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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

SATI (divinité indienne)

SATI (divinité indienne)

Récit inspiré du Bhagavata Purana

 

Sati, la fille du rishi céleste Daksha, et dont le nom signifie Vérité, était une jeune fille qui avait décidé de dédicacer sa vie à l'adoration de Rudra avec lequel elle voulait se marier. Son père avait pourtant interdit leur mariage et lui refusait cette destinée de dévotion, pensant que le dieu sauvage était un lunatique qui n'appartenait pas à la descendance de Brahma et donc à la caste des brahmanes.

Sati s'entêtait pourtant dans son projet et Daksha, pour la forcer à prendre une autre voie que celle qu'elle voulait prendre, invita tous les dieux, sauf Shiva, à un sacrifice dédié à Vishnou. Or, durant cette cérémonie, où seraient présents les prajapatis, les dieux, ainsi que les plus héroïques des êtres humains, tous seraient invités à considérer Sati comme une fille à marier.

Alors que le rituel avait commencé, Sati se mit à accabler son père d'injures, puis elle s'assit en silence par terre, se tourna du côté nord, porta de l'eau à ses lèvres et s'enveloppa dans un sari safran, la couleur du combat, de la pureté, de la recherche de la vérité, ainsi que du chemin vers la Moksha. Ensuite, Sati ferma les yeux et entra dans la voie du yoga.

Refusant de céder à un autre que Shiva et voulant abandonner son corps, que son amant immatériel avait tant de fois placé par tendresse sur son sein, la vertueuse Sati, poussée par l'entêtement et la colère de son père, se soumit donc à l'épreuve qui consiste à renfermer en soi-même le feu du souffle vital. D'abord, elle cessa d'inspirer tout comme d'expirer, puis, par la force de sa pensée, elle fit monter de son nombril son souffle vital jusqu'à son cœur, puis le fit remonter jusqu'à sa gorge puis jusqu'au milieu de ses deux sourcils. Alors, pensant au nectar qu'elle boirait bientôt avec son époux et, purifiée de tout péché, elle entra alors dans une profonde méditation, faisant jaillir d'elle une flamme qui l’immola en quelques instants.

Rudra, le dieu omniscient, ayant appris la mort de sa disciple, se précipita là où se déroulait la cérémonie, tua un grand nombre d'invités et décapita même Daksha. Cependant, comme il venait de se livrer à un brahmanicide, c'est à dire au meurtre d'un brahmane, Rudra dut redonner vie au rishi dont il remplaça la tête atrophiée par celle d'un bélier, un animal entêté, violent mais symbole de fertilité, et qui était donc tout à fait à l'image de Daksha.

Rudra prit alors le corps de Sati entre ses bras et fou de douleur, il parcourut l'univers en pleure. Des larmes de Shiva tombèrent en quelques endroits sur Terre, dès lors doté du pouvoir de purifier quiconque les visiterait. Ivre de douleur, Rudra cessa aussitôt de méditer au maintien de la vie et aussitôt l’univers tout entier déclina.

Alors, afin de sauver une nouvelle fois sa création, et pour séparer le dieu en fureur du cadavre consumé de Sati, Vishnou lança dans l'espace son disque cosmique, qui plusieurs fois tourna autour du corps de Sati en le découpant. Des gouttes du sang de Sati tombèrent sur Terre, consacrant aussitôt autant les lieux miraculeux où seraient bâtis les principaux temples que les hommes érigeraient en l'honneur de Shakti, la déesse initiale, et de ses très nombreuses incarnations, dont Aditi, la Lumière et Sati, la Vérité, furent parmi les plus ancestrales.

Shiva transportant le cadavre de Sati. En haut à gauche, Vishnou prêt à lancer son disque.
Shiva transportant le cadavre de Sati. En haut à gauche, Vishnou prêt à lancer son disque.

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Le mythe de Rudra parcourant l'univers en laissant tomber des parties du corps de Sati, trouvera chez le latiniste une résonance dans un épisode mineur de la vie mouvementée d'Hercule. Silius Italicus (26 - 101), écrivain romain, décrit en effet un des épisodes du passage d'Hercule en Gaule d'une façon identique à celle des Puranas : une femme (Pyrène / Sati) entre en relation avec un être marginal et hors caste, nomade, maître de la nature et puissant de sa propre force (Hercule / Rudra), ce qui aura pour conséquence sa mort (dévorée par les loups / auto-immolation), et son démembrement, ainsi que l'immense tristesse de son divin amant. Leur relation de toute façon était marquée du sceau de l'interdit (viol / interdit de la caste). Plus intéressant encore, Sati, l'amante de Rudra, est une incarnation de la déesse Parvati, dont le nom veut dire « Filles / princesse des montagnes ». Or, le corps de Pyrène donnera son nom à la chaîne de montagnes éponyme (Pyrénées)...

Voici l'épisode en question du mythe d'Hercule et Pyrène tel que raconté par Silius Italicus (26-101) dans Punica (3, 415 à 441).

« Du haut de ces montagnes couvertes de nuages, Pyrène voit de loin l’Ibère séparé du Celte, et occupe la barrière éternelle qui divise ces deux vastes contrées : c’est le nom de la vierge, fille de Bébryce, qu’ont pris ces montagnes : l’hospitalité donnée à Hercule fut l’occasion d’un crime.

Hercule se rendait, pour l’accomplissement de ses travaux, dans les vastes campagnes du triple Géryon. Sous l’empire du dieu du vin, il laissa dans le redoutable palais de Bébryce la malheureuse Pyrène déshonorée ; et ce dieu, s’il est permis de le croire, oui, ce dieu fut ainsi la cause de la mort de cette infortunée.

En effet, à peine eut-elle donné le jour à un serpent, que, frémissant d’horreur à l’idée d’un père irrité, elle renonça soudain, dans son effroi, aux douceurs du toit paternel, et pleura, dans les antres solitaires, la nuit qu’elle avait accordée à Hercule, racontant aux sombres forêts les promesses qu’il lui avait faites. Elle déplorait aussi l’ingrat amour de son ravisseur, quand elle fut déchirée par les bêtes féroces. En vain elle lui tendit les bras, et implora son secours pour prix de l’hospitalité.

Hercule, cependant, était revenu vainqueur ; il aperçoit ses membres épars, il les baigne de ses pleurs, et, tout hors de lui, ne voit qu’en pâlissant le visage de celle qu’il avait aimée. Les cimes des montagnes, frappées des clameurs du héros, en sont ébranlées. Dans l’excès de sa douleur, il appelle en gémissant sa chère Pyrène : et tous les rochers, tous les repaires des bêtes fauves retentissent du nom de Pyrène.

Enfin il place ses membres dans un tombeau, et les arrose pour la dernière fois de ses larmes. Ce témoignage d’amour a traversé les âges, et le nom d’une amante regrettée vit à jamais dans ces montagnes. »

Le mythe du contact avec une goutte d'urine, de transpiration, de sperme ou de sang divin est un thème commun. On le retrouve dans le folklore ossète :

« Ils attelèrent les deux taurillons qui tirèrent le corps [de Batradz] jusqu'au sépulcre de Sofia. Mais quand ils voulurent l'y faire entrer, leurs peines recommencèrent : s'ils le présentaient par la tête, il écartait les coudes; s'ils le présentaient par les pieds, il écartait les jambes et les appuyait sur les montants de la porte. Ils retournèrent une troisième fois chez Dieu et Dieu leur dit : « il veut un présent de moi. » Et Dieu laissa tomber sur lui trois larmes.

Aussitôt Batradz se laissa introduire dans le sépulcre de Sofia où les Génies et les Esprits l'enterrèrent. Quant aux trois larmes de Dieu, là où elles tombèrent, surgirent les trois grands sanctuaires de l'Ossétie : Tarandjelos, Mykalgabyrtœ et Rekom. » G. Dumézil, Le Livre des héros, légendes sur les Nartes.

Citons encore une légende de la Dalmatie slave :

« En ces temps reculés, la Vierge Marie avait une couronne de perles, mais Satan voulait la voler. Alors qu'il avait volé des perles, Dieu le retrouva et Shayta dut encore s'enfuir, mais dans sa fuite il en laissa tomber. C'est pourquoi de nos jours, les bijoux de la couronne de Marie sont encore visibles, sous la forme de la Voie Lactée, autour de laquelle sont la nébuleuse lumineuse de la Pléiade, de l'Hydre, de la Ruche, de la constellation d'Orion) et de celle d'Andromède. En tous ces lieux furent éparpillées les perles de la vierge Marie. » Alberto Fortis, Voyages en Dalmatie (« le serpent au cent têtes », 1ère légende de la Vaeya).

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