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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le roi DASHARATHA (mythe indien)

Extrait de l'introduction du Ramayana de Valmiki (trad. d'Hippolyte Fouché).

*

Sur le trône d'Ayodhya, occupé par la dynastie des fils du Soleil, au roi Dilipa, le père de Bhagarata, qui fit descendre le Gange sur Terre, succéda Ragou, son fils aîné, le fondateur de la lignée des Ragouites. À la fin de sa vie, Ragou ayant choisi de la finir avec une femme de son choix qui ne fut pas une de ses reines, il quitta Ayodhya et s’exila dans la forêt pour s'y construire une cabane.

Ragou fit donc place sur le trône d'Ayodhya à son fils aîné, Aja. Celui-ci, son règne accompli, le céda à son fils Dasharatha, le père du glorieux roi Rama et de ses frères Lakshman, Bharata et Shatrugna.

Dasharatha, l'égal sur Terre d'Indra, vivait dans sa capitale d'Ayodhya comme Indra, le roi des dieux en sa ville céleste d'Indrapura : Dasharatha était le maître et la gloire incarnée de l'opulente capitale du monde. C’était un prince perspicace et glorieux, aimé des habitants de la ville comme de ceux de la campagne ; puissant vainqueur de ses ennemis, entouré de nombreux amis et alliés, il était aussi l'égal par les richesses de Kubera, tandis que sa renommée s'étendait sur les trois mondes, qui sont les dimensions matérielles, divines et spirituelles de l'existence.

De même que l'avait été dans les temps immémoriaux le célèbre Manou, le roi Dasharatha était donc le protecteur de la Terre. Il avait réuni autour de lui tous les hommes instruits dans les Védas et, multipliant les sacrifices, attaché à son devoir, maître de lui-même et de ses sens, il était doté d'une sagesse semblable à celle des plus vénérables rishis.

Cependant, malgré que ce prince attaché à la vérité excellait dans les trois domaines qui constituent l'objectif d'une existence: l'amour, la prospérité et l'observation stricte des règles du Dharma, une chose lui manquait: la providence ne lui avait pas donné d'enfant.

 

L'annonce faite à Darashatha

Récit inspiré du 16ème chant du Bala-Kanda, premier tome du Ramayana de Valmiki (trad. d'A. Roussel.)

 

Vishnou, qui en toute situation demeure maître de lui-même, se choisit comme père le roi d'Ayodhya. Vishnou savait que Dasharatha voulait un enfant et que c'était pour cela qu'il lui adressait depuis de si longues années d'innombrables et d'incessants rituels, ainsi que de très nombreuses offrandes.

En effet, ce roi glorieux qui fut si souvent le meurtrier de ses ennemis et qui par conséquent fut heureux à la guerre, n’avait pas d'enfant mais désirait tant en avoir qu'il offrait à toute occasion des sacrifices à Vishnou.

Celui-ci était en plein rituel de dévotion quand apparut devant lui, sortant du feu sacré, un être d’un éclat sans rival, merveilleux de puissance et de force. La forme qu'avait revêtue Vishnou pour s'incarner, était noire, vêtue d’habits aussi rouges que le visage de cet être magnifique était rubicond. Sa voix résonnait comme un tambour et sa barbe et son abondante chevelure le faisaient ressembler à un lion. L'être cosmique, qui pourtant s'incarnait dans une basse dimension, était paré de divins bijoux ; il était aussi grand que la cime d’une montagne et aussi fougueux qu'un tigre en furie.

Semblable au soleil, d’un éclat égal à la flamme d’un brasier allumé, l'avatar de Vishnou portait un vase d’or recouvert d'un couvercle d’argent. Ce vase, rempli d’un lait céleste, l'apparition le serrait de ses deux bras, comme s'il s'agissait d'une femme aux formes généreuse qui serait la plus belle œuvre de Maya, le divin illusionniste.

Fixant le roi Dasharatha de son sombre regard, il lui dit ces quelques paroles :

«  Dasharatha, sache que je suis le messager de Dieu et je suis venu ici sur son ordre. »

Le roi, après s'être prosterné le front collé au sol, comme il convient de le faire devant son maître, lui répondit :

« Ô Bienheureux, sois le bienvenu. Que puis-je faire pour toi ? »

Ce à quoi le messager répliqua :

« Ô roi, ô tigre parmi les hommes, grâce aux hommages que tu rends aux dieux, tu as aujourd’hui gagné ce vase de lait, l’œuvre des dieux et qui est destiné à te procurer une descendance : accepte-donc ce fortuné breuvage car il accroîtra la vigueur de ton nom. »

Dasharatha reçut alors le vase étincelant entre ses mains.

« Que dois-je en faire ? Comment dois-je procéder pour jouir de ce que tu viens de m'annoncer ? » demanda-t-il à l'avatar de Vishnou qui était dressé devant ses yeux éblouis.

_ Offre ce breuvage à tes épouses, répondit l'apparition. Buvez, leur diras-tu, suite à quoi bien vite elles te donneront les enfants que tu réclames, ô prince !

_ Ainsi sera-t-il fait ! » répondit le roi rempli de la plus vive allégresse, qui pleurait et sautait de bonheur tout autour de celui qui lui apportait une si bonne nouvelle. En acquérant ce nectar divin, Dasharatha ressentit la joie extrême de l’indigent qui devient riche.

Ensuite, l'être prodigieux semblable à un soleil éblouissant, ayant accompli sa mission, disparut. C'est alors que Dasharatha retourna en son palais pour se rendre immédiatement au gynécée qu'il illumina de l'éclat de sa joie comme les rayons de Lune, une nuit d'automne.

Dasharatha dit alors à Kausalya, la première des reines :

« Bois ce breuvage ; il te procurera un fils ! »

Ceci fait, Dasharatha offrit à Kausalya, sa seconde épouse, ce qu'il restait du breuvage. Ce qu'il en resta, il le donna encore à Sumitra, sa troisième femme. À Kaikeyi, la quatrième il fit aussi passer le vase dont le liquide était aussi précieux que l'ambroisie (amrita). Alors qu'il restait encore un peu du nectar dans le font du pot, Dasharatha, après avoir bien réfléchi, le donna une nouvelle fois à Sumitra.

Ces femmes, ayant ainsi reçu le breuvage, comprirent l’honneur qui leur était fait et toutes se sentirent l’âme transportée de joie. Ayant eu chacune sa part du merveilleux breuvage, elles devinrent bientôt enceintes de fils à la splendeur pareille à celle d’Agni, le dieu du feu et d'Aditie, la lumière primordiale qui, avant même la création du monde, illuminait déjà le vide insondable. Leur ventre à toutes brillait même d'une magique lueur.

Le roi, voyant que ses épouses portaient des embryons d’un tel éclat, sentit le courage et la force de sa jeunesse lui revenir. Il éprouva alors un contentement égal à celui que doit ressentir Vishnou lorsque, depuis son trône de lotus, en son palais céleste, il reçoit les hommages que lui apportent sans distinction les rois des hommes, des dieux et des assuras, alors même que sous les murs de la divine cité de Vaikuntha attendent, sagement et en ordre, la multitude des saints et des rishis pour déposer leurs offrandes à ses pieds...

Neuf mois plus tard naquirent Rama, et ses demi-frères Bharata, Lakshman et Shatrugna. Tous ces héros légendaires deviendront les personnages centraux de l'épopée du Ramayana, que rédigea le sage et ermite Valmiki, sous la dictée du sage céleste Narada, fils de Brahma.

Depuis, Rama demeure en Inde l'une des cinq ou dix divinités dont le culte n'a jamais faibli depuis des milliers d'années. Il est considéré comme un des avatars de Vishnou, dont il est la septième incarnation du canon puranique. Lakshman est, quant à lui, considéré comme l'avatar de Sesha, le serpent cosmique, fidèle ami de Vishnou qui se repose sur son dos.

La légende du Ramayana raconte aussi qu'après leur mort, Bharata est devenu le disque cosmique de Vishnou et Shatrugna sa conque annonciatrice des victoires.

 

Le roi DASHARATHA (mythe indien)
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