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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les fées VIVIANE, MORGANE et MÉLUSINE

Viviane

La culture celte étant proche de sa cousine védique, tant au niveau de son panthéon (Cernounos / Rudra, Cernounos à trois têtes / Brahma), que de la pratique des rituels (circonvolution, pratique essentielle de l'offrande et du sacrifice, rôle central des sources et des fleuves sacrés), il n'est pas étonnant d'y retrouver le thème indo-européen du sage séduit par une fée. Tout a réussi à ce maître, il possède un immense pouvoir à la fois politique et spirituel, mais qui chute en tombant amoureux d'une redoutable créature surnaturelle. L'histoire de Merlin nous rappelle sans ombrage celle du sage Vishwamitra de la culture védique, qui après avoir régné sur le monde à la tête de la dynastie lunaire, atteignit les portes du paradis grâce à des années de pénitence en vivant dans une forêt. Pourtant, celui-ci verra tous ses efforts anéantis par l'apparition de Ménaka, une nymphe envoyée par Indra pour troubler ses méditions, et ainsi l'empêcher de devenir immortel. La même histoire se retrouve dans les récits du sage Kandu et de la nymphe Pramocha, de même dans le très sage et très glorieux roi Pururavas et la belle Urvashi.

Composé au cours du Moyen-Âge sur un substrat culturel païen mais suivant une morale et une trame catholique, la légende arthurienne nous offre le dernier témoignage direct sur la culture polythéiste celtique. Tous les extraits qui vont suivre sont extraits de l'histoire de « Merlin l'enchanteur », le récit extrait des Romans de la table ronde, tel que publié et traduit par J. Boulenger. La plus célèbre des femme-femme fatale fut longtemps la terrible fée Viviane, qui grâce à son charme, sut subjuguer la magie de Merlin, le plus grand des mages.

*

La forêt de Brocéliande était la plus agréable du monde, haute, sonore, belle à chasser et pleine de biches, de cerfs et de daims. Là vivait un vavasseur, nommé Dyonas, qui était filleul de Diane, la déesse des bois. Avant de mourir, elle lui avait accordé pour don, au nom du dieu de la lune et des étoiles, que sa première fille serait tant désirée par le plus sage des hommes, que celui-ci lui serait soumis dès qu’il l’aurait vue et lui apprendrait sa science par force de nécromancie. Dvonas engendra une fille qu’il appela Viviane en chaldéen, ce qui signifie en français : Rien n’en ferai. Et Viviane, qui avait alors douze ans d’âge, venait souvent jouer et se divertir dans la forêt. »

Entre deux aventures, Merlin ne manque jamais de revenir auprès de sa douce amie, ignorant tout de son rôle véritable dans sa vie. Pour le retenir auprès d'elle, Viviane n'économise pas ses charmes, mais elle ne perd pas de vue son véritable objectif : asservir Merlin.

« Merlin se rendit en forêt de Brocéliande auprès de Viviane, sa mie. Quand elle le vit, elle fit paraître une grande joie, et lui, il l’aimait si durement que pour un peu plus il serait devenu fou.

- Beau doux ami, lui dit-elle, ne m’enseignerez-vous pas quelques nouveaux jeux, et comment, par exemple, je pourrais faire dormir un homme aussi longtemps que je voudrais sans qu’il s’éveillât ?

Il lui demanda pourquoi elle voulait avoir cette science ; mais, hélas ! il connaissait bien toute sa pensée.

- Parce que, toutes les fois que vous viendriez, je pourrais endormir mon père Dyonas et ma mère, car ils me tueraient s’ils s’apercevaient jamais de nos affaires. Et, de la sorte, je vous ferais entrer dans ma chambre.

Bien souvent, durant les sept jours qu’il passa avec elle, la pucelle lui renouvela cette demande. Une fois qu’ils se trouvaient tous deux dans le verger nommé Repaire de liesse, auprès de la fontaine, elle lui prit la tête en son giron et, quand elle le vit plus amoureux que jamais :

- Au moins, dit-elle, apprenez-moi à endormir une dame.

Il savait bien son arrière-pensée ; pourtant il lui enseigna ce qu’elle désirait, car ainsi le voulait Notre Sire. Et beaucoup d’autres choses encore : trois mots, par exemple, qu’elle prit en écrit, et qui avaient cette vertu que nul homme ne la pouvait posséder charnellement lorsqu’elle les portait sur elle ; par-là se munissait-elle contre Merlin, car la femme est plus rusée que diable. Et il ne pouvait s’empêcher de lui céder toujours. »

Depuis, Merlin se lamente depuis sa prison d'air :

« Un jour que j’errais avec ma mie par la forêt, je m’endormis au pied d’un buisson d’épines, la tête dans son giron ; alors elle se leva bellement et fit un cercle de son voile autour du buisson ; et quand je m’éveillai, je me trouvai sur un lit magnifique, dans la plus belle et la plus close chambre qui ait jamais été. « Ha, dame, lui dis-je, vous m’avez trompé ! Maintenant que deviendrai-je si vous ne restez céans avec moi ? - Beau doux ami, j’y serai souvent et vous me tiendrez dans vos bras, car vous m’aurez désormais prête à votre plaisir. » Et il n’est guère de jour ni de nuit que je n’aie sa compagnie, en effet. Et je suis plus fol que jamais, car je l’aime plus que ma liberté.

 

Morgane

« Une Viviane, une Morgane ont des ambitions démesurées. Elles s’insinuent dans le cycle des aventures épiques, elles se glissent au cœur des vieux poèmes. Elles se penchent sur les berceaux, elles président aux aventures des guerriers. Elles sont belles et blanches, avec une nuance de caprice et de mélancolie.

Morgane la druidesse, Morgane la vierge royale, reparaît dans les « gestes » carolingiennes ; elle y prend ses ébats, librement, parfois avec dévergondage. Elle semble suivre une double carrière dans les aventures carolingiennes et celles de la Table-Ronde, mais les deux courants nous la montrent éprise de beaux chevaliers auxquels elle accorde ses faveurs. » L. Faure-Goyau. La vie et la mort des fées, essai d’histoire littéraire.

 

Mélusine

« La vieille Gaule a ses fées mystérieuses, et le Poitou n’a pas oublié Mélusine. Il paraît que son nom signifie brouillard de la mer. Elle figure un des personnages les plus intéressants et les plus dramatiques de la féerie médiévale. C’est une fée française. Elle diffère entièrement des dangereuses fées bretonnes, des Viviane, des Morgane, belles et perfides amies de Merlin, de ces créatures d’égoïsme exalté, de passions mobiles et d’ambitions démesurées, qui voulurent être des « surfemmes », et nous représentent assez bien les héroïnes d’Ibsen. Mélusine, aussi belle, aussi tragique, leur est supérieure, non seulement par ses vertus morales, mais aussi par la puissance de ses dons intellectuels. C’est une fée fondatrice, une fée qui veille sur la naissance et la croissance d’une noble race ; par là même, elle peut nous apparaître comme le symbole des ingénieuses et vaillantes châtelaines dont le courage industrieux préludait à la grandeur de leur maison. Tiphaine Raguenel, femme de Duguesclin, passait ainsi pour une fée à cause de sa sagesse, de ses dons supérieurs, et de la faculté qu’on lui prêtait de lire l’avenir dans les astres. La France a connu de pareils types ; le cadre et les circonstances se sont modifiés, mais ils demeurent assez conformes au génie des Françaises. Mélusine est une fée du Poitou, c’est-à-dire du centre même de notre pays. Elle en a les vertus d’équilibre et de solidité. Oui, malgré son nom brumeux et maritime, malgré l’origine exotique et les parentés lointaines que sa légende se plaît à lui attribuer, elle est des nôtres, et les traits de sa vie se dessinent avec la claire précision qui sied à nos paysages modérés. » L. Faure-Goyau. La vie et la mort des fées, essai d’histoire littéraire.

Les fées VIVIANE, MORGANE et MÉLUSINE
Les fées VIVIANE, MORGANE et MÉLUSINE

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