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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

De DURGA à KALI - le mythe de la déesse vengeresse

Omniprésences dans l'hindouisme, comme dans le monde dravidien (Aman) et au Moyen-Orient (Ishtar, Isis), les figures féminines sont cependant rares dans le panthéon védique.

En partie à cause de l'influence dravidienne et de celle du culte adivasi des grammadevatas, les figures féminines sont par contre très présentes dans l'hindouisme. Depuis deux mille ans, les cultes prépondérants de Parvati, Lakshmi, Sarasvati et surtout Durga et Kali, en témoignent.

La conception de la divinité suprême sous la forme d'une femme, d'une mère, d'une matrice, ne semble pas d'abord avoir trouvé sa place dans les livres saints des Aryens qui formaient une société patriarcale. Mais le culte préhistorique de la mère est chez eux latent, toujours prêt à rejaillir comme dans toutes les religions. Plusieurs des peuples qui furent assimilés par le monde hindou avaient toujours adoré la mère divine et n'ont jamais cessé de le faire.

A. Daniélou, Mythes et dieux de l'Inde

Le récit suivant est inspiré du Devi Mahatmya (« La Gloire des déesses ») inclus dans le Markandeya Purana. Il présente les mythes des apparitions de Durga puis de Kali. Il ne s'agit donc pas naissance, mais plutôt de création ou de métamorphose :

*

Naquit sur Terre un démon envoyé par les asuras pour y semer la désolation. Celui-ci avait une telle puissance qu'il y avait gagné le nom d’invincible assoura : Dourgamasur.

Né de la famille d’Hiranyaksha, le premier assura qui avait dominé l'univers avant que Vishnou ne le soumette et ne le tue, Dourgamasur n'était donc pas un brahmane, et il n'avait pas eu accès à la véritable compréhension des Védas car il n'avait trouvé aucun brahmane pour accepter de la lui enseigner

En effet, la règle suivie par les gourous était alors de ne transmettre les arts martiaux et la science des Védas qu'à des « deux-fois-nés », c'est à dire seulement aux membres de la caste des brahmanes ayant suivi une rigoureuse et complète initiation. Cette règle avait pour objectif d'empêcher un paysan ou un prince malveillant l'accès aux Védas, car ils auraient pu ne pas les comprendre ou les utiliser à mauvais escient et en conséquence répandre le mal sur la Terre. Telle était donc l'explication d'une tradition qui interdisait l'étude mystique aux membres des trois castes inférieures à celle des brahmanes.

Cependant, désirant tout de même s'instruire dans les Védas, Durgamasur prit la résolution de se livrer à la pénitence et partit pour l’Himalaya afin d'y méditer pendant un millier d'années sans bouger un cil ni ne se nourrir d'autre chose que du soleil.

Mille ans passèrent. Les dévas étaient en admiration devant cet être de basse condition qui pouvait si bien oublier tout ce qui le rattachait à l'existence. Brahma lui-même fut impressionné et permit à Dourgamasur de lui adresser une requête en récompense de ses intenses efforts. L'asura lui demanda alors une copie des quatre Védas, ce que Brahma lui tendit sans hésiter.

Cependant, Dourgamasur ne désirait pas maîtriser les Védas pour découvrir la sagesse et vaincre la tristesse mais plutôt pour gagner de l'argent en officiant dans les temples à la place des brahmanes. En effet pensait-il, si lui aussi savait les Védas et la correcte prononciation des mantras magiques, il pourrait accomplir les offices dans les temples et donc demander sa part de la quête.

C'est alors que Dourgamasur et sa famille investirent les temples, les lieux sacrés et les rives des fleuves purificateurs. Dès lors, et petit à petit, les Védas furent oubliés, les rituels ne furent plus menés et les sacrifices ne furent plus compris.

La tradition s'éteignait. Année après année, Dourgamasur avait évincé les brahmanes des offices du culte et les sadhus des temples. En conséquence, les dévas qui ne recevaient plus leur part du sacrifice, commencèrent à décliner, devenant chaque instant un peu plus faible.

C'est alors que les forces du mal envahirent la Terre qui n'avait plus de protecteur. Dourgamasur fut reconnu comme leur chef, et c'est à la tête de légions démoniaques qu'il monta au sommet du Mont Mérou sans rencontrer de résistance et qu'il envahit la ville divine d'Indrapura, s'asseyant lui-même sur le trône d'Indra. Les dieux, affaiblis de n'avoir plus été priés ni adorés depuis si longtemps, n'avaient plus la prétention de s'opposer aux asuras et n'avaient d'autre choix que de s’enfuir dans toutes les directions.

Certains dévas trouvèrent refuge dans les grottes qui parsemaient les versant du Mérou, et se réfugièrent sous la terre dans les tunnels qu'avaient si souvent empruntés les Assuras pour venir leur faire la guerre. Là, afin que la vie ne disparût pas, les dieux remplacèrent les hommes et méditèrent intensément sur la grande déesse Shakti, la plus puissante de toutes les puissances.

Ils jetèrent alors du beurre clarifié dans leur foyer dont la fumée s'élevait jusqu'au soleil pour s'amasser en nuages et tomber en pluie. Mais depuis que les rituels et les offrandes avaient été confisqués par Dourgamasur, le soma et le beurre clarifié vinrent à manquer et il devint, même très difficile pour les dieux de mener à bien les cérémonies essentielles qui maintenaient la vie sur Terre.

N'étant plus honorés d'oblation, Indra et ses Maroutes cessèrent bientôt de provoquer les nuages ; la pluie vint elle aussi à manquer. Un siècle de sécheresse succéda alors à la dernière goûte de soma versée dans le Feu. Les réserves d'eau, les lacs, les rivières, les océans s'évaporaient. Le bétail et les hommes mouraient par centaines de milliers, ainsi qu'un nombre incalculable d'animaux.

Comme les cérémonies funéraires ne pouvaient pas se dérouler, faute du matériel nécessaire pour les mener à bien, les cadavres pourrissaient dans les maisons et dans les rues X sans que l'on pût s'occuper d'eux. Bientôt, le royaume de Yama fut surpeuplé d'âmes qui n'avaient jamais été purifiées.

Après un siècle de calamité, les survivants se dirigèrent vers l'Himalaya et grimpèrent à son sommet pour retrouver les dieux qui vivaient encore dans les grottes jadis peuplées d'assuras. Tous ensemble ils unirent leurs forces restantes et prièrent la Grande Déesse, Parvati, la fille des montagnes, la compagne de Shiva. D'un même chant, ils lui adressèrent leurs espoirs et c'est alors que la Déesse apparut sous la forme de Parvati.

Celle-ci était si attristée du spectacle de la Terre asséchée et ravagée qu'en voyant Dourgamasur et ses troupes occuper la ville céleste d'Indrapura, elle en pleura tellement que de ses milliers d'yeux qu'elle venait de se créer, elle inonda à nouveau la Terre, fit boire ceux qui avaient soif et raviva les champs et les cultures. L'apparition de ses innombrables yeux l'avait rendu perceptible. La grande déesse prit un corps afin que chacun pût la contempler en la vénérant : elle avait la peau d'un noir bleuté, de la couleur de l'espace en permanente expansion, ses yeux étaient soulignés avec du khôl, leurs pupilles avaient la forme d'une fleur de lotus en plein épanouissement et sa silhouette était lumineuse comme un millier de soleils... Enfin, de ses yeux coulaient des torrents de compassions, larges comme des océans.

Pendant neuf nuits consécutives la pluie tomba sur la Terre. Les rivières recommencèrent à couler. Les malades furent guéris. Ce qu'il restait de l'humanité ainsi que les dieux sortirent de leur grotte et admirèrent la vie qui recommençait.

Parvati se transforma alors en une gracieuse femme à huit bras. Au bout de chacun des quels une main offrait à la terre une oblation de céréales, de légumes, de fruits, de lentilles, de viande et d'herbes comestibles. En attendant que germent les prochaines récoltes, elle offrit même aux bêtes les herbes à manger et aux hommes, les légumes et les fruits.

Ceci fait, Parvati envoya un émissaire à Dourgamasur afin que celui-ci se rendît sans plus de dégât. Le chef asura, qui possédait l'univers tout entier, des enfers de Yama à Indrapura, la demeure des dieux, refusa bien évidemment de rendre ses conquêtes. Au lieu de cela, il monta la plus redoutable armée qui jamais n'avait encore été. Elle était composée d'un millier de légions, et chaque légion était composée de 22 000 chars, d'autant d’éléphants, de 66 000 cavaliers et de quelques 110 000 fantassins dont la plupart était de redoutables monstres.

Son armée réunie, Dourgamasur se dirigea sur les hommes, les dévas et Parvati qui s'étaient réunis au sommet de l'Himalaya. Sans attendre, il fit pleuvoir sur eux un orage de flèches. Les rishis, les dieux, les hommes, tous prièrent alors Parvati de les sauver ; ce qu'elle fit en dessinant autour d'eux un cercle de lumière à l'intérieur duquel les forces du mal ne pouvaient entrer. Elle-même cependant se tint à l'extérieur de ce cercle, puis elle se transforma à nouveau. Cette fois, Parvati ne tenait plus dans ses mains des fleurs ou des fruits mais de redoutables armes car, pour combattre le roi des démons, tous les dieux avaient mis en commun leur pouvoir pour les donner en offrande à celle qui était devenue l'Invincible Dourga.

Dourga possédait en effet au bout de ses huit bras le disque cosmique de Vishnou, la lance de Skanda, l'arc de Sourya, les flèches de Vayou, la hache de Ganesh, la conque de Varuna et le trident de Shiva. De Yama, le gardien des enfers, la déesse avait reçu un bouclier ; de Tvastar, le dieu-architecte, elle reçut une épée ; enfin, Himavat, le roi des montagnes, lui offrit des bijoux magiques et un lion doté du troisième œil comme monture.

Pour compléter sa panoplie d'invincibilité, ne doutant pas de sa victoire, Airavata, l'éléphant d'Indra, lui avait même offert une cloche afin qu'elle pût mener à bien les rites purificateurs dont elle devrait s'acquitter à la suite des massacres.

Face à l'immense armée des assuras, Durga apparut terrifiante à la tête des dieux qui s'étaient réunis pour mener à ses côtés un ultime combat pour la survie de la Terre. Tant de flèches furent lancées dans le combat que le ciel en devint obscur. Quand une des flèches lancées par les dieux transperçait un des démons, elle s'enflammait aussitôt et grâce à son irradiante lumière, elle désintégrait tous les assuras qui se trouvaient autour.

Alors que la bataille battait son plein et qu'il eût été très hasardeux de se risquer à prédire son dénuement, Dourga ouvrit son corps pour qu’en naissent ses nombreux avatars, chacun aussi puissant si ce n'est plus que Dourga elle-même. Ainsi, vinrent se mêler au champs de bataille toutes les déesses qui avaient pu être investies du pouvoir inarrêtable de la Shakti. Il s'agissait de Tripura Sundari, Bhuvaneshwari, Bhairavi, Matangi, des sept Matrikas, d'Indrani, la Jalousie, de Nara-simhika, la femme-lionne, de Jagat-janani, la shakti de Vishnou-Jaganath, de Kouberi, la Ruine, mais aussi de Chamunda, Gauri, Chandika, Ambika, Uma, Maya, la maîtresse des illusions, Gayatri la divine poétesse, Meenakshi la Séduction, Amba la Mère, Mohini la prostituée, Ganga, Rati le Désir, Roudrani la Vengeance, Sarasvati le Savoir, Varouni, l'Ivresse, Ganeshi la Chance....

Ce fut un spectacle terrifiant pour les démons que de voir les multiples aspects de la grande déesse Dourga qui ne cessait de les malmener et de les envoyer les uns après les autres dans la mort.

Le combat dura dix jours durant lesquels les dieux et Dourga livrèrent une chasse impitoyable aux démons. Enfin ils emportèrent la victoire. Les blessures des assuras coulaient tellement que bientôt des rivières de sang se formèrent.

Le onzième jour, Durgamasur apparut enfin pour livrer bataille, sachant qu'il n'avait plus aucun autre espoir de s'en tirer que de vaincre lui-même la Grande Déesse. Alors, tous les avatars de Dourga se réunirent en une seule silhouette, montée sur le terrible lion dont le troisième agissait comme un rayon laser.

Six heures durant Dourga et Dourgamasur se sont combattus. Au fil de la bataille, Dourga tua les quatre chevaux du char de Dourgamasur avec quatre flèches, puis elle le fit tomber en plantant une flèche dans une de ses roues. Avec deux autres flèches, Dourga perça les yeux du démon, puis ses bras avec deux autres flèches. Afin de décourager les derniers partisans du démon, d'une flèche Dourga fit tomber l’étendard de Dourgam-asur. Enfin, avec cinq flèches, elle transperça le cœur du démon qui tomba à ses pieds en vomissant du sang.

Dourga récupéra alors les quatre Védas qu'elle tendit avec respect aux sages qui les apprirent à nouveau par cœur pour les enseigner à leur tour à leurs disciples.

Dourgamasur eut malheureusement une descendance qui grandit dans la jalousie et vécut excitée par l'espoir d'une revanche. Ainsi, Dourga eut encore à combattre Mahish-assura, le roi-serpent qui s'était rebellé lui aussi contre les brahmanes en refusant leur autorité.

Cependant, le plus puissant de tous les assura qui jamais dévastèrent les trois mondes fut Raktabīja, dont le nom veut dire en sanskrit « graine de sang ». Il fut si difficile à vaincre par Dourga, qu’elle dut, pour l'occasion, devenir son incarnation la plus instable, la plus terrible et la plus cruelle : Kali, la maîtresse du Temps et de la destruction, le seul avatar qui puisse détruire le mal par le mal.

Comme ses ancêtres, Raktabija vécut dans l’Himalaya et passa sa vie à prier Brahma en espérant par ses pénitences attirerait son attention. Après des milliers d'années d'une méditation qu'il menait nu dans un torrent d'eau glacé, Brahma apparut devant lui et voulut encourager ses méditations en lui proposant la réalisation d'un vœu. Raktabikja, qui savait que Brahma ne pouvait pas lui garantir l'immortalité car chaque existence devait être soumise au samsara, c'est à dire au cycle de la naissance et de la mort, lui demanda plutôt qu'à chaque fois qu'une goutte de son sang tomberait de son corps, un clone de lui-même apparaîtrait à l'exact endroit où serait tombée la goutte.

Aussitôt que Brahma lui accorda son vœu, heureux de sa récompense, Raktabija cessa ses pénitences et revint vivre avec les hommes pour leur imposer ses volontés de puissance et de gloire. Une nouvelle fois, les dieux furent chassés d'Indrapura et durent implorer la Shakti de leur venir en aide. Parvati devint alors une nouvelle fois Dourga, qui se divisa en autant d'avatars que la déesse en possédait. Cependant, la bataille à peine commencée, Lakshmi, Sarasvati, Dourga et toutes leurs assistantes, constatèrent très vite avec effarement qu'à chaque monstre qu'elles trucidaient, des dizaines d'autres naissaient des gouttes de sang qui tombaient au sol.

Depuis le premier coup qu'il avait reçu en salaire de son impudence, Raktabikja s'était déjà multiplié d'une manière exponentielle. À présent, lui et ses clones étaient des centaines de milliers et bientôt des centaines de millions, car à chaque coup porté par Dourga, des légions de monstres s'ajoutaient encore à l’invincible armée asura. Au lieu de se vider du sang des guerriers, le champ de bataille devint très vite surpeuplé de clones de Raktabija hors de contrôle, même de Dourga et de ses très nombreux avatars.

 

C'est alors que du front de Dourga naquit Kali, dotée d'un corps noir comme une nuit sans lune, avec un visage effrayant, des sourcils froncés, des yeux révulsés, des cheveux emmêlés. La nouvelle déesse était nue, elle avait l'air d'une folle et dansait frénétiquement, en trance, semblable à un volcan en éruption. Armée d'une simple épée et d'un lasso qu'elle brandissait au-dessus de son visage grimaçant, elle laissait s'échapper des hurlement plaintifs et stridents, tandis que ses yeux étaient d'un rouge flamboyant et que sur l'univers s’étendaient les hurlements infernaux que dégageait chacun de ses mouvements.

Tout autour d'elle, disparurent alors les autres déesses, dont l'éclat avait faibli face à la noirceur de la terrifiante Kali, qui ne portait autour de sa taille qu'un collier de crânes et un pagne de bras décharnés, dont les os étaient percés d'une liane qui maintenait cette macabre jupe à ses hanches. Comme chacun des bras qui composait ce pagne avait appartenu à un démon que Shakti avait déjà défait, à leur vue, la rage de Raktabija et de ses clones redoubla d'intensité. Et c'est tous ensemble qu'ils se jetèrent sur Kali... laquelle continuait simplement à danser.

À chacun de ses pas de danse, son corps se penchait pour recevoir dans sa bouche les démons qu'elle attrapait avec son lasso puis qu'elle avalait. Quant à ceux qu'elle tranchait de son épée, avant qu'ils ne ne touchassent le sol, Kali léchait chaque goutte de leur sang, de sa longue langue frénétique, lavant ainsi chaque parcelle du cosmos de la moindre trace du liquide infernal.

Bientôt les troupes assuras durent se considérer comme défaits et Raktabija lui-même fut dévoré par Kali qui, de sa langue rouge et chaude et de ses mains griffues, se barbouilla le visage de son sang en pratiquant sur son cadavre la danse de la mort, laquelle consiste à danser sur la victime, puis à manger son cœur pour en récupérer ses qualités et sa puissance.

Cependant, dans la bataille, Dourga avait été blessée d'avoir été tenue en obstacle et d'avoir laissé entrevoir sa toute-puissance destructrice. Sous les traits de Kali, sa frénésie ne retombait pas. Ainsi, ce qu'il restait de l'univers qui n'avait pas été ravagé par le combat contre l’asura, fut foulé du pied par Kali qui ne cessait pas de danser, détruisant les galaxies et se roulant sur les montagnes.

Les dévas apeurés se rapprochèrent de Shiva, l'être cosmique dont jamais rien, si ce n'est sa compagne Parvati, ne troublait la méditation.

« Grand Dieu ! lui dirent-ils, après avoir si vaillamment mis à mort notre ennemi, voici que Kali détruit cette vie pour laquelle elle a tant combattu ! Toi qui es son compagnon, interviens ! Raisonne celle pour qui plus rien ne semble compter à présent. »

Leurs prières eurent du mal à rejoindre les oreilles de Shiva, car l'univers tout entier raisonnait des rires atroces de Kali la démente. Pourtant, Shiva ne semblait pas dérangée par la situation. « Laissez-la savourer sa victoire ! » dit-il aussitôt aux rishis et aux dévas qui avaient demandé sa clémence, puis il se replongea dans les intenses méditations qu'il menait au sommet du mont Kailash.

La danse macabre de Kali continua donc, sans que rien dans l'univers ne pût jamais être un obstacle pour elle.

Après avoir ravagé la Terre et les enfers, Kali s'approcha du mont Kailash qu'elle ne reconnut pas comme sa demeure, tant sa furie était totale et la rendait aveugle à sa propre nature. Comme un ouragan, elle passa près de la couche d'herbes odoriférantes sur laquelle Shiva méditait assis en tailleur.

La bourrasque engendrée par le passage de Kali dérangea Shiva qui fut jeté de sa couche et roula en bas des pentes du Kailash. Shiva résolut alors de mettre un terme à sa méditation et ouvrit enfin les yeux.

Ce qu'il avait devant lui le désola : les forêts du Kailash étaient en feu et la Terre était balayée d'un vent fétide. Il constata avec une immense tristesse que les hommes ainsi que les dévas étaient devenus moins nombreux que les rats.

Il était impossible à Shiva de lever la main sur sa femme, néanmoins il était obligé d'agir au plus vite pour la calmer et lui faire reprendre ses esprits. Alors, afin que cessât sa folie destructrice, Shiva plongea sous les pieds de Kali. Quelques instants encore, celle-ci dansa frénétiquement sur le corps de Shiva puis, saisie de stupeur, elle réalisa enfin qu'elle était entrain de piétiner son mari. Elle cessa aussitôt toute violence et honteuse, elle s'arracha la langue, puis redevint en un instant Dourga, puis Parvati, et enfin Sati, la première femme qui jamais ne fut aimée de Shiva.

Ainsi, grâce à la fertilité de leur amour, la vie s'établit à nouveau sur Terre et les dieux furent à nouveaux les maîtres du mont Mérou ainsi que de l'univers tout entier.

De DURGA à KALI - le mythe de la déesse vengeresse

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