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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les peuples indo-européens du TARIM

Le bassin du Tarim

 

LE TARIM

Les peuples oubliés

 

Suite à la croissance démographique engendrée par le développement de l'agriculture et de l'économie minière dans la région steppique, un mouvement migratoire vers l'est amène des porteurs de R1b vers la Sibérie orientale. S'établit alors la culture d'Afanasievo (-3300 à -2400), d'où sont originaires les ancêtres des Yuezhis, des Tokhariens et des Kouchanes.

Durant tout le Néolithique, les porteurs de l'haplotype R1a qui vivaient au nord-est de la Caspienne se mêlent aux colons occidentaux (R1b) de la culture d'Afanasievo, de sorte que les civilisations tokhariennes du Tarim sont porteuses des deux haplogroupes (avec même une majorité de R1a dans les relevés génétiques effectués sur les momies du Tarim).

On sait par ailleurs que les Indo-Européens du Tarim avaient adopté le sanskrit comme langue sacrée et linga franca, alors que leur propre langue vernaculaire ne faisait pas partie de la famille linguistique indo-iranienne mais qu'elle appartenait plutôt à la branche européenne.

En somme, bien que la civilisation tokharienne (yuezhie-kouchane) n'ait pas été fondée par des Proto-Aryens, elle fut colonisée culturellement et démographiquement par les Aryens d'Andronovo, puis par les Aryens des successifs empires perses. Car si les états-cités du Tarim n'étaient pas des satrapies (des régions administratives de l'Empire perse), elles demeuraient des alliés et des partenaires commerciaux privilégiés des villes du nord de la Perse, comme Bactres ou Marcanda (Samarcande).

Ce que nous apprend la prépondérance de l'haplotype R1a dans le Tarim en -2000 (dans les momies du Tarim) comme de nos jours (chez les populations Ouïgours), c'est que les Aryens eurent une influence si forte sur cette région du monde, qu'ils en remplacèrent ethniquement les indigènes porteurs de l'haplotype Q ainsi que les colons porteurs de l'haplotype R1b qui avaient pourtant fondé les premières civilisations dans la région (Afanasievo, puis Gansu et enfin Tarim).

Le Taklamakan et le désert de Gobi apparaissant vers -4000, ces groupes indo-européens proto-tokhariens détenteurs des haplogroupes R1a et R1b reprennent leur migration pour s’installer plus à l'est, dans les vallées du Gansu, du Qinkai (Chine) et sur le plateau de l'Ordos (en Mongolie intérieure, vallée septentrionale du fleuve jaune).

Même si la présence indo-européenne est attestée dans le Tarim depuis -2000, ce n'est qu'à la fin de l'Antiquité que les Yuezhis et autres Tokhariens refluèrent massivement de Chine continentale (probablement chassés par les tribus chinoises hans), pour s'établir autour du Taklamakan, dans les oasis du Tarim (Kashgar, Turpan, Khotan), et plus tard en Perse et en Inde (dynastie kouchane).

Après avoir été repoussés par les Chinois, puis dominés par les Turcs Ouïgours, ces peuples, qui avaient adopté le bouddhisme, furent victimes d'un génocide lors de l’islamisation de la région vers l'an 1000. Cessant d'être pratiquées, ces langues et ces cultures disparurent à jamais, la nation ouïgoure et sa langue turcophone s'installant à leur place autour du bassin du Tarim.

 

Le « Pays Tokharien » désigne les contrées environnant le Tarim et peuplées d'Indo-Européens. L'aire linguistique attestée des familles de langues tokhariennes se limite au bassin du Tarim, mais historiquement, les peuples parlant ces langues occupaient un bien plus large territoire qui incluait le Gansu à l'est, et dont les frontières devaient se fondre avec la Scythie au nord-ouest et le haut plateau du Tibet au sud. Le pays tokharien est donc une enclave qui possède des frontières naturelles : ce sont les monts du Pamir à l'ouest, le massif du Tian Shan au nord et l'Himalaya tibétain au sud.

Ce que nous savons des Indo-Européens du Tarim repose sur quelques rares parchemins, et sur quelques corps naturellement conservés dans le sable du désert. Certaines des momies europoïdes du Tarim datent du début du second millénaire avant notre ère, et précèdent donc le zénith des Celtes en Europe de plus d'un millénaire.

Ce qui saute tout de suite aux yeux quand on les observe, c'est leur ressemblance frappante avec ce que nous savons de l’apparence des peuples gaulois, celtes et scandinaves. Leur apparence physique est purement europoïde : peau pâle, cheveux blonds, taille plutôt grande, nez proéminent, yeux ronds, etc. Mais encore, ces momies suivent le même code vestimentaire que les Celtes ou les Scythes, ils portent une rugueuse robe de chanvre aux motifs du clan, des rayures de couleurs variant en fonction de la caste ou de la famille (rappelant ainsi les tartans écossais). Les momies féminines du Tarim présentent même la coiffe typique des Celtes et des Slaves, à savoir deux nattes tombant sur les tempes.

Dans l'Antiquité, les peuples indo-européens installés autour du Bassin du Tarim n'étaient cependant ni homogènes ethniquement et culturellement, ni unifiés autour d'un culte ou d'un pouvoir central. La géographie, elle non plus n'unissait pas ces peuples. Certains de ses peuples étaient en relation avec la Perse, d'autres avec la Scythie et la Sibérie, d'autres encore avec la Chine. Ces peuples occupaient cependant une même aire culturelle et leur proximité était encore renforcée de par leur utilisation du sanskrit (véritable lingua franca d'Asie).

 

Les spiritualités du Tarim

Les habitants du Tarim étaient panthéistes. Leur cosmogonie, comme leurs principales divinités, avaient beaucoup à voir avec celles des Aryens (mais avec une plus grande importance portée à la déesse-mère). Nous retrouvons donc naturellement des formes d'hindouisme dans cette région, en particulier avec le culte de la déesse-mère sous sa forme effrayante et toute-puissante, surnommée par les historiens « Durga de Sogdiane » et par les chinois « Xiwangmu », la reine-mère d'Occident.

Dès le début de notre ère, importé par l'Empire Kushan, le bouddhisme devint très tôt une religion populaire et prospère. Cette doctrine s'établit plutôt dans les zones urbaines et dans les oasis de la route de la soie, sans chercher à s'imposer à l'ensemble des populations de ces immenses espaces désertiques et montagneux.

Au sud de la Bactriane, le Gandhara fut longtemps la principale « plaque tournante » du bouddhisme en Asie occidentale, alors que cette doctrine perdait de son influence et de son prestige en Inde. Les monastères bouddhistes se trouvaient le long de la route de la soie, de Sogdiane (actuel Ouzbékistan) jusqu'en Chine. Khotan, Kashgar, Hami, Turpan, toutes ces villes fondées par les Indo-Européens étaient de puissantes cités bouddhistes. Elles offraient aux caravansérails et aux commerçants de passage le gîte et le couvert, en échange d'une donation à la communauté du monastère.

Le bouddhisme qui caractérisait le bassin du Tarim faisait partie de l'école Sarvastivada, celle-ci était l'un des courants majeurs du bouddhisme indien. Apparue environ trois cents ans après la mort du prince Siddhartha Gotama (vers -500 à -400), cette doctrine se répandit dans les régions du Cachemire, du Pendjab et du Gandhara et par contamination, rejoignit le nord du massif himalayen et le bassin du Tarim à travers la Bactriane et la Sogdiane. L'empire Kushan se fit alors le protecteur du bouddhisme ; c'est l'âge d'or de l'art gréco-bouddhiste.

 

Outre les cultes panthéistes de type hindouiste et bouddhiste, se trouve au nord du Tarim, une source d'influence majeure des régions polythéistes : le chamanisme. De l’Oural à la Chine, on retrouve une multitude de peuples nomades, souvent turco-mongols. Leur spiritualité est une forme de chamanisme teintée de mythologie : le tengrisme. Ce courant mystique jouera un rôle fort méconnu mais essentiel dans le développement du bouddhisme tibétain et mongol.

À partir de la fin du premier millénaire de notre ère, chassées du Moyen-Orient par les musulmans, des communautés manichéennes s'installent à Samarcande. Cette ville devient la nouvelle capitale des patriarches en remplacement de Babylone-Bagdad. Chassés de Samarcande suite à l'invasion turque de ce qui deviendra l’Ouzbékistan, ces manichéens émigrent ensuite dans le Tarim. C'est dans celui-ci que l'on a retrouvé une grande partie du précieux corpus de texte liturgique manichéen. Ces communautés seront prospères quelques siècles, s'implanteront en Mongolie, puis jusque sur le littoral chinois (où se trouve le dernier temple manichéen encore debout). Considérés par les Ouïgours comme des infidèles, accusés de subversions par l'Empire du milieu, chassés de Chine, massacrés en terre islamique, les manichéens finiront pas disparaître tout à fait.

Citons enfin le zoroastrisme, qui fut l’un des cultes les plus populaires dans la région du Tarim jusqu’à l'islamisation de la région commencée vers l'an 1000. Il s'agissait du culte d’État de l'empire Perse sassanide, dont faisaient partie la Bactriane et la Sogdiane, régions voisines du Tarim.

Comble de l'Histoire, après avoir hébergé tant de cultes et tant de doctrines, le bassin du Tarim, dont le nom chinois actuel est le Xinyang, n’accueille plus de nos jours que trois types de croyances : l’islam, le confucianisme et l'athéisme.

 

Les peuples du Tarim

Plus anciens, si ce n'est le plus connu des peuples indo-européens du Tarim, sont les Yuezhis. Vraisemblablement originaires du Gansu, les Yuezhis étaient installés à travers la Chine et comptaient dans leurs rangs le frère d'un prétendant à la dynastie des Hans, en la personne du roi de Kiang-Dou, Liu Fé (mort en 127 av. J.-C.). Après que les Xiongnus eurent pillé puis occupé le Gansu, les Yuezhis quittèrent définitivement la région pour rejoindre le désert du Taklamakan.

C'est également sous la pression han que les Yuezhis quitteront la Chine continentale pour rejoindre les versants du plateau tibétains et le bassin du Tarim. Ils fonderont le royaume bouddhiste de Shanshan (de -126 à 500 apr. J.-C.). Cette oasis parmi les plus prospères de la route commerciale entre l'Europe et l'Asie fut pillée et détruite par les Ouïgours en 700. Sa population fut entièrement déportée. Avant de découvrir, dans les années 2000, des preuves archéologiques de son existence, grâce notamment aux fameuses momies du Tarim, nous pensions que cette civilisation « europoïde en Chine » était un mythe, dont les ancestrales chroniques du peuple Han étaient les seules à mentionner l'existence.

Koutche est un autre royaume fondé par les Yuezhis. À la suite des migrations de populations vers l'ouest, les Koutchéens donnèrent naissance à l'Empire kushan (v. 375 apr. J.-C.). Celui-ci régna sur une grande partie de la Perse et de l'Inde. Protecteur des religions, l'Empire kushan toléra que perdurent sur son vaste territoire, les cultes mazdéens, manichéens mais aussi bouddhistes ou hindous.

Begram (en Afghanistan actuel), Peshawar (au Pakistan), Taxila (Pakistan) et Mathura (Inde) furent quelques-unes des capitales kouchanes. Leur empire s’étendra du Cachemire et de la Bactriane aux montagnes des Vindhyas (sans oublier leur aire géographique d'origine, située dans le bassin du Tarim).

Les Wusuns apparaissent dans les annales chinoises dès la fin du premier millénaire avant notre ère. Alliés un temps avec les Hans, ils entrèrent en conflit avec eux, ainsi qu'avec les Yuezhis, qu'ils contribuèrent à chasser du Gansu en les poussant vers l'aride bassin du Tarim et le désert du Taklamakan.

Les Chinois profiteront de ces dissensions. En -138, une ambassade han, dirigée par le général Zhang Qiang, noue des accords commerciaux et militaires avec les Yuezhis, contre les Xiongnu (possiblement Turcs). Zhang s'alliera aussi aux petits royaumes nomades de Loulan (Lu-Lan) et Yutian. Pour le compte des Yuezhis et en échange d'or et de soies, Zhang mènera en -119 une campagne militaire contre les Wusuns.

Les Wusuns sont souvent présentés comme turcs, cependant Iaroslav Lebedynsky, spécialiste des peuples des steppes, les décrit « europoïdes et iranophones ». Ils sont même présentés comme possibles ancêtres des Alains1.

Cependant, l'auteur met en garde :

Il est sans doute naïf de chercher à plaquer une étiquette ethnique unique sur ce qui pouvait être un assortiment bigarré de tribus iranophones issues du maelstrom des 2e, Ier siècles av. J.-C. : il suffit de rappeler les mélanges, expressément signalés par les chroniques chinoises, entre Saces, Wusun et Yuezhi, lors de la chevauchée de ces derniers vers la Bactriane, l'installation de 80 000 Wusun au Kangju [Sogdiane] [...] Nous pensons en tout cas qu'il faut garder une certaine prudence à l'égard des grandes constructions anciennes ou récentes qui brassent avec désinvolture les peuples centre-asiatiques et procèdent à des rapprochements parfois un peu rapides

Les Alains

Les momies du Tarim (au centre la beauté de Lulan)

Les momies du Tarim (au centre la beauté de Lulan)

C'est aux alentours de Lu-Lan que l'archéologie retrouva de nombreuses cités en ruine recouvertes de sable, ainsi que des momies blondes et coiffées à la slave.

« La ville [...] aurait pu contenir des habitants par milliers. D’après les objets qu’on y a découverts, boiseries, statuettes et peintures, on peut affirmer que cette « Pompéi asiatique » est vieille d’au moins mille ans, probablement antérieure à l’invasion musulmane du 8e siècle, et qu’elle était peuplée de bouddhistes : nombre de figures présentent des types aryens aussi bien caractérisés que ceux des Persans, d’autres sont marquées d’un trait jaune à la naissance du nez, comme des millions d’Hindous. Des roues de char trouvées dans le sable des dunes prouvent que le pays fut pourvu jadis de routes carrossables. D’après les explorateurs américains, plusieurs agglomérations humaines se seraient succédées dans ces régions, succombant l’une après l’autre au retrait graduel des eaux douces vers le Kunlun et au terrible vent du nord-est. Plus à l’est [...] Sven-Hedin [géographe et explorateur suédois] a retrouvé une autre ville qui, suivant les fragments d’écriture découverts dans les ruines, n’est autre que Lu-lan, dont on connaissait le nom par les livres chinois et qu’on cherchait sensiblement au nord de sa position véritable. Lu-lan se trouve sur une ancienne berge du Lob-nor, cette nappe d’eau errante que les voyageurs dessinent maintenant à une centaine de kilomètres plus au sud que les cartographes chinois d’il y a mille ans. Les conditions géographiques du pays ont donc complètement changé ; deux ou trois constructions en briques, des poutres en bois de peuplier rongées par le sable, des médailles et objets divers, des papiers écrits et des bâtonnets recouverts de caractères, voilà tout ce qu’il reste de cette ville, florissante il y a quinze siècles. De nos jours, la dénudation due au vent est telle qu’on cherche vainement aux alentours une motte de terre végétale. » É. Reclus, L’Homme et la Terre, tome 3.

Dotée d'une dépression géographique qui donne à la région une altitude plus basse que le niveau de la mer (-154 m), Turpan (Turufan en chinois) est une oasis située au nord-est du désert du Taklamakan. C'est une des dernières étapes de la route de la soie avant son arrivée à Xi'an. C'est aux alentours de Turpan que se dressent les mythiques Montagnes de Feu, que le singe Sun Wukong éteindra de son éventail lors de ses Pérégrinations vers l'ouest (roman de Wu Cheng paru v. 1575).

La principale richesse du terroir local est la vigne, dont on fait le vin, exporté depuis l'Antiquité jusqu'en Iran. En reliant les vignobles gaulois, romains et grecs, aux vignobles caucasiens, puis à ceux de l'Himalaya (Kailasha) et du Tarim, nous pouvons donc nous représenter une ancestrale « route des vins ». Tout au long de celle-ci, le vin jouait un rôle non seulement social et commercial, mais aussi mystique et initiatique (le vin étant considéré dans ces régions comme un nectar sacré, rôle qu'il conserva dans le christianisme).

C'est à Turpan que certains manuscrits manichéens des plus précieux furent retrouvés. C'est aussi à ses alentours que furent découverts les manuscrits tokhariens les plus anciens (constitués d’écorces de bouleau calligraphiées et enluminées à l'aide d'un calame pour les textes sacrés et d'un pinceau pour les textes administratifs). L'alphabet utilisé était celui du brahmi du nord. Ce dernier sera plus tard adopté par les Ouïgours pour écrire leur langue turcophone (avant que cet alphabet ne soit remplacé à son tour par le romain et enfin par l'arabe). La copie de ces manuscrits était un acte pieux et les laïcs en demandaient des copies aux prêtres-scribes (une pratique qui rappelle celle du Livre égyptien des morts.) Ainsi, dans le Tarim bouddhiste, si l'on pouvait construire un stupa pour honorer un roi, la copie d'un livre saint convenait très bien à la mémoire d'un notable.

Le royaume d'Akni (aussi connu comme Archi, Karachahr ou encore Yanqi) correspond à la ville actuelle de Hami, située dans la province chinoise du Xinjiang, au nord du désert du Taklamakan. Hami est aujourd'hui une grosse ville en plein développement, où s'érigent sans relâche les immeubles nécessaires pour loger la main d'œuvre chinoise han émigrée du Sichuan ou de la Mandchourie. En des temps immémoriaux la ville était dédiée au dieu védique du feu, Agni, dont la ville prit le nom.

Le royaume de Baluka (actuel Aksu) était situé au sud-ouest du bassin du Tarim, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière kazakhe actuelle, en direction de Kashgar et de l'Afghanistan. Les mémoires de Xuanzang nous apprennent que les tempêtes de sable pouvaient être fatales aux caravanes qui traversaient cette région.

Si le royaume de Shanshan périclite en 700 après J.-C. sous les conquêtes ouïgoures, le royaume gréco-bouddhique de Khotan (de 56 à 1006 apr. J.-C., au sud du Taklamakan) perdurera presque un millénaire complet. Il sera le creuset initial par où transiteront vers l'est comme vers l'ouest, le bouddhisme, puis l'islam. Les Khotanais avaient adopté les coutumes zoroastriennes des Perses avec lesquels ils commerçaient, tout en gardant le sanskrit puis le prakrit-gandhari comme lingua franca (ces deux langues étant sacrées dans la littérature bouddhiste, une religion qui comme plus tard le manichéisme, connut un certain succès à Khotan). En outre, le khotanais était un dialecte appartenant à la famille scytho-iranienne des langues indo-européennes. Ville sujette aux rapacités turques et chinoises, Khotan fut prise de nombreuses fois : par les Ouïgours d'abord, puis par les Afghans, pour enfin perdre à jamais son indépendance. De nos jours, plus aucune trace ne subsiste de son passé indo-européen. Khotan n'est plus qu'une grosse bourgade peuplée par quelques Chinois et une majorité de turcophones. La chute de Khotan et son annexion à un vaste réseau de villes-oasis qui reliaient la mer Noire à Samarcande et Kashgar puis Xi'an, entraînèrent la perte totale d'influence des peuples indo-européens dans la région. Cela eut comme conséquence la disparition définitive et totale du bouddhisme. Au début du premier millénaire pourtant, le bouddhisme avait été la religion la plus populaire parmi les nations qui vivaient des montagnes du Caucase jusqu'aux plaines du Gange.

Toutes les cités que nous venons de mentionner furent probablement fondées par les Yuezhis dès le début du second millénaire avant notre ère. Or, si l'on sait peu de chose sur les Yuezhis, on en sait beaucoup plus sur les Sères. Or, les Yuezhis correspondent vraisemblablement aux Sères mentionnés par les auteurs romains.

Ammien Marcellin mentionne explicitement le bassin du Tarim, une cuvette encerclée par les monts du Kunlun au sud et par ceux du Tian Shan au nord, et qui comprend la dépression de Turfan qui descend à 154 m au-dessous du niveau de la mer.

Par-delà les deux Scythies, une enceinte circulaire de hautes murailles enferme la Sérique, immense contrée d’une fertilité admirable, qui touche à la Scythie par l’occident, par l’est et le nord à des déserts glacés, et s’étend au midi jusqu’à l’Inde et jusqu’au Gange. Deux fleuves, l’Oechardès (près de Khotan, Kashgar et Yarkand) et le Bautisos (Tarim ?), roulent sur la pente rapide de ces plateaux, et, d’un cours ralenti, traversent ensuite une vaste étendue de terre. L’aspect du sol y est très varié ; ici de niveau, là soumis à une dépression légère : aussi grains, fruits, bétail, tout y abonde.

La Sérique

La mention d'une contrée fertile (« Le pays est boisé, mais sans épaisses forêts » dixit Ammien Marcellin) tend à prouver qu'il y a 2000 ans, la vallée du Tarim n'était pas aussi désertique qu’aujourd’hui. Sans véritable forêt pour la protéger des dunes de sable, cette région verdoyante du second millénaire jusqu'à notre ère, s'est ensuite désertifiée, devenant le Taklamakan. Les voies commerciales se concentrèrent donc sur quelques étapes, quelques cités bien défendues et accueillantes, comme autant d'oasis.

Au milieu du premier millénaire de notre ère, le Tarim n'est cependant déjà plus qu'un mince cours d'eau, souterrain pour la plupart de sa longueur, et égrainant un chapelet d'oasis coincées entre le désert du Taklamakan, celui de Gobi, les montagnes de Tian Shan et celles du plateau tibétain.

Le géographe Élisée Reclus fut un des premiers à avancer l'idée qu'un changement climatique pourrait être à l'origine du déclin d'une région devenue désertique, alors qu'elle se prêtait à l'agriculture il y a 4000 ans.

D’après le témoignage unanime des habitants, les documents historiques et les traces laissées par des courants d’eau maintenant taris, il semble incontestable qu’à notre époque se produise en Asie centrale un assèchement du sol [...] On peut affirmer que dans les temps lointains, le va-et-vient des voyages était beaucoup plus actif que de nos jours entre les deux versants asiatiques. Il n’est pas douteux que le bassin du Tarim, encore très important comme lieu de passage, fut autrefois beaucoup plus habité que dans la période contemporaine et qu’il offrait par conséquent des ressources plus abondantes au commerce de l’Occident avec l’Orient à travers le faîte de l’Asie.

Reclus, op. cit.

Dans son récit de voyage De Paris au Tonkin par terre (1891), l'explorateur Henri d’Orléans fait la description de ce fleuve méconnu mais comptant parmi les plus importants de l'Histoire des civilisations.

« Nous atteignons les bords du Tarim. Quoiqu’un peu moins large, il me rappelle beaucoup le Nil ; c’est le même cours, lent, roulant, au milieu de bancs de sable, une eau boueuse. La rive gauche sur laquelle nous sommes est basse et marécageuse. De l’autre côté, des collines de sable sont marquées de stries parallèles qui indiquent la direction du vent. Sur ces monticules, quelques villages élèvent leurs cases cubiques, rappelant les petits chalets suisses posés sur un morceau de carton. Les habitants traversent le fleuve sur des pirogues faites d’un tronc d’arbre creusé qu’ils manient très facilement. [...] il coule majestueusement entre des plaines d’herbes desséchées et de petits bois de peupliers sans feuilles ayant de loin l’air de forêts. […] Le pays est plat, sableux et sans arbres. Il y a des milliers de canards, de hérons, d’oies, de cormorans et d’autres oiseaux aquatiques. »

Avant que ne s'impose le désert sur leur territoire, la prospérité des Sères devait être immense. Ammien Marcellin les décrit comme s'il s'agissait d'un peuple idéal vivant dans un pays de Cocagne :

« Les Sères, de toutes les races d’hommes la plus paisible, sont absolument étranger à la guerre et à l’usage des armes. Le repos est ce qu’ils aiment par-dessus tout : aussi sont-ils voisins très commodes. Chez eux le ciel est pur, le climat doux et sain, l’haleine des vents constamment tempérée. Le pays est boisé, mais sans épaisses forêts. On y recueille sur les arbres, en humectant leurs feuilles à plusieurs reprises, une espèce de duvet d’une mollesse et d’une ténuité extrêmes, que l’on file ensuite, et qui devient la soie, ce tissu réservé jadis aux classes élevées, et que tout le monde porte aujourd’hui. Les Sères ont si peu de besoins, la tranquillité leur est si chère, qu’ils évitent tout contact avec les autres peuples. Des marchands étrangers passent-ils le fleuve pour demander du fil de soie, ou quelque autre denrée du sol, pas un mot ne s’échange ; le prix se fait à vue. Et les habitants sont si simples dans leurs goûts, qu’en livrant leurs produits indigènes, ils n’appellent en retour aucune espèce d’importation. » 23, 6, 67.

Pomponius Mela présente les Sères avec les mêmes caractéristiques :

Les Sères sont un peuple ami de la justice, pour la manière dont ils font le commerce, en exposant leurs marchandises dans la solitude.

3, 7.

La prospérité des Sères reposait donc avant tout sur le commerce. Outre l’accueil des caravanes de passage, les Sères affrétaient leurs propres caravanes qui passaient les cols de l'Himalaya pour échanger leurs marchandises dans les ports du Sindh et du Gujarat. Elles repartaient ensuite chargées d'épices et de parfums, qu'avaient apportés les navires arabes, perses, éthiopiens, gujaratis, tamouls ou sri lankais.

Dans son Histoire naturelle (6, 22), Pline l'Ancien témoigne de ce commerce maritime entre les Sères et l'île de Lanka. Les émissaires à Rome du roi de Lanka auraient déclaré aux Romains « qu'ils voyaient les Sères au-delà des monts Émodiens [Himalaya], et qu'ils les connaissaient même par le commerce. » Les Sri Lankais décrivent alors les Sères comme ressemblant en tout point à des Celtes ou à des Germains : « Les Sères dépassaient la taille ordinaire et ils avaient les cheveux rouges, les yeux bleus, la voix rude. » Pline ajoute enfin que les pratiques commerciales sont les mêmes en Méditerranéen que dans l'Océan Atlantique : « du reste, dit-il, les renseignements donnés par les émissaires indiens étaient semblables à ceux de nos négociants, à savoir que les marchandises étaient posées sur la rive du côté des Sères, qui les emportaient en laissant le prix si elles leur convenaient. »

Du côté occidental du Tarim, en direction de l'Asie Centrale, de l'Inde et de la Perse, se trouve la ville de Kashgar. Située au pied de l'Hindu Kush, entourée du désert, Kashgar signifie « la fontaine, la source » et possède ainsi la même étymologie sanskrite que la ville indienne de Kashi (ancienne appellation de la ville de Varanasi). Grosse bourgade prospère, dirigée par une élite indo-européenne bouddhiste jusqu’au début du premier millénaire, Kashgar est de nos jours un des foyers de l'islam ouïgour (les autorités chinoises y déplorent l'infiltration de djihadistes venus d'Afghanistan). De l'autre côté des actuelles frontières afghanes, tadjikes et kirghizes, se trouvent les vallées de Ferghana et du Pamir, souvent présentées comme le foyer d'origine des Aryens. À l'ouest de Kashgar sont les étapes suivantes de la Routes de la soie ; Tachkent, Samarcande et Boukhara.

Connu comme Daxia par les chinois, Tokharoï par les Grecs ou encore Tushara, les royaumes frontaliers de la Bactriane et de la Transoxiane sont la frontière entre l'Asie Centrale et le sous-continent indien. C'est là que se trouvent les fameuses et mystérieuses « Portes de Fer », mentionnées par les commentateurs d'Alexandre le Grand et de Huangzan. Ces Portes de Fer, évoquées par Arrien et Mégasthène, seront prises d’assaut par Héraclès, puis Alexandre le Grand lors de leurs compagnes indiennes.

Routes de la soie et des épices

La route de la soie

Emprunté depuis la fin du paléolithique, la « route de la soie » est l'axe migratoire, commercial et culturel qui relie l'Europe à l’Extrême Orient. Dans cette voie de communication, le bassin du Tarim occupe une importance stratégique : situé après les périlleuses montagnes de l’Himalaya et ses cols à 5000 mètres (Karakoram, Hindu Kush), le bassin du Tarim est la dernière étape avant la Chine, c’est-à-dire avant Xi'an, ville impériale chinoise considérée comme la première cité appartenant à l'aire culturelle historique du peuple han.

Se distinguent deux grandes voies principales : la voie méridionale et la voie septentrionale. La route méridionale possède comme point de départ (ou d'arrivée) la Méditerranée. Elle traverse le Moyen-Orient vers la Mésopotamie, rejoint l'Iran pour passer les montagnes de l'Himalaya et rejoint l'Inde par l'Hindu Kush, ou la Chine et le Tarim par la vallée de Fergana. La route septentrionale part quant à elle des Balkans. Elle contourne la mer Noire par le nord, puis traverse les steppes eurasiennes vers le désert du Taklamakan. La première route traverse donc les plus grandes civilisations antiques et historiques, la seconde traverse plutôt des grands espaces, alors occupés par des peuples nomades et dotés de rares comptoirs grecs ou nestoriens.

De nombreux peuples indo-européens dont les plus célèbres furent les Bactriens, les Sogdiens, les Tokhariens ou encore les Scythes prospérèrent grâce à cette voie de communication et d'échange.

« Il est certain que les gisements de jade, cette pierre encore considérée comme précieuse par les Chinois, mais bien plus appréciée aux époques préhistoriques, marquaient un des lieux d’étapes importants de l’une des anciennes voies. Les annales chinoises mentionnent fréquemment le pays de Khotan, c’est-à-dire l’angle sud-occidental des plaines que traverse le Tarim, et en célèbrent la capitale sous le nom de Yu-thian, à cause du yu ou jade que l’on ramasse dans les trois rivières convergentes descendues du Kuen-lun […]. à moitié chemin entre l’Atlantique et le Pacifique, les hautes vallées du Tarim où l’on recueille les admirables cailloux furent le centre de ce commerce. À l’époque où la contrée, alors très populeuse, était le lieu de rendez-vous des marchands, la récolte du jade, qui se faisait après chaque grande crue, était inaugurée par le souverain comme une cérémonie religieuse, et les plus beaux galets devaient être portés à son trésor. Des carriers exploitaient aussi directement les roches de syénite et de micaschiste pour en extraire les veines de jade. » É. Reclus, L’Homme et la Terre.

Outre des biens manufacturés de haute valeur, comme la soie produite en Chine, les artefacts en métaux précieux produits en Celtie et en Scythie, ou les peaux de bêtes sauvages chassées dans la taïga sibérienne, la route de la soie charriait aussi les idées et les cultes, ainsi que nous le montre la diffusion du bouddhisme, mais aussi du manichéisme ou, à un degré moindre, du tengrisme à travers l'Eurasie.

Alexandre le Grand entreprendra d'ailleurs la conquête de l'Himalaya nord occidental. Aussi étonnant que cela puisse paraître de nos jours, la puissance de l'Empire perse ne se trouvait pas dans ses ports ou sur son littoral, mais plus au nord, encastrée dans des montagnes. Elles étaient autant des verrous que des leviers du commerce et des échanges intercontinentaux.

Après avoir été de longs siècles gouvernés par des nations panthéistes de tradition perso-sanskrite, la route de la soie devint musulmane, puis mongole, et enfin turque. À présent elle se veut chinoise, comme en témoigne le projet pharaonique des « nouvelles routes de la soie ». Projet qui se donne comme objectif de connecter une nouvelle fois les ports méditerranéens et arabes, à la Chine continentale, à travers le passage de goulot de l'Hindu Kush (qu'une autoroute devrait bientôt traverser).

Dès la première prise de Khotan par les musulmans quelques années seulement après la mort du prophète Mohamed (632), la culture hétérogène indo-européenne d'Asie centrale périclita irréversiblement. Définitivement, après l'an mil, les invasions ouïgoures éradiqueront humainement et culturellement les dernières cités bouddhistes.

Si légendaires et évocatrices soit les noms de ces villes (Kashgar, Samarcande, Khotan), elles n'ont jamais hébergé que quelques dizaines de milliers d'habitants tout au plus. Éloignées les unes des autres par des sommets enneigés et des déserts, il leur fut impossible de conserver leur indépendance face à la montée en puissance des empires (kushan, sassanide, islamique et enfin communiste).

En cas de conquête massive et bien orchestrée, ces cités n'avaient ni la rigueur, ni même la capacité militaire de réagir ou de se défendre. En Europe, face à l'impossibilité de se défendre contre une armée bien entraînée et nombreuse, les cités prospères de Gaule se soumirent vite aux césars. Quelques siècles plus tard, ces mêmes cités gauloises se convertirent au christianisme à la suite des invasions germaniques. En Asie, les cités de la Route de la soie connurent le même sort. Les cités du Tarim se soumirent à chacun des cultes de ses envahisseurs respectifs. C'est ainsi qu'au panthéisme ancestral succéda le bouddhisme, importé par les élites kushanes. Au bouddhisme succéda l'islam, doctrine qui est de nos jours en passe d'être supplantée par l'athéisme chinois.

D'abord pilleurs des riches contrées chinoises, les Ouïgours furent repoussés vers l'est par les Hans. Ils suivirent alors les Mongoles dans leurs campagnes de conquêtes et de pillages vers l'ouest et les riches royaumes d'Asie centrale (Kashgar, Samarcande, Boukhara) puis vers les empires perse et indien.

Originellement nomades, détenteurs de croyances chamaniques et tengristes, les Ouïgours adoptèrent quelques siècles le manichéisme, puis se convertirent à l'islam et menèrent une guerre sainte contre toute forme de culte dissident (de même que les Mongols se convertirent en masse à l'islam pour s'intégrer à l'empire commercial musulman). Les Ouïgours détruisirent le passé panthéiste du Tarim. La population, blanche de peau, blonde ou rousse, fut forcée de fuir ou fut réduite en esclavage. Elle fut emmenée d'un bout à l'autre de la route de la soie, pour être revendue dans des marchés, afin d'être intégrée aux harems des nouveaux nababs. En quelques décennies seulement, des cultures disparurent à jamais.

Le Tarim et l'art bouddhiste des grottes des mille bouddhas (Dunhang, Gansu, Chine)
Le Tarim et l'art bouddhiste des grottes des mille bouddhas (Dunhang, Gansu, Chine)Le Tarim et l'art bouddhiste des grottes des mille bouddhas (Dunhang, Gansu, Chine)Le Tarim et l'art bouddhiste des grottes des mille bouddhas (Dunhang, Gansu, Chine)

Le Tarim et l'art bouddhiste des grottes des mille bouddhas (Dunhang, Gansu, Chine)

L'art bouddhiste et kushan du Tarim
L'art bouddhiste et kushan du Tarim

L'art bouddhiste et kushan du Tarim

Les peuples indo-européens du TARIM

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