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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

KALI contre RAKTABIJA (mythe indien)

Récit inspiré du Devi Mahatmya, « La Gloire des déesses » (Markandeya Purana)

Kali

Le plus puissant de tous les assura qui jamais dévastèrent les trois mondes fut Raktabīja, dont le nom veut dire en sanskrit « graine de sang ». Il fut si difficile à vaincre par Dourga, qu’elle dut, pour l'occasion, devenir son incarnation la plus instable, la plus terrible et la plus cruelle : Kali, la maîtresse du Temps et de la destruction, le seule avatar qui puisse détruire le mal par le mal.

Comme ses ancêtres, Raktabija vécut dans l’Himalaya et passa sa vie à prier Brahma en espérant par ses pénitences attirerait son attention. Après des milliers d'années d'une méditation qu'il menait nu dans un torrent d'eau glacé, Brahma apparut devant lui et voulut encourager ses méditations en lui proposant la réalisation d'un vœu. Raktabikja, qui savait que Brahma ne pouvait pas lui garantir l'immortalité car chaque existence devait être soumise au samsara, c'est à dire au cycle de la naissance et de la mort, lui demanda plutôt qu'à chaque fois qu'une goutte de son sang tomberait de son corps, un clone de lui-même apparaîtrait à l'exact endroit où serait tombée la goutte.

Aussitôt que Brahma lui accorda son vœu, heureux de sa récompense, Raktabija cessa ses pénitences et revint vivre avec les hommes pour leur imposer ses volontés de puissance et de gloire. Une nouvelle fois , les dieux furent chassés d'Indrapura et durent implorer la Shakti de leur venir en aide. Parvati devint alors une nouvelle fois Dourga, qui se divisa en autant d'avatars que la déesse en possédait. Cependant, la bataille à peine commencée, Lakshmi, Sarasvati, Dourga et toutes leurs assistantes, constatèrent très vite avec effarement qu'à chaque monstre qu'elles trucidaient, des dizaines d'autres naissaient des gouttes de sang qui tombaient au sol.

Ainsi, depuis le premier coup qu'il avait reçu en salaire de son impudence, Raktabikja s'était déjà multiplié d'une manière exponentielle. À présent, lui et ses clones étaient des centaines de milliers et bientôt des centaines de millions, car à chaque coup porté par Dourga, des légions de monstres s'ajoutaient encore à l' invincible armée asura. Au lieu de se vider du sang des guerriers, le champs de bataille devint très vite surpeuplé de clones de Raktabija hors de contrôle, même de Dourga et de ses très nombreux avatars.

 

C'est alors que du front de Dourga naquit Kali, dotée d'un corps noir comme une nuit sans lune, avec un visage effrayant, des sourcils froncés, des yeux révulsés, des cheveux emmêlés. La nouvelle déesse était nue, elle avait l'air d'une folle et dansait frénétiquement, en trance, semblable à un volcan en éruption. Armée d'une simple épée et d'un lasso qu'elle brandissait au dessus de son visage grimaçant, elle laissait s'échapper des hurlement plaintifs et stridents, tandis que ses yeux étaient d'un rouge flamboyant et que sur l'univers s’étendaient les hurlements infernaux que dégageait chacun de ses mouvements.

Tout autour d'elle, disparurent alors les autres déesses, dont l'éclat avait faibli face à la noirceur de la terrifiante Kali, qui ne portait autour de sa taille qu'un collier de crânes et un pagne de bras décharnés, dont les os étaient percés d'une liane qui maintenait cette macabre jupe à ses hanches. Comme chacun des bras qui composait ce pagne avait appartenu à un démon que Shakti avait déjà défait, à leur vue, la rage de Raktabija et de ses clones redoubla d'intensité. Et c'est tous ensemble qu'ils se jetèrent sur Kali... laquelle continuait simplement à danser.

À chacun de ses pas de danse, son corps se penchait pour recevoir dans sa bouche les démons qu'elle attrapait avec son lasso puis qu'elle avalait. Quant à ceux qu'elle tranchait de son épée, avant qu'ils ne ne touchassent le sol, Kali léchait chaque goutte de leur sang, de sa longue langue frénétique, lavant ainsi chaque parcelle du cosmos de la moindre trace du liquide infernal.

Bientôt les troupes assuras durent se considérer comme défaits et Raktabija lui-même fut dévoré par Kali qui, de sa langue rouge et chaude et de ses mains griffues, se barbouilla le visage de son sang en pratiquant sur son cadavre la danse de la mort, laquelle consiste à danser sur la victime, puis à manger son cœur pour en récupérer ses qualités et sa puissance.

Cependant, dans la bataille, Dourga avait été blessée d'avoir été tenue en obstacle et d'avoir laissé entrevoir sa toute puissance destructrice. Sous les traits de Kali, sa frénésie ne retombait pas. Ainsi, ce qu'il restait de l'univers qui n'avait pas été ravagé par le combat contre l'asura , fut foulé du pied par Kali qui ne cessait pas de danser, détruisant les galaxies et se roulant sur les montagnes.

Les dévas apeurés se rapprochèrent de Shiva, l'être cosmique dont jamais rien, si ce n'est sa compagne Parvati, ne troublait la méditation.

«Grand Dieu! lui dirent-ils, après avoir si vaillamment mis à mort notre ennemi, voici que Kali détruit cette vie pour laquelle elle a tant combattu ! Toi qui est son compagnon, interviens ! Raisonne celle pour qui plus rien ne semble compter à présent. »

Leurs prières eurent du mal à rejoindre les oreilles de Shiva, car l'univers tout entier raisonnait des rires atroces de Kali la démente. Pourtant, Shiva ne semblait pas dérangée par la situation. « Laissez-la savourer sa victoire! » dit-il aussitôt aux rishis et aux dévas qui avaient demandé sa clémence, puis il se replongea dans les intenses méditations qu'il menait au sommet du mont Kailash.

La danse macabre de Kali continua donc, sans que rien dans l'univers ne pût jamais être un obstacle pour elle.

Après avoir ravagé la Terre et les enfers, Kali s'approcha du mont Kailash qu'elle ne reconnut pas comme sa demeure, tant sa furie était totale et la rendait aveugle à sa propre nature. Comme un ouragan, elle passa près de la couche d'herbes odoriférantes sur laquelle Shiva méditait assis en tailleur.

La bourrasque engendrée par le passage de Kali dérangea Shiva qui fut jeté de sa couche et roula en bas des pentes du Kailash. Shiva résolut alors de mettre un terme à sa méditation et ouvrit enfin les yeux.

Ce qu'il avait devant lui le désola : les forêts du Kailash étaient en feu et la Terre était balayée d'un vent fétide. Il constata avec une immense tristesse que les hommes ainsi que les dévas étaient devenus moins nombreux que les rats.

Il était impossible à Shiva de lever la main sur sa femme, néanmoins il était obligé d'agir au plus vite pour la calmer et lui faire reprendre ses esprits. Alors, afin que cessât sa folie destructrice, Shiva plongea sous les pieds de Kali. Quelques instants encore, celle-ci dansa frénétiquement sur le corps de Shiva puis, saisie de stupeur, elle réalisa enfin qu'elle était entrain de piétiner son mari. Elle cessa aussitôt toute violence et honteuse, elle s'arracha la langue, puis redevint en un instant Dourga, puis Parvati, et enfin Sati, la première femme qui jamais ne fut aimée de Shiva.

Ainsi, grâce à la fertilité de leur amour, la vie s'établit à nouveau sur Terre et les dieux furent à nouveaux les maîtres du mont Mérou ainsi que de l'univers tout entier.

KALI contre RAKTABIJA (mythe indien)

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