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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

PURURAVAS et la nymphe URVASHI (conte indien)

Urvashi est la plus célèbre et la plus belle des apsaras. Elle fut créée par Nara-Narayana, un rishi avatar de Vishnou qui vivait en ascète dans les montagnes de l'Himalaya. En réponse à Indra qui avait envoyé pour le perturber dans sa méditation deux apsaras, le rishi créa de sa propre cuisse une créature si belle que les deux apsaras parurent sans charme à côté d'elle. Une fois sa méditation terminée, Nara-Narayana offrit Urvashi à Indra qui l'installa à sa cour comme une de ses principales favorites. Éternellement jeune, dotée de charmes irrésistibles, Urvashi est une femme fatale, source de plaisir comme de souffrances infinies pour ceux qui tombent amoureux d'elle. Ses amours contrariées avec le roi Pururavas sont l'objet de nombreux chants d'amour et de désespoir. Nous pourrions aussi mentionner Pramocha la séductrice du sage Kandu, ou encore Menaka qui causa la perte du rishi Vishnamitra.

 

Vishvamitra et Meenaka
Vishvamitra et Meenaka

Pururavas est un personnage récurent, qui se retrouve tant dans les Védas que dans les Puranas. Son nom veut dire en sanskrit « le pleurnichard », et son mythe, chanté dans un hymne du Rig-Véda, nous explique pourquoi : Pururavas est amoureux Urvashi, mais celle-ci ne peut rester avec lui, ni l'aimer, car elle est une nymphe, qui appartient au ciel et à Indra. Le roi, terriblement humain, souffre alors d'un immense chagrin d’amour. Ce chant, parmi les plus anciens de l'humanité et présent dans le Rig-Véda, est unique dans le corpus védique. Il ne s'agit pas d'une psalmodie théologique et rituelle, ni d'une glose autour d'un concept mystique, mais d'un simple, universel et intemporel, chagrin d'amour. Cependant, gardons-nous bien de demeurer au premier niveau de compréhension du Véda. Il s'agit surtout du divorce entre l'âme, éternelle, amorale, impalpable, attirée vers le sublime, et le corps, périssable, attaché au sol par sa matérialité. La fin du poème est d'ailleurs dramatique, car si la nymphe rejette son amant humain et si elle lui demande de vivre, elle lui suggère aussi le suicide.

À partir de l'hymne védique, nous avons composé un récit fidèle, que voici :

*

La nymphe n'avait pas fait quelques pas pour s'en aller que déjà Pururavas la rattrapait en lui agrippant la robe.

« Ô femme terrible et légère comme l'est le cheval de course dans la steppe, arrête-toi et écoute ma prière, lui dit-il. Engageons, je t'en prie une conversation et que cet entretien, que nous prolongerons toute la nuit, nous soit propice !

Elle lui répondit :

« Ô sage dont les sentiments troublent la force, comment pourrais-je jamais te répondre ? Je suis une nymphe, cher Pururavas, je suis comme le vent, alors rentre dans ton ashram, car je suis trop difficile à retenir.

« Ourvashi si, pour prix de ce que tu m'accorderas, tu désires la nourriture que je garde en offrandes aux dévas, approche donc, et sois sûre de trouver chez moi une maison où tes vœux seront comblés et où tu seras nuit et jour heureusement tourmentée par le mortier consacré aux rituels !

Mais Ourvashi n'était nullement intéressée par l'offre du roi :

« Cher ami, seule parmi mes semblables, je fus l’objet de ton amour. Je t’ai suivi chez toi où tu fus mon roi et le roi de mon corps... Trois fois par jour à l'aide du mortier tu m’as travaillée avec bonheur... mais encore cela n'est rien pour moi, qui connais les caresses d'Indra ... »

Elle ajouta d'une voix douce et rassurante :

« Pururavas, grâce à toi les dieux se sont préparés pour le redoutable combat qui se soldera par la mort de leurs ennemis ; sois heureux et laisse-moi partir. »

Alors le rishi sombra dans un torrent de pleurs et de récriminations :

« Pauvre de moi ! Je me suis uni à une ces déesses qui pour moi abandonna sa forme divine... Mais alors, tel que le chasseur qui s'était changé en daim fit fuir la biche qu'il guettait, cette déesse me fut arrachée et déjà la voilà qui s'éloigne de moi comme tirée par un char en cavale ! »

Ourvashi, qui s'était élevé dans les airs et s’apprêtait à s’envoler pour Indrapura, lui dit encore :

« Pururavas, sache que lorsqu'un mortel devient l'amant d'une immortelle, quand il s’unit à elle par la parole et par les œuvres, elle étale pour lui sa forme brillante ; et légère comme un oiseau et fringante comme une génisse en cavale, elle folâtre avec lui... mais jamais elle ne lui appartiendra comme une femme appartient à son mari. »

« Ourvashi, dit-il, tel un éclair tu m'es tombée dessus, apportant avec toi tous les trésors du cosmos... Qu’un fils naisse donc de nous car il sera zélé, généreux et bon pour l'humanité ! »

« Mon ami ! Tu es né pour honorer la Terre et son avatar la Vache Céleste. C’est grâce à des gens comme toi que je tiens ma force. Tandis que je vivais avec toi, je n'ai cessé de te mettre en garde et ma sagesse t’a chaque jour donné conseils mais tu ne m’as pas écoutée... À présent que je pars, que pourrais-tu encore me dire ? Comprendras-tu enfin que tu me perds, aussi vrai que tu ne m'as jamais possédée ? »

« Depuis quand empêche-t-on le fils qui aime son père, de crier et de pleurer en le voyant partir ? » balbutia-t-il encore, la voix suffocante des douleurs de sa passion.

« Pururavas, l'interrompit l'apsara, cet enfant dont tu parles peut bien pleurer et crier, on ne pleure pas pour une douleur qui procure le bonheur ! Ne t'en fais pas, je t’enverrai le fruit que je porte en mon sein. À présent, retourne dans ta cabane car tu ne peux pas me garder ! »

La nymphe disparut alors, pour traverser l'éther et se présenter l'instant d'après devant Indra, déjà prête à accomplir d'autres missions pour le compte du roi des dieux.

Sur terre, le roi gémissait encore : « C'est donc en voulant m’élever que je tombe inanimé ! disait-il à l'intention du Ciel. Puissent les loups enragés me dévorer ; je me remets à présent aux soins de Nirti, la déesse qui règne depuis l'enfer sur les blessures qui jamais ne se referment... »

C'est alors que le Ciel résonna de la voix d'Ourvashi :

« Pururavas, ne meurs pas ! pouvait-on entendre. Garde-toi de faillir, et de te livrer à la dent des loups. J’ai habité avec toi parmi les mortels durant les six mois d'hiver et j'ai vu comment ici-bas les objets changent de forme, comment tout évolue, se transforme et disparaît pour renaître ailleurs... et chaque jour passé avec toi, je ne t'ai pris qu’une goutte du beurre avec lequel tu pratiques les libations... Je m’en vais donc satisfaite, tout comme tu devrais l'être aussi... »

À l'écoute d'une voix qui lui était si chère mais dont il ne pouvait ni voir le visage ni toucher le corps, le rishi s'écria :

« Reviens ! Comme le feu est soumis au sacrifice, mon cœur brûle pour toi ! Puisse ma foi ardente te plaire encore, à toi qui remplis l'espace et fais tomber la pluie ! »

La voix de l'apsara résonna encore avant de se taire et de laisser Pururavas seul avec le Ciel, les Nuages et le Vent :

« Mon ami, pour finir, voici ce que les dévas m'envoient te dire : tel que tu es, tu te trouves soumis à la mort. Que l'enfant que tu attends de moi les honore par des holocaustes. Quant à toi, rejoins-moi au ciel afin de t'y livrer aux plaisirs sans fin !

PURURAVAS et la nymphe URVASHI (conte indien)

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