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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

HITTITES, PHRYGIEN, TROYENS et ARMÉNIENS - Les Indo-Européens d'ANATOLIE

Les Hittites

Avant l'arrivée des Aryens en Inde et en Perse, rayonnait déjà le brillant rival de l’Égypte : l'Empire hittite. L’appellation hittite est dérivée du nom du premier royaume anatolien conquis par les Indo-Européens venus des Balkans et des rives de la mer noire au cours du 3e millénaire avant notre ère. Le royaume se dénommait alors Hatti du nom de sa capitale Hattusa.

Purushkhanda (ou Purushanda), était une autre ville prospère du sud de l'Empire Hittite, souvent citée comme comptoir aux frontières des aires mésopotamiennes, égyptiennes et anatoliennes. C'était la ville sacrée où était célébré le dieu sémite de la fertilité Dagon. La consonance du nom de cette ville est cependant typiquement indo-européenne, en sanskrit « purusha » signifiant « l'homme », ou l’« être céleste », et « kandha » signifiant l’« épée ». De nombreuses autres topologies ou toponymies hittites peuvent de même s'interpréter sans difficulté en sanskrit. « Pamba », « Pithana », « Piyusti », « Anitta »,« Tudhaliya », « Hishmi-Sharruma », « Papahdilmah »... La consonance des noms des premiers rois hittites ne laisse aucun doute quant à leur origine indo-européenne.

Rival de l’Égypte au cours du second millénaire avant notre ère, les Hittites connurent un renouveau civilisationnel durant le premier millénaire puis disparurent définitivement avant notre ère. Quelques épopées, quelques hymnes, de nombreux actes administratifs rédigés en cunéiforme sur des tablettes d'argile sont les vestiges littéraires de cette florissante civilisation.

Leur suprématie fut sans rivale dans la région, et à son zénith, l'Empire hittite regroupait un immense territoire allant des rives de la Méditerranée et de la mer Noire jusqu'au royaume d'Ougarit et de Mitanni, eux-mêmes frontaliers de l’Égypte et de la Babylonie. Cette puissance, les Hittites la tenaient de leur capacité militaire sans précédent. En effet, plus encore que la maîtrise du char de guerre, les guerriers hittites excellaient dans l'art naissant de la cavalerie (en montant des chevaux non sellés ni bridés).

 

Guerriers hittites (musée d'Ankara, Turquie)

 

En cela, les Hittites sont absolument marqués par leur caractère indo-européen ; le cheval fut domestiqué dans les plaines eurasiennes, ce qui permit aux peuples proto-indo-européens de se déplacer sur de très vastes espaces et ainsi de coloniser l'Eurasie, de la Bretagne aux rives de la mer de Chine. En outre, la selle légère fut inventée par les Celtes, la selle dure par les Perses et le mors par les Romains, autant de peuples réputés pour leurs redoutables armées, dont la cavalerie était une pièce maîtresse.

 

Un char hittite

La puissance militaire des Hittites était encore renforcée par leur découverte d'un alliage de métaux composé d'étain et de plomb, avec lequel ils pouvaient forger des épées plus résistantes que le bronze et des artefacts plus résistants et de grande valeur, qu'ils exportaient en échange de grands bénéfices.

Cosmopolite et hétérogène, la société hittite (puis néo-hittite) demeura plus d'un millénaire, avec à sa tête une aristocratie indo-européenne. Elle mêla ses croyances et ses traditions à celles des peuples sémites qui peuplaient une partie du Moyen-Orient, ainsi qu'à celles des populations résiduelles du paléolithique supérieur et du néolithique. Par conséquent, Tarhunt, le dieu hittite du tonnerre, chef des dieux, rappelle autant Indra que Baal.

En simplifiant, nous pourrions présenter la société hittite comme un maillage de castes et de classes sociales hiérarchisées et endogènes : au sommet se trouvent les Nesilim, la noblesse. Si l'Anatolie fut conquise, ce fut avant tout pour le sol riche en minerais, alors indispensables aux échanges comme à la production d'armes de guerre ou d'outils agricols (la puissance de Sumer, d'Assur, puis de Babylone, les autres grandes puissances régionales, reposaient surtout sur leurs mines d'or et d'argent, ainsi que sur leur maîtrise du commerce de troc.)

Venaient ensuite les hommes et les femmes libres, qui en fonction de leur sexe n'ont pas les mêmes droits et devoirs, puis viennent les serfs, et enfin les esclaves, qui eux aussi se voient nettement différenciés en fonction de leur sexe. À ce propos, la condition des esclaves en territoire hittite était nettement différente de celle des esclaves égyptiens ou mésopotamiens. En effet, les esclaves hittites, même s'ils vivaient en prisonniers totalement soumis à leur maître, n'en demeuraient pas moins des hommes reconnus comme tels. Ils avaient accès à la justice, pouvaient se marier selon leur désir et même avec des femmes ou des hommes libres.

 

L'Empire hittite

Sémhur, pour Wikipedia, CC BY-SA 4.0

 

Les Hittites étaient un peuple très pieux, ainsi qu'en témoignent leurs mille dieux et les trente et un temples retrouvés dans les ruines d'Hattusa, capitale qui à son apogée devait héberger 40 000 à 50 000 personnes (cela représente donc un temple pour 1300 habitants. De nos jours à Rome, capitale du christianisme, on dénombre une église pour 3200 habitants.)

La religion des Hittites possède les caractéristiques de la mystique indo-européenne, à savoir une triade sacrée, composée d'Im, le dieu de l'orage, d'Utu, déesse solaire du monde souterrain et de Kal, divinité de la nature. Par ailleurs, les Hittites donnaient beaucoup d'importance aux rituels et autres festivals religieux, durant lesquels des jeux sportifs étaient organisés, ainsi que des processions de statues installées sur des palanquins (coutume qui se pratique encore de nos jours en Italie et en Corse lors de la procession des saints catholiques.)

La divination, à base d'oracle, d'augure et de viscères, était largement pratiquée, bien que strictement encadrée pour ne pas devenir de la sorcellerie, pratique alors interdite dans tout le monde antique, tant par les Hébreux que par les Sumériens ou les Perses (tous ces peuples étant par ailleurs connus pour leur pratique de la magie.)

Après avoir connu ses heures les plus glorieuses, avec un apogée au milieu du second millénaire, la civilisation hittite disparut, minée par le morcellement des royaumes anatoliens et leur perpétuelle rivalité.

 

Le Code hittite

Nous savons peu de chose des Indo-Européens du Levant et de l'Anatolie.

On sait qu'une caste guerrière aryenne protégeait le Mitanni. On sait aussi que l'aristocratie hourrite priait des dieux étrangement similaires au panthéon indo-européen et que l'aristocratie hittite appartenait au clan indo-européen des Nesilis, probablement originaire de l'Europe balkanique.

Enfin, on sait que la langue hittite est de type indo-européen, mais sans découler pour autant de la branche indo-iranienne ou ouest européenne. Malheureusement, le hittite, comme le louvite, sont deux langues qui disparurent vite et n'eurent pas de descendance (au contraire du latin et du sanskrit par exemple). Les langues auxquelles nous pourrions relier le hittite, comme le thrace ou le lydien et celles qui pourraient nous aider à tracer sa généalogie, comme le phrygien ou le hourrite, ont disparu depuis des siècles voir des millénaires. Mais encore, le Cycle de Kumarbi (v. -1300), l'épopée locale, est extrêmement lacunaire et ne met pas en scène des divinités indo-européennes, mais hourrites, inspirées directement des panthéons sémites akkadien et assyrien.

Le texte le plus riche que nous possédions sur la culture indo-européenne de la plus haute antiquité anatolienne n'est d'ailleurs pas un poème, ni un chant, ni une épopée, mais un Code. Le Code hittite (Code des Nesilim) est un recueil de jurisprudence, dont les sentences étaient gravées sur des grandes bornes de pierre, érigées aux carrefours routiers et aux frontières de l'empire hittite. Il recense des normes et des valeurs qui appartiennent aux peuples de l'Empire, comme les Nesilims (Indo-Européens originaires des Balkans), divers peuples Sémites (originaires du Levant) et les Hourrites originaires du sud Caucase.

Ce Code ne doit pas être envisagé comme une loi propre aux Indo-Européens d'Anatolie, mais plutôt comme une possible loi universelle pouvant s'appliquer à tous les membres de la société hittite, qu'ils fassent partie de la noblesse indo-européenne, de la communauté des esclaves importés depuis l'autre côté des montagnes du Caucase et de Zagros, ou juste de simples expatriés ou commerçants sémites venus des empires égyptiens ou babyloniens.

Sorte de pendant hittite au code babylonien d'Hammourabi, le Code hittite fut composé en cunéiforme sur deux immenses tablettes d'argile, entre -1650 et -1500. Il s'agit du plus ancien texte indo-européen qui nous soit parvenu. Si nous supposons les textes aryens du Rig-Veda et de l'Avesta aussi anciens dans leur composition, nous n'avons retrouvé aucune trace écrite avant le début de l'ère chrétienne. La datation de ces textes ne peut donc qu'être hypothétique et basée sur une reconstruction linguistique plutôt que sur des vestiges archéologiques. De fait, la première langue indo-européenne attestée n'appartient donc pas à la branche indo-iranienne, mais à la branche anatolienne de cette famille de langues.

Le Code hittite reconnaît des droits civils (droits patrimoniaux, droits personnels, droits extrapatrimoniaux) mais également d’autres droits inhérents à la vie sociale (droit du travail, droit de la consommation, droit commercial, etc.) Il tient compte de certains principes, notamment le caractère du « sacré », du droit féodal mais aussi de la sorcellerie. La violation de ces droits donne lieu à réparation soit au titre de la responsabilité civile, soit au titre de la responsabilité pénale.

Le Code hittite reconnaît des droits mais aussi des obligations aux personnes, ces droits et obligations sont différents selon la qualité de la personne. Un homme libre disposera de droits différents de ceux d’un esclave. Ainsi :

Si un homme libre prononce le nom de quelqu’un en tuant un serpent, il devra s’acquitter d’une livre d’argent (454 kg). Si c’est un esclave, il devra être mis à mort.

Sentence 170

L'inégalité est inscrite dans le Code :

Si quelqu’un arrache l’oreille d’un homme libre, il devra s’acquitter de 12 sicles d’argent et sa maison sera quitte.

sentence 15

Si quelqu’un arrache l’oreille d’un esclave homme ou femme, il devra s’acquitter de 3 sicles d’argent et sa maison sera quitte. 

16

Contrairement au Code d’Hammourabi, le Code hittite prétend malgré tout à une certaine justice universelle. Même si l’esclave appartient à l’homme libre, il dispose d’un patrimoine propre qui est protégé, lorsque son maître est condamné, le tarif des amendes est adapté à la condition du fautif et donc à ses capacités financières. Les sanctions pécuniaires infligées aux hommes libres sont le double de celles infligées aux esclaves :

Si quelqu’un vole une vigne, une bouture de vigne, un oignon ou une gousse d’ail, anciennement l’amende était de 1 sicle d’argent par bouture, par oignon ou par gousse d’ail, et le voleur devait rendre ce qu’il avait volé. À présent, l’amende est de 6 sicles d’argent pour un homme libre et de 3 sicles d’argent pour un esclave.

101

Si un homme libre vole des plaques ou des pointes de cuivre, il devra s’acquitter de 6 sicles d’argent qu’il prendra sur ses biens. S’il s’agit d’un esclave, il devra s’acquitter de 3 sicles. 

143

Si un homme libre, (vole ou casse) une roue, il doit s’acquitter de 25 litres d’orge par roue. Si c’est un esclave, il devra s’acquitter de 12,5 litres d’orge par roue. 

43

Si dans une année de famine, quelqu’un sauve la vie d’un autre, celui qui aura été aidé devra s’acquitter d’un homme (prix d'un esclave estimé entre 10 et 40 sicles). Si celui qui est aidé est un esclave, il devra s’acquitter de 10 sicles d’argent (80 g). 

172

Le Code hittite est marqué par un désir de rendre la loi flexible et adaptée à chacun. En cas de dommage causé soit à titre de responsabilité civile soit à titre de faute pénale, la sanction peut être pécuniaire, consister en la remise d’un bien consommable (orge, céréales) ou non, d’un animal voire par la remise d’un être humain (esclave ou enfant). On note par ailleurs l’absence de peine d’emprisonnement.

À l'inégalité entre homme libre et esclave, est associée l'inégalité entre les sexes. Un homme libre (ou esclave), n’a pas les mêmes droits, ni les mêmes obligations, ni les mêmes sanctions qu’une femme libre (ou esclave). Le salaire aussi varie :

Si quelqu’un engage un homme [...] comme salaire, il donne 12 sicles d’argent, et comme salaire d’une femme, il donne 6 sicles d’argent.

42

Chose inédite dans le monde antique, la femme peut divorcer :

Si une femme veut divorcer, l’homme devra lui rendre sa liberté. Alors, elle prendra pour elle une partie des graines et l’homme gardera les propriétés et les enfants.

26

La femme hittite doit en effet être respectée, qu'elle soit esclave ou citoyenne vierge. Le fiancé inconséquent est même puni :

Si un homme promet à une fille de l’épouser mais finalement refuse de le faire, il ne pourra pas récupérer les cadeaux qu’il a apportés. 

30

Une grande liberté est permise dans les arrangements dus au mariage. Comme dans toute société antique, les mariages sont arrangés par les parents ou les chefs de castes. Ces unions sont alors non seulement des alliances mais aussi des investissements. Le mariage dépend en effet du versement d'une dot et a pour conséquence un déménagement parfois onéreux. Une grande liberté est cependant laissée aux Hittites, qui peuvent même revenir sur leur choix, du moment qu'ils en paient les conséquences (et les amendes).

Si une fille a été promise à un homme qui a déjà offert des cadeaux pour se marier avec elle, mais qu’après ça les parents contestent l’arrangement, elle pourra retourner vivre avec ses parents. Mais alors ceux-ci devront rendre les cadeaux qu’ils avaient reçus au double de leur valeur. 

29

Parfois, les règles sont étranges, difficilement compréhensibles à notre époque, si éloignée de celle des Hittites. La sentence 197 tente de punir le viol, mais d'une étrange manière :

Si un homme viole une femme dans les montagnes, il est coupable et devra être mis à mort. Mais si l’homme la viole dans une maison, ce sera elle qui sera coupable et qui devra être mise à mort. Si le mari les surprend et les tue, il n’y aura là aucune offense. 

Une telle sentence s'explique par le fait qu'il était strictement interdit à une femme ou à une esclave travaillant dans une maison, de laisser entrer un homme qui ne soit pas de la famille du maître. Une telle coutume est encore largement répandue de nos jours dans les pays musulmans d'Afrique du nord et du Moyen-Orient. Une femme qui aurait laissé entrer un homme chez elle en l'absence de son mari légitime, était donc de facto coupable, au mieux de négligence, au pire d’adultère. Pour éviter tout débat, un homme est coupable de viol sur la parole d'une femme et donc puni de mort, sauf dans le cas litigieux où le viol se déroulerait au domicile d'une femme.

Les Louvites, les Lydiens et les Phrygiens

De la dislocation de l'Empire hittite (-1600 à -1200), naîtront les nations phrygiennes et lydiennes (vers. -1000, avec un zénith vers -800). La Troiade et sa ville mythique de Troie font partie de l'aire culturelle post-hittite.

La famille linguistique à laquelle appartient le hittite comprend aussi le louvite, le lydien et vraisemblablement le phrygien.

Les Louvites sont locuteurs d'une langue indo-européenne anatolienne proche du hittite. Les Lydiens sont un peuple hellénisé d'Asie Mineur, locuteur d'une langue anatolienne associée aux précédentes.

La Phrygie est située à l'ouest de l'Anatolie. Gordion est la cité royale du roi Midas est sa capitale historique. L'identité de la langue phrygienne repose sur quelques centaines de mots et il est difficile de bien la connaître. Il semblerait cependant que le phrygien se rapproche de la branche balkanique des langues indo-européennes (donc probablement du grec).

 

La Phrygie

Emplacement approximatif de la région traditionnelle de Phrygie et expansion maximale du royaume Phrygien. À partir de Bibi Saint-Pol pour Wikipedia, CC BY-SA 3.0

 

Si l'on en croit Clément d'Alexandrie, les peuples d'Asie mineure étaient réputés pour leur art de vivre et particulièrement leurs talents musicaux :

« On attribue aux Cariens la découverte de la science qui consiste à prévoir l’avenir d’après l’inspection des astres. Les Phrygiens sont les premiers qui aient observé le vol des oiseaux. [...] Les Phrygiens ont inventé la flûte ; car Olympe et Marsyas étaient phrygiens. [...] On doit à un autre peuple, les Cappadociens, l’instrument de musique nommé nabla. [...] Olympe a introduit le mode lydien. [...] On dit que Satyre, phrygien, a inventé la flûte champêtre aux tuyaux obliques ; Yagnis, phrygien aussi, le tricorde et le diatonum ; et Olympe le phrygien, l’art de toucher des instruments à cordes ; comme Marsyas, qui était du même pays que les précédents, a inventé le mode phrygien, le mode demi-phrygien, et le mode demi-lydien […] Timothée de Milet chanta le premier les nomes sur la cithare et avec accompagnement de chœurs. » Stromates, 1, 16.

 

Troie

De toutes les cités anatolienne, c'est Troie qui demeure sa ville la plus célèbre. Homère fait d'elle une cité semblant appartenir au monde hellénique (ses coutumes funéraires et ses divinités sont identiques à celles des Achéens). Mais Euripide, postérieur de quelques siècles à Homère, considère et nomme les Troyens « barbares », ce qui sous-entend qu'ils devaient donc parler une langue non comprise des Grecs.

« La guerre de Troie a eu lieu. Cet événement historique se situe en 1180 avant notre ère, ou à une date très proche. Les savants avaient longtemps tenu cette histoire pour de la légende. Mais les fouilles commencées en 1870 dans la colline d'Hissarlik, non loin des Dardanelles, sur l'emplacement probable de Troie (fouilles entreprises par Schliemann, un commerçant enrichi, obsédé à l'idée de retrouver la Troie de Priam dont parlait Homère) ont abouti à la découverte de neuf villes ou villages bâtis successivement sur cette même colline. […] Troie était une ville opulente « riche en or et en bronze » [...] grâce aux péages qu'elle prélevait sur les marchandises qui, d'ouest en est, franchissaient l'Hellespont, ou plutôt le longeaient. Car les navigateurs d'alors transportaient par voie de terre leurs bateaux légers et leur cargaison le long du détroit, pour en éviter les courants. » A. Bonnard, Trois chefs d’œuvre de la tragédie grecque.

Si chacun connaît la Troie homérique, peu sont au fait des mythes fondateurs qui relient les peuples celtes et germaniques à la tradition troyenne.

« Ce n’est pas à des philologues classiques ou à des historiens de l’Antiquité qu’il faut rappeler le rôle important qu’a joué dans l’Antiquité la légende troyenne des origines de Rome : ils savent bien que les Romains se présentaient comme des Énéades, des descendants d’Énée, c’est-à-dire des Troyens. Ils savent aussi que d’autres villes et d’autres régions antiques revendiquaient également une lointaine origine troyenne. [...]. Ce que les philologues classiques et les historiens de l’Antiquité savent peut-être moins bien, c’est que le mythe des origines troyennes s’est conservé très actif dans l’Europe médiévale et moderne, du 7e aux 15e siècle : nombreux sont les peuples, les régions ou les cités qui ont revendiqué une parenté troyenne originale. » J. Poucet, L'origine troyenne des peuples d'Occident au Moyen-âge et à la Renaissance.

On retrouve en effet Troie dans les plus anciennes chroniques des rois mérovingiens. Les mythiques rois francs fondateurs, comme Francio et ses fils, en seraient originaires. Dans l'anonyme Liber Historiae Francorum, publié en 727, on peut lire une suite au récit de la prise de Troie :

Priam et Anténor, avec ce qui restait de l’armée troyenne (12 000 hommes) montèrent dans des navires, s’éloignèrent et arrivèrent aux rives du fleuve Tanaïs [Don]. Pénétrant avec leurs bateaux dans le Palus-Méotide [Azov], ils le traversèrent et parvinrent dans la région des Pannonies [Serbie actuelle], près du Palus-Méotide. Ils entreprirent d’y construire une ville, en souvenir des leurs, qu’ils appelèrent Sicambrie [une région éponyme est située au nord de la Germanie]. Ils habitèrent là pendant de nombreuses années et se développèrent en une grande nation.

Le Liber Historiae Francorum mentionne ensuite l'empereur romain Valentin, qui régna de 364 à 375, et décida de faire payer l’impôt aux émigrés Troyens. Ne voulant s'y plier, les Phrygiens gagnent alors leur nom de « Francs », c'est-à-dire d'hommes libres et insoumis (un terme par ailleurs souvent rapproché de ceux de frustre ou de barbare). Ensuite :

Sortis de Sicambrie, ils arrivèrent à l’extrémité du fleuve Rhin dans les villes des Germanies, et c’est là qu’ils habitèrent avec leurs princes, Marcomir, fils de Priam, et Sunnon, fils d’Anténor. Ils y vécurent de nombreuses années. 

De manière tout aussi artificielle, l'Edda des Scandinaves assimile Troie à Asgard, la cité céleste :

Les fils d’Odin élevèrent aussi une ville pour leur usage particulier au centre de la terre, et l’appelèrent Asgard ; nous lui donnons le nom de Troie ; c’est là que demeuraient les dieux.

Le Voyage de Gylfe.

Les Arméniens, descendants de Japhet

La langue arménienne, une des plus anciennes langues du monde encore parlée de manière vivante et active par son peuple (3,8 millions). De nos jours, avec les Kurdes, les Arméniens sont les derniers descendants des premiers indo-européens d'Anatolie, entrés dans la région depuis l'Europe et les Balkans, vers -2000). L'Arménie fut longtemps rattachée à l'empire perse, ce qui explique la présence persistante du zoroastrisme dans l'Histoire de ce peuple.

Depuis deux mille, l'Arménie est une nation chrétienne. Si ce n'est la Géorgie, l'Arménie est de nos jours entourée de nations islamiques (Turquie, Azerbaïdjan, Iran).

Bien avant que se développent au 18e et surtout au 19e siècle les études linguistiques et l'Histoire des religions, une origine commune aux peuples indo-européens était déjà suggérée par la mythologie hébraïque. Noé, le rescapé du Déluge, a trois fils : Sem, le premier sémite (dont les hébreux), Cham, le premier arabo-berbère (dont les Cananéens et les Égyptiens) et Japhet, le premier « caucasien blanc ».

Rédigé vers 900, L'Histoire d'Arménie par le patriarche Jean VI (aussi appelé Jean Catholicos) est un monument de la littérature arménienne. Selon la mythologie juive classique, inspirée de la tradition suméro-babylonienne, l'arche de Noé s'est échouée sur le contre-Caucase, au sommet du mont Ararat (frontalier de la Turquie actuelle et de l'Arménie). En quelque sorte, le mythe des fils de Noé est un mythe local tout autant qu'un mythe national pour les Arméniens, comme en témoignent les premières lignes du récit de Jean Catholicos : « Je parlerai rapidement de notre souveraineté, qui vient de Japhet. »

Six siècles plus tôt, l’historien arménien Moïse de Khorène (v. 450), la source que Jean Catholicos a beaucoup reprise, écrivait déjà :

Notre but n’est pas d’écrire l’histoire universelle, mais de nous efforcer de faire connaître nos premiers ancêtres, nos anciens et véritables aïeux. Or, en suivant ce livre, je dirai Japhétos, Mérod, Sirat, Taglat, c’est-à-dire Japhet, Gomer [ancêtre des Cimmériens], Thiras, Thorgom [...] 

Histoire de l'Arménie dans V. Langlois, Collection des historiens anciens et modernes de l'Arménie

Jean Catholicos rappelle ensuite le mythe du Déluge dont émergea les trois races qui allaient dominer le monde connu de l'Antiquité (c'est-à-dire l'Afrique du nord, l'Asie occidentale et l'Europe).

Après que les cataractes eurent été ouvertes et que la terre eut été couverte tout entière par les eaux du déluge, Dieu envoya tous les vents, et la navigation de Noé cessa. La première terre qu'il vit fut l'Arménie : il y descendit avec ses fils, leurs femmes, d'autres individus et tous les animaux qu'il avait amenés avec lui. La première chose qu'il fit fut de rendre grâces à Dieu. Sa postérité s'augmenta. 

Ibid, 4 à 6.

La généalogie proposée pour les fils de Japhet correspond aux principales ethnies et civilisations indo-européennes :

« Son fils Japhet, chef de notre race, eut un fils qu'il nomma Gomer, et qui, de son nom, appela Gomérie le pays où il habita [pays des Cimmériens]. Japhet engendra ensuite Magog, père des peuples de Magog [Asie mineure], des Celtes et des Galates. Il donna ensuite le jour à Madaï, qui nomma Mark’h le pays où habita sa race. Il eut encore Thubal, qui fut chef de la nation des Thessaliens, et Mosoch, qui gouverna l'Illyrie. Le sixième des fils de Japhet fut Thiras, qui régna sur le pays occupé par les Thraces ; le septième fut Gidiéim, qui eut les Macédoniens. Les fils de Thiras furent Ashkénaze, père des Sarmates, Riphath, père des Sauromates […] Javan (Iavana), qui donna son nom aux Grecs (Iounk'h), eut pour fils Elissa, duquel descendent les Siciliens et les Athéniens ; Tharsis, père des Ibériens et des Tyrrhéniens ; et Chéteim, père des Romains. »

Enfin, Jean Catholicos assimile les Arméniens à un peuple frère des Sarmates et autres Ashkénazes (un terme ici à comprendre comme un synonyme de Slaves et non pas de juifs d'Europe de l'est).

Thiras, fils de Japhet, eut trois fils : Ashkénaze, Riphath et Thorgoma. Thiras régna d'abord sur les Thraces. Il lui vint dans l'esprit de diviser son empire en trois parties, et d'en donner une désignée par le sort à chacun de ses enfants, ce qui paraît très sage. Ashkénazes, de qui nous tirons notre premier nom, gouverna les Sarmates ; Riphath, les Sauromates, et Thorgoma eut notre pays pour son lot. Lorsqu'il le gouverna il lui ôta le nom de pays d' Ashkénaze et lui donna celui de maison de Thorgoma.

L'analogie entre les fils de Japhet et les peuples indo-européens n'est pas fortuite. Bien que l'Arménie soit plus proche géographiquement et culturellement de la Mésopotamie que de la Scythie, Jean Catholicos établit une unité historique entre les peuples du nord comme du sud du Caucase ou de la mer Noire, plutôt qu'avec ceux de la vallée des deux fleuves ou du Levant. Le patriarche termine alors son récit d’un équivoque :

 J'ai dit toutes ces choses uniquement parce qu'elles vous paraissaient agréables, car certainement elles sont aussi connues de vous que de moi. Je crois qu'il est inutile de parler des souverainetés qui appartiennent à la race de Sem et à celle de Cham ; elles ne font rien à notre histoire. 

Dans son introduction, déjà il affirmait sans ombrage :

Dans le cours de mon histoire je ne parlerai des autres enfants de Japhet qu'autant que cela sera nécessaire à l'intelligence des faits que je rapporterai. Je m'attacherai seulement à l'histoire de notre race.

La Grande Arménie

La Grande Arménie

HITTITES, PHRYGIEN, TROYENS et ARMÉNIENS - Les Indo-Européens d'ANATOLIE

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