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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le dieu du TEMPS (conte tchèque)

Les Slaves, si l'on avait réuni leurs contes populaires, auraient de quoi produire un système mythologique tout aussi vaste que celui des Hindous.

A. Mîciuewicz

Traduit du texte tchèque de Bogéna Nemçova : Slovenskê Povesti, 1857, Prague.

Extrait de Contes des paysans et patres slaves d'Alexandre Chodzko

 

Le dieu du temps

Deux frères habitaient un petit patrimoine. L'aîné était fort riche, mais, en même temps, méchant et impie. Le cadet n'avait pas d'égal pour la bonté du cœur et l'honnêteté, mais il avait une nombreuse famille et il était si pauvre, que parfois elle manquait du pain quotidien. Un jour, ne pouvant plus endurer la faim, il alla voir son frère, le richard, et lui demanda un morceau de pain, mais il se repentit de l'inutilité de cette démarche. 

Le richard, après l'avoir traité de paresseux et de mendiant, lui ferma la porte au nez. Renvoyé d'une façon si brutale, l'infortuné frère cadet marchait sans savoir trop où diriger ses pas. Il avait faim ; ses jambes le traînaient avec peine, et il grelottait de froid faute de vêtements. N'osant plus rentrer chez lui les mains vides, il se dirigeait vers la montagne de la forêt. Il y trouva un poirier sauvage, et se régala de quelques poires dures, qui jonchaient la terre, content de cette bonne fortune, quoiqu'elles lui eussent agacé les dents. Cependant, une nourriture si chétive ne pouvait le réchauffer, et la bise glaciale le pénétrait d'outre en outre. Il se demandait : « Où aller? que devenir? Dans ma cabane, il n'y a ni pain ni feu, et mon frère m'a chassé de chez lui! » A la vue d'une montagne qui se dressait devant lui, il se rappela avoir ouï dire qu'elle avait un sommet de verre, sur lequel brûlait un feu éternel.

« Essayons d'y aller, pensa-t-il, peut-être réussirai-je à m'y réchauffer un peu ; je suis si malheureux ! » Il s'avançait donc en montant. Bientôt, parvenu à la cime, l'infortuné aperçut, non loin de lui, douze individus assis autour d'un grand feu. Il s'arrêta. Puis, après un moment d'hésitation, s'offrit à son esprit cette pensée : « Qu'as-tu donc à perdre, toi? pourquoi les craindrais-tu? Dieu est avec toi, en avant! » Arrivé près du feu, il les salua en les priant :

« Braves gens, ayez pitié de ma détresse, je suis pauvre, personne ne se soucie de moi et je n'ai point de feu dans ma chaumière. Permettez-moi de me réchauffer près du vôtre. »

Tous le regardaient avec bienveillance, et l'un d'eux lui parla ainsi :

« Mon fils, assieds-toi avec nous, et réchauffe-toi à notre chaleur. »

Il entra donc dans le cercle et se chauffait à leur contact; mais* comme ils gardaient silence, lui aussi n'osait entamer la conversation. Ce qui l'étonnait surtout, c'est qu'ils changeaient de place Fun après l'autre.

De cette manière, ayant accompli le tour du feu, ils revinrent chacun à l'endroit où il les avait trouvés en arrivant. Enfin, au moment où il s'approchait du feu, il vit surgir du milieu des flammes un vieillard à barbe blanche, à tête chauve, qui lui adressa ces paroles :

« Homme, ne perds pas ici ta vie, retourne à ta cabane pour y travailler et vivre honnêtement. Tu peux t'approvisionner de braise à notre foyer. Prends-en à discrétion, sans quoi nous la laisserions se consumer ici en pure perte. »

Après avoir ainsi parlé, le vieillard disparut. Les douze se levèrent de leurs places; ils remplirent de braise un gros sac, ils en chargèrent les épaules du pauvre homme, et lui enjoignirent de rebrousser chemin pour retourner chez lui.

Les ayant remerciés humblement, il revenait sans pouvoir s'expliquer pourquoi la braise contenue dans le sac ne le brûlait pas. Il en trouvait la charge extraordinairement légère, comme si c'eût été du papier. Il se réjouissait en pensant qu'il allait avoir de quoi faire du feu dans sa cabane. Mais quel fut son bonheur lorsqu'en arrivant chez lui et déchargeant le sac de ses épaules, il y trouva autant de pièces d'or qu'il y avait naguère de miettes de braise. Peu s'en fallut qu'il ne devînt fou de joie, se voyant en possession d'une somme d'argent si considérable. Il bénissait en esprit la libéralité des donateurs, qui avaient bien voulu le préserver à tout jamais de la misère.

Ainsi devenu riche, et heureux de pouvoir assurer le bien-être de sa famille, il voulut savoir au juste combien de pièces d'or il possédait. Ne sachant pas compter, il envoya sa femme auprès du richard, en le priant de leur prêter un litre. Cette fois-ci, le frère accéda à leur demande, mais tout en riant :

« Qu'avez-vous donc à mesurer, gueux que vous êtes? »

La femme répondit :

« Le voisin nous doit un peu de blé, et nous voulons nous assurer s'il nous rend bonne mesure. »

Le richard intrigué conçut quelques soupçons et, à l'insu de sa belle-sœur, il fit empoisser l'intérieur du litre. Le stratagème réussit, car le richard en reprenant son litre trouva une pièce d'or collée aux parois, Frappé d'étonnement, il ne pouvait s'expliquer ce fait, qu'en supposant que son frère s'était associé à quelque bande de voleurs. Aussi courut-il

aussitôt chez le cadet, et menaça de le traduire devant la justice s'il ne lui avouait pas d'où il tenait ses pièces d'or. Le pauvre homme embarrassé, et ne voulant pour rien au inonde offenser

son frère, finit par lui raconter toutes les particularités de son voyage au sommet de la montagne de Verre.

L'aîné ne manquait point d'or, mais il enviait la bonne fortune du cadet. Celui-ci usait si honnête- ment et si bien de ses richesses qu'il mérita l'estime universelle, au grand déplaisir de son frère qui résolut enfin, lui aussi, de visiter la montagne de Verre.

« Ce qui a réussi à mon frère peut me réussir de même, » se dit-il.

Quelque temps après, il arriva effectivement jusqu'à la cime cristalline et il parla ainsi aux douze individus assis autour du feu :

« Je vous prie bien, mes braves gens, de me laisser chauffer à votre feu, car je suis pauvre et je manque des moyens de m'abriler contre les froids de cet hiver rigoureux. »

A quoi l'un des douze répondit :

« Mon fils, tu étais né dans une heure propice ; tu possèdes assez de richesses, mais tu es un avare et un méchant homme. Or, pour avoir osé mentir devant nous, tu souffriras la peine que tu mérites. »

Atterré et effrayé de ces menaces, le richard demeurait immobile au milieu des douze, n'osant proférer aucune parole. Quant aux douze, ils changeaient de" siège successivement : le premier allait occuper la place du deuxième, celui-ci celle du troisième et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'après avoir achevé la ronde, chacun se fut rassis à son ancienne place. Là-dessus, du milieu du feu, se dressa le vieillard à la barbe blanche, que nous avons déjà vu, et qui, d'une voix sévère, dit au richard :

« Malheur aux gens pervers ! Ton frère est un homme vertueux, c'est pourquoi je l'ai béni; quant à toi, tu es un homme méchant, tu n'échapperas pas à notre vengeance ! »

Gela dit, les douze se levèrent de leurs sièges; le premier, saisissant le richard , le frappa et le remit au deuxième, celui-ci au troisième, et de cette manière, le coupable passant de mains en mains, tomba finalement entre les mains du vieillard qui disparut dans le feu avec sa proie.

Au château du riche on avait beau attendre. Personne ne savait ce qu'il était devenu. Le frère cadet s'en doutait un peu, mais il garda le silence.

Le dieu du TEMPS (conte tchèque)

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