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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

L'ÂGE d'OR (mythe indo-européen)

L'âge d'or

Pour les hindous, le premier âge, semblable à l'âge d'or, est la Satya Yuga, l'âge pur. Selon que l'on compte en années terrestres ou brahmaniques, il dure 4800 ans ou 1 728 000 ans. Il est long comme quatre kali yugas, l'âge final de l'humanité. Durant le Satya, les dieux ne sont pas encore entrés en concurrence ni ne montrent leurs différences. Ils règnent directement sur l'humanité. L'espérance de vie des hommes est de 4000 ans. Durant les âges suivants, cette espérance ne fera que s’amenuiser.

Mircea Eliade, en commentant la doctrine bouddhiste, fait des remarques qui peuvent tout à fait s'appliquer à l'hindouisme le plus classique :

« La décadence progressive de l'homme est marquée dans la tradition bouddhiste par une diminution continue de la durée de la vie humaine. Ainsi, d'après Dighanikaya (II, 2-7) [v. -100] à l'époque du premier Bouddha, Vipassi, qui fit son apparition il y a 91 kappa, la durée de la vie humaine était de 80 000 ans ; à celle du second Bouddha, Sikhi (il y a 31 kappa), de 70 000 ans, et ainsi de suite. Le septième Bouddha, Gautama, fait son apparition lorsque la vie humaine n'est plus que de 100 ans, c'est-à-dire est réduite à sa limite extrême. (Nous retrouverons le même motif dans les apocalypses iraniennes et chrétiennes.) Pourtant, pour le bouddhisme, comme pour la spéculation indienne tout entière, le temps est illimité ; et le Bodhisattva s'incarnera, afin d'annoncer la bonne nouvelle du salut à tous les êtres, in aeternam. La seule possibilité de sortir du temps, de briser le cercle de fer des existences, est l'abolition de la condition humaine et la conquête du Nirvana. » Le Mythe de l’Éternel Retour.

Durant l'âge d'or indien, les lois promulguées par le saint-roi Manu sont les seules lois crédibles et suivies par les habitants de la Terre. Tout se fait alors grâce à la force de l'esprit et il n'y a ni agriculture ni aucune activité laborieuse. Pour les hommes de cet âge, ni la maladie ni la fatigue n'existent. Plus encore, il suffit alors aux hommes et aux femmes de la Terre de désirer une chose pour l'obtenir. Cependant, comme ils sont tous dotés d'une sagesse irréprochable, jamais ils ne désirent autre chose que ce qui est juste et bien. Les communications se font alors sous forme télépathique et à travers la méditation. Les hommes n'ont pas non plus de mal à communiquer avec les dieux. Les Vedas ne sont pas encore fixés, ni composés ni bien sûr écrits, car chaque existence les chérit et les connaît par cœur. Durant ce yuga, Shiva apparaîtra sous la forme de Rudra et pour sauver le monde, ou aider l'Univers à se créer, Vishnou prendra la forme de ses avatars animaliers : Matsya le poisson, Kurma la tortue, Varaha le sanglier et Narasimha l'homme-lion.

L'Âge d'or jaïn est semblable :

Durant les trois premières ères du cycle descendant, l’homme était complètement dépendant de la nature, pour tous ses besoins. Les arbres qui satisfont les souhaits leur fournissaient tout ce qui leur était nécessaire. L’homme avait une attitude simple, pacifique et satisfaite. L’environnement n’était absolument pas pollué. L’eau était goûteuse, froide et douce. Le sable lui-même était doux comme du sucre. L’air était sain et vivifiant. Les grains et les fruits étaient nutritifs et rassasiants. Un simple repas d’une petite quantité de fruits et d’eau durait pour des jours. L’estomac rempli et les désirs satisfaits agissaient comme antidotes à l’irritation et réduisaient les disputes et les activités mauvaises. L’ensemble du royaume animal vivait en harmonie avec la nature.

Up. Shri Amar Muni, Les Vies authentiques des vingt-quatre Tirthankars (jainworld.com).

Les Gitans, peuple européen d'origine indienne dont la langue romani descend du sanskrit, ne possèdent plus que de rares croyances asiatiques. Mais celle d'un âge d'or leur était encore familière au milieu du 19e siècle, comme en témoigne l’excellente monographie que leur consacra Alphonse Esquiros en 1858 :

À les entendre, ils étaient une ancienne race puissante et riche ; mais si Dieu les a dépouillés de leur pourpre et de leur or, il leur a laissé la sagesse, le don de seconde vue, l’art de lire dans les étoiles et dans la main.

Les Gypsies et la Vie errante.

En Perse, le mythe de l'âge d'or est exprimé en termes de métaux nobles ou vulgaires :

Comme l'Inde (et, dans un certain sens, la Grèce), l'Iran connaissait le mythe des quatre âges cosmiques. Un texte mazdéen perdu, le Sudkar-nask (dont le contenu a été conservé dans Denkard, IX, 8) parlait de quatre âges : d'or, d'argent, d'acier et de « mêlé de fer ». Les mêmes métaux sont mentionnés au commencement du Bahmanyasht (I, 3), lequel décrit cependant un peu plus loin (II, 14) un arbre cosmique à sept branches (d'or, d'argent, de bronze, de cuivre, d'étain, d'acier et d'un « mélange de fer »), répondant à la septuple histoire mythique des Perses.

M. Eliade, Le Mythe de l'éternel retour

De telles notions se retrouvent à l'identique en Europe. Dans ses Métamorphoses (8), Ovide fait de l'Âge d'or, mais aussi du Déluge, les points de départ de sa colossale mythographie (Les Métamorphoses, parues en 8 apr. J.-C.)

« Le premier âge fut l’âge d’or où, de lui-même, sans lois et sans contrainte, l’homme observait la justice et la vertu. On ne connaissait alors ni les supplices ni la crainte des supplices ; on ne lisait point, gravée sur l’airain, la menace des lois, et la foule suppliante ne tremblait pas devant un juge inutile encore à la sûreté des hommes. On n’avait pas encore vu le pin arraché des montagnes, descendre sur la plaine liquide, pour visiter des climats étrangers ; les peuples ne connaissaient d’autres rivages que ceux de leur patrie, et des fossés profonds n’entouraient point les cités. On n’entendait pas résonner l’airain de la trompette allongée ou du clairon recourbé ; sans casques, sans glaives, sans soldats, les hommes goûtaient les doux loisirs d’une tranquille paix. Vierge encore et respectée des râteaux, la terre ne sentait pas encore la blessure du soc, et donnait ses fruits d’elle-même. Satisfaits des présents que la culture n’avait pas arrachés de son sein, les hommes cueillaient les fruits de l’arbousier, la fraise des montagnes, les baies du cornouiller, la mûre attachée aux ronces épineuses, ou ramassaient les glands tombés de l’arbre immense de Jupiter. Le printemps était éternel, et la tiède haleine de Zéphyr caressait doucement les fleurs écloses sans semence. La terre n’attendait pas, pour produire, les soins du laboureur, et les champs, sans repos, se chargeaient de jaunes et abondantes moissons. Des fleuves de lait, des fleuves de nectar coulaient dans les campagnes, et le miel distillait en longs ruisseaux de l’écorce des chênes. »

La source évidente de toute la mythologie antique européenne, largement magnifiée par Ovide, est bien sûr Hésiode. Dans Les Travaux et les Jours, on trouve le premier témoignage d'un âge d'or fantasmé, premier âge d'une suite dépréciative.

« En or fut d’abord formée par les immortels, habitants de l’Olympe, la race des hommes à la voix articulée. C’était au temps de Saturne, lorsqu’il régnait encore dans le ciel. Les humains vivaient alors comme les dieux, le cœur libre de soucis, loin du travail et de la douleur. La triste vieillesse ne venait point les visiter, et, conservant durant toute leur vie la vigueur de leurs pieds et de leurs mains, ils goûtaient la joie dans les festins, à l’abri de tous les maux. Ils mouraient comme on s’endort, vaincu par le sommeil. Tous les biens étaient à eux. La campagne fertile leur offrait d’elle-même une abondante nourriture, dont ils jouissaient à leur gré, qu’ils recueillaient paisiblement ensemble, comblés de biens (riches en fruits de toute espèce et chers aux dieux immortels). Mais, quand la terre eût enfermé dans son sein cette première race, le grand Jupiter en fit des génies bienfaisants, qui habitent parmi nous, veillent à la garde des mortels, observent les actions justes et criminelles, environnés de nuages qui les dérobent à nos yeux, errant sur la surface de la terre et y distribuant la richesse. Telle est la royale fonction qu’ils reçurent en partage. » Hésiode, Les Travaux et les Jours. Trad. Patin.

Revenons aux Métamorphoses, à la fin desquelles (15, 2) se trouve le monologue de Pythagore. Celui-ci reprend à son compte le mythe de l'âge d'or, afin de faire du poème d'Ovide, une œuvre elle-même cyclique et donc parfaite :

Dans cet âge antique dont nous avons fait l’âge d’or, l’homme était riche et heureux avec les fruits des arbres et les plantes de la terre ; le sang ne souillait pas sa bouche. Alors l’oiseau pouvait, sans péril, se jouer dans les airs ; le lièvre courait hardiment dans la campagne ; le poisson crédule ne venait pas se suspendre à l’hameçon. Point d’ennemis, nuls pièges à redouter ; mais une sécurité profonde. Maudit soit celui qui, le premier, dédaigna la frugalité de cet âge, et dont le ventre avide engloutit des mets vivants ! il a ouvert le chemin au crime. C’est pour détruire les bêtes féroces, que le fer a dû d’abord se rougir de sang : jusque-là, rien de trop : les animaux qui menacent notre vie, l’homme peut les tuer sans remords, mais seulement les tuer, et non pas s’en nourrir.

Chez Hésiode, toujours dans le poème Les Travaux et les Jours, on trouve une autre version du mythe de l'âge d'or, qui se superpose à celui des âges dépréciatifs. Il s'agit du mythe de Pandore. Tel un sortilège ou une malédiction que Zeus envoie aux hommes, le mythe de Pandore rompt l'état de confort parfait auquel l'humanité était parvenue.

"Auparavant, la race humaine vivait sur la terre loin de tous les maux, loin de la peine, de la fatigue, des tristes maladies, qui ont apporté aux hommes la vieillesse et la mort (car les hommes vieillissent vite dans l’affliction). Mais Pandore, découvrant de ses mains un vase qu’elle portait, laissa échapper tous ces fléaux et les répandit sur les mortels. L’Espérance seule y resta captive, errant sur les bords du vase, prête à s’envoler ; car Pandore le referma sur-le-champ, d’après l’ordre du grand Jupiter. Depuis ce temps, mille fléaux divers parcourent la demeure des mortels ; la terre est pleine de maux, la mer en est pleine ; les maladies viennent d’elles-mêmes nous visiter et, le jour, la nuit, nous apportent la douleur ; elles viennent en silence, car le prudent Jupiter leur a ôté la voix. (Il n’est donc pas possible de se soustraire aux décrets de Jupiter.)"

En Italie, le mythe de l'âge d'or s'associe à celui d'une certaine utopie politique ; celle du communisme primitif. Justin (v. 300), dans son Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée (43, 3 à 5), évoque le passé « aborigène » de la péninsule. Il s'agit du contexte celto-ligure, qui disparu à la suite de l’essor de Rome, puis de son hellénisation :

Les premiers habitants de l'Italie furent les Aborigènes ; leur roi Saturne fut d'une si grande justice, dit-on, que personne ne fut esclave sous son règne ni ne posséda de biens personnels, mais toutes choses étaient communes et indivises entre tous comme s'il n'y avait qu'un seul patrimoine pour tous. En mémoire de ce temps remarquable, on veilla à ce qu'aux Saturnales, tous étant mis sur un pied d'égalité, les esclaves se placent ça et là dans les banquets aux côtés de leurs maîtres. C'est pourquoi l'Italie a été appelée Saturnia, du nom du roi, et « Saturnien » le mont sur lequel habitait Saturne, sur lequel maintenant est le Capitole, comme si Saturne avait été chassé de sa résidence par Jupiter.

Trad. M.-P. Arnaud-Lindet.

Le cycle cosmique de la vie se retrouve bien évidemment à l'échelle d'une vie humaine, tel qu'en témoignent le Vedanta :

« Selon les anciens canons de la foi brahmanique, chaque homme doit passer par trois ou quatre stages. Le premier est celui de la discipline qui dure depuis l’enfance jusqu’à l’âge de la virilité. Pendant ces années, le jeune homme quitte la maison paternelle pour aller chez un maître on gourou, auquel il doit obéir aveuglément et qu’il doit servir de toutes manières, et qui, en retour, doit lui enseigner tout ce qui est nécessaire pour la vie, particulièrement le Veda et ce qui concerne les devoirs religieux. Pendant tout ce temps, le pupille est supposé être un récipient passif, un étudiant et un croyant.

Puis vient le second stage, celui de la virilité, pendant lequel l’homme doit se marier, fonder une famille et s’acquitter de tous les devoirs prescrits au chef de famille par le Veda et les lois. Durant ces deux périodes, aucun doute n’est même insinué, quant à la vérité de la religion, ou la force obligatoire de la loi à laquelle chacun doit obéir.

Mais avec la troisième période qui commence lorsque les cheveux ont blanchi et que l’on a vu ses petits-enfants, une vie nouvelle s’ouvre, durant laquelle le père de famille peut quitter sa maison et son village et se retirer dans la forêt, avec ou sans sa femme. Pendant cette période, il n’est plus astreint à célébrer aucun sacrifice, bien qu’il puisse ou doive pratiquer certaines abnégations et pénitences dont quelques-unes extrêmement pénibles. Il lui est permis alors de méditer en toute liberté sur les grands problèmes de la vie et de la mort. Et à cet effet il doit étudier les Oupanishads contenus dans les Aranyakas ou livres des forêts, ou plutôt, comme les livres n’existaient pas encore, il doit apprendre leurs doctrines d’un maître ayant les qualités requises. » M. Muller, Introduction à la philosophie Vedanta.

… et la sagesse grecque :

« L’enfant dans les sept premières années de sa vie voit croître toutes ses dents. Quand le ciel lui a donné sept autres années, les marques de la puberté lui annoncent qu’il peut devenir père à son tour. Dans le troisième âge ses membres s’accroissent ; un léger duvet d’une couleur indécise orne son menton. À vingt-huit ans toute sa force est venue ; cette époque la vertu paraît dans tout son éclat. À l’âge de trente-cinq ans il est mûr ; il est temps qu’il connaisse l’amour si désiré. À quarante-deux ans son âme est portée aux grandes choses ; ce qui est vil ne lui inspire que du dégoût. À quarante-neuf ans il a la plénitude de l’intelligence et de l’art de bien dire. À cinquante-six ans il possède encore ces heureux dons. Il peut encore à soixante-trois ans, mais il s’affaiblit : sa vertu, sa sagesse, son éloquence diminuent. Hélas ! Parvenu à sa soixante-dixième année, ce n’est plus qu’un fruit mûr pour tomber dans la mort. » Solon (v. 640 – v. 558), Hymne aux Muses. Trad. Falconnet.

Chez Ovide, qui reprend Pythagore, on retrouve les mêmes analogies :

« Ne voyez-vous pas l’année se présenter tour à tour sous quatre faces, image de la vie ? Le printemps, c’est l’enfant au berceau, faible, délicat, nourri de lait : alors la tige du blé verdoyant, flexible et tendre, se gonfle de sucs, et réjouit les yeux du laboureur ; alors tout fleurit ; la terre est comme une riante corbeille de fleurs, mais elle ne donne encore que des promesses. L’année grandit, l’été succède au printemps ; c’est l’âge de la force et de la jeunesse, c’est la saison la plus vigoureuse, la plus ardente, la plus féconde. Puis vient l’automne ; le feu de la jeunesse est tombé, la fougue se modère, l’âge mûrit entre les ardeurs du jeune homme et les glaces de la vieillesse, et déjà les tempes commencent à grisonner. Enfin le vieil hiver arrive d’un pas tremblant, triste, la tête chauve, ou entourée de cheveux blancs. Nos corps ne sont-ils pas soumis de même à la loi d’une continuelle transformation ? Ce que nous étions hier, ce que nous sommes aujourd’hui, demain nous ne le serons plus. Un temps a été, où germe confus, hommes en espérance, nous habitions le sein maternel ; la nature nous forma de ses mains savantes ; et quand notre corps se trouva gêné dans les entrailles fatiguées de la mère, elle le délivra de sa prison. Amené à la lumière, l’homme est d’abord un enfant étendu sans force ; puis il essaie de soulever ses membres, et comme les animaux, il se traîne sur ses pieds et sur ses mains ; peu à peu son corps tremblant se redresse sur ses jambes mal assurées ; mais sa faiblesse a besoin d’un appui. Enfin le voilà ferme et agile ; il traverse le temps de la jeunesse ; il laisse derrière lui les années de l’âge mûr, pour glisser enfin au penchant de la vieillesse qui décline. L’âge mine et abat ses forces. Tu pleures, vieux Milon, en voyant ces bras jadis égaux à ceux d’Hercule par la vigueur de leurs muscles, pendre aujourd’hui si mous et si lâches ; tu pleures, fille de Tyndare, en voyant les rides de ton visage, et tu cherches la beauté qui a pu te faire enlever deux fois. Temps qui dévore, années jalouses, vous détruisez tout ; tout, rongé par la dent des siècles, se dissout peu à peu par une mort lente. »

Enfin, citons la version agraire de l'âge d'or de la Grèce, délivrée par Platon dans Critias ; un ouvrage reposant sur le mythe de l'âge d'or et son illustration : la chute de l'Atlantide.

« On disait […] que la qualité du sol y était sans égale dans le monde entier, en sorte que le pays pouvait nourrir une nombreuse armée exempte des travaux de la terre. […] En ce temps-là, à la qualité de ses produits se joignait une prodigieuse abondance. [...] Le pays encore intact avait, au lieu de montagnes, de hautes collines ; les plaines qui portent aujourd’hui le nom de Phelleus étaient remplies de terre grasse ; il y avait sur les montagnes de grandes forêts, dont il reste encore aujourd’hui des témoignages visibles. Si, en effet, parmi les montagnes, il en est qui ne nourrissent plus que des abeilles, il n’y a pas bien longtemps qu’on y coupait des arbres propres à couvrir les plus vastes constructions, dont les poutres existent encore. Il y avait aussi beaucoup de grands arbres à fruits et le sol produisait du fourrage à l’infini pour le bétail. Il recueillait aussi les pluies annuelles de Zeus et ne perdait pas comme aujourd’hui l’eau qui s’écoule de la terre dénudée dans la mer, et, comme la terre était alors épaisse et recevait l’eau dans son sein et la tenait en réserve dans l’argile imperméable, elle laissait échapper dans les creux l’eau des hauteurs qu’elle avait absorbée et alimentait en tous lieux d’abondantes sources et de grosses rivières. Les sanctuaires qui subsistent encore aujourd’hui près des sources qui existaient autrefois portent témoignage de ce que j’avance à présent. Telle était la condition naturelle du pays. Il avait été mis en culture, comme on pouvait s’y attendre, par de vrais laboureurs, uniquement occupés à leur métier, amis du beau et doués d’un heureux naturel, disposant d’une terre excellente et d’une eau très abondante, et favorisés dans leur culture du sol par des saisons le plus heureusement tempérées. » Critias ou l’Atlantide.

Le mythe de l'Atlantide sera extrapolé par les humanistes d'abord, puis par la théosophie et enfin par le New Age et le néopaganisme. Ce mythe donna donc naissance à toute une série de nouveaux mythes aux origines douteuses, que René Guénon n'hésitait pas à qualifier de « contre-initiation ». Cependant, quelle que soit la nature initiatique qu'on lui prête, l'Atlantide reste le mythe le plus célèbre à propos de la fin des temps. Il s'agit d'un mythe très semblable à celui de la tour de Babel : une société humaine très avancée technologiquement chute irrémédiablement à cause de sa suffisance.

 

Âge d'argent, de bronze et de fer

En Inde, l'âge suivant, le Tetra Yuga dure quant à lui 3600 ans ou 1 296 000 ans. Il est long comme trois Kali Yugas. Lors de l'âge du Tetra yuga (âge d'argent), la justice a diminué d'un quart dans le cœur des habitants de la Terre. Plutôt que l'intuition, c'est la connaissance qui dicte aux hommes leurs pensées et leurs actions. L'humanité, sentant ses carences, commence alors à ressentir le besoin de sacrifices et de rituels pour se purifier. Les hommes commencèrent à rechercher une récompense pour chacun de leurs actes. Autre décadence, les hommes ne vivent plus que 3000 ans et la procréation ne se fait plus par la pensée mais par le toucher.

Les Vedas doivent être codifiés et seuls les brahmanes sont en mesure de les apprendre par cœur, tout comme de les comprendre véritablement. Enfin, ce ne sont plus les asuras qui menacent la stabilité du monde, mais les rakshasas, une race de démons qui considèrent les hommes comme leurs ennemis et leurs victimes, et non les dieux. Le combat entre les forces du bien incarnées sur Terre et les rakshasas est raconté dans l'épopée du Ramayana, qui met en scène Rama, l'avatar de Vishnou, contre Ravana, le roi des rakshasas, disciple de Shiva.

Durant ce yuga, afin de sauvegarder les brahmanes contre les excès des kshatriyas et les agressions des rakshasas, Vishnou s'incarnera en Vamana le nain, en Parashurama le guerrier-ascète et en Rama, des héros issus d'une lignée divine et dotés d'une force surhumaine.

À cet âge succède le Dvapara Yuga, marqué lui aussi par une dépréciation. Le dvapara yuga dure 2400 ans ou 864 000 années. Il est long comme deux Kali Yugas. La divine intelligence a disparu de l'esprit des hommes et la justice diminue encore de moitié par rapport à l'âge précédent. Le sacrifice, jadis absent de la vie des hommes car inutile, est maintenant leur principale vertu et seulement une minorité d'entre eux reconnaissent le devoir et la vérité comme nécessaires à leur existence. Les premières maladies apparaissent, ainsi que toutes sortes de misères. L'espérance de vie des hommes descend à 2000 ans et si la procréation se fait toujours par relation sexuelle, celle-ci ne se fait pas de manière légitime. Les Vedas cédèrent leur place comme base liturgique et philosophique aux Puranas, qui ne sont plus de la poésie magique ou des hymnes, mais de simples légendes ne s'adressant plus seulement aux brahmanes mais à l'ensemble des castes et de la population de la Terre.

Durant cette ère, l'ennemi de la vie n'est plus l'asura ou le rakshasa, mais l'homme lui-même. Cet âge s’achèvera dans une terrible guerre qui ravagera la Terre et provoquera la mort de la plupart des héros qui la feront. Cette guerre, qui opposera des familles et des frères, est racontée dans le Mahabharata. Durant ce yuga, Vishnou s'incarnera en Krishna, un héros capable de miracles, dont les judicieux conseils, compilés pour la plupart dans la Bagavad Gita et le Bhagavata Purana (Srimad Bhagavatam), seront considérés comme l'aboutissement absolu des Vedas.

En Europe, nous retrouvons dans les Métamorphoses d'Ovide, un résumé de ces mêmes âges intermédiaires :

« Mais lorsque Jupiter eut précipité Saturne dans les sombres abîmes du Tartare, et soumis le monde à ses lois, cette victoire amena l’âge d’argent, moins heureux que l’âge d’or, mais préférable à l’âge d’airain. Jupiter abrégea la durée de l’antique printemps, et dès lors, l’hiver, l’été, l’inégal automne et le trop court printemps partagèrent l’année en quatre saisons. Pour la première fois, l’air s’embrasa de chaleurs dévorantes, et l’eau se durcit au souffle glacé des vents. Pour la première fois, on chercha des abris, et ces abris furent des antres, d’épais buissons ou des claies entrelacées d’écorce. On ensevelit les semences dans de longs sillons et le poids du joug fit gémir les taureaux pour la première fois.

À ces deux âges, succéda l’âge d’airain : la race qu’il vit naître, plus farouche, plus prompte à prendre les armes, n’était point encore criminelle : le dur âge de fer fut le dernier. Dans ce siècle formé d’un métal pire que l’airain, tous les crimes envahirent la terre : on vit s’enfuir la pudeur, la vérité, la bonne foi, et régner à leur place, la fraude, la ruse, la trahison et la violence, et la coupable soif des richesses. […]

Ce ne fut point assez pour l’homme de demander aux champs les moissons et les fruits, tribut naturel de leur fécondité ; il osa fouiller jusqu’ au fond des entrailles de la terre, et en retirer ces trésors que la nature avait cachés aux confins du Ténare, et qui ne servent, hélas ! que d’aliments à nos maux. Déjà le fer coupable et l’or plus coupable encore que le fer, paraissent au jour ; avec eux paraît aussi la guerre, qui se sert de ces deux métaux pour combattre, et secoue d’une main ensanglantée des armes retentissantes. On ne vit plus que de rapine ; l’hôte n’est plus en sûreté auprès de son hôte, le beau-père auprès de son gendre ; les frères mêmes sont rarement unis : l’époux trame la mort de son épouse, l’épouse celle de son mari : les cruelles marâtres distillent les sucs mortels de la ciguë ; le fils accuse la durée des jours de son père ; les droits du sang sont foulés aux pieds ; et de toutes divinités, la vierge Astrée (déesse de la justice, ndlr.) quitte la dernière le séjour de la terre, que le meurtre a souillée de sang. »

L'ÂGE d'OR (mythe indo-européen)

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