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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les souffrances de la TERRE (récit indien)

Récit inspiré du 16ème chant du Bala-Kanda, « le livre de l'enfance », le premier tome du Ramayana. Traduction par Alfred Roussel.

*

À l'époque où se déroulent les faits dont nous allons vanter la gloire, l'âge d'or depuis bien longtemps, n'était plus qu'un souvenir et l'âge d'argent s'avançait déjà vers sa fin. Profitant de cette dépréciation de l'univers, qui de l'or s'avançait vers la poussière, les forces démoniaques, après avoir tant ravagé le ciel, apparurent à la surface de la terre.

Durant le sacrifice de Pouroucha, c'est avec les parties génitales de Brahma, que le rishi Poulastya avait créé les rakshasas et les yaksahas, ces êtres surnaturels, mi-humains mi-démons qui hantent les lieux sauvages et qui, sur Terre, empêchent les hommes de vivre et les sages de méditer sereinement.

Kubéra, le roi des voleurs et Ravana, le roi des rakshasas étaient deux des petits-fils de Poulastya. Shiva avait fait de Kubéra le dieu des richesses et le distributeur de la prospérité. Depuis, il vivait au nord du monde, dans un royaume parfait nommé Alaka, et situé en Himalaya.

Quant à Ravana, il s'était livré à plus de 1000 années de pénitence et ainsi avait su charmer Brahma, le dieu créateur. Par ailleurs, Ravana était un roi bon et généreux, appartenant à la caste des brahmanes et qui avait grandi dans la science des Védas, mais aussi dans la parfaite maîtrise du sitar, l'instrument de Sarasvati, la compagne et fille de Brahma et de leur fils Narada.

Brahma, l'origine et la matrice de toute chose, ne put qu'encourager Ravana dans ses efforts pour le rejoindre à Brahmapura, son domaine céleste ; pour cela lui jeta un sortilège qui le rendrait invulnérable à chacune de ses créatures, hommes exceptés. En effet, sous peine de rompre équilibre du Dharma, Brahma ne pouvait offrir à aucune existence l'immortalité, car celle-ci était réservée à la Trimurti, et donc il avait rendu Ravana vulnérable aux seuls hommes.

Dès lors, Ravana fut en possession de toutes les armes et de tous les savoirs de la création, et des milliers de têtes lui poussèrent sur le crâne, représentant chacune un pouvoir ou un vice particulier. Ainsi transformé, pensait-il, aucun homme ne serait jamais en mesure de se mesurer à lui et c'est avec un satisfaction sans limite qu'il se sentit la créature la plus puissante de l'Univers. Bientôt, il se sentit l'égal d'un déva.

Fort du pouvoir que Brahma lui avait alloué, Ravana se laissa donc griser par sa puissance et avec l'aide de sa nation de monstres, terrorisa la Terre, sans égard pour celle qui offrait pourtant sans distinction, la subsistance à quiconque avait le bonheur de vivre sur elle et par elle.

La Terre supporta longtemps, sans se plaindre, la honte de se voir bafouée par de vulgaires et difformes créatures, sans foi ni loi et que seul l’instinct le plus brutal animait. Cependant, quand les rishis furent empêchés de méditer dans ses forêts, à cause d'immenses incendies allumés par de criminels esprits, dont l'objectif était de rendre la nature inhospitalière à ceux qui rechercheraient en elle la sérénité, la Terre ne put retenir ses larmes. C'est alors, dans un long sanglot, qu'elle convoqua enfin l'assemblée des dieux afin de plaider sa cause devant ceux qui avaient le pouvoir de lui venir en aide.

Tous les dieux répondirent à l'appel de celle qui était considérée par toutes les créations de Brahma comme la plus belle et la plus essentielle à l'univers. C'était en effet la Terre qui hébergeait l'humanité dont les prières étaient indispensables aux divinités, et sans lesquelles l'univers aurait été inévitablement conduit à sa perte.

Furent présentes à cette céleste réunion toutes les divinités élémentaires: Vayou le Vent, Indra la Foudre, Varouna l'Océan, Agni le feu, et bien sûr Sourya le Soleil et Chandra la Lune. Étaient là aussi les divinités immatérielles qui couronnent les existences : Kubéra, le maître des Richesses, Mitra le gardien des promesses, et Shiva, la source de toute sagesse. Même Yama, le seigneur de la mort, était présent, se tenant à l'écart, blême à la vue de celle qui redoutait de bientôt être sous sa garde et dont il ne voulait pas comme pensionnaire. Ce cortège était mené par l'Aurore, qui n'admettait pas que les feux de forêt fussent autant d'obstacles à la sérénité des ascètes qui lui rendaient un culte à chaque nouvelle aube.

Ceux qui ne sont jamais nés et qui étaient déjà là avant même que tous ne soient, le glorieux et parfait Brahma, le créateur de toute existence, ainsi que Vishnou, le continuateur de l’œuvre de Brahma, le défenseur de l’univers, le champion du Bien, siégeaient quant à eux sur une majestueuse estrade qui faisait face à l'assistance.

Tous tendaient les oreilles de leurs nombreuses têtes afin de recueillir la requête de celle qui ne s’exprime jamais que pour avertir. Cependant, c'était avec regret que les divinités se considéraient moins puissantes que les forces du Mal réunies sous la férule de Ravana. Ainsi, bien qu'immensément attristés devant le spectacle pathétique de la Terre en sanglot, ils ne purent, tout dieux qu'ils étaient, lui faire la promesse de la libérer de l'emprise chaque jour plus préjudiciable des démons.

« Ravana est le destructeur des trois mondes et le tourment des femmes... disait la Terre. N'est- il pas celui qui a fait de l'aube un simple instant dans la journée ? N'est-il pas celui qui, la nuit, souffle la flamme pour plonger le foyer dans le froid ? N'est-il pas celui qui remplace, dans le cœur des créatures de Brahma, les prières et les poèmes par le goût des richesses et la course aux chimères ? »

Vishnou, le maître de l'océan primordial, depuis lequel proviennent et retournent toutes les existences, demeurait silencieux, souriant même du coin des lèvres. Plusieurs fois déjà, il avait sauvé l'univers, se métamorphosant parfois en poisson, parfois en sanglier, parfois en femme ! Pour lui, toute cette tragédie avait un air de déjà-vu qui ne l'étonnait pas le moins du monde. De tous les dieux, n'était-il pas celui qui, avec Brahma, maîtrisait le mieux ce divin pouvoir qui consiste non seulement à voir et à prédire le futur, mais aussi à lui donner une forme en fonction de sa volonté ?

Sollicité par la Terre et les dévas, Vishnou leur tint alors cet affectueux langage :

« Quel est donc, mes amis, le moyen de combattre le chef des démons? Quel est selon vous le moyen que je dois employer pour détruire ce perturbateur de rishis ? »

Ainsi interrogés, les dévas répondirent d'une même voix à l’immuable Vishnou :

« Prends une forme humaine, et triomphe de Ravana dans la lutte. Là est son point faible.

- Tathagata, qu'il en soit ainsi! s'exclama Vishnou, car voilà qui sera vrai, juste et bénéfique ! »

Ces paroles prononcées, l'être cosmique se désincarna pour se diviser en cent mille avatars, qui eux-même se confondirent dans le cosmos pour disparaître à l'intérieur de chaque parcelle de l'univers.

Devant ce spectacle, l'Aurore, Le Soleil, le Feu, l'ensemble des rishis célestes et toutes les autres divinités applaudirent violemment, accompagnés à la danse par les nymphes et au sitar par les gandharvas, ces créatures parfaites qui composent la cour d'Indra.

Et c'est ainsi qu'il fut décidé que Vishnou s'incarnerait en homme pour terrasser Ravana.

Les souffrances de la TERRE (récit indien)
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