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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les FÉES (mythe indo-européen)

Les fées

Outre les fleuves et les rivières, les peuples antiques et en particulier les Celtes, vouaient un culte important aux lacs et sources, en tant que lieux de résidence des fées. Pour s'attirer leur faveur, les Celtes jetaient dans les flots des offrandes de grande valeur, comme des chaudrons en métaux précieux, ou encore des mets délicats, comme des jambons fumés ou des bouillies de céréales.

« C’est, en effet, près des fontaines que l’on rencontre le plus fréquemment les korrigans, surtout des fontaines qui avoisinent des dolmens ; elles en sont restées les patronnes [...]. Nos traditions leur prêtent une grande passion pour la musique, et de belles voix [...]. Les chants populaires de tous les peuples les représentent souvent peignant leurs cheveux blonds, dont elles paraissent prendre un soin particulier. [...] elles n’ont pas plus de deux pieds de hauteur. Leur forme, admirablement proportionnée, est aussi aérienne, aussi délicate, aussi diaphane que celle de la guêpe : elles n’ont d’autre parure qu’un voile blanc qu’elles roulent autour de leur corps. La nuit, leur beauté est grande ; le jour, on voit qu’elles ont les cheveux blancs, les yeux rouges et le visage ridé : aussi ne se montrent-elles que le soir et haïssent-elles la lumière. [...]

Les korrigans bretons prédisent l’avenir ; elles savent l’art de guérir les maladies incurables au moyen de certains charmes, qu’elles font connaître, dit-on, aux sorciers leurs amis ; protées ingénieux, elles prennent la forme de tel animal qu’il leur plaît ; elles se transportent, en un clin d’œil, d’un bout du monde à l’autre. Tous les ans, au retour du printemps, elles célèbrent une grande fête de nuit. Une nappe, blanche comme la neige, est étendue sur le gazon, au bord d’une fontaine ; elle est couverte des mets les plus exquis ; au milieu brille une coupe de cristal, qui répand une telle clarté, qu’elle sert de flambeaux. À la fin du repas, cette coupe circule de main en main ; elle renferme une liqueur merveilleuse, dont une seule goutte rendrait, assure-t-on, aussi savant que Dieu. Au moindre bruit humain tout s’évanouit. » Th. H. de La Villemarqué, Barzaz Breiz.

Citons une prophétie de Merlin dans laquelle l'eau et les sources jouent un rôle fondamental. Cette prophétie, rapportée par Geoffroy de Monmouth, dans Historia regum Britanniae (livre 4) aurait annoncé la venue de Jeanne d'Arc. Elle mentionnerait aussi la disparition d'une Atlantide bretonne, qui serait un continent ancestral qui recouvrait en son temps les trois domaines bretons que sont l'Hibernie, la Grande et la Petite Bretagne.

« Trois fontaines jailliront, dont les ruisseaux diviseront l'île en trois parties. Quiconque boira de l'eau de la première ne sera jamais malade et jouira l'une vie éternelle. Quiconque boira de l'eau de la seconde mourra d'une soif inextinguible, avec un visage pâle et horrible. Quiconque boira de l'eau de la troisième mourra de mort subite, et la tombe rejettera son corps.

Pour éviter une telle calamité, les hommes du pays s'efforceront de tarir les deux sources malfaisantes par mille moyens ; mais toutes les matières qu'on y entassera prendront une autre forme. La terre se changera en pierre, la pierre se changera en bois, le bois se changera en cendre, la cendre se changera en eau.

Alors du bois chenu sortira une vierge qui arrêtera le fléau. Après y avoir employé tous ses artifices, elle tarira de son souffle les deux fontaines malfaisantes ; puis, buvant à longs traits de l'eau de la fontaine salutaire, elle portera dans une main la forêt de la Calédonie, dans l'autre, la tour de Londres. Quand elle marchera, sous ses pas jaillira une flamme accompagnée d'une fumée de soufre. »

En considération de ce contexte celtique, dans son étude des contes normands qui inspirera George Sand et Gustave Flaubert, Amélie Bosquet ne manque pas de relever le caractère sacré et païen des sources, fontaines et autres rivières, que 1500 ans de christianisme n'ont pas réussi à faire oublier :

Est-ce parce que les fontaines avaient été consacrées aux fées, aux démons, aux esprits, que longtemps, en Normandie, on leur a attribué une vertu prophétique ? Ainsi, l'on croyait que certaines sources, dont le cours était très inégal, ne produisaient leurs eaux avec abondance que pour annoncer le renchérissement des denrées. 

La Normandie romanesque et merveilleuse.

Si les océans, les fleuves et les rivières sont des déesses à part entière, les lacs, les sources et les torrents sont aussi des divinités féminines, mais de moindre importance. Il s'agit des fameuses fées celtiques, les damonas, les fées des sources dont fait partie la célèbre fée Viviane qui retint prisonnier Merlin l'enchanteur. Dans les mythologies germaniques, il s'agit aussi des elfes, gardiens des forêts. Mentionnons aussi les nymphes méditerranéennes, les vilas et les rusalkas slaves, et les apsaras indiennes. Elles sont les protectrices des lieux naturels, des fontaines et des cours d'eau de faible importance.

 

Les nymphes et les fées

védiques

Apsaras (dont Urvashi)

perses

Peri

kailashas

Peri (Suchi, Apsaras) - Vetr - Jachs

scythes

Milouziena (Mélusine)

roumaines

nymphes (sources)

gréco-romaines

nymphes (sources) - sirènes, harpies (mer)

étrusques*

Mélugina (Mélusine)

gauloises

Damona (fées, sources) – Mélicine (Mélusine)

bretonnes

Gan, Gwen – Korr, Korrig, Korrigan, Korrigwen - Viviane -

Morgane - la fée de la fontaine de (Font-de-Cé), Mélusine

auvergnates

Les fées filles du diable

franc-comtoises

Tante Arie

doubsiennes

Vogeotte

mâconnaises

Mère Engueule (sorcière)

poitevines

Mélusine

(fée bâtisseuse, à la fois femme, poisson et dragon)

landoises

Sirènes de mer et sirènes de rivières

savoyardes

Fées, fayes, fades, afa, feulates, féyoté, bouames, bretous, carcari, voraces

alsaciennes

Fées, ondines

luxembourgeoise

Melusina, nymphe de l'Alzette

germaniques

Elfes

slaves

Vilas – Russalki (naïades, sirènes, fées, ondines, succubes ou dames blanches)

estoniennes*

Haldjas (elfe, fée, protecteur des lieux naturels)

lituaniennes

Laumé

 

Les fées kailashas

La mythologie kailasha mentionne différents types de fées : les esprits de la nature, les « Suchi », qui aident les chasseurs, mais aussi les « Varoti », leurs partenaires masculins, et, dans un autre registre les « Jach », les fées des champs et des pâturages d'altitude, aussi nommée Peris (mot perse signifiant apsara en sanskrit, ou nymphe en latin). Elles aident les chasseurs en permettant à leurs armes de toucher leur cible. Elles sont aussi les protectrices des animaux sauvages, car elles décident de les livrer aux chasseurs (ou bien de dévier leur flèche). Le bouquetin (markhor) est leur animal totem. Elles sont honorées afin que les récoltes de céréales soient abondantes. Détentrices de pouvoirs magiques, elles peuvent aussi doter les hommes de pouvoirs spéciaux.

Sans surprise, les fées kailashas résident dans les lacs, les sommets et les glaciers. Mais avant le début de l’hiver, elles redescendent dans les prairies, c'est pourquoi les Kailashas leur adressent des prières en leur demandant d'épargner le bétail. Des offrandes leur sont alors offertes : certaines possèdent des autels à travers les vallées, sur lesquels on dépose des offrandes de fromages, quand d'autres réclament des sacrifices de caprins. G. S. Robertson nous rapporte que les villageois de la tribu des Kam sacrifiaient des boucs et même des enfants à une certaine fée nommée Charmo Vetr. En retour, « cette fée était d'une grande aide quand il s'agissait d'éradiquer les ennemis des Kam » (Robertson, The Kafirs of the Hindu Kush).

Selon le folklore kailasha, la vallée de Rumbur (Chitral pakistanais) est un lieu censé abriter la vie elfique. Mentionnons aussi le mont Tirich Mir (altitude 7 708 m), toujours dans le Chitral, surnommé « la montagne des fées ». La tradition kailasha prétend qu'elles vivraient sur son sommet. Le mont Tirich Mir pourrait être l'illustre mont Méros, visité par Alexandre le Grand alors de passage dans le pays des Kailashas. Pouvant être confondue avec le Mont Kailasha du Tibet Occidental, la montagne sacrée des Kailashas partage avec la montagne tibétaine la même silhouette pyramidale.

Une même coutume existait en Grèce : dans le Péloponnèse, le mont Ithomé est le lieu de résidence d'une nymphe, laquelle possédait un autel en son sommet. Sparta, fille du fleuve Eurotas, est une autre nymphe vénérée des Lacédémoniens.

 

Les apsaras

Les apsaras (ou péris en perse) sont les nymphes indiennes. Selon le Kurma Purana, leur naissance les rattache au mythe cosmogonique du barattage de la mer de lait.

Des nymphes apparurent alors, portées par le bouillonnement des vagues et remontant à la surface des flots comme des poissons volants. À leur tête, il y avait la déesse de l'ivresse, Varuni. Apparurent ensuite la splendide Rambha et son cortège de nymphes, les apsaras, qui devinrent dès lors les compagnes d'Indra.

Kurma Purana

Dans de très nombreuses légendes indiennes, les apsaras sont en effet envoyées sur Terre pour divertir un sage dans ses méditations, afin que sa sagesse ne le place pas au-dessus de sa condition d'humain, ce qui le mettrait en concurrence avec les dieux. Dans les traditions tantriques et bouddhistes, les apsaras sont appelées daikinis, ce sont des magiciennes et des incarnations de la déesse-mère. Elles sont en tous points semblables aux nymphes : ce sont des créatures qui incarnent la luxure, le dynamisme et la beauté juvénile. Elles vivent à Indrapura, la ville céleste dont Indra est le maître. Bien qu'elles soient les compagnes des gandharvas, les musiciens célestes, elles composent aussi le harem d'Indra. Célébrées pour leur charme, les apsaras sont un thème pictural, sculptural et littéraire très présent en Inde, en particulier sur les reliefs érotiques des temples.

 

Les mauvaises fées

Les fées peuvent être porteuses de mauvais sorts. Elles sont à l'origine des sorcières que nous retrouvons dans les contes folkloriques. Ces mythes reposent avant tout sur la misogynie : la femme est une tentatrice, ses charmes n'ont pas de limites et ne connaissent pas d'obstacle.

Les Serbes, ayant, comme les autres peuples, remarqué chez les femmes une plus grande aptitude à subir le phénomène de l’hallucination [...] ont attribué aux sorcières une puissance digne des magiciennes de Thessalie. La viechtilza, dont parlent tant de voyageurs, est un être malfaisant et redouté. Elle peut dépouiller son corps comme un vêtement. Des ailes de feu la transportent à travers l’espace au foyer des personnes endormies, dont elle ouvre le flanc pour dévorer leur cœur.

D. d'Istria, La Nationalité serbe d’après les chants populaires.

Si trois jeunes villageoises redonnèrent l'appétit à Bouddha, ce sont aussi trois sorcières qui vinrent le déranger lors de son ultime nuit de méditation, alors qu'il s'apprêtait à connaître l'éveil. Ce sont les trois filles de Yama, dont l'origine du mythe ne se trouve pas dans le védisme et semblerait donc typiquement bouddhiste.

Dans le Nikaya Samyutta et le Mara Samyutta, deux textes inclus dans le Canon Pali (v. 100) du bouddhisme Theravada, Tanh (la soif) Arati (le mécontentement) et Raga (l'attachement né du désir, de l'avarice et de la passion), descendirent sur Terre pour s'approcher de Siddhartha et tenter de le corrompre. Elles déployèrent devant lui tous les charmes des poisons qu'elles incarnaient et qui étaient l'Attraction, l'Aversion et l'Illusion. Se joignirent à elles les nymphes Fierté et Peur. Ces créatures divines, déesses de la féminité, étaient scintillantes de beauté, mais celui qui allait devenir l'un des plus grands maîtres spirituels qui jamais ne fut, d'un simple revers de la main, les envoya voler dans le vent, telles des fleurs de coton tombées d'une branche.

Dans l'hindouisme, les fées néfastes et espiègles sont les yakshinis, les fées des traditions tantriques et jaïnes. Les véritables démons femelles sont les rakshasis. Putana en est une des plus célèbres, elle est la personnification des maladies infantiles. Alors bébé, Krishna la terrassera : feignant de boire à sa mamelle, il lui injecta son propre venin.

Tout comme il est utile d'honorer de beurre, de fruits et de fleurs les nymphes des sources, il convient de sacrifier aux fées néfastes, afin de calmer leur colère.

Dans son ouvrage compilant les récits folkloriques des anciens Croates de la Dalmatie (Gan-Veyan), l'historien Mitjel Yoshamya nous raconte la malédiction d'une nymphe dont les ordres ne furent pas respectés des hommes, bien qu'elle eût œuvré pour eux. Il s'agit de la 3e légende de Vaeya (île de Kirk en croate), telle qu'interprétée par feu le barde Fabian Tomashic-Velnic :

« Quand les premiers marins découvrirent Vaeya, l'île n'était pas aussi sèche et pierreuse qu'aujourd'hui, mais elle était au contraire couverte de verts pâturages, où paissaient des moutons à la laine d'or. Une sublime nymphe vêtue d'une toge blanche était leur bergère. Comme les gens de Mitanni voulaient construire un village, la nymphe leur trouva un lieu parfait, à proximité d'une fontaine, sur le promontoire du Faucon, l'endroit le plus à l'orient de l'île de Vaeya. En échange, la nymphe leur fit promettre de ne plus jamais revenir la déranger ni d'observer ses moutons d'or. Malheureusement, les marins ne respectèrent pas leur promesse et quand ils revinrent sur leur pas pour observer la nymphe et ses moutons, ceux-ci se transformèrent aussitôt en pierre. Cependant, c'est grâce aux moutons changés en pierre que les marins bâtirent leur ville, qu’ils nommèrent Corynthia. »

En pays kailasha, les fées étaient particulièrement célébrées la veille du grand festival de la déesse Diziane, alors que se déroulaient pour elles des concours de danse rituelle. Pour que les célébrations se déroulent correctement, du pain était offert au démon Yush. Diziane, la Grande Déesse pouvait alors être invoquée, afin qu'elle protège les champs de céréales. Les deux entités, l'une néfaste, l'autre faste, devaient être honorées simultanément. G. S. Robertson ajoute cependant à son témoignage que si les Kailashas dansaient extatiquement pour leurs fées et leur déesse-mère, ils ne dansaient pas pour le démon Yush.

Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)
Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)
Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)
Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)

Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)

Les FÉES (mythe indo-européen)

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