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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

NACHIKETAS et YAMA (conte indien)

Ce récit est extrait du Yajur-Véda Noir, aussi appelé le Krishna Yajur-Véda, une œuvre compilée vers 1200 à 1000 av. J.-C. Dans ce texte Yama apparaît comme le sage ultime, celui qui connaît le vrai sens de l'existence et qui est prêt à l'enseigner à celui qui n'est pas attaché aux biens de ce monde, comme à ses désirs et autres plaisirs.

Extrait de Katha Upanishad, associé au Yajur-Véda, traduit par Friedrich Max Muller.

*

Nachiketas, jeune homme fougueux et animé de talent, de sagesse et d'une maturité étonnante pour son âge, s'adressa ainsi à Yama, le seigneur de la mort :

« Ô Yama, comme tu es assez bon pour me laisser m'entretenir avec toi, je veux t'avouer que malgré mes études, mes méditations et mes efforts, il persiste en moi un doute qui à lui seul me plonge dans la plus complète obscurité : quand un homme est mort, certains disent qu’il existe encore, tandis que d’autres m'assurent qu'il n'est plus rien que de la poussière en devenir. Qu'as-tu à me dire là dessus ? Enseigne-moi donc, ô sinistre Yama, toi qui est le maître de ce qui n'a plus de maître, ce secret que toi seul peut connaître. »

Yama refusa d'abord de répondre et plutôt, il tenta le jeune homme avec des dons de toutes natures ; lui promettant la fortune, de belles femmes, une longue vie et de nombreux et variés plaisirs. Mais Nachiketas insistait :

« Ô Yama, je suis désolé, mais aucune de ces choses ne m’intéresse, car elles ne durent jamais que jusqu'au matin du jour suivant... Et d'ici là, elles auront tout de même épuisé la vigueur de mes sens et toutes ces momentanées richesses me laisseront plus que jamais dans le doute quand elles reflueront de ma vie. Or, ô Mort, chacun sait bien qu'une vie, même longue et entière, est toujours trop courte... Garde donc tes chevaux, garde donc tes danses et le chant des femmes, car la richesse ne rend aucun homme heureux. À présent que je me tiens face à toi, ô seigneur de la Mort, comment pourrais-je espérer jouir d'une quelconque richesse ? Du moindre plaisir ? »

Voyant que le jeune homme avait véritablement envie d'apprendre et donc que son enseignement ne serait pas vain, Yama lui répondit alors :

« Après avoir pesé les plaisirs les plus délicieux ainsi que ceux qui paraissent l'être, tu les as tous repoussés. En cela tu as très bien fait, car ta sagesse te permit de ne pas emprunter le chemin qui mène à la richesse, et par lequel tant d’hommes courent à leur perte. Innombrables sont ceux qui s’agitent dans l’ombre, qui croient être sages, mais qui, gonflés de sciences inutiles, tournent en rond en chancelant çà et là, comme des aveugles qui seraient conduit par d'autres aveugles. L’au-delà, aux yeux de tels enfants, jamais ne se dévoilera car l’illusion de leur propre fortune les trompe. Voilà le monde, pensent-t-ils, et il n’en est pas d’autre. Et c'est ainsi, jamais autrement, que chacun leur tour ils tombent encore et encore sous mon emprise et s'en viennent me rejoindre dans la Mort.

Convaincu que son jeune hôte Brahmane avait dompté toutes ses passions, et que ni le sacrifice, ni la foi dans les autres dieux, ni l’espoir du bonheur céleste ne le satisferont jamais, Yama accepta alors de lui enseigner la véritable nature du « Brahmane » qui constitue l’éternelle réalité du monde. Ce que voulait le seigneur de la mort, c'était d'amener Nachiketas à comprendre l’unité de son âme, ce qui consistait pour lui à accepter que sa propre conscience ne soit autre que le Brahmane, la seule chose qui soit dans l'univers véritablement immortelle.

Nachiketas, sache qu'aucun mortel ne vit d'inspiration ou d'expiration, le souffle de la vie provient d'ailleurs, et c'est vers ce même ailleurs qu'il retourne ensuite. Cette ailleurs est une source, c'est la divine conscience, mais tu ne pourras l'atteindre ni les Védas, ni par la philosophie, ni par aucune sorte d'étude. Celui qui le Brahmane choisit peut seul accéder au Brahmane, car la conscience cosmique l'a reconnu comme semblable à elle-même.

Le Brahmane est ce qui est éveillé dans celui qui dort... Il est la source des rêves alors que le cerveau est au repos. Il est l’Être glorieux, lui seul peut être appelé Immortel. Tous les mondes sont contenus en lui et aucun ne le dépasse.

De même que le feu, après qu’il ait pénétré le monde, d'une simple flamme devient chaque forme qu’il consume, de même l’Être Cosmique devient différent selon les êtres ou les choses en lesquelles il s'incarne... De même que le soleil, l'œil de l’univers, n’est pas contaminé par les impuretés qu'il aperçoit, de même l’Être Cosmique qui existe en toutes choses n’est jamais contaminé par la misère que charrient les existences, étant lui-même en dehors. Et en dehors de ce qui est, il n'existe que lui, qui n'est qu'un et indivisible. Il est l'âme de l'univers.

Yama ajouta :

« Il n'y a qu'un maître en ce monde, c'est l'unité qui est en toutes choses, c'est ce qui rend multiple la forme unique. Aux sages qui s'en aperçoivent et qui retrouvent à l'intérieur d'eux-même la présence de cette unité originelle et éternelle, ceux-là sont méritent de vivre et de mourir dans la félicité. Personne d'autre ne sera jamais digne d'une telle chance.

La forme du Brahmane ne peut être vue, personne ne peut le regarder avec ses yeux. C'est plutôt par le cœur, par la sagesse et par l’esprit qu'on peut espérer l'apercevoir. Ceux qui savent cette vérité sont immortels. Voila tout ce qu'il n'est jamais été utile à l'homme de connaître concernant sa vie, sa mort et tout ce qui s'ensuit. »

Yama, dieu de la mort
Yama, dieu de la mort

 

NACHIKETAS et YAMA (conte indien)

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