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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les divinités des EAUX (et les FÉES / APSARAS)

Les divinités des eaux

Fleuve Sperchios, mon père te promit que, si je retournais dans l'heureux séjour de ma patrie, je t'offrirais ma chevelure, que je ferais couler avec le sang d'une hécatombe celui de cinquante béliers, près de ta source, dans un champ qui t'est consacré, où fume en ton honneur un autel odorant. 

Paroles d'Achille, Iliade, chant 23

Les Indo-européens (à part les Gréco-Romains tardifs) ne se réunissaient pas dans des vastes édifices, mais en plein air, dans des lieux auxquels ils attribueraient une symbolique particulière : source, lac, glacier, embouchure ou confluent de fleuves.

L'eau, les sources, les fleuves et les libations, étaient d'une importance capitale. L'eau servait à purifier les outils du culte et le croyant lui-même. Les ascètes et les saints, mais aussi les rois justes ne sont jamais avares de bains rituels dans les étangs, les rivières et les fleuves. La déesse de la santé des Gaulois était affiliée aux sources thermales, et les déesses aquatiques ne manquent pas en Inde, avec Yamuna (fille du soleil et des nuages), Ganga (fille de Vishnou, fille adoptive de Brahma, amante de Shiva) et Sarasvati (parèdre de Brahma) pour ne citer que les plus célèbres.

Comme nous l'enseigne leur cosmogonie, les Anciens pensaient que l'Univers était rempli d'eau ; les dieux aquatiques sont donc aussi des dieux cosmiques, responsables de la vie sur Terre comme dans le reste de l'Univers.

Pour des peuples des montagnes et des déserts, comme les Scythes et les Ossètes, les dieux qui incarnent cet élément sont les maîtres de la pluie, tels respectivement Thagimasadas et Donbettyr. Pour des peuples résidant sur les côtes et vivant du commerce maritime, ces dieux sont plus typiquement des dieux de la mer, seigneurs des océans, telles la divinité irlandaise Lyr, la divinité grecque Poséidon et les divinités romaines Neptune et son fils Triton. Chez les Hittites, Aruna est le dieu de la mer : un nom et un rôle qui évoque le Varuna védique, lui-même divinité des « vastes espaces mouvants ». Dans la culture aryenne la plus ancienne, Apam Napat est le dieu-eau. Il est présent à la fois dans l'Avesta et le Rig-Veda. Dans le védisme plus récent, c'est Varuna, un des dieux-créateurs.

Varuna est maître de l'océan, de toutes les profondeurs et tous les espaces insondables (d'où ses surnoms de roi des illusionnistes, de maître de la magie et de grand asura). À la fois dieu et démon, il est le colérique et lunaire maître des océans, des pluies et du cosmos. Ses serviteurs sont les Nagas, les hommes-serpents et son véhicule est un monstre marin (crocodile). Varuna étant le plus grand des magiciens, c'est lui qui eut la responsabilité de faire de la Terre un lieu propice à la vie1.

Son arme est un lasso, avec laquelle il punit les hommes qui lui sont infidèles (car tout comme son frère Mitra, Varuna est aussi un dieu de la promesse et de la justice). C'est lui que défia Rama lorsque celui-ci tenta d'ouvrir les eaux de l'océan Indien pour faire passer ses troupes vers l'île de Lanka. Un autre de ses frères, Indra, le chef des dévas, est quant à lui le maître de la pluie.

Dans la mythologie perse, la déesse des vastes étendues liquides est Anahita. C'est une divinité guerrière associée à l'élément eau et présentée sous la forme d'un fleuve métaphorique au flot puissant et au bassin large et profond. Elle est la divinité féminine essentielle, dont les bienfaits entraînent l'abondance sur Terre. Tishtrya (Tir) est quant à lui le dieu de l'eau qui tombe du ciel, c’est-à-dire de la pluie.

Pour la mythologie gréco-romaine : si Poséidon-Neptune est le dieu de la mer, c'est-à-dire des espaces insondables et sans cesse mouvants, c'est Océane et Téthys qui sont les personnifications des océans. Téthys est d'ailleurs le pendant européen de Danu, la déesse aryenne qui règne sur l'océan primordial d'où découle toute la Création. L'étymologie de Danu renvoie aux fleuves Danube, Don et Dniepr, qui partagent le même phonème indo-européen « dan », signifiant « eau ». Il est d'ailleurs intéressant de constater qu'avant de s’installer en Russie méridionale et plus tard en Transoxiane, les Proto-Aryens vécurent entre ces trois fleuves.

Pour créer la vie sur Terre, comme le sacrificateur étend la peau de l’animal immolé, Varuna a d'abord étendu la Terre devant le Soleil. Puis il a donné l’air aux branches et aux feuilles des forêts, la force aux chevaux et le lait aux vaches. Ensuite, il a mis l’âme dans les cœurs, le Feu au milieu des vagues, le soleil dans le ciel, et les plantes dont sont extrait les nectars sur les versants des montagnes. À sa demande, les nuages étendirent au loin leur masse ténébreuse, que les courageux Maroutes poussèrent avec force. Puis, comme la pluie humecte les champs d'orges, Varuna, roi du monde, arrosa la terre toute entière.

Rig-Veda.

La divinité de la mer et des eaux

védiques

Varuna - Apam Napat – Danu – Indra (pluie)

aryennes du Mittani

Uruwana (Varuna)

perses

Anahita (déesse) - Tishtrya (dieu des eaux) -

Apam Napat (Neptune)

hittites

« Dieu-Mer » - Aruna

arméniennes

Anahit (Anahita) - Tsovinar, Tsovean

scythe

Thagimasadas

ossètes

Donbettyr - Huyaendon Aeldar (seigneur des poissons)

cimmérienne

Bosphorus

thrace

Zibelthiurdos (pluie, Jupiter Urius)

albanaise

Redon

mycénienne

Posidaijo (Poséidon)

grecques

Poséidon (Neptune) - Océane et Téthys

romaines

Neptune (Poséidon) - Triton

gallo-romaine

Neptune gallo-romain

étrusque*

Nethuns

dace

Zibelthiurdos (tempête)

gauloise

Condatis (Mars)

bretonnes

Korrigans marins (Morgan) : nains des îles, des rivages et de la mer – Nicoles (lutin-poisson)

vendéenne

Les Braillards (sirènes)

champenoise

St Médard « grand pissard » (pluies bienfaitrices)

occitane

St Gaudéric (pluie et soleil)

celte insulaires

Shoney - Condatis (confluence des eaux, Mars) - Arnemetia

irlandaises

Nechtain - Lyr (Océan) - Manannan

scandinave

Njord

tchakavienne

Orkuul

lituaniennes

Eerinis (lac) - Upinis dievas (rivières) - Lietuvonis (pluie) – Bangputys (mer)

estonienne*

Veehaldjas

 

Les Déesses-fleuves

La symbologie indo-européenne propose une opposition binaire entre l'homme et la femme, entre le chaud et le froid, entre la lumière et l'obscurité, comme base essentielle à toute élaboration métaphysique plus complexe.

Ainsi, la femme et les divinités qui lui sont associées se distinguent par un fort attachement à l'élément liquide, tandis que l'homme est rapproché du feu, de sa force et de sa puissance destructrice comme régénératrice.

Les fleuves, essentiels à toute agriculture, et dont dépend entièrement la prospérité d'une civilisation sédentaire, sont donc invariablement déifiés sous une forme féminine. La référence sexuelle n'est pas étrangère à cette symbolique, le principe masculin étant la verge qui se dresse telle une flamme, le vagin est au contraire un réceptacle, accueillant la semence et distillant des fluides.

En Inde, seul le Brahmapoutre est un fleuve masculin, car il s'agit du seul fleuve qui est calme en altitude, tandis qu'il traverse sagement le plateau du Tibet, mais tumultueux en aval, lorsqu'il se jette dans le delta qu'il partage avec le Gange. À l'image des fleuves, la morale indienne enseigne que si les hommes sont calmes au début de leur vie, ils deviennent ensuite belliqueux, tandis que les femmes, si elles commencent leur vie, passionnées et indomptables, c'est avec résignation qu'elles deviennent des mères responsables. Dans un jeu d'opposition systématique typique de la métaphysique initiatique, le Brahmapoutre est donc un fleuve masculin, si tous les autres fleuves sont féminins.

Fils et filles de Brahma, les fleuves indiens sont tous vénérés et déifiés. Par exemple, Sarasvati, fille et compagne de Brahma est un fleuve aujourd'hui disparu, Ganga est le Gange, et Yami, fille du Soleil et première femme à avoir marché sur la Terre, est devenue après sa mort le fleuve Yamuna.

Il en est de même en Europe polythéiste. Dans la mythologie balte, Upinis est la déesse des rivières. En Gaule, la Seine est adorée sous le nom de Sequana. En Irlande, la rivière Boyne est la déesse Boand, tandis que Danu est la déesse de la Terre et de ses rivières. Le Rhin et le Danube sont aussi déifiés. À Rome, le Tibre est sacré. Dans le nord de la péninsule italienne, c'est l'Éridan, dont il existe deux versions, l'une est terrestre, c'est le Pô, l'autre est céleste. l'Éridan, semblable au Gange ou à la Sarasvati, coule du ciel jusqu'en enfer.

Les fleuves sont aussi des métaphores de la violence indomptable des éléments, qui évoque les crues fréquentes des grands fleuves sur les rives desquelles s'installèrent les Indo-Européens, tels l'Oxus, l'Indus, le Gange ou encore le Rhin et le Danube. Tout comme la Sarasvati, fleuve aujourd'hui disparu mais qui coula un jour entre le Rajasthan et le Gujarat, chacun de ces fleuves est considéré comme une rivière céleste qui naît au paradis, coule dans les domaines de l'existence, et finit sa course en enfer, où s'acheminent les pollutions de tous les domaines d'existence.

Le Don, la Volga et le Dniepr sont trois fleuves situés au cœur de la civilisation de Yamna (Ukraine), laquelle fut annonciatrice de la civilisation aryenne. Il est certain que ces fleuves étaient vénérés, mais ils ne demeure de ce culte dans nos mémoires, que ces quelques vers du Dit de la Campagne d'Igor :

« Aujourd'hui, prince Igor, le soleil a voilé sa face radieuse, et dans ces jours néfastes les arbres ont perdu leur feuillage. Sur la Rsa, sur la Sula, les ennemis se sont partagé les forteresses et nul ne réveillera désormais les guerriers d'Igor !

Le Don crie vers toi, ô prince, et il exhorte les chefs à la victoire. Ils sont prêts pour les armes, les fils d'Oleg, Ingvar et Vsévolod, ainsi que vous, les trois fils de Mistislaw, redoutables avec vos six ailes, vous qui, protégés par la fortune, avez soumis un vaste pays.

Comme ils brillent aux rayons du soleil, vos casques d'or, vos javelots et vos boucliers ! Gardez les frontières, défendez le pays avec vos armes redoutables ; vengez la Russie et les blessures du vaillant Igor.

La Sula aux flots d'argent ne coule plus limpide, vers la forteresse de Peruslaw ; la Dvina, troublée comme un marais, va se perdre dans les champs des terribles Pelocans, au bruit des clameurs païennes. »

 

En Égypte comme en Mésopotamie, on trouve des mythes tout à fait semblables. Ces rivières naissent au plus haut du ciel, en compagnie des dieux, puis abreuvent la Terre et charrient ses impuretés vers les mondes infernaux et souterrains. Ainsi, au chapitre 57 du Livre des Morts (trad. Pierret) :

 Ô Nil, grand fleuve divin qui traverse le ciel de part en part,
Donne-moi le même pouvoir sur tes eaux que Sekhmet qui,
Lors des nuits de désastres et d’inondation, est la gardienne d'Osiris.
Laisse-moi parvenir jusqu'à la source où coule l'abondance,
Et où se retrouvent les dieux qui ont renoncé à leur personnalité
Laisse-moi passer, ouvre mes narines, laisse-moi entrer dans la ville divine d'Anu [Héliopolis]

Citons aussi cet hymne à la déesse aquatique initiale, retrouvé sur une tablette de la bibliothèque du roi Assourbanipal à Ninive (trad. de L. W. King, The Seven Tablets of Creation) :

Ô fleuve, toi qui créas toute chose,
Toi que les dieux firent jaillir en rendant tes berges fertiles,
C'est en toi qu'Ea, le seigneur des abysses, trouva sa demeure.
Avant que tu sois, le déluge ne pouvait pas être.
Ce sont le feu, la colère, la beauté et la peur,
Qui ont poussé Ea et Marduk à se réfugier en toi,
Qui est la juge de ceux qui décide du destin des hommes.
Ô fleuve, tu es puissance ! Ô fleuve tu es absolu ! Ô fleuve tu es juste !

Fleuves, rivières et sources sacrés

védiques

Danu - Sarasvati

hindoues

Ganga (Gange) - Yamuna – Brahmapoutra ...

mazdéennes

Anahita Sura Devi - Vourukasha (l'océan divin)

arménienne

Anahit

géorgiennes*

Tskarishdida (nymphes)

hittites-hourrites

Aranyah, Aranzahas (Tigre)

albanaises

Keshste (nymphes)

thrace

Ister (Danube)

roumaines

Les nymphes des sources – La jeune fille de la source de Méhadia – La dragon à 7 têtes gardiens des ponts

(démon des fleuves)

grecque

Téthys

gréco-égyptienne

Nil

romaines

Tibre - Éridan (Pô)

ligures

Belenus - Borvo

gauloises

Sequana (Seine) – Divona (gouffres et sources) - Borvo (l'eau de source purificatrice)

picarde

Marie-Gohète (sorcière des lacs)

franc-comtoise

Vouivre (dragon des rivières)

ligérienne

La Velue (viouvre de l'Huisne)

savoyardes

Les démons des eaux : main noire – langue rouge –

crasson-néton

périgourdines

Bérane, La Vieille (sorcière des rivières)

provençales

Dragons des fontaines et des fleuves - Tarasque

celte insulaires

Sul - Verbeia

irlandaises

Danu - Boand, Brigid (Boyne)

lusitaniennes

Tongoenabiago (source) -

Bormanico (eaux thermales) - Nabia

germanique

Rhin

alsacienne

Hockamann (démon des rivières)

luxembourgeoise

Melusina, nymphe de l'Alzette

scandinave

Nacken (démons des rivières)

chrétienne slave

Saint Nicolas (fleuves et pâturage)

balte

Upinis

 

Le pèlerinage du Gange

Depuis 4000 ans, le fleuve indien le plus sacré semble être le Gange. Le Rig-Veda, pourtant composé en partie en dehors de l'Inde, mentionne ce fleuve comme le plus sacré d'entre tous. Pour les auteurs gréco-romains, le Gange était formé par les eaux de toutes les montagnes, puis se déversait dans l'océan qui bordait le monde. Selon eux, il devançait même le Nil et le Danube en largeur et en longueur.

Dans son Exposé de quelques-uns des principaux articles de la théogonie des Brahmes, le missionnaire aux Indes et fervent divulgateur de la culture indo-aryenne en Europe, Jean-Antoine Dubois (1766 – 1848), évoque la vision idolâtre de la déesse Ganga :

La déesse Ganga a quatre bras, trois yeux, pour voir le passé, le présent et le futur. Elle est ornée de bijoux et de pierres précieuses, un croissant de lune orne son front qui brille comme un diadème. Dans une de ses mains, un lotus éclot, symbole de pureté, dans une autre, un vase rempli de pierres précieuses. Elle est enroulée dans un sari, quelques jolies demoiselles l'éventent et l'adorent en chantant, agitant leurs éventails en laine de yak au-dessus de sa tête, laquelle est couverte d'une ombrelle en plume d'oie blanche... Il faut se représenter la déesse Ganga conduisant la créature qui lui sert de véhicule et qui est un crocodile-poisson... 

Le pèlerinage de ses sources, le plus célèbre d'Asie, est encore pratiqué de nos jours par des centaines de milliers d'adeptes. Il consiste à remonter jusqu'aux sources du Gange, sur le glacier himalayen de Gaumukh, situé au-dessus de la ville de Gangotri (Uttarakhand), puis de redescendre le torrent, la rivière puis le fleuve jusqu'à rejoindre Calcutta (Bengale) pour se jeter dans la baie du Bengale, dans un commun delta avec le Brahmapoutre, 2500 kilomètres plus loin. Le pèlerinage complet du Gange, aller et retour, représente donc un voyage d'au moins 5000 kilomètres. Ce chiffre peut être doublé si l'on considère le trajet effectué pour se rendre depuis une contrée reculée, comme le Pays Tamoul, jusqu'aux rives du Gange.

D'amont en aval, les principales étapes de ce pèlerinage sont : Gangotri, Kedarnath, Rishikesh, Haridwar, Prayang, aussi nommé Ayodhya et rebaptisé Allahabad par les musulmans. Cependant, de toutes ces villes saintes, la plus sacrée est Varanasi (Bénarès), l'ancienne capitale du royaume védique de Kashi, la ville tutélaire de Shiva située à plus de 1000 km de sa source et à 800 km de son delta.

 

Le Gange

 

Le mythe du Gange

Dans la mythologie gréco-romaine, Gange est une déesse dont la fille est Limae, une naïade lacustre, mère d'Athis, qui fut massacrée par Énée. Une légende tardive rapportée par Plutarque (v. 46 - 125) et Philostrate d'Athènes (v. 170 - 249) mentionne le Gange comme étant le fils de la nymphe Calauria (fille de Poséidon incarnée sur Terre sous la forme d'une petite île proche de la Crête) et du héros Indos (fils de Gaïa, la déesse-Terre). Ce dernier s’enivra et coucha à son insu avec sa mère, puis se suicida en se jetant dans les flots du Chliaros, une rivière métaphorique où l'âme fluctue misérablement entre la torpeur et la ferveur. Dès lors, ce fleuve devint le Gange. D'autres mythes rapportent qu'Indos serait mort d'une autre manière, tué plutôt par Zeus, qui était jaloux de ses exploits amoureux.

Par ailleurs, dans cette même culture gréco-romaine, les premiers historiens et géographes mentionnaient les Gangines, aussi appelés Astomi. Ils formaient le peuple légendaire qui habitait la région des sources du Gange (Uttarakhand, Inde). La légende raconte qu'ils n'avaient pas de bouche car ils n'avaient pas besoin de manger pour survivre, mais seulement de sentir. Il leur suffisait donc de sentir un fruit, une fleur ou une racine pour s'en nourrir. Inversement, une trop mauvaise odeur pouvait les tuer. Un tel mythe évoque sans aucun doute l'ascétisme fanatique des yogis de l'Himalaya.

Le Gange trouve sa source au nord-ouest de l'Himalaya, Ganga est donc une déesse appartenant à l'espace mythologique himalayen. Les épopées indiennes font d'elle la fille aînée d'Himavat, le roi des montagnes, personnification de la chaîne himalayenne. Ses sœurs sont Annapurna, avatar de la Grande Déesse et Parvati, « la princesse des montagnes », par ailleurs compagne de Shiva et elle aussi avatar de la Grande Déesse.

Dans la version puranique de son mythe, sa généalogie diffère : elle est la fille adoptive de Brahma, créature née de la transpiration de Vishnou, Ganga est l'amante de Shiva, auquel son culte la rattache.

Gangotri, les sources du Gange
Gangotri, les sources du Gange

Gangotri, les sources du Gange

Photos persos
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Les fées

Outre les fleuves et les rivières, les peuples antiques et en particulier les Celtes, vouaient un culte important aux lacs et sources, en tant que lieux de résidence des fées. Pour s'attirer leur faveur, les Celtes jetaient dans les flots des offrandes de grande valeur, comme des chaudrons en métaux précieux, ou encore des mets délicats, comme des jambons fumés ou des bouillies de céréales.

« C’est, en effet, près des fontaines que l’on rencontre le plus fréquemment les korrigans, surtout des fontaines qui avoisinent des dolmens ; elles en sont restées les patronnes [...]. Nos traditions leur prêtent une grande passion pour la musique, et de belles voix [...]. Les chants populaires de tous les peuples les représentent souvent peignant leurs cheveux blonds, dont elles paraissent prendre un soin particulier. [...] elles n’ont pas plus de deux pieds de hauteur. Leur forme, admirablement proportionnée, est aussi aérienne, aussi délicate, aussi diaphane que celle de la guêpe : elles n’ont d’autre parure qu’un voile blanc qu’elles roulent autour de leur corps. La nuit, leur beauté est grande ; le jour, on voit qu’elles ont les cheveux blancs, les yeux rouges et le visage ridé : aussi ne se montrent-elles que le soir et haïssent-elles la lumière. [...]

Les korrigans bretons prédisent l’avenir ; elles savent l’art de guérir les maladies incurables au moyen de certains charmes, qu’elles font connaître, dit-on, aux sorciers leurs amis ; protées ingénieux, elles prennent la forme de tel animal qu’il leur plaît ; elles se transportent, en un clin d’œil, d’un bout du monde à l’autre. Tous les ans, au retour du printemps, elles célèbrent une grande fête de nuit. Une nappe, blanche comme la neige, est étendue sur le gazon, au bord d’une fontaine ; elle est couverte des mets les plus exquis ; au milieu brille une coupe de cristal, qui répand une telle clarté, qu’elle sert de flambeaux. À la fin du repas, cette coupe circule de main en main ; elle renferme une liqueur merveilleuse, dont une seule goutte rendrait, assure-t-on, aussi savant que Dieu. Au moindre bruit humain tout s’évanouit. » Th. H. de La Villemarqué, Barzaz Breiz.

Citons une prophétie de Merlin dans laquelle l'eau et les sources jouent un rôle fondamental. Cette prophétie, rapportée par Geoffroy de Monmouth, dans Historia regum Britanniae (livre 4) aurait annoncé la venue de Jeanne d'Arc. Elle mentionnerait aussi la disparition d'une Atlantide bretonne, qui serait un continent ancestral qui recouvrait en son temps les trois domaines bretons que sont l'Hibernie, la Grande et la Petite Bretagne.

« Trois fontaines jailliront, dont les ruisseaux diviseront l'île en trois parties. Quiconque boira de l'eau de la première ne sera jamais malade et jouira l'une vie éternelle. Quiconque boira de l'eau de la seconde mourra d'une soif inextinguible, avec un visage pâle et horrible. Quiconque boira de l'eau de la troisième mourra de mort subite, et la tombe rejettera son corps.

Pour éviter une telle calamité, les hommes du pays s'efforceront de tarir les deux sources malfaisantes par mille moyens ; mais toutes les matières qu'on y entassera prendront une autre forme. La terre se changera en pierre, la pierre se changera en bois, le bois se changera en cendre, la cendre se changera en eau.

Alors du bois chenu sortira une vierge qui arrêtera le fléau. Après y avoir employé tous ses artifices, elle tarira de son souffle les deux fontaines malfaisantes ; puis, buvant à longs traits de l'eau de la fontaine salutaire, elle portera dans une main la forêt de la Calédonie, dans l'autre, la tour de Londres. Quand elle marchera, sous ses pas jaillira une flamme accompagnée d'une fumée de soufre. »

En considération de ce contexte celtique, dans son étude des contes normands qui inspirera George Sand et Gustave Flaubert, Amélie Bosquet ne manque pas de relever le caractère sacré et païen des sources, fontaines et autres rivières, que 1500 ans de christianisme n'ont pas réussi à faire oublier :

Est-ce parce que les fontaines avaient été consacrées aux fées, aux démons, aux esprits, que longtemps, en Normandie, on leur a attribué une vertu prophétique ? Ainsi, l'on croyait que certaines sources, dont le cours était très inégal, ne produisaient leurs eaux avec abondance que pour annoncer le renchérissement des denrées.

La Normandie romanesque et merveilleuse.

Si les océans, les fleuves et les rivières sont des déesses à part entière, les lacs, les sources et les torrents sont aussi des divinités féminines, mais de moindre importance. Il s'agit des fameuses fées celtiques, les damonas, les fées des sources dont fait partie la célèbre fée Viviane qui retint prisonnier Merlin l'enchanteur. Dans les mythologies germaniques, il s'agit aussi des elfes, gardiens des forêts. Mentionnons aussi les nymphes méditerranéennes, les vilas et les rusalkas slaves, et les apsaras indiennes. Elles sont les protectrices des lieux naturels, des fontaines et des cours d'eau de faible importance.

 

Les nymphes et les fées

védiques

Apsaras (dont Urvashi)

perses

Peri

kailashas

Peri (Suchi, Apsaras) - Vetr - Jachs

scythes

Milouziena (Mélusine)

roumaines

nymphes (sources)

gréco-romaines

nymphes (sources) - sirènes, harpies (mer)

étrusques*

Mélugina (Mélusine)

gauloises

Damona (fées, sources) – Mélicine (Mélusine)

bretonnes

Gan, Gwen – Korr, Korrig, Korrigan, Korrigwen - Viviane -

Morgane - la fée de la fontaine de (Font-de-Cé), Mélusine

auvergnates

Les fées filles du diable

franc-comtoises

Tante Arie

doubsiennes

Vogeotte

mâconnaises

Mère Engueule (sorcière)

poitevines

Mélusine

(fée bâtisseuse, à la fois femme, poisson et dragon)

landoises

Sirènes de mer et sirènes de rivières

savoyardes

Fées, fayes, fades, afa, feulates, féyoté, bouames, bretous, carcari, voraces

alsaciennes

Fées, ondines

luxembourgeoise

Melusina, nymphe de l'Alzette

germaniques

Elfes

slaves

Vilas – Russalki (naïades, sirènes, fées, ondines, succubes ou dames blanches)

estoniennes*

Haldjas (elfe, fée, protecteur des lieux naturels)

lituaniennes

Laumé

 

Les fées kailashas

La mythologie kailasha mentionne différents types de fées : les esprits de la nature, les « Suchi », qui aident les chasseurs, mais aussi les « Varoti », leurs partenaires masculins, et, dans un autre registre les « Jach », les fées des champs et des pâturages d'altitude, aussi nommée Peris (mot perse signifiant apsara en sanskrit, ou nymphe en latin). Elles aident les chasseurs en permettant à leurs armes de toucher leur cible. Elles sont aussi les protectrices des animaux sauvages, car elles décident de les livrer aux chasseurs (ou bien de dévier leur flèche). Le bouquetin (markhor) est leur animal totem. Elles sont honorées afin que les récoltes de céréales soient abondantes. Détentrices de pouvoirs magiques, elles peuvent aussi doter les hommes de pouvoirs spéciaux.

Sans surprise, les fées kailashas résident dans les lacs, les sommets et les glaciers. Mais avant le début de l’hiver, elles redescendent dans les prairies, c'est pourquoi les Kailashas leur adressent des prières en leur demandant d'épargner le bétail. Des offrandes leur sont alors offertes : certaines possèdent des autels à travers les vallées, sur lesquels on dépose des offrandes de fromages, quand d'autres réclament des sacrifices de caprins. G. S. Robertson nous rapporte que les villageois de la tribu des Kam sacrifiaient des boucs et même des enfants à une certaine fée nommée Charmo Vetr. En retour, « cette fée était d'une grande aide quand il s'agissait d'éradiquer les ennemis des Kam » (Robertson, The Kafirs of the Hindu Kush).

Selon le folklore kailasha, la vallée de Rumbur (Chitral pakistanais) est un lieu censé abriter la vie elfique. Mentionnons aussi le mont Tirich Mir (altitude 7 708 m), toujours dans le Chitral, surnommé « la montagne des fées ». La tradition kailasha prétend qu'elles vivraient sur son sommet. Le mont Tirich Mir pourrait être l'illustre mont Méros, visité par Alexandre le Grand alors de passage dans le pays des Kailashas. Pouvant être confondue avec le Mont Kailasha du Tibet Occidental, la montagne sacrée des Kailashas partage avec la montagne tibétaine la même silhouette pyramidale.

Une même coutume existait en Grèce : dans le Péloponnèse, le mont Ithomé est le lieu de résidence d'une nymphe, laquelle possédait un autel en son sommet. Sparta, fille du fleuve Eurotas, est une autre nymphe vénérée des Lacédémoniens.

 

Les apsaras

Les apsaras (ou péris en perse) sont les nymphes indiennes. Selon le Kurma Purana, leur naissance les rattache au mythe cosmogonique du barattage de la mer de lait.

Des nymphes apparurent alors, portées par le bouillonnement des vagues et remontant à la surface des flots comme des poissons volants. À leur tête, il y avait la déesse de l'ivresse, Varuni. Apparurent ensuite la splendide Rambha et son cortège de nymphes, les apsaras, qui devinrent dès lors les compagnes d'Indra.

Kurma Purana

Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)
Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)
Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)
Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)

Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)

Dans de très nombreuses légendes indiennes, les apsaras sont en effet envoyées sur Terre pour divertir un sage dans ses méditations, afin que sa sagesse ne le place pas au-dessus de sa condition d'humain, ce qui le mettrait en concurrence avec les dieux. Dans les traditions tantriques et bouddhistes, les apsaras sont appelées daikinis, ce sont des magiciennes et des incarnations de la déesse-mère. Elles sont en tous points semblables aux nymphes : ce sont des créatures qui incarnent la luxure, le dynamisme et la beauté juvénile. Elles vivent à Indrapura, la ville céleste dont Indra est le maître. Bien qu'elles soient les compagnes des gandharvas, les musiciens célestes, elles composent aussi le harem d'Indra. Célébrées pour leur charme, les apsaras sont un thème pictural, sculptural et littéraire très présent en Inde, en particulier sur les reliefs érotiques des temples.

 

Les mauvaises fées

Les fées peuvent être porteuses de mauvais sorts. Elles sont à l'origine des sorcières que nous retrouvons dans les contes folkloriques. Ces mythes reposent avant tout sur la misogynie : la femme est une tentatrice, ses charmes n'ont pas de limites et ne connaissent pas d'obstacle.

Les Serbes, ayant, comme les autres peuples, remarqué chez les femmes une plus grande aptitude à subir le phénomène de l’hallucination [...] ont attribué aux sorcières une puissance digne des magiciennes de Thessalie. La viechtilza, dont parlent tant de voyageurs, est un être malfaisant et redouté. Elle peut dépouiller son corps comme un vêtement. Des ailes de feu la transportent à travers l’espace au foyer des personnes endormies, dont elle ouvre le flanc pour dévorer leur cœur.

D. d'Istria, La Nationalité serbe d’après les chants populaires.

Si trois jeunes villageoises redonnèrent l'appétit à Bouddha, ce sont aussi trois sorcières qui vinrent le déranger lors de son ultime nuit de méditation, alors qu'il s'apprêtait à connaître l'éveil. Ce sont les trois filles de Yama, dont l'origine du mythe ne se trouve pas dans le védisme et semblerait donc typiquement bouddhiste.

Dans le Nikaya Samyutta et le Mara Samyutta, deux textes inclus dans le Canon Pali (v. 100) du bouddhisme Theravada, Tanh (la soif) Arati (le mécontentement) et Raga (l'attachement né du désir, de l'avarice et de la passion), descendirent sur Terre pour s'approcher de Siddhartha et tenter de le corrompre. Elles déployèrent devant lui tous les charmes des poisons qu'elles incarnaient et qui étaient l'Attraction, l'Aversion et l'Illusion. Se joignirent à elles les nymphes Fierté et Peur. Ces créatures divines, déesses de la féminité, étaient scintillantes de beauté, mais celui qui allait devenir l'un des plus grands maîtres spirituels qui jamais ne fut, d'un simple revers de la main, les envoya voler dans le vent, telles des fleurs de coton tombées d'une branche.

Dans l'hindouisme, les fées néfastes et espiègles sont les yakshinis, les fées des traditions tantriques et jaïnes. Les véritables démons femelles sont les rakshasis. Putana en est une des plus célèbres, elle est la personnification des maladies infantiles. Alors bébé, Krishna la terrassera : feignant de boire à sa mamelle, il lui injecta son propre venin.

Tout comme il est utile d'honorer de beurre, de fruits et de fleurs les nymphes des sources, il convient de sacrifier aux fées néfastes, afin de calmer leur colère.

Dans son ouvrage compilant les récits folkloriques des anciens Croates de la Dalmatie (Gan-Veyan), l'historien Mitjel Yoshamya nous raconte la malédiction d'une nymphe dont les ordres ne furent pas respectés des hommes, bien qu'elle eût œuvré pour eux. Il s'agit de la 3e légende de Vaeya (île de Kirk en croate), telle qu'interprétée par feu le barde Fabian Tomashic-Velnic :

« Quand les premiers marins découvrirent Vaeya, l'île n'était pas aussi sèche et pierreuse qu'aujourd'hui, mais elle était au contraire couverte de verts pâturages, où paissaient des moutons à la laine d'or. Une sublime nymphe vêtue d'une toge blanche était leur bergère. Comme les gens de Mitanni voulaient construire un village, la nymphe leur trouva un lieu parfait, à proximité d'une fontaine, sur le promontoire du Faucon, l'endroit le plus à l'orient de l'île de Vaeya. En échange, la nymphe leur fit promettre de ne plus jamais revenir la déranger ni d'observer ses moutons d'or. Malheureusement, les marins ne respectèrent pas leur promesse et quand ils revinrent sur leur pas pour observer la nymphe et ses moutons, ceux-ci se transformèrent aussitôt en pierre. Cependant, c'est grâce aux moutons changés en pierre que les marins bâtirent leur ville, qu’ils nommèrent Corynthia. »

En pays kailasha, les fées étaient particulièrement célébrées la veille du grand festival de la déesse Diziane, alors que se déroulaient pour elles des concours de danse rituelle. Pour que les célébrations se déroulent correctement, du pain était offert au démon Yush. Diziane, la Grande Déesse pouvait alors être invoquée, afin qu'elle protège les champs de céréales. Les deux entités, l'une néfaste, l'autre faste, devaient être honorées simultanément. G. S. Robertson ajoute cependant à son témoignage que si les Kailashas dansaient extatiquement pour leurs fées et leur déesse-mère, ils ne dansaient pas pour le démon Yush.

Les divinités des EAUX (et les FÉES / APSARAS)

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