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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les KAILASHAS

Une femme kailasha

 

LES KAILASHAS

 

La dernière tribu

 

 

Les Kailashas font partie du groupe ethnolinguistique des locuteurs du nuristani. Le nuristani appartient à la famille des langues dardiques, la troisième sous-branche de la famille linguistique indo-aryenne. Leur tradition se distingue nettement du védisme ou du mazdéisme.

Peuple en voie de disparition (ils n'étaient plus que 4000 en 2014), les Kailashas célébraient jusqu'à peu un humble polythéisme bucolique, dont la littérature n'est composée que de quelques contes et légendes péniblement compilés par de rares ethnographes. Cette tradition contient pourtant en elle tout ce qui brille avec tant de vigueur en Inde ou en Perse. Nées de la bouche des conteurs himalayens, les épopées kailashas ne mettent pas en scène des armées et des dieux, mais de simples vieillards qui refusent de vieillir, ou de preux chevaliers qui parlent aux animaux et chevauchent seuls entre les sommets enneigés. Grâce aux Kailashas, nous nous approchons donc de la même matière qui fit jadis les contes de Bretagne et d'Islande.

L'aire culturelle kailasha s'étendait autrefois du Cachemire à l'est à la Bactriane à l'ouest. Connu sous le nom de Peristan, ce pays montagneux n'a jamais été parmi les plus prospères, ni les plus célèbres. Cette contrée n'est mentionnée qu'une seule fois dans les chroniques historiques : lors de la campagne d'Alexandre le Grand vers l'Inde (en -326). Le biographe du Macédonien, Arrien, les décrit comme « distinctement différents » des autres peuples environnants. Alexandre ne vainquit pas les Kailashas, mais s'en fit des alliés, afin de continuer plus en avant son chemin à travers les vallées himalayennes.

Il existe par ailleurs une rumeur faisant remonter l'origine des Kailashas au peuplement des pays conquis par les troupes d'Alexandre, mais les Kailashas eux-mêmes ne semblent pas y porter crédit. On a imputé à de nombreux peuples de l'Himalaya une lointaine parenté avec les troupes gréco-macédoniennes, mais ces théories sont, pour la plupart, basées sur une mythologie alexandrine artificielle.

 

En rouge: le Chitral

D'une nature exclusivement paysanne, la société kailasha traditionnelle exclue toute forme de commerce. Les Kailashas ont demeuré près de trois mille ans dans leur vallée de haute altitude sans subir outre mesure l'acculturation étrangère. Le panthéon kailasha ne porte donc pas les traces du zoroastrisme. Encastrés et isolés, les Kailashas n’avaient que très peu subi l'influence des Empires perse, scythe ou indien. Près d'un millénaire durant, les Kailashas eurent le bouddhisme comme voisin, mais celui-ci ne tenta jamais de s'imposer, ni même de devenir une sorte de religion d’État qui légitimerait soumission ou domination. Ce n'est que très récemment, depuis moins de quelques siècles, que le modèle kailasha est véritablement mis en danger par une acculturation forcenée au modèle islamique.

Au 19e siècle l’Afghan Abdur Rahman Khan entreprend avec son armée des conversions de masse. Avec l'appui des Britanniques, 100 000 païens sont alors convertis, ce qui représente une grande part de la démographie nuristanie. Cette région connue jusqu'alors sous le nom de Péristan, devient le Nuristan, c’est-à-dire « le pays de ceux qui ont connu la lumière ». Cette appellation fait alors référence aux temps obscurs du panthéisme que souhaite voir disparaître l'envahisseur musulman. À la campagne de conversion et de déportation des autochtones païens du Peristan, succède l'émigration de très nombreux Afghans vers le Nuristan. Dans ces nouveaux arrivants, il y a beaucoup d’imams, qui sont envoyés gérer les nouveaux territoires conquis. Leur mission est d'éduquer leurs habitants, ce qui veut dire les faire vivre dans le respect des règles de la charia. Il s'agit aussi de les ouvrir au commerce. Le nom des villages est islamisé, les temples et les idoles détruits et brûlés. En réponse, les Kailashas émigrent encore plus hauts dans les montagnes et cachent leurs icônes et leurs idoles dans des grottes, ou les enterrent dans les forêts. Quant au riche mobilier du culte, et aux meubles de valeur des villages du Péristan, ils sont saisis comme trésor de guerre par les soldats afghans et envoyés à Kaboul comme butin. On estime de nos jours la population nuristanie à 125 000 personnes, pour la plupart musulmans sunnites.

Les Nuristanis qui ne se convertirent pas, furent affublés du sobriquet de kafir. C’est une insulte musulmane signifiant « porc », elle est réservée aux mécréants. Le Kafiristan, tel que cartographié par les Britanniques, est donc « le pays des mécréants ». Les Nuristanis païens, dont font partie les Kailashas ne sont plus que quelques milliers de nos jours à encore pratiquer un culte panthéiste. Estimés à 20 000 avant les premières compagnes musulmanes au 14e siècle, les Kailashas ont vu leur démographie sans cesse décroître, pour ne plus représenter que 8000 personnes en 1951 et plus que 3000 à 6000 de nos jours (2020). Par ailleurs, les relevés topographiques nous indiquent que le domaine kailasha est passé de 560 km²carrés² à moins de 28 km²carrés aujourd'hui…

Ce chiffre de 3000 à 6000 ne concerne cependant que les Kailashas encore polythéistes, car l'ethnie kailasha elle-même, en grande partie islamisée ou occidentalisée à des degrés divers, représenterait 10 000 à 30 000 personnes. Ceux-ci parlent la langue nuristani classique et non le dialecte kailasha. Ce dernier n'est plus parlé que par les quelques milliers d'habitants polythéistes de la région du Chitral (Pakistan).

Avant la création des États pakistanais et afghan, les Kailashas n'étaient isolés qu'en partie. D'un versant à l'autre des sommets himalayens, se déplaçaient des sages, des bergers, mais aussi des sherpas. Malheureusement, depuis la création d'une frontière (pourtant régulièrement bafouée par les groupes djihadistes), les Kailashas sont coupés de tout contact des autres groupes ethniques avec lesquels ils entretenaient pourtant des relations culturelles depuis des millénaires. Sans possibilité de communiquer avec d'autres clans qui leur seraient apparentés, les Kailashas sont donc condamnés à voir leur culture péricliter.

Dans la région du Chitral (Pakistan), les Kailashas vivent dans les trois vallées que sont Bumboret, Rumbur et Birir. Le Kunar et le Prasun (Parun) sont les deux rivières les plus importantes, la seconde accueille une vallée sacrée, souvent évoquée dans les contes et légendes kailashas. Malgré son isolation, le pays kailasha (2000 m d’altitude), est fertile en champs et vergers. Les versants des montages, travaillés en escaliers, permettent une agriculture qui suffit à sa modeste population. Malheureusement, comme si la menace culturelle et démographique n'était pas suffisante, les Kailashas se voient menacés par une centrale hydraulique qui dénature leur écosystème.

Du fait de sa situation géographique, à la frontière entre l'Afghanistan, le Pakistan et le Cachemire, la région connaît des graves problèmes de terrorisme. Elle est en effet soumise à une pression à la fois du gouvernement d’Islamabad qui désire islamiser la région, mais également des divers clans talibans souhaitant l'annexer à leur califat. Des jeunes filles kailashas sont régulièrement enlevées et violées. Les quelques rares temples polythéistes sont également incendiés, tandis que les rares travailleurs humanitaires sont pris pour cible. Un musée en l'honneur de la culture kailasha fut ainsi incendié par des djihadistes. Pour ces derniers, il est en effet impensable qu'on puisse célébrer un autre culte que celui prôné par le Coran :

 

Quiconque désire une religion autre que l’islam, ne sera point agréé, et il sera dans l’au-delà parmi les perdants.

Coran 3, 85.

Et :

Certes, ceux qui ne croient pas à Nos Versets, nous les brûlerons bientôt dans le Feu. Chaque fois que leurs peaux auront été consumées Nous leur donnerons d’autres peaux en échange afin qu’ils goûtent au châtiment.

Coran 4, 56.

Dans ces conditions, il est très difficile de construire des écoles kailashas, tandis que fleurissent les madrasas dans les vallées islamisées environnantes. Par ailleurs, un kailasha scolarisé devra apprendre en ourdou (une langue non dardique), un enseignement inspiré des lois coraniques. Enfin, le gouvernement pakistanais appliquant la charia, interdit aux mécréants kailashas de contracter des dettes ou d’occuper des postes dans la fonction publique. Subissant un racisme institutionnalisé, il n’est pas rare que les Kailashas se fassent lapider par leurs voisins musulmans.

La pression musulmane pour convertir les kailashas est de nos jours plus prégnante que jamais. Des missionnaires musulmans, agissant comme des chefs d'entreprise, sur le modèle des évangélistes américains, ne cessent en effet de harceler le pays kailasha. En 2016, suite à la conversion houleuse d'une jeune kailasha à l'islam, des heurts éclatent, qui pousseront Islamabad à interdire de présence dans les montagnes un groupe de missionnaires nommés Tablighi. Depuis, les conversions n'ont pas cessé.

Celles-ci reposent sur une stratégie mêlant séduction économique et sociale, et promesses d'accès à l'éducation et aux soins, mais aussi sur une propagande ayant pour objectif de faire passer la culture kailasha pour arriérée, primitive, tout à fait malsaine et sauvage. C'est ainsi que des groupes de pression musulmans accusent les Kailashas de rendre un culte au diable, ou de pratiquer la sorcellerie. Ces techniques de conversion ne sont pas typiques aux fanatiques musulmans, les catholiques l'employèrent au Nouveau Monde, et les évangélistes l'emploient encore de nos jours en Afrique, en Inde et en Indochine.

Inversement, quand un kailasha quitte sa famille pour se convertir, un emploi lui est offert et il est célébré comme un « Nouristani », c’est-à-dire un « être éclairé ». Ce n'est qu'au prix du reniement absolu de ses convictions panthéistes, qu'un Kailasha peut ainsi prétendre entrer dans la communauté des « justes », c'est-à-dire des Pakistanais (le Pakistan étant littéralement le « pays des purs »). Les kailashas convertis à l'islam ne le sont donc pas par conviction, mais dans l'espoir de connaître une vie meilleure et d'avoir enfin accès à une certaine forme de progrès, tant au niveau de l'éducation que de la santé ou du travail.

Pour la seule année 2016 on estime à 300 le nombre de Kailashas convertis. Ce chiffre, rapporté à la population globale de quelque 3000 à 6000 personnes, place à une dizaine d'années de plus l'espérance de vie de la culture panthéiste kailasha.

 

Le festival de Chilam Gosh

 

Les tribus kailashas sont des clans dirigés par des chefs de famille. Ils sont choisis parmi les pères qui ont le plus de fils et dont les fils sont les plus valeureux aux combats (ou possèdent le plus d'alliés). Sur un modèle semblable à celui des Vikings, les plus pauvres des clans peuvent demander la protection des plus forts, se mettant alors à leur service. Traditionnellement les femmes travaillent aux champs, tandis que les hommes gardent les bêtes dans les alpages. Les tâches domestiques ou professionnelles sont strictement divisées et chaque sexe a ses responsabilités et ses tâches attitrées. Les hommes prennent soin des canaux, font le fromage et s'occupent des bêtes, les femmes gardent le foyer propre. Les hommes bêchent, les femmes arrosent.

Si les hommes ont de nos jours tendance à avoir tous adopté le kamiz (tunique) pakistanais, les femmes kailashas portent encore le costume traditionnel, lequel est coloré et accompagné de très nombreuses parures (souvent en coquillages). Elles portent sur le visage des tatouages de henné. Elles ne portent pas de voile mais un petit chapeau. Le statut des femmes kailashas est unique en son genre dans ces hautes vallées, car les femmes peuvent se marier avec qui leur plaît ainsi que divorcer.

Quant au régime alimentaire kailasha il est typiquement montagnard, c’est-à-dire à base de viande et de riz. Par ailleurs, les Kailashas sont spécialisés dans la culture viticole et leur vin est utilisé de manière rituelle comme domestique. Malgré l’interdit de l'islam, cette culture perdure encore de nos jours et perdurera encore peut-être une décennie de plus. La culture de la vigne dans la région remonte à des temps ancestraux, bien plus anciens même que l'on pourrait se l'imaginer. Les biographes d'Alexandre décrivent la région comme remplie de vigne. La création de sa capitale, Nysa, était attribuée à Dionysos lui-même, le dieu du vin et de l'ivresse. C’est la raison pour laquelle les chroniqueurs grecs attribuaient le pèlerinage d'Alexandre dans cette ville.

Le nectar sacré employé dans les rituels kailashas, comme excitant ou comme matériel de libation, est le vin. Le vin aurait le pouvoir de protéger le guerrier contre les coups de ses ennemis déviés par le vin magique. Par ailleurs, le vin posséderait une existence par lui-même et pourrait prendre parti dans les combats aux côtés de ceux qui en ont bu. Les Kailashas ne boivent cependant de vin qu'après en avoir offert sous forme de libation à Indr, leur dieu de la guerre et de la force virile.

Outre le vin, les Kailashas utilisent toute une riche pharmacopée d'enthéogènes tels le miel psychédélique des abeilles, la rhubarbe ou encore d'autres herbes mystérieuses et toxiques qui, utilisés dans un contexte mystique, sont autant de passerelles vers le divin. L’utilisation des excitants est une facette proprement chamanique des Kailashas, qui par ailleurs incorporent à leur rituel le tambour circulaire des chamanes sibériens.

La société kailasha repose sur un système complexe d’alliance de familles à travers des mariages impliquant leur religion mais aussi leurs richesses matérielles. Le clan kailasha est dirigé par un conseil de trois patriarches (on devient patriarche à la suite d'un rituel de deux ans suivis de banquets et des fastes en tout genre). Les Kailashas sont très attachés au modèle de la réunion en conclave, ils n’hésitent pas à la convoquer afin de régler les divers problèmes de la communauté. Tout comme dans la réunion scandinave du Thing, l'orateur est alors un personnage très important, dont l'issue des débats est forcément influencée.

Le conseil clanique kailasha se compose d'un juge élu accompagné de douze assistants. Durant ces réunions on décide du jour de récolte des fruits, de l’irrigation des champs, du partage de l'eau, mais aussi des dates exactes des rituels. Ces conseils sont en charge du bon entretien des ouvrages collectifs, comme les canaux d'irrigation. Faute d'être respecté, ce tribunal peut imposer des amendes. La peine de mort n'est pas infligée, si ce n'est à des prisonniers de guerre en revanche du prix du sang. Les peines les plus graves sont celles communément admises dont le monde indo-européen : l'exil, et par conséquent la spoliation des biens comme prix d'un crime. De même que l'apostasie est interdite en islam, elle l'est aussi chez les Kailashas. Ainsi, si un Kailasha se convertit à l'islam, il est exclu de sa communauté et doit donc quitter les vallées du Chitral.

Traditionnellement paysans, les Kailashas possèdent une petite caste d'artisan, spécialisée dans le tapis, les ceintures et les bonnets. Cette caste est cependant exclue des rituels et célébrations, et peut donc s'apparenter à celle des shudras indiens. Outre cette particularité, leur démographie ne permettant pas un système social très développé, les Kailashas ne pratiquent pas le système de caste classique indien, mais plutôt celui des castes tribales.

Dans les années 1970, l’économie kailasha fut bouleversée par la création de la première route carrossable, ce qui amena quelques touristes, mais aussi des organisations non gouvernementales. Depuis, l’économie locale s'est transformée, passant de l'agriculture à la pratique assidue des services. De tout temps, le troc avait été la principale forme d'échange entre vallée, l'argent liquide a donc permis une explosion des activités de services mais aussi l'importation massive de produits manufacturés à bas prix.

Pour décourager la visite des touristes dans une région dangereuse et non musulmane, le gouvernement pakistanais prélève une taxe sur la présence des étrangers en pays kailasha. Il faut en effet un permis pour s’y rendre. Cependant, outre cette route principale et quelques villages qui se développèrent, les versants montagneux kailashas sont encore peu desservis, et ne comprennent bien sûr ni école ni hôpital.

 

Les pratiques rituelles kailashas sont classiques pour un peuple Indo-européen. Les divinités sont adorées grâce à des piliers de bois sculpté ou à des monolithes, ainsi que le faisaient les Celtes ou les Slaves. Ces totems sont anthropomorphiques, avec des pierres blanches pour figurer les yeux.

Le sacrifice animal est pratiqué. À chacune des divinités du panthéon kailasha correspond alors un animal : des vaches sont sacrifiées à Imra, des bœufs et des béliers à Gish, des moutons et occasionnellement des chèvres ou un bœuf à Bagish. Des chèvres sont offertes à Mahadeo (et parfois un bœuf) et aux autres dieux. La vache est l'animal qui représente le plus grand sacrifice, car cet animal coûte bien plus cher qu'un mouton ou qu'une chèvre. De ces deux derniers animaux, le bélier a plus de valeur que la chèvre. Le bélier peut être sacrifié sur les toits plats des maisons, de manière individuelle et propre à un foyer. Comme pour les pratiques aryennes décrites dans le sacrifice royal du cheval (ashvameda), les sacrifices se pratiquent par décapitation, le sang est alors offert en libation, puis le corps est démembré, coupé en lamelles de chair et jeté dans le feu sacré. De telles pratiques se déroulaient déjà de la même manière en 6500 av. J.-C., le site de Merhgarh, plus ancien site néolithique indien, nous en témoignant (sacrifice de bélier et dispersion du sang).

On sacrifie également pour marquer la fin d’une querelle ou acter une alliance. On forme alors des galettes avec le sang des victimes, mêlé à de la farine, à du vin et à de l'eau pure, puis on les entrepose dans l'autel du temple. Comme il est coutume dans tout le monde himalayen, du bois de santal est brûlé lors des cérémonies. Symboliquement, la fumée s'élève vers le ciel en emportant avec elle les offrandes qui sont adressées aux divinités.

Les prêtres forment une caste dont la profession est héréditaire. Ceux-là doivent maîtriser les chants sacrés, ainsi que le font les brahmanes védiques. Ils sont dotés du pouvoir de percevoir les fées lors des rituels. Poètes et chamanes, ils n'hésitent pas à mimer leur contact avec l’indescriptible durant les rituels. Ils pratiquent l'astronomie et interprètent les prophéties.

Les Kailashas entèrent leur mort dans des cimetières, une coutume qui les rattache au monde scytho-kourgan et qui les différencie nettement des pratiques védiques ou mazdéennes.

Malheureusement, les cimetières et monolithes, de même que les temples kailashas sont régulièrement détruits par des fanatiques musulmans. De fait, sans que l’on ne sache s'il s’agit d'une pratique ancestrale ou d'une adaptation aux conditions difficiles de leur culte, les Kailashas n'élèvent pas de temples imposants, ni de lieux de culte en l'honneur de leurs divinités. Ils leur préfèrent des brasiers, sur le modèle des brasiers mazdéens et védiques, essentiels et centraux dans la pratique du culte (libations et oblations). De même qu'en Inde, le brasier est alimenté avec différents types de bois, dont les essences sont sacrées et appropriées. Les Kailashas pratiquent également la circonvolution autour de leurs idoles et autels. La circonvolution est une pratique courante en Eurasie, présente jadis en Celtie et de nos jours en Inde, au Tibet, et dans tous les pays de tradition bouddhiste (Chine, Japon, Indochine).

De très nombreux festivals parsèment le calendrier kailasha. Nous citerons le festival du printemps, « Zosi », le festival des moissons, « Uchao », la fête du vin, « Pu ». Le plus important des festivals est celui de Chaumos, célébrant le solstice d'hiver. Durant ce festival, les villageois allument des foyers animés par le feu sacré au sommet des montagnes, sur le toit des maisons, dans les lieux de culte. On donne alors en offrande des fruits secs, des noix, du fromage, du vin et les animaux que nous avons déjà cités. Les festivités incluent des danses folkloriques et des chants entonnés par les femmes, amenées à se promener en bande en ne cessant pas de chanter. De telles pratiques rappellent à la fois les bacchanales dionysiaques mais aussi les danses en l'honneur de Krishna décrites par la poétesse dravidienne Andal. Les femmes, quel que soit leur âge ou leur condition, sont alors encouragées à se maquiller, à se faire belle, à danser et chanter, car elles assureront aux clans une prospérité à la fois alimentaire, en travaillant aux champs, mais aussi démographique, en donnant naissance à de vigoureux et nombreux enfants. Durant ce festival, les femmes prennent de très nombreux bains rituels de purification.

Enfin, les Kailashas accordent une grande importance aux auspices. Cela induit toute une suite de superstitions qui attribuent des caractéristiques de pureté ou d'impureté à chaque tâche quotidienne et à chaque domaine de l'existence. Si ces domaines purs et impurs se croisent, se mêlent, alors l’équilibre de la vie est rompu, et le Mal en résultera. De telles superstitions se retrouvent de manière extrêmement similaire à travers le sous-continent indien, antique comme moderne.

L’obsession de l’impureté pousse les Kailashas à ségréguer leurs femmes quand elles ont leurs règles. Des bashalis, c’est-à-dire des maisons en bordure des villages, étaient alors réservées aux femmes qui saignent ou qui enfantent, afin qu’elles ne polluent pas le reste de la communauté (par exemple en cuisinant). Dans cette pièce exclusivement réservée aux femmes et depuis laquelle les femmes menstruées ne peuvent pas sortir, était entreposée une statue de la déesse Disni (Diziane), la protectrice des femmes enceintes, déesse de la fertilité.

De cette vision binaire de l'existence découle aussi la vision kailasha qui sépare nettement les vallées peuplées de barbares, et l'altitude, que peuplent les Kailashas. Les Kailashas attribuent à la montagne le domaine du divin, la nature sauvage et immaculée, la vie pastorale et les lieux saints, tandis que dans la vallée se trouvent les cimetières, les femmes menstruées dans leur bashali, ainsi que les musulmans qui vivent dans les vallées environnantes. Cette vision d'une montagne pure et divine, les Kailashas la partagent avec les shivaïtes et le mythe du Mont Kailash, mais aussi avec les cultures aryennes. Pour celles-ci, la montagne représente le lieu le plus pur, le plus inspirant et le plus sage sur Terre. Il s'agit de la montagne sacrée Hara pour les Aryens perses, du mont Méru pour les Indiens, devenu Sumérou chez les bouddhistes. Le roi Brighu, bon nombre de rois de la dynastie solaire Ishkavaku, Zarathoustra, et le tirthankara jaïn Adinath, iront dans ces montagnes chercher l'Illumination, c'est-à-dire le repos en se préparant à la mort.

L'Univers kailasha est composé de trois dimensions : le paradis, domaine décomposé en sept mondes supérieurs, la Terre, et les mondes inférieurs infernaux. Soit : l'immatériel, le matériel, et le non-existant, ou encore la négation. La représentation du monde traditionnel et mythologique des Kailashas est donc classique pour un peuple indo-européen, à ceci près que les Kailashas ne se perçoivent pas comme originaires du nord, mais seraient venus depuis le sud jusqu'au Chitral. Ce pays méridional ancestral est appelé Tsyam.

Quant au panthéon kailasha, il est composé de Imra (ou Imro), le dieu créateur et central, de Gish et Bagish, et de Mahadeo (version kailasha de Shiva Mahadeva). Ensemble, les dieux forment un groupe semblable aux dévas védiques et aux arses nordiques, ce sont les Dévalogs. De nombreux mythes kailashas, sans être bien sûr identiques à leurs lointains cousins védiques, possèdent cependant de nombreux points de résonance, tel que le mythe de Purusha l'être cosmique démembré pour créer la vie, ou encore les aventures d'un dieu qui libère un soleil prisonnier. La Grande déesse est vénérée.

Par ailleurs, les chefs kailashas étaient jadis portés sur des « trônes d'honneur » au-dessus des épaules de leurs partisans. Une telle pratique rappelle les banquets de l'aristocratie sogdienne mais aussi les parades des chefs de clan celtes sur un bouclier cérémonial.

Les KAILASHAS

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