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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

La fable d'ANNAPURNA (conte indien)

Bien qu'éloigné de plusieurs milliers de kilomètres et distant de plusieurs millénaires, ce récit populaire hindou est similaire au mythe hittite de Telipinu. Dans le mythe anatolien, la divinité est masculine, mais son absence entraîne elle aussi l'anéantissement de la vie sur Terre. Les hommes partiront à sa recherche, et son retour ramènera la vie dans le pays.

Récit inspiré du Sri Annapurna Stotram, un poème de Shankara composé en l'honneur d'une des divinités tutélaires de Varanasi, ville où Shankara a longtemps résidé et dont un des ghâts porte le nom : Shankaraya Ghat.

*

Un jour, alors que le couple divin devisait sur la puissance de leur énergie respective, une dispute survint: Shiva pensait que le caractère masculin de la vie dépassait en importance celui de son aspect féminin, et bien sûr, Parvati affirmait sans équivoque le contraire, prétendant même que sans l'énergie féminine, la vie n'existerait tout simplement pas. Face au mépris de Shiva, entêté comme à son habitude, Parvati quitta alors le Kailash pour disparaître tout à fait. Shiva, troublé, ne parvint plus à méditer, et encore une fois l'univers crut sa fin précipitée. Quant à la Shakti, elle avait complètement disparu de l'univers, ne participant donc plus au processus créatif et régénérateur de la vie.

La Terre manqua de nourriture, ses plantes ne repoussèrent plus, ses arbres ne grandirent plus et leurs fruits ne mûrirent plus. Sans tarder, la famine gronda aux portes des villes puis dévasta les campagnes. Les habitants de la Terre qui croyaient en Shiva lui adressèrent alors de nombreuses prières afin que le Grand Dieu pourvût à leur nourriture.

Shiva prit donc son bol de mendiant, revêtit l'apparence d'un sage errant et s'en alla mendier sur Terre, entrant dans chaque ville et village, tapant à chaque porte, pénétrant dans chaque verger , afin de demander une offrande de nourriture qu'il redistribuerait aussitôt à ses disciples et dévots. Cependant, partout on lui dit les mêmes paroles: “nous n'avons rien, nous-même subissons la famine...”

Shiva arpenta alors toute la Terre, de la patrie originelle des aryens, dans le Grand nord, là où le soleil ne se couche jamais, jusqu'à l'océan, qui depuis le pays dravidien s'étend jusqu'aux confins de la Terre. Nulle part il ne trouva la nourriture qu'il aurait voulu offrir à ses dévots.

C'est alors que ses disciples lui confièrent qu'il n'existait sur Terre plus qu'une une seule cantine où l'on servait encore des repas et que celle-ci se trouvait dans la ville sainte de Varanasi.

Shiva s'y rendit aussitôt, mais comme la file de ceux qui attendaient pour recevoir leur pitance dans leur bol faisait tout le tour de la ville, il lui fallut attendre plusieurs jours pour pouvoir se rapprocher du restaurant et espérer y être servi.

Shiva prit donc sa place dans la file. Quelques jours plus tard, après avoir vu mourir devant lui d'inanition et du scorbut des enfants et des vieillards, Shiva arriva enfin en vue de la fameuse gargote.

Celle-ci se nichait au fond d'une ruelle, et était des plus exiguës, à peine plus grande qu'un placard. Il s'agissait en vérité d'une vulgaire et sale petite échoppe où l'on sert d'habitude quelques samosas au pèlerin de passage. Étonnement, aucun employé ne semblait y travailler, si ce n'est une femme et ses deux fils qui n'étaient pas encore pubères.

Aussi, plutôt qu'une grosse et vielle femme, celle qui servait était une jolie jeune fille au sourire étincelant, revêtue d'un sari rougeoyant, immaculé malgré la poussière typique des ruelles de la ville sainte. Son radieux visage était couronné d'un diadème en or ; ses oreilles et narines étaient percées de magnifiques anneaux d'argent. Elle avait plus d'un millier de bras, et avec chacune de ses innombrables mains, elle servait une louche de soupe de lentilles à qui tendait son bol.

Humblement perdus dans la foule de ses fidèles, les dévas eux-mêmes baissaient la tête devant elle en tendant leur bol... Parmi eux, Indra avait perdu sa vaillance, Tvastar son génie et les Nuages leur colère... Brahma, Vishnou, et donc Shiva lui-même, tous étaient dans le cortège de celle qui distribuait le dernier curry aux lentilles qu'il fut encore possible de manger dans tout l'univers.

S'approchant d'elle, Shiva n'eut pas de mal à reconnaître sa femme Parvati, qui avait pris la forme de sa belle-sœur Annapurna, une des autres filles d' Himavat, le roi des montagnes. Shiva reconnut à ses cotés, distribuant eux aussi des lampée de soupe aux lentilles, ses fils Skanda et Ganesh. C'est alors que Shiva adressa cet hommage à celle qui tenait entre ses mains les mânes de l'univers :

« Ô Mère, toi qui es le support avec lequel s'exprime la compassion, toi qui es la pourvoyeuse du bonheur éternel, toi qui offres la protection, toi l'océan de beauté, la destructrice de tous les vices, la purificatrice, la grande déesse, toi qui, en naissant, purifias la lignée des rois de l'Himalaya, accorde-moi l'aumône de ta grâce !

Tu es celle qui donne le bonheur éternel en récompense de la pratique du yoga. Destructrice de tes ennemis, tu es la cause de ceux qui sont empreints de justice, tu es la force motrice des vagues de l'océan des splendeurs, qui rassemble en ses eaux, la Lune, le Soleil et le Feu. Tu es la protectrice des trois mondes, la pourvoyeuse de toutes les richesses, celle qui distribue les fruits de la pénitence ! Ô déesse qui règne sur Varanasi, la plus sainte des villes saintes, accorde-moi l'aumône !

Toi la convoyeuse des richesses visibles et invisibles, toi qui contiens l’œuf primordial, toi l'ordonnatrice des tribulations du monde, la bougie dans la lampe de la véritable connaissance, la pourvoyeuse de la nourriture quotidienne de toutes les créatures, toi qui affranchis en étant le soutien éternel de ceux qui en ont besoin... Accorde-nous l'aumône ! »

 

Alors qu'il s’approchait d'elle, Annapurna servit une lampée de soupe à Shiva, pour qui la faim n'avait pas d'emprise. Dès lors, Shiva la distribua à chacun de ses disciples, qui eux aussi, avaient dépassé la faim grâce à leur pratique du yoga. Ceux-ci distribuèrent donc leur part à chacun des êtres vivants qui les entourait et bientôt chacune des créatures de l'univers eut le ventre rempli.

La fable d'ANNAPURNA (conte indien)
La fable d'ANNAPURNA (conte indien)
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