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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le pélerinage du GANGE (fleuve et mythe indien)

Le pèlerinage du Gange

Depuis 4000 ans, le fleuve indien le plus sacré semble être le Gange. Le Rig-Veda, pourtant composé en partie en dehors de l'Inde, mentionne ce fleuve comme le plus sacré d'entre tous. Pour les auteurs gréco-romains, le Gange était formé par les eaux de toutes les montagnes, puis se déversait dans l'océan qui bordait le monde. Selon eux, il devançait même le Nil et le Danube en largeur et en longueur.

Dans son Exposé de quelques-uns des principaux articles de la théogonie des Brahmes, le missionnaire aux Indes et fervent divulgateur de la culture indo-aryenne en Europe, Jean-Antoine Dubois (1766 – 1848), évoque la vision idolâtre de la déesse Ganga :

La déesse Ganga a quatre bras, trois yeux, pour voir le passé, le présent et le futur. Elle est ornée de bijoux et de pierres précieuses, un croissant de lune orne son front qui brille comme un diadème. Dans une de ses mains, un lotus éclot, symbole de pureté, dans une autre, un vase rempli de pierres précieuses. Elle est enroulée dans un sari, quelques jolies demoiselles l'éventent et l'adorent en chantant, agitant leurs éventails en laine de yak au-dessus de sa tête, laquelle est couverte d'une ombrelle en plume d'oie blanche... Il faut se représenter la déesse Ganga conduisant la créature qui lui sert de véhicule et qui est un crocodile-poisson...

Gangotri, les sources du Gange
Gangotri, les sources du Gange

Gangotri, les sources du Gange

Le Gange (Varanasi)
Le Gange (Varanasi)
Le Gange (Varanasi)
Le Gange (Varanasi)
Le Gange (Varanasi)
Le Gange (Varanasi)
Le Gange (Varanasi)
Le Gange (Varanasi)
Le Gange (Varanasi)
Le Gange (Varanasi)
Le Gange (Varanasi)
Le Gange (Varanasi)

Le Gange (Varanasi)

Le pèlerinage de ses sources, le plus célèbre d'Asie, est encore pratiqué de nos jours par des centaines de milliers d'adeptes. Il consiste à remonter jusqu'aux sources du Gange, sur le glacier himalayen de Gaumukh, situé au-dessus de la ville de Gangotri (Uttarakhand), puis de redescendre le torrent, la rivière puis le fleuve jusqu'à rejoindre Calcutta (Bengale) pour se jeter dans la baie du Bengale, dans un commun delta avec le Brahmapoutre, 2500 kilomètres plus loin. Le pèlerinage complet du Gange, aller et retour, représente donc un voyage d'au moins 5000 kilomètres. Ce chiffre peut être doublé si l'on considère le trajet effectué pour se rendre depuis une contrée reculée, comme le Pays Tamoul, jusqu'aux rives du Gange.

D'amont en aval, les principales étapes de ce pèlerinage sont : Gangotri, Kedarnath, Rishikesh, Haridwar, Prayang, aussi nommé Ayodhya et rebaptisé Allahabad par les musulmans. Cependant, de toutes ces villes saintes, la plus sacrée est Varanasi (Bénarès), l'ancienne capitale du royaume védique de Kashi, la ville tutélaire de Shiva située à plus de 1000 km de sa source et à 800 km de son delta.

 

Le Gange

 

Le mythe du Gange

Dans la mythologie gréco-romaine, Gange est une déesse dont la fille est Limae, une naïade lacustre, mère d'Athis, qui fut massacrée par Énée. Une légende tardive rapportée par Plutarque (v. 46 - 125) et Philostrate d'Athènes (v. 170 - 249) mentionne le Gange comme étant le fils de la nymphe Calauria (fille de Poséidon incarnée sur Terre sous la forme d'une petite île proche de la Crête) et du héros Indos (fils de Gaïa, la déesse-Terre). Ce dernier s’enivra et coucha à son insu avec sa mère, puis se suicida en se jetant dans les flots du Chliaros, une rivière métaphorique où l'âme fluctue misérablement entre la torpeur et la ferveur. Dès lors, ce fleuve devint le Gange. D'autres mythes rapportent qu'Indos serait mort d'une autre manière, tué plutôt par Zeus, qui était jaloux de ses exploits amoureux.

 

Le Gange (Fontaine des quatre fleuves, Rome)

 

Par ailleurs, dans cette même culture gréco-romaine, les premiers historiens et géographes mentionnaient les Gangines, aussi appelés Astomi. Ils formaient le peuple légendaire qui habitait la région des sources du Gange (Uttarakhand, Inde). La légende raconte qu'ils n'avaient pas de bouche car ils n'avaient pas besoin de manger pour survivre, mais seulement de sentir. Il leur suffisait donc de sentir un fruit, une fleur ou une racine pour s'en nourrir. Inversement, une trop mauvaise odeur pouvait les tuer. Un tel mythe évoque sans aucun doute l'ascétisme fanatique des yogis de l'Himalaya.

Le Gange trouve sa source au nord-ouest de l'Himalaya, Ganga est donc une déesse appartenant à l'espace mythologique himalayen. Les épopées indiennes font d'elle la fille aînée d'Himavat, le roi des montagnes, personnification de la chaîne himalayenne. Ses sœurs sont Annapurna, avatar de la Grande Déesse et Parvati, « la princesse des montagnes », par ailleurs compagne de Shiva et elle aussi avatar de la Grande Déesse.

Dans la version puranique de son mythe, sa généalogie diffère : elle est la fille adoptive de Brahma, créature née de la transpiration de Vishnou, Ganga est l'amante de Shiva, auquel son culte la rattache.

Pèlerins et pèlerinages

Au moins quelques semaines dans votre vie, essayez de résider dans un temple de Vishnou, mais si vous n'êtes pas capables de visiter ces temples, où que vous soyez et quoi que vous fassiez, vivez toujours en ayant les chants sacrés sur le bout de la langue.

Ramanuja

Les dévots, dont le terme anglais « devotee » est largement utilisé par les Indiens eux-mêmes, sont les disciples et les apôtres des gourous et autres sadhus. Ils œuvrent pour eux à l'ashram ou au campement, en faisant par exemple la cuisine. Les dévots, ou dévoués, peuvent être en voie d'ordination, ou de simples profanes qui occupent leur temps libre à participer à l'entretien de l'ashram.

« Si vous n'êtes pas même en mesure de chanter les mantras, mettez-vous au service des autres membres de la communauté. [...] La force physique de ceux qui ne sont pas qualifiés aux œuvres intellectuelles doit être utilisée pour effectuer l'entretien du temple. Si vous n'êtes pas en mesure d'étudier les écritures, ni de chanter les mantras, faites le service dans les temples. Cuisinez, préparez la pâte de santal, allumez le soir les lampes à huile, fabriquez les guirlandes de fleurs qui seront offertes en offrandes par les pèlerins et les disciples, balayez et lavez le sol du temple, enlevez les excréments d'animaux, décorez le temple avec des dessins de poudre de riz… De telles actions vous garderont éloignés le plus possible des désirs terrestres, car œuvrer à une tâche sans y trouver un intérêt personnel direct et immédiat est un moyen de rester éloigner du chemin du vice et de la déperdition. » Ramanuja, Les vérités scintillantes.

 

Un pèlerin est quant à lui un homme ou une femme, qui se déplace dans le but de rejoindre un lieu sacré qu'il désire visiter pour parfaire son éducation spirituelle, mystique ou religieuse. Un pèlerinage se fait habituellement dans le dénuement le plus complet, parfois en famille, et toujours sur la recommandation d'un gourou, qui indique alors une destination. Il peut durer quelques jours, quelques mois, ou une vie entière. Idéalement, un pèlerinage se fait à pied.

Enfin, si aucun de ces sacerdoces n'est accessible à un hindou qui désirerait tout de même se consacrer à l'errance mystique, comme ce serait le cas pour un paria refusé de toute part et dont aucun gourou ne souhaiterait assumer l'éducation, il reste encore la possibilité de s'en aller, baluchon sur le dos, avec sa famille, de ville en ville, de temple en temple, espérant que cette vie dans le vent soit plus clémente que celle dans les champs et les bidonvilles.

En Inde, la quête mystique est considérée comme un besoin primaire et instinctif, et celui qui le désir vraiment, se verra toujours toléré sur le chemin de la vérité. Personne ne l'empêchera de marcher nu, de dormir sur un trottoir ou de tendre la main devant les temples.

 

Depuis l'orphisme et le pythagorisme en Occident et le jaïnisme et le bouddhisme en Orient, la quête de la rédemption individuelle est prônée ouvertement. Le druidisme lui-même, selon les témoignages des historiens gréco-romains, prônait le salut individuel par l'observation stricte de la doctrine initiatique.

Quoi de mieux, donc, qu'un pèlerinage pour purifier son âme ? Un pèlerinage est une aventure humaine et spirituelle, un effort physique et un voyage. Il réclame pour se faire une totale dévotion. Dans l'hindouisme, le rôle des pèlerinages est primordial dans un processus de rédemption. Le pèlerinage est d'ailleurs une étape essentielle de l’initiation des sadhus. Il en était de même en Europe, comme en témoignent le Chemin de Compostelle et ses innombrables ramifications.

Arrêtons-nous quelques instants sur le chemin de Compostelle. Bien que purement chrétien depuis près de deux mille ans, ce pèlerinage possède une origine païenne. Célébré et encouragé par Rome, le Chemin de Compostelle n'en est pas moins un pèlerinage ancestral, prédatant de beaucoup la naissance du christ.

Le Chemin de Compostelle possède des centaines, voire des milliers de chemins différents, qui relient la mer Noire et celle du Nord à l'Océan Atlantique. Il existe cependant une voie principale, qui relie la péninsule du Danemark au nord-est, au nord-ouest de l'Espagne. Cette voie, qui concentre le plus gros du trafic des pèlerins, traverse donc le Jutland, les Bretagnes, l'Auvergne, les Asturies et la Galice : autant de régions historiquement celtes.

Installés d'abord en Europe centrale, les Celtes ne firent que dériver vers l'ouest, poussés successivement par les Grecs, les Romains et surtout les Germains. Si la présence celte n'est plus perceptible en Anatolie et en Europe de l'est, elle l'est encore dans ces régions colonisées tardivement par les Celtes, comme les îles britanniques, les forêts d'Armorique ou les côtes brisées du nord de l'Espagne. C'est encore dans ces territoires que les Celtes demeurèrent le plus longtemps, bien que subissant irrémédiablement l'acculturation du reste de l'Europe.

Avant même l'arrivée des Celtes en Europe, ces territoires abritaient la civilisation mégalithique, dont on sait si peu de chose. De l'Angleterre à la Galice, dolmens et menhirs témoignent d'un culte fervent et tribal, qui unissait dans un même effort des centaines, voire des milliers de familles. Comme tout nous porte à croire en l'existence d'une religion mégalithique, il convient donc d'accepter que cette religion eût des sites sacrés, qui formaient entre eux un réseau de pèlerinage. Or, la carte des principaux chemins de Compostelle se superpose avec justesse à celle des principaux sites mégalithiques européens, de sorte qu'il paraît évident que les bâtisseurs des menhirs, tout comme les Celtes panthéistes qui reprirent à leur compte l'usage rituel des dolmens, empruntaient déjà ce chemin de pèlerinage plusieurs millénaires avant notre ère.

 

Mégalithisme, Celtie et chemins de Compostelle 1 : Extension du mégalithisme préhistorique en Europe de l’Ouest (Jarke, Wikipedia, CC BY-SA 3.0 ). 2 : Le monde celte (QuartierLatin1968, The Ogre, Dbachman, Wikipedia, CC BY-SA 4.0). 3 : Les chemins du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle, avec en gras la via Lemovicensis, aussi appelée voie limousine ou voie de Vézelay (Manfred Zentgraf, CC BY-SA 3.0).

 

Le pélerinage du GANGE (fleuve et mythe indien)

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