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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

La chasse du roi Harishchandra (mythe INDIEN)

Récit inspiré du Markandeya Purana

*

Un jour qu'il était en train de chasser à cheval à travers la forêt qui entourait Ayodhya, le roi Harishchandra entendit les hurlements d'une femme qui criait à l'aide. Empoignant son arc et y encochant une flèche, le bon roi se précipita dans la direction d'où venait la voix. Cependant, celle-ci n'était qu'une illusion créée par Ganesh incarné en Vighnaraja, « le Seigneur des obstacles ».

Ganesh, en truculent farceur, était en effet en ces lieux pour déranger le sage Vishvamitra, qui possédait là une cabane et y méditait sans bouger ni manger depuis de longs mois. Celui-ci était un ancien roi aryen qui, en son temps, avait dirigé une grande partie de la Terre. Retiré du monde, celui-ci préparait sa retraite vers Vaikuntha en vivant reclus.

Quand il vit arriver le roi ainsi armé pour la chasse, le dieu-éléphant eut alors l'idée d'entrer dans son corps afin de surprendre le sage.

Vishvamitra fut immensément troublé par l'irruption du roi en arme, prêt à faire jaillir le sang sur la terre battue de son ashram. Excédé d'avoir été troublé, énervé d'avoir par là-même perdu toute la sagesse qu'il avait acquise depuis des mois, le rishi s'emporta contre le roi et menaça de le maudire et de l'envoyer passer yugas à venir en compagnie de Yama et de ses yama-doutas.

Amusé de sa farce et content qu'à travers son subterfuge, Ganesh quitta promptement le corps d'Harishchandra qui reprenait enfin ses esprits. La chasse, qui aurait dû mener à la mort d'un animal, avait échoué, et par la même occasion Vishvamitra, en perdant son calme et en laissant s'exprimer sa colère, avait reçu une leçon d'humilité.

« Que m'est-il arrivé ? Qu'ai-je donc fait pour mériter l'abomination d'un rishi ? se demanda-t-il alors. Quoi que j'aie pu faire, vénérable Vishvamitra, je t'en demande pardon et je me couche à tes pieds pour te prier de m'en excuser. » Ce à quoi le roi accompagna l'acte à la parole.

Cependant l’ermite n'était pas satisfait : « À cause de toi, un volume incommensurable de savoirs s'est évanoui dans l'air au lieu de se nicher dans mon esprit afin de couler plus tard par ma bouche dans l'oreille de mes disciples, qui auraient ensuite répété ces paroles. Sans aucun doute, elles auraient rendu l'humanité plus juste et plus belle ! » 

_ Vénérable sage, protecteur de ma race, divin conseiller, s'écria le roi, dis-moi donc ce que je dois faire pour effacer la honte que je ressens à présent et qui va me coller à la peau tant que tu ne m'auras pas signifié le moyen d'entrer en pénitence... Quoi que tu demandes, je te l'offrirai ; quoi je doive faire, je le ferai, » promit alors Harishchandra.

_ Je ne te demanderai rien de plus que ce que chaque homme doit à son gourou, répondit le sage dont le courroux ne s'était pas calmé. Donne-moi donc le salaire qui me revient et qui récompense la peine que je me donne pour prier et honorer Brahma. »

Harishchandra, qui était à la tête d'un empire s'étendant sans partage sur le monde, fut d'abord content de pouvoir s'en tirer à moindre frais, car ce n'était pas les richesses qui manquaient dans son royaume. Cependant il dut très vite déchanter. En effet, alors qu'il avait demandé au sage quelle donation il voulait, celui-ci lui répondit d'une voix ferme et sans appel :

« Offre donc tes pierres précieuses et tes bijoux à ta courtisane, et laisse l'or et l'argent à qui ils appartiennent. Ce que je réclame de toi ce sont tes propres richesses c'est à dire absolument tout ce que tu possèdes, à part ta femme, la reine Shaivya, ton fils et bien sûr ton propre corps. »

Bien que triste à l'idée de renoncer à tout ce qui avait été sa vie jusqu'à présent, le roi accepta la proposition de Vishvamitra, trop soucieux de ne pas continuer son existence en enfer une fois expiré son dernier souffle.

Une fois que Vishvamitra fut entré en possession de tous les biens que possédait le roi des rois, y compris ses vêtements, le sage adressa au roi nu ces quelques mots :

« Ce que tu as fait est bien, mais ce n'est cependant pas encore assez pour t'éviter de passer tes vies futures au plus profond du Naraka... »

_ Vishvamitra, lui dit alors le roi déchu qui couvrait de son corps la pudeur de sa femme et de son fils, lesquels grelottaient tous les deux en sentant la nuit se rapprocher, comme tu le vois je n'ai plus rien à t'offrir comme donation... mais si tu me laisses un mois, je travaillerai et je te promets de trouver de quoi remplir encore ton bol à offrande. »

Les habitants d'Ayodhya, à l'écoute de ces paroles, firent triste mine. N’avait-on jamais vu un kshatriya travailler de ses mains ? Jusqu'où irait la vengeance de Vishvamitra et la décadence d'Harishchandra ?

Le lendemain matin du départ d'Harishchandra, quelle ne fut pas la surprise de Vishvamitra de constater que les couloirs du palais royal étaient vides, ainsi que les rues de la capitale. La cour, fidèle à son roi et à la dynastie qu'il représentait, avait suivi Harishchandra en exil, ce qui plongea une nouvelle fois Vishvamitra dans une colère noire. Sans même prendre le temps d'enfiler sa robe, celui-ci s’envola pour rattraper la cour et Harishchandra qui campaient dans une clairière située à quelques dizaines de kilomètres d'Ayodhya.

Voyant le roi déchu entouré de ses sujets, le sage lui cria du sommet d'un arbre sur lequel il s'était arrêté :

« Harishchandra, voici que je te retrouve entouré de tes sujets alors que depuis hier au soir ils m'appartiennent tous ! »

Piteux, Harishchandra n'eut pas l’outrecuidance de répondre au sage, et c'est avec les larmes aux yeux qu'il fit ses adieux à ses plus fidèles serviteurs qui l'avaient tant aimé, avaient quitté Ayodhya pour lui et attirer sur eux la colère d'un rishi.

Cependant, comme l'affaire n'allait pas assez vite à son goût, celui-ci descendit de son arbre en sautant de branche en branche comme un singe, puis il se saisit d'une branche et en frappa la reine Shaivya. Témoins de la scène, les quatre divinités gardiennes des directions, Kubéra, Yama, Indra et Varuna condamnèrent aussitôt Vishvamitra. Mais celui-ci était intraitable et, dans sa colère, lança même un sort aux dieux qui durent s’incarner quelque temps plus tard en des êtres humains et périr à la guerre afin d'accomplir la malédiction que le rishi leur avait jeté.

La chasse du roi Harishchandra (mythe INDIEN)

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