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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

ANTHOLOGIE de prières grecques polythéistes

La méditation de Solon

Solon, Élégie aux Muses.

Trad. Falconnet

Filles illustres de Jupiter et de la belle Mnémosyne, Muses de Piérie [Grèce] écoutez-moi :

Que j’obtienne de la main des immortels la félicité

et de la bouche des hommes une gloire éclatante.

Toujours doux pour mes amis, redoutable à mes ennemis,

qu’aux uns j’inspire le respect, aux autres la terreur.

Je voudrais avoir des richesses, mais les posséder justement,

car la vengeance suit de près l’injustice ;

les richesses qui viennent des dieux sont solides,

celles que les hommes se procurent à l’aide de moyens criminels sont incertaines.

Enlevées par la violence elles suivent avec peine la main qui les reçoit ; elles s’allient bientôt à la calamité.

La calamité qui commence est d’abord un petit feu qui excite soudainement un grand incendie : dans le principe ce n’est rien, mais la fin est terrible.

Les trésors amassés par l’iniquité ne sont pas durables ; le dominateur éternel se hâte de les détruire.

Comme le vent du printemps, balayant devant lui les nuages après avoir ébranlé jusqu’au fond les flots de la mer et dévasté les riantes moissons de la terre, remonte victorieusement au ciel et rend la sérénité au monde : la force éclatante du soleil reluit dans nos plaines, nulle tache ne parait plus dans le ciel azuré.

Telle est la rapide vengeance que le roi de l’univers exerce sur les injustes ravisseurs ; sa colère est plus destructive que la colère de l’homme.

Le crime le plus secret ne peut rester caché à son regard pénétrant : il sait le découvrir au fond du cœur.

Tantôt il le punit à l’instant, tantôt il en diffère la vengeance.

Si quelque méchant nous semble d’abord échapper à sa destinée, elle n’en est pas moins certaine ; elle arrive toujours.

La punition méritée par les pères retombe même sur les enfants et leur postérité.

Mais nous, mortels insensés, nous persistons dans une fatale erreur, disant : « Les bons et les méchants sont traités de même dans cette vie », et nous n’abandonnons cette pensée injurieuse pour les dieux que lorsque nous voyons enfin les coupables à leur tour courbés sous la souffrance et les pleurs.

Souvent un homme dont le corps est malade espère à l’aide d’un esprit sain surmonter la maladie, un lâche se croit brave, un homme laid se persuade être beau, celui qui est opprimé par la pauvreté s’imagine posséder d’autres richesses ; ceux-ci ne sauraient rester en repos :

L’un court affronter tous les dangers des mers, joue sa vie pour entasser des trésors dans sa maison ; celui-ci plante des arbres, trace de pénibles sillons et se fatigue dans les travaux de l’agriculture ;

D’autres consacrent leur vie aux arts ingénieux de Minerve ou cherchent leur vie dans l’industrie de Vulcain ;

Il en est que les Muses célestes inspirent et que le don de la sublime poésie élève à la sagesse, il en est qui sont interprètes sacrés des oracles, qui annoncent les calamités futures, qui sont en rapport avec les immortels, mais ils ne peuvent malgré leur science dominer la destinée ;

Il en est qui professent l’art consolateur de Péon et qui connaissent les herbes salutaires sans pouvoir jamais écarter notre terme inévitable, car souvent la moindre douleur devient une grande maladie, et la science du médecin est impuissante, tandis qu’un autre mortel plus aimé des dieux rend de suite la santé au malade.

Tous nos biens et tous nos maux nous viennent du Destin : nul ne peut échapper à ce qui lui arrive d’en haut.

Notre vie est hérissée de dangers. On ne peut quand on entreprend une chose en prévoir la fin :

L’un commence avec sagesse, mais la sagesse l’abandonne au milieu de sa carrière : il se précipite alors et tombe dans une faute comme dans un précipice ;

L’autre débute avec imprudence, mais la protection d’un dieu vient à son secours ; il obtient un heureux succès : il est absous du crime de son imprudence.

Mais l’ambition des richesses ne connaît pas de limites : les plus opulents veulent le devenir encore davantage.

Qui pourrait satisfaire cette insatiable avidité ! Les dieux nous donnent bien, il est vrai, de bons conseils ; mais les penchants secrets de notre nature pour nous punir nous dominent toujours, et nous le sentons en nous chacun d’une manière différente.

Il est difficile de connaître l’étendue de la science universelle : elle est cachée dans une obscurité impénétrable ; elle repose hors de notre sphère en un lieu sublime, qui sert de limite à toutes choses.

II est cependant un Dieu maître suprême ; aucun des immortels n’a un pouvoir égal au sien. Nous ne pouvons avoir qu’une idée obscure de la divinité.

Conjurons donc ce maître suprême de répandre quelques rayons de sa gloire sur nos lois et de leur donner un heureux succès.

 

Les vers dorés

École de Pythagore

Trad. Lévesque

1. Révère les dieux immortels. C’est ton premier devoir. Honore-les comme il est ordonné par la loi.

2. Respecte le serment. Vénère aussi les héros, dignes de tant d’admiration, et les demeures terrestres ; rends-leur le culte qui leur est dû.

3. Respecte ton père et ta mère, et tes proches parents.

4. Choisis pour ton ami l’homme que tu connais le plus vertueux. Ne résiste point à la douceur de ses conseils, et suis ses utiles exemples.

5. Crains de te brouiller avec ton ami pour une faute légère.

6. Si tu peux faire le bien, tu le dois : la puissance est ici voisine de la nécessité. Tels sont les préceptes que tu dois suivre.

7. Prends l’habitude de commander à la gourmandise, au sommeil, à la luxure, à la colère.

8. Ne fais rien de honteux en présence des autres ni dans le secret. Que ta première loi soit de te respecter toi-même.

9. Que l’équité préside à toutes tes actions, qu’elle accompagne toutes tes paroles.

10. Que la raison te conduise jusque dans les moindres choses.

11. Souviens-toi bien que tous les hommes sont destinés à la mort.

12. La fortune se plaît à changer : elle se laisse posséder, elle s’échappe. Éprouves-tu quelques-uns de ces revers que les destins font éprouver aux mortels ? Sache les supporter avec patience ; ne t’indigne pas contre le sort. Il est permis de chercher à réparer un malheur ; mais sois bien persuadé que la fortune n’envoie pas aux mortels vertueux des maux au-dessus de leurs forces.

13. Il se tient parmi les hommes de bons discours et de mauvais propos. Ne te laisse pas effrayer par de vaines paroles : qu’elles ne te détournent pas des projets honnêtes que tu as formés.

14. Tu te vois attaqué par le mensonge ? Prends patience, supporte ce mal avec douceur.

15. Observe bien ce qui reste à te prescrire ; que personne par ses actions, par ses discours, ne puisse t’engager à rien dire, à rien faire qui doive te nuire un jour.

16. Consulte-toi bien avant d’agir ; crains, par trop de précipitation, d’avoir à rougir de ta folie. Dire et faire des sottises est le partage d’un sot.

17. Ne commence rien dont tu puisses te repentir dans la suite. Garde-toi d’entreprendre ce que tu ne sais pas faire, et commence par t’instruire de ce que tu dois savoir. C’est ainsi que tu mèneras une vie délicieuse.

18. Ne néglige pas ta santé : donne à ton corps, mais avec modération, le boire, le manger, l’exercice. La mesure que je te prescris est celle que tu ne saurais passer sans te nuire.

19. Que ta table soit saine, que le luxe en soit banni.

20. Évite de rien faire qui puisse t’attirer l’envie.

21. Ne cherche point à briller par des dépenses déplacées, comme si tu ignorais ce qui est convenable et beau. Ne te pique pas non plus d’une épargne excessive. Rien n’est préférable à la juste mesure qu’il faut observer en toutes choses.

22. N’entame point un projet qui doive tourner contre toi-même : réfléchis avant d’entreprendre.

23. N’abandonne pas tes yeux aux douceurs du sommeil avant d’avoir examiné par trois fois les actions de ta journée. Quelle faute ai-je commise ? Qu’ai-je fait ? À quel devoir ai-je manqué ? Commence par la première de tes actions, et parcours ainsi toutes les autres. Reproche-toi ce que tu as fait de mal ; jouis de ce que tu as fait de bien.

24. Médite sur les préceptes que je viens de te donner, travaille à les mettre en pratique, apprends à les aimer. Ils te conduiront sur les traces de la divine vertu ; j’en jure par celui qui a transmis dans nos âmes le sacré quaternaire source de la nature éternelle.

25. Avant de rien commencer, adresse tes vœux aux immortels qui seuls peuvent consommer ton ouvrage. C’est en suivant ces pratiques que tu parviendras à connaître par quelle concorde les dieux sont liés aux mortels, quels sont les passages de tous les êtres, et quelle puissance les domine. Tu connaîtras, comme il est juste, que la nature est, en tout, semblable à elle-même. Alors tu cesseras d’espérer ce que tu espérais en vain, et rien ne te sera caché.

26. Tu connaîtras que les hommes sont eux-mêmes les artisans de leurs malheurs. Infortunés ! Ils ne savent pas voir les biens qui sont sous leurs yeux ; leurs oreilles se ferment à la vérité qui leur parle. Combien peu connaissent les vrais remèdes de leurs maux ! C’est donc ainsi que la destinée blesse l’entendement des humains ! Semblables à des cylindres fragiles, ils roulent çà et là, se heurtant sans cesse, et se brisant les uns contre les autres.

27. La triste discorde, née avec eux, les accompagne toujours et les blesse, sans se laisser apercevoir. Il ne faut pas lutter contre elle, mais la fuir en cédant.

28. Ô Jupiter, père de tous les humains, tu pourrais les délivrer des maux qui les accablent, leur faire connaître qui est le génie funeste auquel ils s’abandonnent.

29. Mortel, prends une juste confiance ; c’est des dieux mêmes que les humains tirent leur origine. La sainte nature leur découvre tous ses secrets les plus cachés. Si elle daigne te les communiquer, il ne te sera pas difficile de remplir mes préceptes. Cherche des remèdes aux maux que tu endures : ton âme recouvrera bientôt la santé.

30. Mais abstiens-toi des aliments que je t’ai défendus. Apprends à discerner ce qui est nécessaire dans la purification et la délivrance de l’âme. Examine tout ; donne à ta raison la première place et, content de te laisser conduire, abandonne-lui les rênes.

31. Ainsi, quand tu auras quitté les dépouilles mortelles, tu monteras dans l’air libre ; tu deviendras un dieu immortel et la mort n’aura plus d’empire sur toi.

 

Prière d'immortalité

Pseudo-Sénèque, Hercule sur l’Œta (1, 1). Trad. Greslou

Hercule à Jupiter

Mais ce que je rappelle ici n’est que bien peu de chose.

Père, déjà le ciel épuisé ne peut plus suffire à la haine de Junon ton épouse ; la terre n’ose plus enfanter de monstres, ni me fournir de nouvelles bêtes à vaincre.

Ma valeur n’a plus où se prendre, et déjà il n’y a plus sur la terre d’autre monstre que moi.

Que de fléaux, que de crimes j’ai surmontés ou punis sans armes !

Tout ce que j’ai trouvé de terribles ennemis, ces seules mains les ont terrassés : les bêtes les plus cruelles n’ont effrayé ni ma jeunesse ni mon enfance.

Les travaux qu’on m’a imposés ne sont rien.

Aucune de mes journées n’est demeurée oisive.

Quels horribles monstres j’ai détruits sans attendre les ordres d’un tyran !

Mon courage m’excitait mieux encore que la haine de Junon.

Mais que m’a-t-il servi d’assurer le repos du genre humain ?

La paix n’est point dans le séjour des dieux : la terre voit dans le ciel tous les monstres qu’elle redoutait et dont je l’ai délivrée : Junon les a tous attachés à la voûte du ciel.

Le cancer qu'elle m'avait envoyé, tué par mes mains, entoure le tropique qui porte son nom, et brille sur les plaines de l’Afrique et mûrit les moissons.

Le Lion que j'ai terrassé agite dans le ciel sa brûlante crinière, dissipe l’humidité du vent du midi et enlève les nuages.

Tous ces monstres ont envahi le séjour des dieux et m’y ont précédé.

Vainqueur, je contemple mes victoires au-dessus de ma tête…

Pour me rendre le ciel redoutable, Junon l’a rempli de monstres et de bêtes féroces ; mais en vain, car dans sa haine, elle l’a rendu plus dangereux que la terre, plus affreux que le Styx : Hercule y trouvera place.

Père, si après tant de combats, et tant de monstres vaincus, je ne mérite pas encore de monter au ciel, je réunirai la Sicile à la côte d’Hespérie et ces deux terres n’en formeront plus qu’une.

Je chasserai la mer qui les sépare, si tu veux qu’elles s’unissent.

Je ferai aussi disparaître l’isthme de Corinthe, et, joignant les deux mers, j’ouvrirai une nouvelle route aux navires de l’Attique.

Je changerai la face de l’univers : je creuserai un nouveau lit au Danube ; j’ouvrirai une autre vallée au cours du Tanaïs [Don].

Confie-moi du moins, ô Jupiter ! la défense du ciel. Là où je serai, ta foudre n’aura rien à faire : que le pôle glacial ou la zone torride soient commis à ma garde, il n’importe ; les dieux y seront également en sûreté.

Des temples et le séjour du ciel ont été pour Apollon le prix de sa victoire sur un serpent ; mais que de pythons vaincus dans mon hydre !

Dionysos et Persée ont déjà pris place parmi les dieux : mais qu’est-ce que la conquête de l’Inde ? qu’est-ce que la défaite de la Gorgone ?

En vérité, aucun des enfants que tu as pu avoir avec la marâtre qui me persécute n’a mérité, par son courage, d’entrer dans le séjour des dieux.

Moi, ce que je te demande, c'est une place dans le ciel pour l’avoir porté.

 

Hymne à Musé

Fragment orphique conservé par St Justin le martyr (v. 100 – 165) dans A. Pierron, Histoire de la littérature grecque.

Je parlerai pour qui doit m’entendre.

Fermez les portes à tous les profanes sans exception ; mais toi écoute-moi, fils de la Lune à la lumière brillante, Musée ; car je te dirai la vérité.

Et ne laisse jamais, durant ta vie, s’échapper de ta mémoire les leçons qui ont auparavant éclairé ton âme.

Tourne tes yeux vers la raison divine ; applique-toi à elle ; dirige vers elle le vase intelligent de ton cœur ; marche droit dans le sentier, et n’aie de regards que pour le maître du monde.

Il est unique, né de lui-même ; de lui seul sont nées toutes choses ; lui seul a tout façonné.

Il circule au milieu des êtres ; mais pas un des mortels ne le voit en face : lui, au contraire, il les voit tous.

C’est lui qui dispense aux mortels les maux après les biens, et la guerre funeste, et les douleurs qui font verser des larmes.

Il n’est pas d’autre roi que le grand roi.

Je ne le vois pas, car une nuée le presse de toutes parts, et tous les mortels ont dans leurs yeux des pupilles mortelles, impuissantes pour apercevoir Jupiter, arbitre de l’univers.

Car le dieu est établi sur le ciel d’airain, dans un trône d’or, les pieds posés sur la terre, la main droite étendue au loin vers les limites de l’océan.

Devant lui tremblent les vastes montagnes, et les fleuves, et l’abîme de la mer azurée.

 

Hymne à Zeus

Cléanthe (-330 à -232)

Trad. Amiel

Ô toi qui reçus mille noms, Dieu tout-puissant, maître du ciel,

De la nature illimitée ordonnateur universel,

Salut ! Nous, les mortels, chantons ta bonté féconde,

Car de tous les êtres vivants peuplant la terre, l’air et l’onde,

L’homme, lui seul, est de ta race, et peut seul parler devant toi.

J’exalterai ta force immense et veux magnifier ta loi,

Autour de nous, sous ton regard le firmament et tous les mondes

Suivent d’un vol obéissant la ligne tracée à leurs rondes.

C’est dans ton invincible main que, prête à semer la terreur,

Dort comme un glaive étincelant, la foudre, elle dont la fureur

Fait jusque dans ses fondements tressaillir la terre ébranlée.

Sublime sagesse, c’est toi, c’est ton haleine, à tout mêlée,

Qui fait tout vivre, et tout anime, et tout gouverne, et soutient tout.

Âme du monde omniprésente, en qui tout germe et se résout,

Rien sur la terre ou dans les cieux, sans ton vouloir rien ne peut être,

Et rien n’arrive, hors le mal, le mal que l’insensé fait naître.

Mais encore là, ta main se montre, et tirant l’ordre du chaos,

Ramenant l’informe à la forme et dégageant les biens des maux,

Des haines tu fais de la paix, et des discordes une harmonie,

En sorte que ta loi toujours régit la nature infinie.

 

Prière néo-platonicienne

Porphyre (234 – 310), Philosophie tirée des Oracles, 10

Tard. Bouillet

 

Père immortel et ineffable, Prophète éternel,

Seigneur qui est porté par la voûte éthérée du ciel auquel tu imprimes un mouvement circulaire, toi qui des hauteurs où tu as établi le siège de ta toute-puissance vois tout et prête à nos prières une oreille bienveillante, écoute les enfants, que tu as placés ici-bas où tout change sans cesse.

C'est au-dessus du monde et du ciel étoilé que réside ta toute-puissance, brillante d'un éternel éclat.

Appuyé sur elle et rayonnant de lumière, tu communiques à l'Intelligence infinie la vie qui jaillit de ton sein en fleuve intarissable.

Cette Intelligence elle-même enfante l'univers en produisant une matière impérissable, qu'on nomme génération parce que tu t'enchaînes par les formes.

C'est ainsi que tu es entouré par les saints rois qui te doivent l'existence, ô souverain maître de tous les, êtres mortels, ô père des immortels bienheureux.

Il y a aussi une autre espèce de rois auxquels tu as également donné naissance, mais qui servent de ministres à ta puissance et à l'Intelligence que tu as enfantée la première.

Enfin, tu as produit encore une troisième espèce de rois qui se plaisent, comme tu le veux, à te célébrer chaque jour dans leurs chants et te considèrent face à face.

Tu es à la fois le père et la mère pleine de beauté ; tu es la fleur délicate de tes enfants, tu es la forme des formes, tu es âme et esprit, nombre et harmonie.

 

Prière dionysiaque au Soleil

Nonnos (v. 370 - 450), Dionysiaques, 40.

Tard. Marcellus

Soleil, roi du feu, principe du monde, éternel régulateur de la vie des hommes, toi qui parcours de ton disque brûlant tous les pôles, toi qui fais tourner autour de toi les douze mois de l'année, C'est de ton char que l'âge descend et se forme pour la jeunesse et la vieillesse à la fois ;

Œil de l'espace, que tu illumines, tu portes, dans ton char tiré par quatre chevaux, l'hiver à la suite de l'automne et l'été à la suite du printemps.

La Nuit, poursuivie par tes traits, s'enfuit détrônée dès que paraît ton joug argenté, et que la tête de tes chevaux qui se cabrent sous ton fouet montre le bord de ta lumière.

Obscure avant que n'apparaissent tes flammes, sous ton éclat la vaste prairie du ciel s'émaille d'étoiles plus brillantes. Tes feux se reflètent dans les cornes de la lune.

Baigné dans les flots de l'Océan oriental, tu secoues la tiède rosée de ta féconde chevelure, tu promènes une pluie bienfaisante ; tu répands sur la terre fertile le breuvage éthéré de la rosée matinale ; et, versant dans les sillons générateurs les dons de Déméter, tu fais croître et gonfler les épis sous ton disque.

On te nomme Baal sur l'Euphrate, Ammon en Libye, Apis sur le Nil, Zurvan en Perse, Marduk en Assyrie. Que tu sois Sérapis, le Zeus égyptien, que tu sois le Temps, ou Phaéton, que tu sois Mithra, le soleil de Babylone, ou l'Apollon delphique de la Grèce ; que tu sois Gamos, l'Union sacrée, que tu sois Péon, le médecin céleste qui apaise la douleur, ou que tu sois l’Éther car tes vêtements constellés d'étoiles illuminent le ciel pendant la nuit : écoute d'une oreille favorable et exauce ma prière.

 

Prière de Hercule au Soleil

Pseudo-Sénèque, Hercule sur l’Œta.

Tard. Greslou

(1, 1)

Soleil, roi brillant du jour, je te prends à témoin, tu m’as rencontré sur tous les points où pénètrent tes rayons, et ta lumière n’a pu me suivre dans tous mes triomphes.

J’ai dépassé ta carrière, et le jour est demeuré en deçà des bornes que je me suis posées.

La nature m’a manqué, la terre s’est trouvée trop étroite sous mes pas. La nuit s’est agrandie devant moi ; les dernières profondeurs du chaos sont venues à ma rencontre, et je suis remonté sur la terre de ces profonds abîmes qui entraînent tout à eux.

J’ai bravé les menaces de l’Océan, et nulle tempête n’a pu ébranler la partie du navire que je pressais du poids de mon corps.

(4, 4)

Poursuis maintenant ton chemin, ô Soleil ! qui vas rester seul au monde ; moi, ton compagnon dans tous les climats, je vais descendre dans la Terre : j’emporte du moins cette gloire au fond de l'enfer, que nul fléau n’a triomphé d'Héraclès à la face du jour, et qu’à la face du jour Héraclès a triomphé de tous les fléaux.

 

Prière à Cérès

Apulée, L'Âne d'or (11, 2 ,1)

Tard. Nisard

Reine des cieux, qui que tu sois, bienfaisante Cérès, mère des moissons, inventrice du labourage, qui, joyeuse d’avoir retrouvé ta fille, instruisis l’homme à remplacer les sauvages banquets du vieux gland par une plus douce nourriture,

Toi qui protèges les guérets d’Éleusis ; Vénus céleste, qui, dès les premiers jours du monde, donnas l’être à l’Amour pour faire cesser l’antagonisme des deux sexes, et perpétuer par la génération l’existence de la race humaine ;

Toi qui te plais à habiter le temple insulaire de Paphos, chaste sœur de Phébus, dont la secourable assistance au travail de l’enfantement a peuplé le vaste univers ; divinité qu’on adore dans le magnifique sanctuaire d’Éphèse.

Redoutable Proserpine, au nocturne hurlement, qui, sous ta triple forme, tiens les ombres dans l’obéissance ; geôlière des prisons souterraines du globe ; toi qui parcours en souveraine tant de bois sacrés, divinité aux cent cultes divers, ô toi dont les pudiques rayons arpentent les murs de nos villes, et pénètrent d’une rosée féconde nos joyeux sillons ; qui nous consoles de l’absence du soleil en nous dispensant ta pâle lumière ;

Sous quelque nom, dans quelque rite, sous quelques traits qu’il faille t’invoquer, daigne m’assister dans ma détresse, affermis ma fortune chancelante.

 

Hymne à l'Aphrodite céleste

Sapho

Tard. Falconnet

Immortelle Aphrodite, fille de Zeus, toi qui sièges sur un trône lumineux et qui sais habilement disposer les ruses de l’amour,

Je t’en conjure, n’accable point mon âme sous le poids des chagrins et de la douleur, mais plutôt viens à ma prière.

Comme tu vins autrefois, quittant le palais de ton père et descendant sur ton char doré.

Tes charmants passereaux t’amenaient de l’Olympe à travers les airs qu’ils agitaient de leurs ailes rapides.

Dès qu’ils furent arrivés, ô déesse ! tu me souris de ta bouche divine ;

Tu me demandas pourquoi je t’appelais ; quels tourments ressentait mon cœur, en quels nouveaux désirs il s’égarait ; qui je voulais enchaîner dans les liens d’un nouvel amour :

 

« Qui oserait te faire injure ! S’il te fuit aujourd’hui, bientôt il te recherchera ; s’il refuse aujourd’hui tes dons, bientôt il t’en offrira lui-même ; s’il ne t’aime pas aujourd’hui, il t’aimera bientôt lors même que tu ne le voudrais plus. »

 

Ô, viens, viens donc aujourd’hui, déesse, me délivrer de mes cruels tourments !

Rends-toi aux désirs de mon cœur ! Sois mon allié !

 

À Héraclès Cœur-de-Lion

Hymne homérique

Tard. Leconte de Lisle

Je chanterai Héraclès, le plus brave des hommes marchant sur la Terre

Le fils de Zeus, le ressemeleur des nuages, et d'Alcmène la Thébaine.

Il erra d’abord, par les ordres du Roi Eurysthée, sur la terre immense et la mer.

Il accomplit beaucoup de travaux terribles et subit beaucoup de maux.

À présent, il se réjouit, habitant la belle demeure de l'Olympe neigeux,

Uni pour l'éternité à Hébé aux beaux talons, la déesse de la jeunesse.

Salut, Roi, fils de Zeus ! Donne-moi la vertu et la félicité.

 

Héraclès

Héraclès

ANTHOLOGIE de prières grecques polythéistes

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