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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le mythe de la descente du GANGE (versions hindoue et jaïne)

I, La version hindoue

Texte inspiré de l' Exposé de quelques-uns des principaux articles de la théogonie des Brahmes, de J.-A. Dubois.

 

Alors que le nain Vamana, afin de sauver les hommes et les dieux, couvrait le ciel d'un seul pas, Brahma accourut sous lui pour récolter un peu de la sueur qui s'échappait de la plante de ses pieds, puis il garda précieusement cette goutte pour en faire sa fille adoptive qu'il nomma Ganga.

Au sommet du Mont Mérou, Ganga grandit heureuse et dynamique sous l'attention de Brahma et des divers prajapatis. L'un d'eux, Atri, avait eu un fils nommé Durvasa qui, bien qu'étant le plus parfait des rishis, n'en demeurait pas moins extrêmement susceptible. Durvasa était même célèbre pour son mauvais caractère et sa propension à jeter la malédiction sur ceux qui ne le recevaient pas correctement au cas où il lui leur aurait demandé la pitance, ou si de folâtres jeunes filles se moquaient de son âge et de sa laideur.

Cependant, un jour que l'ermite Durvasa, qui vivait seul et nu depuis des milliers d'années au sommet des montagnes, était de passage au palais de Brahma, il reçut de Ganga de cruelles moqueries alors qu'elle l'apercevait se baignant nu. Car celle-ci n'avait pu s'empêcher de rire de sa laideur, et son rire avait tellement blessé l'ermite que celui-ci l'avait maudite en la condamnant à s’incarner sur Terre, en un fleuve que chacun utiliserait pour se purifier. C'est ainsi que Durvasa provoqua la descente de la nymphe Ganga qui devint sur Terre le Gange, en la maudissant de s'être moquée de son vieil âge et de sa monstrueuse nudité alors qu'il s'était dénudé devant elle pour prendre un bain.

Avant que la prophéties de Durvasa ne se réalisât, le temps passa.

Sur Terre, Sagara, le roi d'Ayodhya, grâce à la dévotion et à la magie, avait obtenu soixante mille fils des reines Sumati et Keshini. Pour en remercier les dieux, Sagara pratiqua alors cent fois le sacrifice du cheval, mais avant que ne se terminât le dernier sacrifice, le cheval fut volé par Indra qui était jaloux de la puissance du roi des hommes, et qui le cacha dans l'ashram du sage mais féroce Kapila Muni, le fils du prajapati Kashiapa et de la reine Danu, fille du rishi Daksha et impératrice de l'océan primordiale.

Ne retrouvant pas le cheval, et ne pouvant ainsi accomplir son rituel ni trouver de frontière à son royaume, Sagara envoya tous ses fils à sa recherche. Ceux-ci le retrouvèrent auprès de Kapila Muni et l'accusèrent d'être un voleur. C'est alors que le sage, qui méditait sans cesse, ouvrit les yeux pour la première fois depuis de nombreuses années. Il fixa les soixante mille fils de Sagara et d'un seul regard, il les réduisit en cendre. Leurs fantômes se mirent alors à errer sur la terre car ils avaient été privés des rites funéraires qui auraient dû se dérouler en leur honneur.

Il ne restait donc plus qu'à Sagara que ses deux reines, qui, se voyant sans espérance de laisser des descendants à cette illustre famille, s'en allèrent trouver Brahma, pour le supplier de ressusciter leur mari.

« Il n’y a pas moyen de les ressusciter, répondit Brahma, à moins que Vishnou ne touche leurs cendres.

_ Comment faire, lui demandèrent-elles ? »

_ Comportez-vous entre vous deux comme mari et femme. Il vous naîtra un fils. Grâce à lui, vous obtiendrez ce que vous désirez. »

Les deux femmes appliquèrent ce conseil, et grâce à elles, Sagara eut donc un descendant : Asamanja. Asamanja était doté du talent de pouvoir se souvenir de ses vies passées ainsi que de vivre seul sans souffrir de la solitude.

Malheureusement, celui-ci eut dès son plus jeune âge des tendances meurtrières. Asamanja prenait en effet un malin plaisir à jeter ses petits camarades dans la rivière et à les voir s'y noyer. Pour cela, il fut très vite éloigné d'Ayodhya.

En exil, Asamanja eut un fils, qu'il nomma Amshuman lequel monta sur le trône d'Ayodhya à la mort du roi Sagara. Amshuman eut lui-même un fils qu'il nomma Dilipa et Dilipa eut de nombreux fils dont Ragou, le prince héritier et Bhagiratha.

Quand Bhagiratha fut en âge de se marier, il apprit le destin de ses ancêtres, qui étaient devenus des fantômes ; pris de pitié, il fit le vœu de faire descendre la déesse Ganga sur terre afin de balayer les cendres de ses ancêtres vers le ciel. Bhagiratha pria tellement Brahma que le dieu accéda à sa demande et ordonna à Ganga de s'exécuter, réalisant ainsi la malédiction du rishi Durvasa.

Ganga, en proie à la vanité, estima qu'on lui faisait insulte en lui demandant de s'incarner sur Terre et décida de balayer la terre toute entière. Voyant les flots monter, pris de panique, Bhagiratha pria Shiva de briser le flot torrentueux et arrogant de Ganga.

Shiva l'emprisonna donc dans ses cheveux, et ce fut lui que Bhagiratha dut alors vénérer pour que Ganga fût relâchée et poursuivît son chemin vers la Terre. Car, au grand dam de Bhagiratha, Ganga était devenue l'amante de Shiva qui avait reconnu en elle la shakti.

« Pourquoi, illustre déesse, t'arrêtes-tu ainsi et diffères-tu mon bonheur ? demanda alors Bhagiratha. Mes ancêtres, détenus en enfer, ont les yeux fixés sur toi et attendent avec impatience leur délivrance. Continue donc ta route et achève de mettre le comble à leurs vœux et aux miens. »

« Sèche tes larmes, lui répondit la déesse, il faut que je reste ici quelque temps, pour satisfaire les désirs de Shiva. Ensuite, je te suivrai partout où tu voudras ! »

Sa passion pour Shiva satisfaite, elle continua sa route, et, de la tête de Shiva, elle descendit sur la montagne Himalaya. Ganga se convertît aussitôt en trois sources dont l’une coula dans le domaine céleste du Svarga, l’autre sur la Terre et la troisième dans l'enfer du Patala. Ganga était à présent trois fois assagie et trois fois sanctifiée par son contact avec les trois dieux de la Trimurti : Vishnou à sa naissance, Brahma lors de sa jeunesse et Shiva lors de sa descente sur Terre.

Après avoir reçu un accueil très favorable de la montagne Himalaya, qui la reçut à sa chute, Ganga continua sa course, belle et calme. Cependant, en traversant l'ashram d'un sage qui vivait là reculé, Ganga fut une fois encore retenue prisonnière. Le pénitent l’ayant aperçu et sachant que cette eau avait la vertu d’effacer ses péchés, il l’avait avalé.

Ce fut un nouveau sujet de douleur pour Baguirata, qui, se prosternant aux pieds du pénitent, lui dit :

«Vénérable rishi, rends-moi Ganga que tu viens d’avaler, car tu sais qu’elle doit libérer mes ancêtres. Je t'en supplie, ne mets pas d’obstacles à leur bonheur ! » Le saint anachorète, touché par les larmes de Baguirata, fit alors sortir par une de ses oreilles le Gange qu’il avait avalé.

La rivière continua donc sa route, traversa les villes saintes de Richikesh, Haridwar et Varanasi et enfin, arrivée à l’endroit où étaient les cendres des ancêtres de Baguirata, elle y pénétra.

Aussitôt on en vit sortir des hommes pleins de vie, ayant chacun quatre bras, et portant en main les armes de Vishnou, dont le disque cosmique. Apparurent aussi des chars qui les transportèrent aussitôt dans le Svarga.

Enfin, le Gange, continuant son cours vers le Bihar et le Bengale, pour se joindre à la mer. Au long de sa course vers l'océan, les gens qui se baignaient en elle trouvaient aussitôt le repos après une éternité de souffrance, trouvant là le remède à leurs vices et le moyen de mettre fin à leurs pêchés.

Séduit par l'énergie bienfaitrice du fleuve, Vashishte, le gourou attitré de la dynastie des fils du soleil, fonda sur ses rives de nombreuses écoles, en particulier dans les montagnes himalayennes qui entourent ses torrents.

 

II, La version jaïne de la mort des fils de Sagara

Nous retrouvons ce conte dans l' Ajita Purana de Ranna (993 apr. J.-C.) et dans Les vies authentiques des vingt-quatre Tirthankars, ouvrage publié sous la direction de Up-pravartak Shri Amar Muni et disponible sur https://jainworld.com. Un tirthankara est un maître spirituel qui a connu l'illumination. Les tirthankaras s’incarnent successivement sur terre pour enseigner la doctrine du jaïnisme : non-violence, non-attachement, etc. Les nagas sont des serpents dotés de pouvoir magiques et vivant dans les marécages. Dans la littérature mystique indienne, il s'agit souvent d'une allégorie désignant les peuplades autochtones indiennes d'origine non védique.

*

Dans la version jaïne de son mythe, Sagara est le petit frère d'Ajitanatha, le second tirthankara. Tous les deux sont princes d'Ayodhya et membres de la dynastie du soleil, la glorieuse lignée des Ikshvaku.

Alors que leur père s'était retiré du monde pour se préparer à mourir, Ajitanatha avait refusé de monter sur le trône. Plutôt, il était parti vivre en ascète dans la forêt, à la recherche de son épanouissement spirituel. Sagara avait donc hérité de la couronne d'Ayodhya.

Sagara conquit les six continents et devint le maître du monde, le roi des rois. Malheureusement, Sagara était très attaché aux plaisirs des sens et aux biens matériels. Son meilleur ami Maniketu essayait sans cesse de le raisonner, mais en vain ; rien ne détournait le roi de ses penchants. Enfin, Maniketu eut une idée :

Le roi des rois avait des milliers de reines et soixante mille fils. Son fils aîné s'appelait Janhu Kumar. Maniketu inspira à Janhu l'envie de vadrouiller dans la campagne et de fabriquer avec ses frères un barrage.

Un jour que Janhu et ses frères étaient de sortie pour une chevauchée aventureuse, ils arrivèrent non loin du mont Kailash, sur le haut plateau himalayen. Ces inconscients et insouciants jeunes hommes mirent pieds à terre et pour s'amuser, construisirent un barrage. Dedans, ils y firent couler l'eau du Gange, ce qui eut pour effet de noyer les serpents qui vivaient là.

Le roi des serpents, en panique, se démenait beaucoup pour sauver ses sujets, mais les cruels fils de Sagara se moquaient de lui. Perdant patience, le roi des serpents les réduisit tous en cendre.

Le roi était à présent parange mais il ne le savait pas encore. C'est Maniketu qui le mit au courant. Ce dernier se grima en vieil homme, prit dans ses mains les cendres d'un des fils, et demanda à être reçu du roi.

Une fois devant Sagara, le vieil homme montra les cendres qu'il gardait précautionneusement au creux de ses mains, en expliquant que son fils était mort et qu'il vivait depuis d'indicibles souffrances. En pleure, le vieil homme demanda tout simplement au roi des rois de ressusciter son fils…

Sagara fut profondément ému par la situation, mais il se sentait absolument incapable d'y changer quoi que ce soit. Aussi, il répondit tout simplement :

« Aussi puissant que je sois, je ne peux pas t'aider. Je comprends bien que ta peine est immense, mais tu dois apprendre à vivre avec. Tout le monde doit vivre avec la tristesse et la souffrance. »

C'est alors que Maniketu enleva son maquillage et son déguisement pour annoncer à Sagara les morts de ses 60 000 fils.

L'expérience fut traumatisante pour Sagara. D'abord, il entra dans une colère folle, mais très vite fit preuve d'une grande sagesse et d'une grande force d'esprit en commençant une vie de sévères pénitences. Il mit sur le trône l’aîné de ses petits-fils, Bhagiratha, puis se retira de la vie du Royaume.

Son frère le tirthankara Ajitanatha présida à son initiation et Sagara entra dans les ordres et connut l'éveil.

Le Gange

 

Le mythe de la descente du GANGE (versions hindoue et jaïne)
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