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Arya-Dharma, l'héritage des spiritualités premières

Le SIMORGH, la créature ailée perse

Illustration du Livre des rois

Illustration du Livre des rois

Des créatures merveilleuses peuplent le panthéon indo-européen, comme l’anthropomorphe Kamadeva (Éros ou Chérubin) souvent représenté avec un corps d'oiseau et une tête de jeune homme ou d'enfant. Mentionnons aussi le taureau ailé (Cherub), la vache ailée (Kamadenyu), le cheval ailé (Pégase) ou encore le monstre ailé femelle connut sous le nom de Sphinx. Le plus célèbre étant peut-être le phénix :

C'est sur l'autel parfumé [du Soleil, Hélios] que le phénix, après avoir vécu mille ans, apporte dans ses serres recourbées des rameaux odoriférants. C'est ainsi que cet oiseau sacré se renouvelle, en s'enfantant lui-même. Il est l'image du temps qui recommence et se perpétue : c'est par les flammes d'une jeunesse nouvelle, qu'il se dégage de sa vieillesse. 

Nonnos, Dionysiaques.

Proche du phénix, le simorgh est une créature ailée dont l'apparence varie grandement d'un mythe à l'autre. D'abord représenté avec un corps ailé et une tête de chien, il fut ensuite présenté avec une tête d'homme, ce qui rapprocha sa silhouette du sphinx. Bien plus tard, suite aux invasions mongoles, qui importèrent la culture chinoise en Perse, il est représenté comme un grand oiseau à longue queue, tel un dragon.

Comme il rappelle le Cherub assyrien, le Simorgh serait vraisemblablement d'origine mésopotamienne. Simorgh possède d’ailleurs plusieurs étymologies : en akkadien Sumuruku signifie « cheval rougeoyant galopant vers le sud », de même que son appellation chinoise, Nan fang zhu signifie elle aussi « oiseau rouge du sud. »

Les plus anciennes légendes du Simorgh lient son mythe à celui des cycles du temps. L'oiseau vit 1700 ans avant de plonger lui-même dans les flammes, pour renaître. De la même manière, les sociétés périclitent pour se reformer et prospérer à nouveau, avant de connaître une nouvelle fois la décadence, puis la crise, et enfin l'extinction.

Simorgh est le roi des oiseaux, tout comme l'est aussi sont pendant indien Garuda. Dans l'Avesta, on retrouve la présence d'un oiseau nommé Saena, qui est un aigle ou un faucon. Selon l'étymologie sanskrite, « syenaḥ », signifie oiseau de proie.

Outre sa taille immense, Simorgh est doté d'une sagesse parfaite et d'une véritable nature divine. Immortel, plusieurs fois il a déjà vu advenir la fin du monde, tout comme il assista plusieurs fois à sa création. Il est devenu une créature parfaite grâce à la connaissance qu’il a acquise à travers le temps. On le présente avec un œil regardant vers le passé, un autre vers le futur, rappelant ainsi l'aigle bicéphale, symbole indo-européen par excellence que l'on retrouve en Albanie (drapeau national), en Anatolie (Hittites) et en Russie (armoiries nationales).

La sagesse du Simorgh est compassionnelle et tournée vers les hommes. Ses légendes le décrivent vivant dans les marécages. Il est celui qui chasse les serpents, tout comme il est celui qui représente l'espoir de l'âme empêtrée dans un marasme de matérialité et de souffrance. Le serpent qui chasse les serpents, thème aussi largement repris dans le mythe de Garuda, signifie que l'oiseau, c’est-à-dire la sagesse, est au service de Dieu (Vishnou). Si elle le souhaite, elle peut fondre sur sa proie et la détruire en un instant.

L'oiseau évoque le bien vainqueur irrémédiable du Mal, car il est un prédateur indubitablement supérieur au serpent (l'un vole, l'autre rampe). Il symbolise la puissance de la vérité, qui lorsqu’elle entre dans le cœur du sage, en dissipe toutes les ténèbres. L'oiseau qui plonge au sol pour saisir sa proie est donc une allégorie de la rapidité avec laquelle la sagesse, bien comprise, peut tout à fait transformer la vie d'un homme.

Outre les marais et les lieux où l'eau, les serpents et les anguilles se trouvent en abondance, Simorgh vit au sommet des montagnes. Les Perses plaçaient sa résidence au sommet du mont Elbrouz, par ailleurs considéré par les mythologies aryennes perses comme le centre du monde (sous le nom de mont Hara.) Son nid se trouve dans les feuillages de l'arbre de la vie, Gaokerena.

Le mythe de l'arbre de la vie est un des plus universels, repris par exemple par les bouddhistes (arbre de la bodhi) et les adorateurs tamouls de la Grande Déesse (verger de Kadampa). Des nymphes gardent ce verger et en cueillent les fruits, afin de les offrir au plus méritant des ascètes ou aux diverses divinités. Dans le mythe de Simorgh, l'immense oiseau, en s'envolant, fait vibrer le feuillage et en fait tomber au sol les feuilles et les fruits de la connaissance.

Plus que de la sagesse, de l'espoir ou le repos de l'âme, le simorgh apporte aussi la fertilité des champs et donc le bonheur matériel des hommes. Plus que d'abreuver en nourriture spirituelle leur tête, le simorgh nourrit aussi leur ventre et occupe leurs mains. Les Perses sassanides, qui dominèrent la Perse avant les conquêtes musulmanes (651), pensaient que le Simorgh scellait l'union de la terre et du ciel. Quand il s'envole, le simorgh ne fait pas seulement tomber des feuilles de sagesse, mais aussi toutes les graines de tous les fruits et légumes de la création.

Parmi ces plantes qui trouvent leur origine dans l'arbre de vie, se trouvent les plantes médicinales. La mythologie perse fait donc coïncider Simorgh avec Homa, la plante divine des anciens Aryens. Simorgh est donc une sorte d'ange gardien, capable d'offrir le soulagement de l'âme, le contentement du ventre, mais aussi de soigner le corps. La légende assure que toucher les plumes du Simorgh permet de guérir.

Simorgh regroupe en lui tout ce qui constitue la vie, synthétisant en une seule créature, la vie et la mort, l'âme et le corps, l'esprit et la sagesse, l'unité et la diversité, le divin et l'humain. Roi du monde, seule créature à survivre au déluge, le simorgh est alors comparable à Melkisedek ou à Manu. Il est le roi du monde qui survit au cataclysme, il est le gardien de la sagesse sur Terre.

Comme c'est souvent le cas avec la mythologie perse, si nous possédons de nombreux vestiges archéologiques, la littérature antique, Avesta mis à part, est très limitée. Le mythe du Simorgh nous est souvent raconté par des auteurs postérieurs à son véritable culte, tel Ferdowsi (v. 940 - 1020) dans son Livre des Rois. Ferdowsi est né dans une famille de mystiques mazdéens qui s'étaient donnés pour devoir de sauver les épopées perses anciennes et zoroastriennes de l'inquisition islamique. Après lui, la tradition soufie reprendra à son compte le mythe du Simorgh, en particulier avec l’œuvre du mystique perse Farid Al-Din Attar (v. 1142 – 1229) : La conférence des oiseaux, récit initiatique composé pour ses disciples.

Dans ce récit, une huppe mène le peuple des oiseaux de vallée en vallée, jusqu'au sommet de la montagne sacrée où demeure leur roi. Chacune des vallées survolées par le peuple des oiseaux symbolise alors un concept ou une étape du chemin spirituel soufi. Les oiseaux, menés par la huppe, survolent d'abord la vallée des études, puis celle de l'amour, puis de la connaissance. Leur voyage les conduit ensuite à passer la vallée de l'indépendance, puis celle de l'unicité, pour enfin arriver à celle de l'illumination.

La fin du voyage vers la montagne sacrée comprend cependant encore une vallée, qui est néfaste, car il s'agit de la vallée de la pauvreté (détachement) et de la fana. Ce concept, qui se traduirait par « anéantissement », « évanouissement », rappelle l'union avec le Brahman et la moksha, aussi appelé para-nirvana ; n'atteignent cet état que les plus assidus des renonçants.

Après la mort de nombreux oiseaux, les survivants arrivés au sommet de la montagne comprennent que le simorgh n'est autre que la parcelle divine qui réside en chacun d'eux. S'unissant en une seule entité, ils forment alors le Simorgh.

Le SIMORGH, la créature ailée perse
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