrent à Rome ouvertement leur culte. Ce culte est florissant sous Trajan. Hadrien l’interdit un moment, à cause de la réputation de cruauté qu’avaient ses cérémonies. Commode se fait initier et commet un homicide au cours des épreuves. Mithra profite de la faveur extraordinaire qu’Héliogabale, le prêtre syrien couronné, donne au culte du Baal d’Émèse. Mais c’est surtout d’Aurélien que datent l’extension et l’immense popularité de Mithra. Né en Pannonie d’une prêtresse du Soleil, élevé dans le temple, Aurélien est envoyé comme ambassadeur en Perse. Il lit dans le relief d’une coupe consacrée à Mithra la promesse de son élévation future. Plus tard, empereur [de 270 à 275], vainqueur de Zénobie, il transporte à Rome le dieu solaire de la cité palmyréenne et prélude au syncrétisme auquel aboutira le paganisme, en unissant dans une même adoration tous les cultes du Soleil. Pour la première fois se lit sur les médailles, avec l’emblème de l’invictus « Sol dominus Imperii Romani » ; Sol et Mithra ne sont plus désormais qu’une même divinité. [...]

Mais ce fut aussi sa morale active et pratique qui valut au mithriacisme la faveur des derniers Romains. [...] Dès leur premier contact avec les Perses, les Grecs furent frappés de la supériorité morale de ce peuple de montagnards. On connaît le mot d’Hérodote : « Les Perses apprennent trois choses à leurs enfants : à monter à cheval, à tirer de l’arc, et à ne point mentir. » Il vante la sûreté de leur parole et de leur engagement : « La poignée de main d’un Perse est le gage le plus certain d’une promesse, » dira Diodore, parole conforme à cette belle sentence de l’Avesta : « Le contrat doit tenir avec le fidèle comme avec l’infidèle. » Défense est faite au mazdéen de contracter des dettes ; car la dette conduit au mensonge, qui est le plus grand péché contre Mithra. Xénophon, qui est un témoin, écrit sa Cyropédie, pour opposer l’éducation virile et réservée des Perses à celle des jeunes Grecs d’Athènes, et Platon lui-même juge que leur culte est le plus pur que l’on rende aux dieux. […]

La loi de Mazda est une loi de pureté. Ce n’est pas seulement la pureté rituelle qu’elle prescrit, mais la pureté en paroles, en pensées et en actions. Il n’est pas de recommandation qui revienne plus souvent dans l’Avesta. Elle condamne sévèrement la prostitution, l’infanticide, les manœuvres abortives, la séduction des jeunes filles. Les démons s’emparent du coupable et le rendent totalement impur. Il n’est pas étonnant que ces maximes aient plu aux Romains qui multipliaient les lois contre le célibat, la dépopulation de l’Italie, la ruine de l’agriculture et l’extension menaçante des terres infertiles. La religion prêtait au législateur son autorité pour conjurer un mal, qu’aucun remède ne semblait plus pouvoir enrayer. » Gasquet.

 

Le culte à mystères mithriaque

Le Mithraïsme est alors un culte à mystères populaire à Rome, en Europe balkanique et germanique et jusque sur les bords de la Mer Noire. Il s'agit d'un culte transcendantal qui se déroule dans les catacombes ou dans des temples souterrains et secrets.

« Contrairement aux religions orientales dont la puissance se compte au nombre des adeptes et dont les cérémonies sont accessibles à tous, prêtres et croyants, le culte de Mithra était un ordre initiatique fermé où l'on ne pouvait accéder qu'après sélection rigoureuse et élitiste, où chaque degré d'initiation gardait ses secrets inaccessibles aux membres des degrés inférieurs. On y observait la loi du silence sous serment. [...] On n'honorait Mithra qu'entre initiés engagés au service non seulement de la communauté, mais aussi de l'humanité tout entière pour la mener vers la voie du salut et du bien. Ce culte était fermé non par mépris pour les autres, mais parce que, selon les enseignements gnostiques, la lumière se mérite et ne peut qu'éblouir celui qui est incapable de la recevoir. » Prat.

L'initiation mithriaque comporte sept degrés. Les trois premières épreuves sont physiques, les suivantes sont plus intellectuelles. Les épreuves peuvent faire penser à la fois à une formation militaire mais aussi à des méthodes ascétiques. Une des épreuves consiste à acquérir le statut de « corbeau », c’est-à-dire de messager de Mithra. Une épreuve consiste à demeurer 40 jours dans le désert, une autre à s'asperger du sang d'un taureau sacrifié, etc. Chaque grade demande une préparation physique particulière, ainsi qu'une initiation mystique. La franc-maçonnerie s'inspirera largement du culte mithriaque pour hiérarchiser sa société initiatique.

« Les épreuves surmontées permettaient l’accès aux grades. Il existait en effet parmi les initiés une hiérarchie rigoureuse, calculée d’après le degré d’instruction ou d’intelligence de chacun, les services rendus, ou le dévouement à la communauté, et qui avait pour but d’inculquer l’obéissance et de susciter l’émulation. On n’est d’accord ni sur le nombre de ces grades, ni sur leur ordre, ni même sur leurs noms. Le passage de saint Jérôme, où ils sont énumérés, est un des plus mutilés des manuscrits. Une saine critique commande de n’admettre que ceux que mentionnent expressément les textes et les inscriptions. Il se trouve qu’ils sont au nombre de sept, répondant à celui des planètes et aux degrés de l’échelle mystérieuse de Celse. Ce sont le Miles [soldat], le Léo [lion], le Corax [corbeau], le Gryphius [Nymphus, l'époux], le Persès [Perse], l’Hélios [soleil], le Pater [père]. Les anciens ignoraient eux-mêmes le sens symbolique et secret de ces dénominations. Si nous nous référons au texte de Pallas, rapporté par Porphyre, elles désigneraient ces enveloppes successives, dont doit se dépouiller le myste pour atteindre l’état de pureté, et les personnages divers par lesquels il doit passer, avant d’arriver à la perfection. L’initiation à chacun de ces grades était l’occasion d’autant de fêtes, dont les inscriptions gardaient le souvenir, les léontiques, les coraciques, les héliaques, etc.

L’initiation mithriaque était donnée dans des grottes naturelles ou artificielles, semblables à celle que Zoroastre, le premier, écrit Porphyre, « consacra en l’honneur de Mithra, créateur et père de toutes choses. » Ses mystères, comme d’ailleurs tous les mystères, avaient pour objet d’expliquer aux hommes le sens de la vie présente, de calmer les appréhensions de la mort, de rassurer l’âme sur ses destinées d’outre-tombe et, par la purification du péché, de l’affranchir de la fatalité de la génération et du cycle des existences expiatoires. Cet enseignement suppose un ensemble de doctrines sur l’origine spirituelle et immortelle de l’âme, sa déchéance, son rachat par les mérites et avec l’aide d’un dieu psychopompe et sauveur. Il serait intéressant d’en rechercher la genèse et de remonter à leur source. Elles sont absolument étrangères à la religion d’Homère ; les Grecs eux-mêmes en reconnaissaient la provenance orientale. Ils en attribuaient l’importation à Pythagore, qui lui-même les tenait, directement ou par l’intermédiaire de son maître Phérécyde, d’Égypte et de Chaldée. » Gasquet.

La fin du mithraïsme

« Contrairement à la religion chrétienne qui véhiculait des concepts orientaux plus conformes à la pensée des étrangers et des esclaves venus d'Asie, le culte de Mithra apportait une vision du monde, un symbolisme et une eschatologie tout à fait conformes à la gnose et à la mythologie indo-européenne primitive. C'est sans doute la raison pour laquelle son ascension fulgurante a compromis fortement l'avenir du christianisme au point de provoquer de violentes réactions politiques. […] En 390, l'empereur romain Théodose interdit par décret tous les cultes non chrétiens à Rome. Mais ce faisant, s'il chassait les prêtres des temples, il ne supprimait ni les prêtres, ni les rites. Et pour perpétuer leurs connaissances tout en continuant à célébrer leurs cultes, tous ces hommes sacrés s'unirent dans le secret en un grand œcuménisme non chrétien. Car la victoire du christianisme n'était que militaire et politique. C'est pourquoi, malgré tout, la gnose s'est transmise oralement et dans des écrits que seuls peuvent déchiffrer ceux qui en ont appris les règles. […] Quoi qu'il en soit, le culte ne s'est jamais complètement perdu. Le Temple est toujours là, dans l'esprit de ceux qui l'étudient et le vivifient par leur pensée. » Prat.

Le regain d’intérêt pour la symbologie mithriaque étant surtout dû à sa récupération par la tradition franc-maçonne, c'est à ce courant de pensée que fait référence Louis-Charles Prat.

Ce n'est qu'à la suite de la christianisation du continent, commencée à la fin du 4e siècle, que le Mithraïsme fut qualifié d'hérésie et disparut tout à fait, pour n'être plus de nos jours qu'une énigme de plus, qu'un manque flagrant de sources écrites de première main nous empêche d’éclaircir. L’Église médiévale ayant en effet brûlé de très nombreux manuscrits antiques, accusés d'idolâtrie ou de paganisme, dont l'étude nous fait actuellement cruellement défaut.

Du culte de Mithra, nous connaissons surtout les symboles, qui font office de vestiges. La fête de Noël, c’est-à-dire le solstice d'hiver est ainsi une coutume mithriaque. La présence et l'ingestion symbolique du pain et de l'eau lors des cérémonies mithriaques inspira les coutumes chrétiennes. Dans le registre pictural, la couronne de rayons lumineux, qui couronne par exemple la statue de la Liberté, est d'inspiration typiquement mithriaque.

Le MITHRAÏSME (spiritualité perse et romaine)

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