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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le grand sacrifice royal - ASHVAMEDHA (rituel indien)

L'ashvamedha (« le sacrifice royal du cheval », est mentionné pour la première fois dans les hymnes à Indra du Rig-Veda, alors que les tribus aryennes ne vivaient pas encore en Inde, mais en actuel Turkménistan. Dans le Ramayana, Valmiki fait mention d'un ashvamedha effectué par Rama.

Écrit dans la vallée de l'Indus durant la fin du millénaire qui précéda la naissance du Christ, le Livre de Manu définit ainsi l'ashvamedha :

Celui qui offre le sacrifice du cheval tous les jours pour une durée de cent ans, et celui qui ne mange pas de viande, ces deux-là mangent du même fruit de leur bonne action.

Un cheval était élevé en grande pompe, puis laissé libre d'errer six mois dans la campagne, jusqu'aux confins du royaume et du monde, accompagné seulement de quelques gentilshommes. Une fois cette période écoulée, si personne n'avait tenté de ravir le cheval, le roi qui en était propriétaire devenait roi du monde, maharaja des maharajas. Tout au long du rituel, qui durait une année complète et honorait absolument tous les dieux du panthéon védique, les brahmanes recevaient de très nombreuses offrandes, offertes par le roi en échange de leurs offices. Leurs tâches consistaient surtout à réciter des dizaines de milliers de prières et d'autres mantras.

Le rôle politique et militaire d'un tel événement apparaît plutôt évident. Il s'agit pour le roi, le chef des kshatriyas, de conquérir le trône et d'en assurer la gouvernance. C'est aussi l'occasion pour les brahmanes d'assurer leur pouvoir, leur puissance et leur omniprésence dans le domaine religieux. Sans eux, rien n'existe ni rien n'est possible. Indispensables passeurs d’énergie entre les hommes et les dieux, les brahmanes sont durant l'ashvamedha les principaux artisans de sa réussite.

Il faut donc imaginer toute une ramification d'artisans qui auront fort à œuvrer en marge de ces magnifiques cérémonies. Les éleveurs de bétail se verront acheter leurs vaches par le roi, qui les offrira aux brahmanes. De même, les tailleurs de pierres tailleront les pierres précieuses qui seront jetées au fond de tonneaux de métal ou de cuivre que travailleront avec dévotion d'autres castes de potiers ou de forgerons. Et tous ces efforts sont tendus vers un unique et puissant brasier, illustrant l'idée commune en Asie que les plus grands efforts ne sont que vanité.

L'ashvamedha est la cérémonie ultime, qui réunit chacune des castes, en leur faisant occuper la place qui est la leur : les brahmanes parlent aux dieux, les kshatriyas montrent leur magnanimité et leur gloire, tout en demandant le pardon de leurs actes, les vaishyas apportent les biens utiles au culte, et enfin, les shudras travaillent et sont payés à bon compte.

Dès le deuxième siècle avant J.-C., et jusqu'au 18e siècle, des inscriptions sur des monuments construits à la gloire des rois, dans les annales, les chroniques de guerres, nous indiquent que l'ashvamedha fut organisé et mené à bien plusieurs fois de suite. Les rois Gupta Samudra (335 à 375) et Kumara (414 à 455) éditeront même des pièces de monnaie en hommage au rituel mené à bien.

Le premier ashvamedha historiquement daté est celui du roi Pushya-Mitra (-185 à -149), qui appartenait à la dynastie des Shungas. Parmi les plus glorieux, nous citerons le roi Satakarni (vers 100 apr. J.-C.) qui a fait deux ashvamedhas. Plus impressionnant encore, le roi Shilavarman (3e siècle) en a lui effectué quatre, tout comme le roi Pravarasena Ier (270 à v. 330 apr. J.-C.).

Celui qui se réclama du plus de rituels, fut le mystérieux roi Simhavarman, il serait peut-être l'historique Narasimhavarman Ier (630 à 668), il se vante lui de dix ashvamedhas. La dynastie Naga de Padmavati (305 à 320) revendique elle aussi dix ashvamedhas, mais sans nous en préciser les organisateurs, de sorte que l'on peut imaginer qu'il s'agisse d’œuvres intergénérationnelles, le prince continuant l'ashvamedha du roi défunt. Le dernier monarque à avoir organisé un ashvamedha serait Jai Singh II (1734 à 1741) de la dynastie Kachwahas de Jaipur.

Cependant, à cause de ses règles drastiques, et de la si grande complexité de son organisation, le rituel du cheval est le plus souvent marqué par l'échec que par la réussite. L'ashvamedha a donc perdu au fil des millénaires sa signification militaire, politique et sociale pour se doter d'un sens second, mystique et initiatique.

Selon le Vedanta, école réformiste de l'hindouisme moderne, c’est-à-dire datant des 1500 dernières années, l'ashvamedha doit être compris comme un rituel dont le sens symbolique est de mener le yogi vers la libération de son âme à travers une vie vécue justement et dans le respect du Dharma, la Loi Universelle.

Tombé en désuétude, au tournant du premier millénaire, l’ashvamedha fut même inclus à la liste des rituels interdits par les autorités hindoues, tout comme le fut le Purushameda, le sacrifice de l'homme. La grandeur de ce rituel, pensait-on, ne correspondait pas à l'âge dans lequel l'humanité vivait à présent et qui était l'âge de la destruction.

L'ashvamedha fut de tout temps une pratique ultra-marginale de l'hindouisme qui a toujours soulevé des critiques. Le critique le plus virulent de cette coutume reste Charvaka (v. -600), philosophe indien athée, agnostique et sceptique, qui n'hésitait pas à dire que :

Les auteurs des Vedas étaient des bouffons, des menteurs et des démons. Toutes les formules apprises par cœur par les prêtres, de quelque sorte qu'ils soient, sont des rituels obscènes menés au service de rois et de reines décadents. Ce qui est commandé dans l'ashvamedha est l’œuvre de bouffons et tous ces cadeaux offerts à tous ces brahmanes qui mangent de la viande, sont des rituels obscurs inspirés par les forces du mal.

En Europe aussi de vives critiques furent émises à l'encontre des rituels sanglants. Citons comme illustration le satiriste Lucien de Samosate (v. 120 - 180), qui s'en moque allégrement :

« Quand on voit éclater l'ineptie des hommes dans les sacrifices, les fêtes, les supplications des dieux, quand on considère ce qu'ils leur demandent, les vœux qu'ils leur adressent, l'opinion qu'ils s'en forment, il faudrait être, à mon avis, bien chagrin, bien morose, pour ne pas rire de tant d'extravagances. Cependant, avant d'en rire, je crois qu'il est bon de se demander si l'on peut appeler ces gens-là religieux ou misérables ennemis de la divinité, dont ils se font une idée basse et indigne au point de croire qu'elle a besoin des hommes, qu'elle se plaît à leurs adorations et qu'elle se fâche de leur indifférence. [...] Il suit de là que les dieux, probablement, ne font rien sans retour. Ils vendent les biens aux hommes ; et on peut leur acheter la santé moyennant un jeune bœuf. Pour quatre bœufs on a les richesses, et la royauté pour une hécatombe. Il en coûte neuf taureaux pour revenir sain et sauf de Troie à Pylos ; et une vierge de sang royal, pour naviguer d'Aulis à Troie. » Sur les sacrifices, 1 à 3.

Le grand sacrifice royal - ASHVAMEDHA (rituel indien)

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