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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le vieillard amoureux (conte KAILASHA)

Conte narré en mai 2005 par Sayed, spécialiste des traditions, de la culture et de la religion kailasha, résidant du village de Kraka (commune de Mumuret, Chitral). Récit transcrit par Nabaig et Jan Heegard Petersen, chercheur en linguistique et études nordiques à l'université de Copenhague. Traduit en anglais par Sikander Ghulam Khan, Taj Khan et Jan Heegard Petersen pour Kalasha texts – With introductory grammar, de Jan Heegard Petersen.

*

Il était une fois, durant la saison des pluies, un vieil homme qui était tombé amoureux d'une femme.

Alors que le printemps s'installait et que les bourgeons des abricotiers apparaissaient, il y eut sept jours et sept nuits de pluies intenses. Les femmes se préparèrent pour le festival de Yasi, qui les mènerait d'un bout à l'autre de la vallée. Elles partaient de Kraka pour rejoindre Kanderisar, afin de grossir les rangs d'autres femmes déjà en chemin vers les villages de Batrik, Brun et Anish, pour enfin redescendre la vallée. Le vieil homme était tombé amoureux d’une des filles qui avaient quitté le village.

C'est alors qu'il pensait : « où dormira-t-elle ? Où ira-t-elle donc durant ce voyage ? » Cependant, le lendemain matin, alors qu'il se retournait dans son lit, il put constater que sa femme n'était pas rentrée, pas plus que les autres compagnes des villageois. De toutes les femmes parties faire le rituel de la randonnée du festival de Yasi, aucun n’était rentrée !

Les villageois se mirent en quête de les retrouver et se rendirent en bas de la vallée, à Kanderisar, mais ils ne les y virent pas. Durant quatre jours, ils ne cessèrent leur recherche, en vain. Ils allèrent à Batrik, à Brun, à Anish, jusqu'à Darazguru, mais leurs femmes ne se trouvaient nulle part.

C'est alors que le vieil homme se dit  : « il se pourrait bien qu'elles aient pris le chemin qui descend vers la vallée, alors que je m'avance sur le chemin qui monte vers les sommets. » Le grand-père retourna donc sur ses pas pour retrouver le village de Kraka. Là, il compta les femmes du village et constata qu'il en manquait sept. Parmi les femmes absentes figuraient Acuyak-Awa, la plus âgée, Nilikasi, Nilibai, Sonbai, Dukbibi et Kacenduk. C'est alors que le vieil homme comprit que l'une d'elles était sa femme !

Il reprit sa route et voyagea longtemps, très longtemps. Enfin il parvint au village de Senjila. De là, il continua son chemin vers Ayun, puis Biriunisar... Comment un si vieil homme put faire sans encombre tant de voyages, nous n'en savons rien, mais il se pourrait bien que ces trajets aient été effectués en volant ou bien d'une plus étrange manière encore. Quoi qu'il en soit, l'ancêtre parvint jusqu'à la contrée légendaire de Tsyam, dont sont originaires les Kailashas. Dans ce pays merveilleux, il put constater que les champs étaient garnis de blé, alors qu'au même moment, le pays Kailasha connaissait de très mauvaises récoltes.

Alors qu'il passait au milieu de ces champs, il vit une femme arroser les blés. N'osant s’approcher d'elle, ni entrer dans le village, il eut l'idée de couper l'arrivée d'eau du canal d'irrigation, puis de se cacher dans les fourrés. Comme l'eau n'abreuvait plus son champ, la paysanne cria au village, situé quelques centaines de mètres plus loin, d'envoyer quelqu'un pour vérifier les canaux. « Oh ! Acuyak-Awa, va-t’en donc voir ce qui bloque l'arrivée d'eau ! » cria-t-elle.

Reconnaissant le prénom, le vieil homme comprit que c'était la femme dont il était amoureux qui était à présent dans ce champ.

Acuyak-Awa s'en vint, ouvrit à nouveau le robinet des canaux, puis retourna au village. Une demi-heure plus tard, le vieux ferma à nouveau l'arrivée d'eau. Excédée, celle qui arrosait le champ s'en vint ouvrir elle-même le flot des canalisations. Le vieil homme apparut alors devant elle en sortant des buissons : « Hé ! Lui dit-il, où vas-tu, qui es-tu donc et comment es-tu arrivée ici ? »

Alerté par le bruit, Acuyak-Awa, la plus âgée des femmes, accourut et à l'encontre du vieil homme, s'écria : « qui es-tu ? Comment es-tu parvenu jusqu'à nous ?

- De la même façon que vous ! Si vous y êtes parvenue, alors moi aussi ! » Lui répondit le vieil homme qui s'approchait de la femme qu'il aimait pour lui dire : « viens, viens près de moi, j'ai eu tant de mal à te retrouver ! ».

Cependant, celle-ci était froide et distante, et elle lui répondit sèchement : « non, je n'ai pas le temps, pas maintenant. D'ailleurs, je suis devenue onjeshta, c’est-à-dire que si nous pouvons parler, nous ne pourrons plus avoir aucun contact. »

Ces paroles firent beaucoup de mal à celui qui s'était donné tant de mal pour retrouver celle qu'il aimait. « Mais enfin, que sont ces mots ? » s'emporta-t-il en s'approchant d'elle pour la saisir. « Non, non, ne m'approche pas ! » hurla-t-elle en se débattant.

Le vieil homme ne comprenait vraiment pas une telle attitude et pourquoi sa femme avait tant changé. Elle était tout à fait en colère, et lui hurlait dessus de plus belle : « Tu insistes pour me toucher malgré mon refus ! Ne me touche pas, te dis-je, et n'essaie même pas de t'approcher ! Seul ton auriculaire peut toucher ma robe, mais rien d'autre ! »

Mais alors que le vieil homme approchait son petit doigt pour s'en enrouler de sa robe, celui-ci devint aussitôt aussi rabougri qu'une vieille branche. « Vois-tu, dit-elle, voici ce qui t'attend si tu me touches. Je suis devenue onjeshta, c’est-à-dire que je suis purifiée. Si jadis tu as pu me toucher, à présent tu dois t'éloigner de moi. »

Abasourdi, se grattant la tête de dépit, le vieil homme s'apprêtait à s'en retourner quand la femme lui dit : « reste un peu, juste cinq minutes. » Puis elle s'enfonça dans les champs, coupa les blés et fit des fagots : « tiens, voici pour toi, lui dit-elle simplement. Emporte ces épis avec toi et plante leurs graines. »

Le vieux s'en revint ensuite dans la vallée des Kailashas, en volant jusqu'à Dubaj, puis en finissant le chemin à pied jusqu'à Kraka, où il s'empressa de planter les graines. Bientôt, il fut connu dans toute la vallée des Kailashas qu'il se cultivait à présent un blé sans cheveux, car le vieux en distribua vite quelques graines à celui-ci, une poignée de graines à cette famille-là, etc.

Ce vieil homme est donc resté dans les mémoires, car c'est grâce à lui que les Kailashas mangent à présent un bon blé nourrissant.

Le vieillard amoureux (conte KAILASHA)

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