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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le serpent de vie (KIRTIMUKHA, OUROBOROS et KUNDALINI)

Le serpent de vie (KIRTIMUKHA, OUROBOROS et KUNDALINI)

Le serpent de vie (Kirtimukha, Ouroboros et Kundalini)

Kirtimukha est un des ganas les plus puissants. Sa nature étant celle d'un naga, c’est-à-dire un serpent-titan, son maître lui conseilla de mettre sa queue dans sa bouche et de se dévorer lui-même. À la grande surprise de Shiva, le serpent pris plaisir à se manger la queue et Shiva lui donna donc le nom de « Glorieux » (ce que signifie Kirtimukha en sanskrit).

Aussi appelé « Grasa » (le Destructeur), Kirtimukha représente le cycle du temps. Il est l'avatar du dieu Kala, le temps destructeur, lui-même avatar de Rudra-Shiva, le dieu ambivalent dont toute création et toute destruction trouvent leur origine. Sous la forme de sculpture, il garde l'entrée des temples dravidiens. Seule sa tête effrayante est représentée : sans mâchoire inférieure, la langue tirée, les yeux exorbités.

Sous la forme du serpent cosmique, incarnation du temps destructeur qui ne cesse de rendre au chaos tout ce qui en était sorti, Kirtimukha est le gardien du samsara, le cycle dharmique de la naissance et de la mort.

Gardien d'une réalité que les sages veulent dépasser, Kirtimukha peut être vu comme un monstre. C'est le cas en Chine, ou son pendant, Toa-tie, est le « monstre de cupidité. »

 

Le serpent qui se mord la queue se retrouve en Grèce dans la figure d'Ouroboros. Ouroboros est un serpent, dont la queue est enroulée sur lui-même et entre dans sa bouche.

Sa bouche symbolise le Yoni, le principe féminin, le réceptacle, tandis que sa queue est le phallus dont provient toute création et régénération. Le serpent est un animal qui mue, en cela les Anciens le considéraient comme l'animal symbole de l'immortalité. À travers son processus d'évolution, de transformation, de mue, le serpent était considéré comme immortel, bien que toujours changeant, toujours compris dans un cycle de mue. Le serpent est donc la parfaite métaphore de l'âme, que les peuples indo-européens pensaient immortelle, bien que sujette à un cycle de naissance, de vie, de mort et de repos, semblable aux saisons.

Comme l'homme vert ou Kirtimukha, Ouroboros est placé en évidence dans les temples et les maisons, comme un rappel permanent que la vie n'est qu'un cycle et que rien n'est constant. S'attacherait-on à quelqu'un ou quelque chose, que le temps s'empresserait de tout corrompre. Sans cette force de corrosion, le renouveau des êtres et des choses ne pourrait cependant pas se faire. Sans destruction, nulle création n'est possible, et sans hivers, nul printemps ne peut exister.

 

Le serpent de vie « Kundalini » est une figure très proche d’Ouroboros. Mythe tantrique, Kundalini symbolise l'union de la matière à l'esprit, du corps à la pensée. Selon le yoga de Patanjali, la base du corps est la base de la colonne vertébrale.

Du ventre à la tête, de l'anus au ciel, le yogi cherche alors à lever son kundalini, c’est-à-dire à prendre conscience des différentes dimensions de l'existence. Le kundalini, au repos, végète dans la dimension de la consommation, du désir et de la fin. Complètement dressé, il atteint les plus hautes sphères de l'existence. Au repos, enroulé sur lui-même, Kundalini est le gardien des illusions et le garant du cycle du samsara. Debout, il est le pont vers la transcendance recherchée par le yogi. Debout, Kundalini permet de ne plus être l'objet du samsara, au repos, il en est le gardien.

Le Kundalini est le pouvoir divin, il se dresse comme la tige d'une pousse de lotus ; tel un serpent, enroulé sur lui-même. Au repos, il tient sa queue dans sa bouche et repose à moitié endormi à la base du corps. 

Yoga-kundalini Upanishad, 1, 82.

Le tantrisme est une école de méditation considérant l'altérité comme un moyen en lui-même d'accéder au Brahman, l'âme transcendantale de l'Univers. Le rapport, intellectuel comme sexuel, entre l'homme et la femme est central dans ce culte, dont le concept essentiel est le serpent Kundalini.

Kundalini, incarnation de la shakti, est la puissance universelle et féminine qui se cache en chaque chose et qui en est la force motrice. Le Kundalini est souvent représenté comme un serpent, qui s'enroulerait autour de la colonne vertébrale de celui qui l'invoque. Au repos, le Kundalini, qui demeure en chaque être humain, demeure au stade anal, c’est-à-dire au début de la colonne vertébrale. À force de méditation, le Kundalini grimpe le long de la colonne vers l'estomac, puis les poumons et la bouche, chacun de ces organes représentant un besoin primaire de l'existence. De la bouche, le Kundalini se déplace alors au cerveau, puis il s'échappe enfin vers le Soleil, traversant le corps de l'adepte de part en part, de l'anus au troisième œil.

Cependant, au contraire des autres formes classiques de yoga, la quête du Kundalini ne se mène pas seul. Pour l'entreprendre, il faut nécessairement un partenaire du sexe opposé, et commencer avec lui des préliminaires sexuels ou intellectuels. Loin d'être une simple excitation sexuelle, un simple jeu érotique, la pratique du Kundalini est un chemin que l'on emprunte à deux, dans la confiance, la complicité et l'amour, car enfin, le Kundalini ne peut s'élever vers le ciel que s'il grandit de pair avec le Kundalini du partenaire.

Le Kundalini n'est pourtant pas une jouissance, mais plutôt un état de transe qui connaît son apogée lorsque le serpent, complètement dressé vers le ciel, finit son ascension pour s'immobiliser dans l'immanence. Plus encore, loin de valoriser la jouissance, le tantrisme préconise une rétention totale des fluides, reprenant là une tradition védique faisant du sperme un liquide sacré qu'il ne faut pas gaspiller. Le but de la pratique du Kundalini n'est donc pas l'éjaculation ou l'orgasme, mais plutôt la compréhension empathique de l'altérité et l'union mystique avec elle.

Plus la pratique du Kundalini sera longue et vibrante, plus l'orgasme sera refréné, voire refoulé, plus forte sera l'extase. Si les deux partenaires sont à l'unisson, ce qui est rare, et nécessite la pratique du Kundalini durant de longues années, une sorte d'extase (samadi) traversera les corps des partenaires, les plongeant en pâmoison devant l'éclatante beauté du monde, vue sans le prisme déformant de la réalité. Le but du tantrisme n'est donc pas la jouissance physique, mais la compréhension supra intellectuelle et totale de l'Univers, à travers l'union mystique et momentanée de deux existences différentes et complémentaires.

Manidvipa (Sripura) étant à l’écart de l'univers, au milieu des vagues de l'océan des vérités éternelles, pour se divertir entre amants, à l'ombre d'un lotus rose aux mille pétales, Shakti et Shiva font l'amour. Suivant le chemin du Kundalini, l'un après l'autre s'ouvrent pour eux les chakras ; rampant d'abord sur la terre, où naissent les besoins, ils charment le serpent Kundalini pour qu'il s’élève vers le ventre, où vivent les plaisirs. Toujours plus dressé, le serpent s'enroule ensuite autour de ce qui est divin dans la chair, le cœur, l'étape nécessaire dans le voyage vers la conscience, le maître de toutes les vérités.

Shankara, Ananda Lahari, 8.

Shiva devient alors Rudra, le maître de la nature. C'est alors qu'il ouvre, pour lui et pour Shakti, les 64 tantras, qui sont chacun une méthode permettant la maîtrise d'un pouvoir particulier. Une fois ces tantras ouverts, Rudra et Shakti créent alors la vie en employant le chakra de la Terre et de l'anus, le chakra de l'eau et du ventre, le chakra du feu, qui monte le long des vertèbres, le chakra de l'air et du cœur et enfin le chakra de l’éther et de la conscience. Ce dernier connectant son troisième œil avec le zénith de l'Univers.

Bien au-dessus de tous ces chakras, s'élève enfin le lotus aux mille pétales, sur lequel repose les pieds de Shakti.

 

Enfin, mentionnons le serpent-monde : Sesha (hindouisme) ou Yusha (slave).

À présent que la Terre avait jailli en surface, Svarog créa trois royaumes souterrains. Ensuite, afin que la Terre ne s'affaisse pas à nouveau dans les profondeurs de l'océan, Svarog créa un immense serpent, Yusha, dont le destin fut donc de porter la Terre au-dessus des eaux. C'est Yusha qui est responsable des tremblements de terre, car chacun de ses mouvements la fait remuer.

A. V. Trekhlebov, Tales of Forgotten Past (AuthorHouse, 2014).

Serpents cosmiques

hindou

Sesha

shivaïte

Vasuki

roumain

Le dragon enroulé autour de l'essieu du monde

orphique

Ophion

pélasge

Ophion

grec

Ouroboros

scandinave

Midgardsormr

slave

Yusha


 


 

 

Le serpent de vie (KIRTIMUKHA, OUROBOROS et KUNDALINI)

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