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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le mythe du GANGE

Le MYTHE

I, La version hindoue

Texte inspiré de l' Exposé de quelques-uns des principaux articles de la théogonie des Brahmes, de J.-A. Dubois.

 

Alors que le nain Vamana, afin de sauver les hommes et les dieux, couvrait le ciel d'un seul pas, Brahma accourut sous lui pour récolter un peu de la sueur qui s'échappait de la plante de ses pieds, puis il garda précieusement cette goutte pour en faire sa fille adoptive qu'il nomma Ganga.

Au sommet du Mont Mérou, Ganga grandit heureuse et dynamique sous l'attention de Brahma et des divers prajapatis. L'un d'eux, Atri, avait eu un fils nommé Durvasa qui, bien qu'étant le plus parfait des rishis, n'en demeurait pas moins extrêmement susceptible. Durvasa était même célèbre pour son mauvais caractère et sa propension à jeter la malédiction sur ceux qui ne le recevaient pas correctement au cas où il lui leur aurait demandé la pitance, ou si de folâtres jeunes filles se moquaient de son âge et de sa laideur.

Cependant, un jour que l'ermite Durvasa, qui vivait seul et nu depuis des milliers d'années au sommet des montagnes, était de passage au palais de Brahma, il reçut de Ganga de cruelles moqueries alors qu'elle l'apercevait se baignant nu. Car celle-ci n'avait pu s'empêcher de rire de sa laideur, et son rire avait tellement blessé l'ermite que celui-ci l'avait maudite en la condamnant à s’incarner sur Terre, en un fleuve que chacun utiliserait pour se purifier. C'est ainsi que Durvasa provoqua la descente de la nymphe Ganga qui devint sur Terre le Gange, en la maudissant de s'être moquée de son vieil âge et de sa monstrueuse nudité alors qu'il s'était dénudé devant elle pour prendre un bain.

Avant que la prophéties de Durvasa ne se réalisât, le temps passa.

Sur Terre, Sagara, le roi d'Ayodhya, grâce à la dévotion et à la magie, avait obtenu soixante mille fils des reines Sumati et Keshini. Pour en remercier les dieux, Sagara pratiqua alors cent fois le sacrifice du cheval, mais avant que ne se terminât le dernier sacrifice, le cheval fut volé par Indra qui était jaloux de la puissance du roi des hommes, et qui le cacha dans l'ashram du sage mais féroce Kapila Muni, le fils du prajapati Kashiapa et de la reine Danu, fille du rishi Daksha et impératrice de l'océan primordiale.

Ne retrouvant pas le cheval, et ne pouvant ainsi accomplir son rituel ni trouver de frontière à son royaume, Sagara envoya tous ses fils à sa recherche. Ceux-ci le retrouvèrent auprès de Kapila Muni et l'accusèrent d'être un voleur. C'est alors que le sage, qui méditait sans cesse, ouvrit les yeux pour la première fois depuis de nombreuses années. Il fixa les soixante mille fils de Sagara et d'un seul regard, il les réduisit en cendre. Leurs fantômes se mirent alors à errer sur la terre car ils avaient été privés des rites funéraires qui auraient dû se dérouler en leur honneur.

Il ne restait donc plus qu'à Sagara que ses deux reines, qui, se voyant sans espérance de laisser des descendants à cette illustre famille, s'en allèrent trouver Brahma, pour le supplier de ressusciter leur mari.

« Il n’y a pas moyen de les ressusciter, répondit Brahma, à moins que Vishnou ne touche leurs cendres.

_ Comment faire, lui demandèrent-elles ? »

_ Comportez-vous entre vous deux comme mari et femme. Il vous naîtra un fils. Grâce à lui, vous obtiendrez ce que vous désirez. »

Les deux femmes appliquèrent ce conseil, et grâce à elles, Sagara eut donc un descendant : Asamanja. Asamanja était doté du talent de pouvoir se souvenir de ses vies passées ainsi que de vivre seul sans souffrir de la solitude.

Malheureusement, celui-ci eut dès son plus jeune âge des tendances meurtrières. Asamanja prenait en effet un malin plaisir à jeter ses petits camarades dans la rivière et à les voir s'y noyer. Pour cela, il fut très vite éloigné d'Ayodhya.

En exil, Asamanja eut un fils, qu'il nomma Amshuman lequel monta sur le trône d'Ayodhya à la mort du roi Sagara. Amshuman eut lui-même un fils qu'il nomma Dilipa et Dilipa eut de nombreux fils dont Ragou, le prince héritier et Bhagiratha.

Quand Bhagiratha fut en âge de se marier, il apprit le destin de ses ancêtres, qui étaient devenus des fantômes ; pris de pitié, il fit le vœu de faire descendre la déesse Ganga sur terre afin de balayer les cendres de ses ancêtres vers le ciel. Bhagiratha pria tellement Brahma que le dieu accéda à sa demande et ordonna à Ganga de s'exécuter, réalisant ainsi la malédiction du rishi Durvasa.

Ganga, en proie à la vanité, estima qu'on lui faisait insulte en lui demandant de s'incarner sur Terre et décida de balayer la terre toute entière. Voyant les flots monter, pris de panique, Bhagiratha pria Shiva de briser le flot torrentueux et arrogant de Ganga.

Shiva l'emprisonna donc dans ses cheveux, et ce fut lui que Bhagiratha dut alors vénérer pour que Ganga fût relâchée et poursuivît son chemin vers la Terre. Car, au grand dam de Bhagiratha, Ganga était devenue l'amante de Shiva qui avait reconnu en elle la shakti.

« Pourquoi, illustre déesse, t'arrêtes-tu ainsi et diffères-tu mon bonheur ? demanda alors Bhagiratha. Mes ancêtres, détenus en enfer, ont les yeux fixés sur toi et attendent avec impatience leur délivrance. Continue donc ta route et achève de mettre le comble à leurs vœux et aux miens. »

« Sèche tes larmes, lui répondit la déesse, il faut que je reste ici quelque temps, pour satisfaire les désirs de Shiva. Ensuite, je te suivrai partout où tu voudras ! »

Sa passion pour Shiva satisfaite, elle continua sa route, et, de la tête de Shiva, elle descendit sur la montagne Himalaya. Ganga se convertît aussitôt en trois sources dont l’une coula dans le domaine céleste du Svarga, l’autre sur la Terre et la troisième dans l'enfer du Patala. Ganga était à présent trois fois assagie et trois fois sanctifiée par son contact avec les trois dieux de la Trimurti : Vishnou à sa naissance, Brahma lors de sa jeunesse et Shiva lors de sa descente sur Terre.

Après avoir reçu un accueil très favorable de la montagne Himalaya, qui la reçut à sa chute, Ganga continua sa course, belle et calme. Cependant, en traversant l'ashram d'un sage qui vivait là reculé, Ganga fut une fois encore retenue prisonnière. Le pénitent l’ayant aperçu et sachant que cette eau avait la vertu d’effacer ses péchés, il l’avait avalé.

Ce fut un nouveau sujet de douleur pour Baguirata, qui, se prosternant aux pieds du pénitent, lui dit :

«Vénérable rishi, rends-moi Ganga que tu viens d’avaler, car tu sais qu’elle doit libérer mes ancêtres. Je t'en supplie, ne mets pas d’obstacles à leur bonheur ! » Le saint anachorète, touché par les larmes de Baguirata, fit alors sortir par une de ses oreilles le Gange qu’il avait avalé.

La rivière continua donc sa route, traversa les villes saintes de Richikesh, Haridwar et Varanasi et enfin, arrivée à l’endroit où étaient les cendres des ancêtres de Baguirata, elle y pénétra.

Aussitôt on en vit sortir des hommes pleins de vie, ayant chacun quatre bras, et portant en main les armes de Vishnou, dont le disque cosmique. Apparurent aussi des chars qui les transportèrent aussitôt dans le Svarga.

Enfin, le Gange, continuant son cours vers le Bihar et le Bengale, pour se joindre à la mer. Au long de sa course vers l'océan, les gens qui se baignaient en elle trouvaient aussitôt le repos après une éternité de souffrance, trouvant là le remède à leurs vices et le moyen de mettre fin à leurs pêchés.

Séduit par l'énergie bienfaitrice du fleuve, Vashishte, le gourou attitré de la dynastie des fils du soleil, fonda sur ses rives de nombreuses écoles, en particulier dans les montagnes himalayennes qui entourent ses torrents.

 

II, La version jaïne de la mort des fils de Sagara

Nous retrouvons ce conte dans l' Ajita Purana de Ranna (993 apr. J.-C.) et dans Les vies authentiques des vingt-quatre Tirthankars, ouvrage publié sous la direction de Up-pravartak Shri Amar Muni et disponible sur https://jainworld.com. Un tirthankara est un maître spirituel qui a connu l'illumination. Les tirthankaras s’incarnent successivement sur terre pour enseigner la doctrine du jaïnisme : non-violence, non-attachement, etc. Les nagas sont des serpents dotés de pouvoir magiques et vivant dans les marécages. Dans la littérature mystique indienne, il s'agit souvent d'une allégorie désignant les peuplades autochtones indiennes d'origine non védique.

*

Dans la version jaïne de son mythe, Sagara est le petit frère d'Ajitanatha, le second tirthankara. Tous les deux sont princes d'Ayodhya et membres de la dynastie du soleil, la glorieuse lignée des Ikshvaku.

Alors que leur père s'était retiré du monde pour se préparer à mourir, Ajitanatha avait refusé de monter sur le trône. Plutôt, il était parti vivre en ascète dans la forêt, à la recherche de son épanouissement spirituel. Sagara avait donc hérité de la couronne d'Ayodhya.

Sagara conquit les six continents et devint le maître du monde, le roi des rois. Malheureusement, Sagara était très attaché aux plaisirs des sens et aux biens matériels. Son meilleur ami Maniketu essayait sans cesse de le raisonner, mais en vain ; rien ne détournait le roi de ses penchants. Enfin, Maniketu eut une idée :

Le roi des rois avait des milliers de reines et soixante mille fils. Son fils aîné s'appelait Janhu Kumar. Maniketu inspira à Janhu l'envie de vadrouiller dans la campagne et de fabriquer avec ses frères un barrage.

Un jour que Janhu et ses frères étaient de sortie pour une chevauchée aventureuse, ils arrivèrent non loin du mont Kailash, sur le haut plateau himalayen. Ces inconscients et insouciants jeunes hommes mirent pieds à terre et pour s'amuser, construisirent un barrage. Dedans, ils y firent couler l'eau du Gange, ce qui eut pour effet de noyer les serpents qui vivaient là.

Le roi des serpents, en panique, se démenait beaucoup pour sauver ses sujets, mais les cruels fils de Sagara se moquaient de lui. Perdant patience, le roi des serpents les réduisit tous en cendre.

Le roi était à présent parange mais il ne le savait pas encore. C'est Maniketu qui le mit au courant. Ce dernier se grima en vieil homme, prit dans ses mains les cendres d'un des fils, et demanda à être reçu du roi.

Une fois devant Sagara, le vieil homme montra les cendres qu'il gardait précautionneusement au creux de ses mains, en expliquant que son fils était mort et qu'il vivait depuis d'indicibles souffrances. En pleure, le vieil homme demanda tout simplement au roi des rois de ressusciter son fils…

Sagara fut profondément ému par la situation, mais il se sentait absolument incapable d'y changer quoi que ce soit. Aussi, il répondit tout simplement :

« Aussi puissant que je sois, je ne peux pas t'aider. Je comprends bien que ta peine est immense, mais tu dois apprendre à vivre avec. Tout le monde doit vivre avec la tristesse et la souffrance. »

C'est alors que Maniketu enleva son maquillage et son déguisement pour annoncer à Sagara les morts de ses 60 000 fils.

L'expérience fut traumatisante pour Sagara. D'abord, il entra dans une colère folle, mais très vite fit preuve d'une grande sagesse et d'une grande force d'esprit en commençant une vie de sévères pénitences. Il mit sur le trône l’aîné de ses petits-fils, Bhagiratha, puis se retira de la vie du Royaume.

Son frère le tirthankara Ajitanatha présida à son initiation et Sagara entra dans les ordres et connut l'éveil.

Citons à présent le précieux témoignage de Jean-Antoine Dubois. Dans son Exposé de quelques-uns des principaux articles de la théogonie des Brahmes (1825), il évoque l'immense considération dont témoignent les Indiens pour un fleuve qui focalise toutes leurs superstitions. Ce témoignage de première main n'a pas vieilli et pourrait tout à fait s'appliquer aux croyances actuelles concernant le Gange. Nous avons cependant pris la liberté de reprendre et de compléter le texte de Dubois en y incluant des compléments d'informations.

*

Celui qui entreprend le pèlerinage du Gange jeûnera la veille de son départ, et en partant récitera le mantra suivant :

« Déesse Ganga ! Vous êtes la maîtresse du monde ! Je me mets en route pour vous offrir mes adorations et mes sacrifices ! Faites que j’aie le bonheur d’arriver jusqu’à vous ! »

Arrivé sur les bords du fleuve, il le vénérera profondément en disant :

« Je vous adore, déesse Ganga ! Je vous adore, mère du monde ! Remplissez donc mes vœux dans ce monde et dans l’autre, car vous êtes la compagne de Shiva et c’est vous qui décidez du terme de nos peines et de nos maux ! »

Une fois ces paroles prononcées, il offrira au fleuve une puja en pensant très fort à Vishnou, et en jetant dans l’eau de la poudre de bois de santal, des oboles de riz teinté de poudre de curcuma, des fleurs, des fruits, de l’encens, une bougie allumée, sans rien oublier de ce qui pourra contribuer à la solennité du sacrifice offert à la déesse. Il pourra aussi célébrer ses louanges au son des instruments de musique : le sitar, la vina et la voix en seront la mélodie, l'harmonium, la tonalité et les tablas seront le rythme.

Son rituel fini, le pèlerin fera des dons aux brahmanes qui sont chargés des offices qui se déroulent chaque jour sur les bords du Gange, de l'aurore au crépuscule et qui maintiennent les lieux de culte en état d’accueillir des visiteurs. Ces brahmanes se verront offrir en échange de leurs services de l’or ou de la monnaie, ainsi que des tissus ou des toges.

À la fin du pèlerinage, il convient de faire servir un banquet aux brahmanes. Dès lors, tous les péchés de ceux qui offriront ce sacrifice seront lavés et disparaîtront comme la rosée disparaît aux premiers rayons du soleil.

Après leur mort, les heureux pèlerins iront au Vaikuntha, où ils prendront la forme de Vishnou, l'être universel. S'il meurt sur la route en faisant le pèlerinage du Gange, le pèlerin s'en ira tout de même au Vaikuntha après sa mort. Après avoir habité cent millions d’années dans ce paradis, et joui durant ce temps de toute sorte de bonheur, ils iront habiter le Brahmaloka, le domaine de Brahma où ils jouiront d’un bonheur que les dieux mêmes leur envieront. Après y avoir vécu cent millions d’années, ils seront transportés au monde de Shiva, le Shiva-Loka, dont un côté de la planète est dominé par la Lune et la glace, et l'autre par le Soleil et le vent de la sécheresse. Aux côtés de Shiva méditant sur le mont Kailash qui est situé au milieu de cette planète, ils jouiront du même bonheur et un même nombre d’années qu'au Brahmaloka et Vaikuntha. Ils iront ensuite dans la ville céleste d’Indra, située au sommet du Mont Méru. Là, ils seront traités au-dessus des dieux, puisque Indra lui-même leur offrira des sacrifices, et les fera asseoir sur son trône. Après avoir vécu si longtemps dans le Svarga, ayant été durant des millions d’années heureux, ils iront enfin habiter au cœur même du Soleil et participeront à son éclat. De là, ils passeront sur la Lune. Ils y jouiront encore des millions d’années de toute sorte de bonheur et enfin, ils renaîtront sur la Terre, mais alors, ce sera sans douleur et sans ressentir les horreurs de la mort. Après leur mort, ils connaîtront, glorieux et triomphants, les délices de la Moksha : la dissolution de leur âme temporelle dans celle de l'Univers, qui ne naît ni ne meurt.

Les eaux de ce fleuve sacré possèdent d'ailleurs tant de vertus, qu’il suffit d’entendre le récit de ses grandeurs pour obtenir le pardon de ses péchés et la réalisation de ses vœux et celui qui, le matin, en se levant, pensera au Gange, obtiendra, par cette seule pensée, la rémission de toutes ses fautes. Inversement, celui qui ne fait pas ses ablutions dans le Gange, qui est la mère du monde, reste toujours souillé ; il contracte même une souillure en regardant son propre visage dans un miroir, et doit s’en purifier en regardant l’instant d'après le Soleil.

Si celui qui n’a pas vu le Gange, n’est qu’un poids inutile sur la Terre, pour celui qui a commis les crimes les plus graves, il lui suffit, pour en obtenir le pardon, d’appliquer sur son front un peu de la terre qui a été touchée par les eaux du fleuve. La puissance rédemptrice du Gange est telle, qu'il suffira au pécheur de voir un homme qui se sera frotté le corps avec cette boue pour être lavé de ses vices. Ainsi, juste un peu de la terre du Gange suffirait pour purifier l'humanité tout entière !

Si on ne peut pas se baigner dans le Gange, il suffit de penser au fleuve pour obtenir les mêmes avantages. Quant à celui qui, à l’heure de sa mort, fera mettre sur son corps un peu de la terre du Gange, ira très certainement dans le divin domaine du Svarga.

À l'inverse, celui qui détournera qui que ce soit du pèlerinage au Gange, ira aussi certainement dans l'enfer du Naraka, où il restera un million d’années. Quant à celui qui commettra quelques péchés sur le divin rivage du Gange, il n’en obtiendra jamais le pardon car les péchés commis ailleurs se pardonnent sur les bords du Gange, mais ceux qui se commettent là sont irrémissibles.

Les avantages à habiter sur les bords du Gange sont si grands, qu’on ne devrait jamais quitter le voisinage de ce fleuve, même pour conquérir ailleurs un royaume, car celui qui a le bonheur d'y mourir, ira au Svarga, tout comme celui qui meurt en s'y baignant. Il suffit même de prononcer, à l’article de la mort, le nom de la déesse Ganga, pour être digne d’habiter Vaikuntha, le paradis de Vishnou. Ne serait-ce que se remémorer le Gange avant de trépasser est une gageure pour habiter un lieu de bonheur après la mort.

Si un homme ne décède pas sur les bords du Gange, mais que son cadavre est brûlé sur ses rives, ou plongé dans ses eaux, il obtiendra le pardon de tous les péchés qu’il a pu commettre dans cette vie et dans les précédentes. Aussi longtemps ses ossements resteront ensevelis dans le Gange, aussi longtemps jouira-t-il, dans le Svarga, du bonheur le plus parfait.

Gange Ganga Haridwar Gangotri Varanasi

Le mythe du Gange

Ibid

« Alors que le nain Vamana, afin de sauver les hommes et les dieux, couvrait le ciel d'un seul pas, Brahma accourut sous lui pour récolter un peu de la sueur qui s'échappait de la plante de ses pieds, puis il garda précieusement cette goutte pour en faire sa fille adoptive qu'il nomma Ganga.

Au sommet du Mont Mérou, Ganga grandit heureuse et dynamique sous l'attention de Brahma et des divers prajapatis. L'un d'eux, Atri, avait eu un fils nommé Durvasa qui, bien qu'étant le plus parfait des rishis, n'en demeurait pas moins extrêmement susceptible. Durvasa était même célèbre pour son mauvais caractère et sa propension à jeter la malédiction sur ceux qui ne le recevaient pas correctement au cas où il lui leur aurait demandé la pitance, ou si de folâtres jeunes filles se moquaient de son âge et de sa laideur.

Cependant, un jour que l'ermite Durvasa, qui vivait seul et nu depuis des milliers d'années au sommet des montagnes, était de passage au palais de Brahma, il reçut de Ganga de cruelles moqueries alors qu'elle l'apercevait se baignant nu. Car celle-ci n'avait pu s'empêcher de rire de sa laideur, et son rire avait tellement blessé l'ermite que celui-ci l'avait maudite en la condamnant à s’incarner sur Terre, en un fleuve que chacun utiliserait pour se purifier. C'est ainsi que Durvasa provoqua la descente de la nymphe Ganga qui devint sur Terre le Gange, en la maudissant de s'être moquée de son vieil âge et de sa monstrueuse nudité alors qu'il s'était dénudé devant elle pour prendre un bain.

Avant que la prophétie de Durvasa ne se réalisât, le temps passa.

Sur Terre, Sagara, le roi d'Ayodhya, grâce à la dévotion et à la magie, avait obtenu soixante mille fils des reines Sumati et Keshini. Pour en remercier les dieux, Sagara pratiqua alors cent fois le sacrifice du cheval, mais avant que ne se terminât le dernier sacrifice, le cheval fut volé par Indra qui était jaloux de la puissance du roi des hommes, et qui le cacha dans l'ashram du sage mais féroce Kapila Muni, le fils du prajapati Kashiapa et de la reine Danu, fille du rishi Daksha et impératrice de l'océan primordiale.

Ne retrouvant pas le cheval, et ne pouvant ainsi accomplir son rituel ni trouver de frontière à son royaume, Sagara envoya tous ses fils à sa recherche. Ceux-ci le retrouvèrent auprès de Kapila Muni et l'accusèrent d'être un voleur. C'est alors que le sage, qui méditait sans cesse, ouvrit les yeux pour la première fois depuis de nombreuses années. Il fixa les soixante mille fils de Sagara et d'un seul regard, il les réduisit en cendre. Leurs fantômes se mirent alors à errer sur la terre car ils avaient été privés des rites funéraires qui auraient dû se dérouler en leur honneur.

Il ne restait donc plus qu'à Sagara que ses deux reines, qui, se voyant sans espérance de laisser des descendants à cette illustre famille, s'en allèrent trouver Brahma, pour le supplier de ressusciter leur mari.

« Il n’y a pas moyen de les ressusciter, répondit Brahma, à moins que Vishnou ne touche leurs cendres.

- Comment faire, lui demandèrent-elles ? »

- Comportez-vous entre vous deux comme mari et femme. Il vous naîtra un fils. Grâce à lui, vous obtiendrez ce que vous désirez. »

Les deux femmes appliquèrent ce conseil, et grâce à elles, Sagara eut donc un descendant : Asamanja. Asamanja était doté du talent de pouvoir se souvenir de ses vies passées ainsi que de vivre seul sans souffrir de la solitude.

Malheureusement, celui-ci eut dès son plus jeune âge des tendances meurtrières. Asamanja prenait en effet un malin plaisir à jeter ses petits camarades dans la rivière et à les voir s'y noyer. Pour cela, il fut très vite éloigné d'Ayodhya.

En exil, Asamanja eut un fils, qu'il nomma Amshuman lequel monta sur le trône d'Ayodhya à la mort du roi Sagara. Amshuman eut lui-même un fils qu'il nomma Dilipa et Dilipa eut de nombreux fils dont Ragou, le prince héritier et Bhagiratha.

Quand Bhagiratha fut en âge de se marier, il apprit le destin de ses ancêtres, qui étaient devenus des fantômes ; pris de pitié, il fit le vœu de faire descendre la déesse Ganga sur terre afin de balayer les cendres de ses ancêtres vers le ciel. Bhagiratha pria tellement Brahma que le dieu accéda à sa demande et ordonna à Ganga de s'exécuter, réalisant ainsi la malédiction du rishi Durvasa.

Ganga, en proie à la vanité, estima qu'on lui faisait insulte en lui demandant de s'incarner sur Terre et décida de balayer la terre tout entière. Voyant les flots monter, pris de panique, Bhagiratha pria Shiva de briser le flot torrentueux et arrogant de Ganga.

Shiva l'emprisonna donc dans ses cheveux, et ce fut lui que Bhagiratha dut alors vénérer pour que Ganga fût relâchée et poursuivît son chemin vers la Terre. Car, au grand dam de Bhagiratha, Ganga était devenue l'amante de Shiva qui avait reconnu en elle la shakti.

« Pourquoi, illustre déesse, t'arrêtes-tu ainsi et diffères-tu mon bonheur ? demanda alors Bhagiratha. Mes ancêtres, détenus en enfer, ont les yeux fixés sur toi et attendent avec impatience leur délivrance. Continue donc ta route et achève de mettre le comble à leurs vœux et aux miens. »

« Sèche tes larmes, lui répondit la déesse, il faut que je reste ici quelque temps, pour satisfaire les désirs de Shiva. Ensuite, je te suivrai partout où tu voudras ! »

Sa passion pour Shiva satisfaite, elle continua sa route, et, de la tête de Shiva, elle descendit sur la montagne Himalaya. Ganga se convertît aussitôt en trois sources dont l’une coula dans le domaine céleste du Svarga, l’autre sur la Terre et la troisième dans l'enfer du Patala. Ganga était à présent trois fois assagie et trois fois sanctifiée par son contact avec les trois dieux de la Trimurti : Vishnou à sa naissance, Brahma lors de sa jeunesse et Shiva lors de sa descente sur Terre.

Après avoir reçu un accueil très favorable de la montagne Himalaya, qui la reçut à sa chute, Ganga continua sa course, belle et calme. Cependant, en traversant l'ashram d'un sage qui vivait là reculé, Ganga fut une fois encore retenue prisonnière. Le pénitent l’ayant aperçu et sachant que cette eau avait la vertu d’effacer ses péchés, il l’avait avalée.

Ce fut un nouveau sujet de douleur pour Baguirata, qui, se prosternant aux pieds du pénitent, lui dit :

« Vénérable rishi, rends-moi Ganga que tu viens d’avaler, car tu sais qu’elle doit libérer mes ancêtres. Je t'en supplie, ne mets pas d’obstacles à leur bonheur ! » Le saint anachorète, touché par les larmes de Baguirata, fit alors sortir par une de ses oreilles le Gange qu’il avait avalé.

La rivière continua donc sa route, traversa les villes saintes de Richikesh, Haridwar et Varanasi et enfin, arrivée à l’endroit où étaient les cendres des ancêtres de Baguirata, elle y pénétra.

Aussitôt on en vit sortir des hommes pleins de vie, ayant chacun quatre bras, et portant en main les armes de Vishnou, dont le disque cosmique. Apparurent aussi des chars qui les transportèrent aussitôt dans le Svarga.

Enfin, le Gange, continuant son cours vers le Bihar et le Bengale, pour se joindre à la mer. Au long de sa course vers l'océan, les gens qui se baignaient en elle trouvaient aussitôt le repos après une éternité de souffrance, trouvant là le remède à leurs vices et le moyen de mettre fin à leurs péchés.

Séduit par l'énergie bienfaitrice du fleuve, Vashishte, le gourou attitré de la dynastie des fils du soleil, fonda sur ses rives de nombreuses écoles, en particulier dans les montagnes himalayennes qui entourent ses torrents.

Le Gange, sur le site de la Kumbh Mela (Varanasi, Prayang)
Le Gange, sur le site de la Kumbh Mela (Varanasi, Prayang)

Le Gange, sur le site de la Kumbh Mela (Varanasi, Prayang)

Le mythe du GANGE

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