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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Deux mythes originaires du bassin du Tarim

Les dragons nagas du lac de la ville fantôme

 

Le dragon est un des thèmes chinois les plus typiques. Il peut s'agir de deux types de dragons, soit le dragons céleste et bénéfique, soit un des dragons gardiens des direction cardinales. Le dragon dont il est question dans ces mythes est d'une autre nature; tout à fait indo-européenne. Huanzang emploie d’ailleurs le mot sanscrit Naga pour les désigner dans son conte. Le lac dont il fait mention se nomme Nagahrada, ce qui veut dire littéralement « le lac au serpent ». Ces dragons sont de type reptilien et non aérien, et rappellent les Hydres marécageuses homériques et indiennes. Un célèbre combat oppose d’ailleurs Héraclès à un monstre de ce type, ou encore Krishna au démon Kailya. Bénéfique en Chine, le dragon est un démon dans le monde indo-européen.

En outre, ce mythe évoque une coutume ancestrale des Indo-Européens : le sacrifice humain. Les rituels d'offrandes sacrificiels ont de tout temps été essentiels dans les rites indo-européens, mais avant que les offrandes de fruits et de fleurs ne soient préférées à celle de chaire et de viande, avant que les libations de beurre, de lait et de miel ne remplace celle de sang, le sacrifice humain était sporadiquement pratiqué. En particulier en cas d'épidémie, de calamité agricole ou encore de défaite militaire (sacrifice des vaincus comme des chefs défaillant).

Georges-Jean Pinault dans Les manuscrits tokhariens et la littérature bouddhique en Asie centrale (comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année, 1991), nous renseigne sur ce sujet avec pertinence :

Les Koutchéens avaient une croyance […] : «Si les nagas voient des passions perverses et (abandonnent) les pays, les eaux se tarissent». Elle fait intervenir le terme sanskrit naga, qui désigne les génies des eaux de l'Inde, des créatures mi-hommes mi-serpents. En tout cas, comme à Khotan, c'étaient ces génies qui faisaient couler les rivières et qui permettaient aux agriculteurs d'exercer leur activité. On conçoit aisément que le culte des dragons ait joué, dans le bassin du Tarim, un rôle fondamental. En fait, la légende khotanaise semble être un souvenir des sacrifices humains que l' on offrent aux dragons: on noyait un homme dans une rivière afin qu'elle continuât à couler.

G.-J. Pinault, op. cit.

Le conte khotanais qui suit nous est raconté par Xuanzang dans ses Mémoires sur les contrées occidentales.

 

*

 

Une rivière s'était subitement arrêtée de couler. Les champs n'étaient donc plus irrigués, or dans cette contrée désertique, l'irrigation était absolument nécessaire. Le royaume était donc en danger. Le roi obtint le conseil de faire des sacrifices et des prières au dragon qui habitait ce fleuve. L'ayant mis en application, il vit une femme surgir des eaux. Elle lui expliqua que, son mari étant mort, il n'y avait plus de maître pour donner des ordres, et que le fleuve ne coulait plus pour cette raison. Elle demanda au roi de choisir un de ses ministres, qui deviendrait son nouvel époux. De retour chez lui, le roi trouva un volontaire. Celui-ci partit pour le palais du dragon, sous les eaux, vêtu de blanc sur un cheval blanc.

Au nord d’une ville qui est située sur les frontières orientales du royaume de Koutche, il y avait jadis, devant un temple des dieux, un grand lac de serpents nagas. Les nagas se métamorphosèrent et s’accouplèrent avec des juments.

Elles mirent bas des poulains qui tenaient de la nature du dragon. Ils étaient méchants, emportés et difficiles à dompter ; mais les rejetons de ces poulains-dragons devinrent doux et dociles. C’est pourquoi ce royaume produit un grand nombre d’excellents chevaux.

Les anciennes descriptions de ce pays racontent que dans ces derniers temps, il y avait un roi surnommé Fleur d’or, qui montrait, dans ses lois, une rare pénétration. Il sut toucher les dragons et les atteler à son char. Quand il voulait se rendre invisible, il frappait leurs oreilles avec son fouet et disparaissait subitement. Depuis cette époque, jusqu’à ce jour, la ville ne possède point de puits, de sorte que les habitants vont prendre dans le lac l’eau dont ils ont besoin.

Les dragons s’étant métamorphosés en hommes, s’unirent avec des femmes du pays, et ils en eurent des enfants forts et courageux, qui pouvaient atteindre, à la course, les chevaux les plus agiles. Ces relations s’étant étendues peu à peu, tous les hommes appartinrent bientôt à la race des dragons ; mais, fiers de leur force, ils se livraient à la violence et méprisaient les ordres du roi.

Alors le roi, ayant appelé à son aide les Turcs, massacra tous les habitants de cette ville, depuis les enfants jusqu’aux vieillards, et n’y laissa pas un homme vivant. À présent, la ville est complètement déserte, et l’on n’y aperçoit nulle habitation.

Deux mythes originaires du bassin du Tarim

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