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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

L'ARC de Shiva (mythe indien)

L'ARC de Shiva (mythe indien)

Le passage de flambeau entre Parashurama et Rama, respectivement 6ème et 7ème avatar de Vishnou, rappelle la rencontre entre Jean le Baptiste, ermite de son état (comme Parashurama), et Jésus, roi des juifs (tout comme Rama roi d'Ayodhya).

Récit inspiré du Ramayana de Valmiki

*

Quand le prince Rama eut atteint sa puberté, à ses douze ans, son père le maria à la jeune princesse du royaume de Mithila, Sita. Mithila étant voisin d'Ayodhya, ce mariage renforça encore les liens entre ces deux nations aryennes. Cependant, Sita n'ayant alors que six ans, il fut donc convenu qu'elle ne quitterait Mithila qu'une fois qu'elle aurait atteint elle aussi sa puberté.

Cependant, ce ne fut pas si simple de marier Sita à Rama, car le père de celle-ci, aimant sa fille plus que tout au monde et la considérant comme la plus précieuse de ses richesses, n'avait pas envie de la marier au premier venu, fût-il le prince d'Ayodhya lui-même. Ainsi, afin d'effectuer une sélection des prétendants à sa fille, le roi de Mithila organisa une grande foire à laquelle il convia tous les princes aryens et kshatriyas du nord de l'Inde.

Apprenant l’événement, c'est avec une confiance sans faille envers son fils, que Dasharatha l'envoya tenter sa chance :

« Va, mon fils, lui dit-il, et ramène la femme que ton père a choisie pour toi et qui sans aucun doute apportera la prospérité et la gloire sur ton nom et celui de tes ancêtres. »

 

Rama quitta donc en grande pompe Ayodhya pour rejoindre la foire où se tiendrait le concours dont le champion gagnerait la main de Sita. Le prince était accompagné d'un millier de pages dont chacun maîtrisait parfaitement une dizaine de langues, ainsi que d'une garde rapprochée qui comprenait le même nombre de soldats d'élites dont la fidélité était l'arme la plus aiguisée. Tous étaient armés jusqu'aux dents mais tout de même habillés en damoiseaux, de sorte que cette foule était belle à voir, car elle alliait la force physique et la beauté spirituelle dans un corps, qui ne faisait lui-même qu'un avec la cohorte.

Une longue caravane les suivait, chargée de présents destinés à être offerts à Janaka, le roi de Mithila, ainsi qu'à ses brahmanes et à son peuple.

Enfin, suivaient quelques carrosses chargés des plus belles et nobles filles et femmes d'Ayodhya, qui voyageaient allongées sur des coussins, se prélassant de la vision de ces beaux hommes forts qui les escortaient vers d'autres hommes beaux et forts, dont l'un d'eux peut-être subirait le charme de leur regard et leur demanderait la main.

Si Rama réussissait à ravir Sita à ses opposants, alors ce serait toute sa suite de pages et de guerriers qui pourraient eux aussi prétendre à l'union avec de riches et belles mithilainnes.

 

Cette foire, c'était aussi pour Janaka, qui n'avait à l'esprit que la félicité de son peuple, l'occasion d'unir son royaume aux plus puissants de ses voisins.

Chacune des nations et tribus aryennes de la vallée du Gange avait donc dépêché sur place leur meilleur champion. Tous les princes étaient présents, se défiant du regard comme des fauves dans une cage.

De tous les princes, Rama était le plus jeune, mais son allure noble, ses manières viriles et son regard à la fois moqueur et dominateur, inspiraient à chacun le respect et l'admiration.

Les princes imberbes, infirmes, malades ou chétifs, s'étaient fait remplacer par des champions qui représentaient leurs intérêts. Fiers de représenter leur roi et prêts à tout pour briller, ceux-là étaient de tous les plus effrayants. Certains de ces champions, qui pour beaucoup avaient la taille de géants, étaient des mercenaires venus d'outre-Himalaya pour servir comme généraux dans les armées aryennes. Ceux-là ne portaient pas de toge ni d'armure, mais un simple tablier en cuir de tigre et un casque en argent sur la tête qui ne laissait pas même dépasser leur menton, recouvrant leur tête comme s'il s'agissait d'une cagoule. Briller à la foire de Mithila était pour eux une occasion unique de gagner le statut de kshatriya.

Au plus loin que se portait le regard, la campagne était remplie de tentes, de chapiteaux et d'enclos de fortune aménagés en écuries, où galopaient les plus fiers étalons des plus puissants des rois du monde.

 

Arrivée en avance, Rama passa les quelques jours d'attente enfermé dans sa tente, assis en tailleur par terre, à méditer pour trouver la force de réagir en toute situation en accord avec la science des Védas.

Enfin, le jour du concours arriva, et Janaka réunit dans la cour de son immense palais les dizaines de princes réunis là dans l'espoir de mériter sa fille Sita.

Dotée d'une beauté qui faisait pâlir de jalousie l'Aube elle-même, la fillette était aussi la plus innocente et la plus pure des créature à arpenter la Terre.

Cependant, une cruelle déconvenue avait obscurci le ciel de Sita : il s'agissait d'un fait qui aurait pu sembler insignifiant, mais qui avait décidé du destin de la princesse de Mithila. Un jour qu'elle se promenait dans les jardins du gynécée, la jeune enfant avait aperçu une oiselle qui gisait blessée au pied d'un arbre. Voulant la sauver des griffes d'un chat qui rodait par là, Sita l'emporta avec elle pour la soigner.

Mais quelle erreur ne venait-elle pas de faire ! L'oiselle, au lieu de lui témoigner de la reconnaissance, lui tint ces dures paroles :

« Sita, en croyant bien faire tu m'as séparée de ma famille. À cause de toi, mon mari me croit partie et ne voudra plus jamais m'accepter auprès de lui. Quant à mes enfants, avec les mains parfumées avec lesquelles tu m'as enveloppée, jamais plus il n'oseront s'approcher de moi, car mon odeur ne sera plus celle d'une mère mais celle d'une humaine... Ce que je souhaite, c'est que tu puisses comprendre un jour tout le mal que tu m'as fait aujourd’hui. »

La voix de l'oiselle monta jusqu'aux oreilles des dévas qui, saisis de pitié, ne purent que lui accorder son vœu.

Dès lors, le sort de Sita était scellé ; un jour, alors qu'elle serait dans une situation difficile, on l'arracherait à celui qu'elle aimerait, et elle connaîtrait à son tour les irrémédiables conséquences de l'action qu'elle avait ce jour-là entreprise en pensant de bon cœur sauver l'oiselle.

Voulant tester la force de chacun des prétendants sans qu'ils ne se combattissent et se blessassent en vain, le roi de Mithila avait pensé à une épreuve qu'ils subiraient tous à tour de rôle, et dont l'issue déciderait de qui emporterait le mariage de sa fille. Ainsi, on amena dans le hall du palais l'arc de Shiva, que le prêtre-guerrier Parashurama avait jadis laissé à la garde des brahmanes de Mithila, afin qu'il s'en servissent en ultime recours face à la voracité des rakshassas ou des kshatriyas.

Cet arc pesait plusieurs tonnes et il était d'une envergure de plusieurs mètres. À sa vue, bon nombre de princes ordonnèrent à leurs pages de replier les tentes et d'apprêter les caravanes pour partir au plus vite, effrayés par la tâche à accomplir. À l'ombre de leur palanquin, ils observèrent ensuite avec anxiété le déroulement de la compétition.

« Celui d'entre vous qui portera cet arc et réussira à tirer une flèche avec, proclama Janaka, sera le digne prétendant de ma fille, laquelle lui sera envoyée à sa puberté accompagnée d'une caravane de présents en guise de dote. Le prince qui recevra ma fille devra s'engager devant Aryaman, le protecteur des promesses et l'ami des aryens, à ne jamais nourrir de pensées belliqueuses envers le royaume de Mithila ainsi que ses nombreux alliés. Enfin, il va sans dire que seul un pur kshatriya pourra prétendre à la main de ma fille. »

 

Ceci dit, l'exercice commença. Les princes les moins confiants se chamaillèrent afin de savoir qui d'entre eux passerait en premier. Sur le modèle de l'épisode mythologique du barattage de la mer de lait, il fut convenu d'un commun accord, que les candidats les moins nobles passassent d'abord, puis que les plus aguerris des héros les suivissent.

Mélakos, le barbare scythe que le roi du Kamboja avait diligenté pour le représenter s'approcha le premier de l'arc gigantesque. À peine se fut-il avancé qu'une puissante décharge le foudroya instantanément. Pour honorer sa fidélité envers son roi, Vishnou, qui observait le concours depuis le ciel, permit au barbare, lors de sa vie suivante, d'être réincarné en kshatriya.

Un rakshassa qui s'était infiltré dans la colonne des prétendants, et qui comptait utiliser la magie plutôt que la force pour soulever l'arc, s'avança à son tour en coupant la file de ceux qui le devançaient. Pas même eut-il pu approcher de l'arc qu'un nouvel éclair le foudroya lui aussi.

Voyant qu'il était impossible que l'arc fût approché par un être de vile condition, les mercenaires et héros cessèrent de croire en leur chance et quittèrent l'arène pour se livrer à l’opprobre de leurs maîtres. Cependant, ceux-là aussi constataient la tâche impossible qu'ils avaient demandée à leur champion.

C'est alors que le prince de Kashi, qui avait passé toute sa vie entouré des sages les plus perspicaces et qui depuis son enfance avait été nuit et jour bercé par les les chants védiques, s'approcha sans difficulté de l'arc de Shiva. Cependant il ne réussit pas à le soulever, et se déboîta même une épaule en essayant de le faire.

Celui qui le suivit fut le prince du Sindhu ; un jeune homme dans la fleur de l'adolescence, aux cuisses musclées et aux épaules déjà fortes. Celui-ci, en plus de connaître par cœur les quatre Védas, maîtrisait aussi les arts martiaux de la balistique ou la lutte en corps-à-corps. Bien que batti comme un géant, celui-ci ne parvint pas plus à faire bouger l'arc de Shiva.

Les rois qui suivirent approchèrent l'arc avec des offrandes de beurre et de miel, puis l'entourèrent de fumée d'encens. Mais aucun d'eux ne put, par la force de ses membres ou de sa pensée, réussir à le bouger.

La foule des prétendants s'était amoindrie. Le prince de Kuru s'avança à son tour. Il mesurait huit mètres de haut, avait reçu de Brahma six têtes et cinquante bras. Alors qu'il n'avait pas vingt ans, on disait de lui qu'il avait déjà conquis cent royaumes à lui seul... Lui aussi échoua.

Il ne restait plus en lice que Rama, le jeune prince d'Ayodhya, la première des villes qui jamais ne fut sur Terre, la patrie des fils du Soleil et des héritiers de Manou, le premier homme, le rescapé du Déluge, le favori de Vishnou.

Avec un flegme qui trahit son origine divine aux yeux des plus perspicaces , Rama s'avança donc calmement pour se saisir de l'arc, qu'il empoigna d'un geste souple puis qu'il leva au dessus de sa tête, sous les regards médusés de l'assistance. Mais alors qu'il bandait l'arc, celui-ci cassa en son milieu ! Aussi impressionnant fût-il, l'arc de plusieurs mètres d'envergure et d'un poids incommensurable, Rama venait de le briser comme une brindille !

Il fut malgré tout convenu que le jeune prince d'Ayodhya possédait à présent comme femme la jeune Sita. Puis, sans qu'ils ne se fussent encore vus ni même aperçus, les deux amants que la destin et la volonté de leur père avait unis, se séparèrent sur la promesse que la princesse de Mithila, une fois devenue femme, serait accueillie en reine à Ayodhya.

Après une lune complète passée à se réjouir de cet événement, et fort du premier succès d'une longue liste à venir, Rama repartit vers sa patrie accompagné de sa suite, fêté en héros après à sa victoire.

Cependant, le bruit qui s'était échappé de la brisure de l'arc avait été si puissant que Parashurama l'avait entendu bien qu'il vécût dans une forêt, éloignée de plusieurs centaines de kilomètres. Celui-ci entra dans une rage folle, maugréant contre Janaka qui avait eu l'imprudence de laisser quelqu’un s'approcher d'une arme aussi dangereuse et aussi précieuse.

Sans perdre un instant, se dirigea vers la caravane de Rama afin d'en punir l'imprudence et quelques jours plus tard, Parashurama avait rejoint le défilé, qu'il arrêta.

Parashurama était armé de l'arc de Vishnou, et en menaçait Rama. Celui-ci se prosterna alors devant lui et l'honora en tant que rishi. Bien qu'agacé de se voir malmené, Rama demeurait impassible, ce qui ne manqua pas de provoquer l'admiration dans ses rangs. Puis, d'un clignement de paupière, l'arc de Vishnou quitta les mains de Parashurama pour rejoindre les siennes, laissant son aîné désarmé et sans défense.

C'est alors qu'il plaça une flèche dans la corde et qu'il banda l'arc pour en viser le cœur de Parashurama, qui n'avait encore jamais approché la mort d'aussi près.

« Que veux-tu que je fasse avec cette flèche, vénérable rishi ? » dit alors Rama à Parashurama, lui signifiant en cela qu'ils étaient tous les deux la même personne, de condition et de destin différents, mais tous les deux brillant d'une même force, l'esprit tendu vers la même direction menant au Brahman.

Il émanait alors de Rama une telle lumière, que Parashurama demeura tétanisé devant lui, réalisant que celui qui avait cassé l'arc de Shiva n'était autre qu'une nouvelle incarnation de Vishnou venue le remplacer dans la lutte contre les forces du Mal.

Comprenant qu'il avait en face de lui sa propre réincarnation, Parashurama se prosterna aux pieds de Rama et lui dit :

 

« Tout le bien que mes pénitences ont pu jamais m'obtenir, je te les donne en offrande, ô Rama ! »

 

Rama le releva, puis le serra dans ses bras et les deux hommes se séparèrent en amis. Parashurama, ayant ainsi reconnu Vishnou en Rama, comme il avait jadis reconnu Vishnou en lui-même, s'en retourna alors, l'esprit serein, vers son ashram forestier.

 

Parashurama

Parashurama

L'ARC de Shiva (mythe indien)

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