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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le sacrifice de l'être primordial (mythe indo-européen)

Le sacrifice de l'être primordial

Purusha est l'être cosmique, incarnation de Brahma, qui se sacrifie pour que son corps serve de matière à la création de l'Univers et des créatures qui la composent. En Perse, c'est Yima, qui finit massacré par Ahriman, après avoir longtemps régné avec justice et sauvé l'humanité du Déluge. En Scandinavie, c'est Ymir, le premier être, dont le démembrement donnera naissance aux premiers hommes :

Les dieux tinrent une nouvelle fois conseil, afin de savoir ce que devaient façonner les nains avec le sang d'Ymir. » Avec la matière de ce premier sacrifice, les dieux collaborent dans le processus de création : « Odin leur donna le souffle vital, Haenir les sens, Lothur le sang et les couleurs de la vie. »

Voluspa, Codex Regius, trad. Boyer.

Il en va de même pour la trinité hindoue : Brahma créa le souffle, le point de départ, la toile de la vie. Rudra créa les énergies, les sens et les sentiments. Et enfin Vishnou divisa les sexes, permettant ainsi le processus de création. En osant une comparaison exotique, Brahma est le circuit, Rudra le courant et Vishnou l'électricien.

Si la création est possible, c'est donc grâce au sacrifice d'un être primordial. Celui-ci se livre alors à d'autres divinités pour que soient créés l'Univers ainsi que chaque existence qui le compose. C'est le Purusha des védiques.

Purusha est l'être cosmique qui fut sacrifié par les dieux pour créer la vie. Chaque partie de son corps incarne une différente partie de l'Univers. Tout ce qui compose la vie fait donc partie de Purusha : la Terre, l'humanité, les animaux, les corps célestes, l'air, le ciel, les différents domaines divins (lokas) et les quatre directions.

Dans la 10e et dernière partie du Rig-Veda, Purusha est présenté comme étant à l'origine des castes, les varnas, qui s'incarnent dans ses différentes parties du corps : les prêtres (brahmanes) sont la tête, qui pense et s'élève spirituellement, les guerriers (kshatriyas) sont les bras, qui défendent le corps, les commerçants (vaishyas) sont le ventre, qui ingère la nourriture permettant d'être en vie, et les travailleurs (shudras) sont les jambes, dont les efforts soutiennent le corps tout entier. Ce Veda est cependant apocryphe aux Vedas originaux et il semblerait qu'il s'agisse d'un ajout tardif, probablement composé plus de 1000 ans après la rédaction des Vedas originaux, afin de justifier le système rigoureux des castes en vogue au Moyen-Âge indien. Car à part dans cet hymne à Purusha, il n'y a aucune mention des castes dans le Rig-Veda.

Dans la tradition des Upanishads, les commentaires postérieurs aux Vedas, Purusha n'est plus un être cosmique mais un concept, celui de la conscience et de l'impermanence, qui s'oppose au principe féminin de Prakriti, la stabilité et la permanence. Dans l'Univers, ce qui évolue et se transforme est donc Purusha, ce qui demeure invariable est donc Prakriti.

 

Pangu, l'être cosmique initial de la mythologie chinoise, est une figure très similaire à celle de Purusha. Première créature à s'incarner dans l'Univers, il est aussi le premier à mourir. À sa mort il se transforma : son souffle devint le vent et les nuages, sa voix donna naissance au rugissement du tonnerre et de ses yeux naquirent les éclairs, puis son œil gauche devint le soleil et le droit la lune. De même, ses quatre membres devinrent les extrémités de l’univers, ses coudes, ses genoux et sa tête devinrent les cinq montagnes sacrées, de sorte que sa tête devint le Mont de l’est [Tai Shan], son ventre celui du centre [Song Shan], son bras gauche le Mont du sud [Heng Shan, Hunan], le droit le Mont du nord [Heng Shan, Shaanxi] et ses pieds le Mont de l’ouest [Hua]. Quant à son sang, il forma les rivières qui abreuvèrent la Terre, ses larmes formèrent les fleuves, sa graisse les mers et océans et sa transpiration la pluie et la rosée.

Par ailleurs, son corps devint la terre, ses os devinrent des rochers, ses tendons le relief, sa chair les terres arables, ses cheveux les astres, les poils de son corps la végétation, ses dents les métaux et les roches, sa moelle les pierres précieuses et le jade. Enfin, la vermine et les mouches qui pullulaient sur son corps, disséminées par le vent, devinrent les animaux et les hommes.

La légende de Pangu raconte encore que le temps est clément lorsqu'il est content, mais qu’il fait mauvais temps lorsqu'il est en colère et que ce sont ses battements d’œil qui forment le jour et la nuit.

 

Mentionnons enfin la mythologie scandinave, toujours si proche de celle des Indiens. Odin et ses deux frères ont assassiné Ymir, le géant hermaphrodite initial. Son sacrifice permet à la création de commencer :

[Les fils de Bœrr] portèrent d’abord le corps d’Ymir au milieu de l’abîme de Ginnung, et en firent la terre : son sang devint la mer et les lacs ; la terre fut faite avec sa chair ; les montagnes furent faites avec ses os, les pierres avec ses dents et ceux de ses os qui avaient été brisés. [...] L’océan a été fait avec le sang de ses blessures ; la plupart des hommes pensent qu’on ne peut franchir cette limite. [...] Les fils de Bœrr ayant pris le crâne d’Ymir, en firent le ciel, et l’élevèrent au-dessus de la terre sur quatre angles saillants, supportés chacun par un nain.

Le Voyage de Gylfe, 8.

La forteresse de Midgard, « qui environne l’Univers et protège les hommes contre les attaques des géants » (X. Marmier, Les Chants Danois) fut construite avec les sourcils d'Ymir.

Le sacrifice de l'être primordial (mythe indo-européen)

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