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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les principales divinités VÉDIQUES et leurs correspondances indo-européennes

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Les principales divinités VÉDIQUES et leurs correspondances indo-européennes
Généalogie dévique
Généalogie dévique

Généalogie dévique

Brahma

 

Brahma (Museum CSMVS Mumbai)

 

Il est un maître souverain, un maître de tous les mondes… Cet être unique et inébranlable est plus rapide que la pensée, et les dieux eux-mêmes sont impuissants à concevoir ce suprême auteur qui les a tous devancés. Quoique immobile, il dépasse de beaucoup tous les êtres : il est plus léger que les vents ; il met en mouvement, à son gré, le reste de l’univers entier et déborde bien au-delà…

Prière à Brahma, Yajur-Veda.

Contrairement aux autres divinités de la Trimurti et du panthéon hindou, Brahma ne possède que très peu d'avatars. Il s'est rarement incarné sur Terre et seulement sous les traits d'obscurs gourous, tels Yajnavalkya, Dattatreya et surtout Valmiki, le sage indigène auteur du Ramayana.

Dans le Harivamsa et le Yajur-Veda, Brahma est né d'un œuf en or :

« De l’œuf ainsi ouvert, en même temps que les premiers rayons de lumière éclairaient l'univers, Brahma émergea, puis s’envola vers le sommet de l'univers, où depuis il trône sur un immense lotus rouge qui ne cesse d'éclore.

Du haut du ciel, les yeux ouverts sur un univers qu'il est seul à vraiment connaître, Brahma est capable de distinguer ce qui existe réellement de ce qui n’existe pas, car il est celui dont tout objet, toute existence, toute réalité est originaire.

Brahma, l’essence de l’univers, l'Être suprême, survivra à tout, de la même façon qu'il fut à l'origine de toute chose. Mais qui connaît exactement ses mystères ? Qui donc serait capable de nous les révéler ? Si les dieux sont nés, c'est parce que Brahma a bien voulu les faire naître, mais qui sait d’où Brahma lui-même provient ? Qui sait comment a émané de lui la Création et qui sait véritablement où se trouve l'origine des êtres et de l'univers ? »

Cet être unique et inébranlable, plus rapide que la pensée, plus léger que les vents, et que les dieux eux-mêmes sont impuissants à concevoir, est le maître de tous les mondes, le suprême créateur qui les a tous devancés, le grand architecte de l'Univers, le maître de l’immortalité, l'auteur de ce qui fut, de ce qui est et de ce qui sera. C'est pourquoi les hommes le représentent avec trois têtes, qui regardent chacune vers le passé, le présent et le futur. Mais en vérité, Brahma possède des milliers de têtes, des milliers d'yeux, et des milliers de pieds.

Quoique immobile, il met en mouvement l’Univers tout entier. De lui sort tout ce qui est animé et inanimé. Enfin, il est surtout l'inspirateur des Vedas qui renferment la science mystique et magique des anciens aryens et qu'il a lui-même dicté à de nombreux sages et poètes.

Pour son malheur, Brahma trompa sa compagne Sarasvati, elle s'en aperçut et le maudit aussitôt : et jamais plus il ne fut digne d'être prié sur Terre. De fait, les lieux de culte réservés à Brahma sont très rares. Il n'en existe qu'un en Inde, dans la région du Rajasthan, autour du lac de Pushkar. Un autre est situé au Tibet, près du lac de Manrosvar, qui fait face au Mont Kailash. Enfin, un dernier temple fut jadis érigé en l'honneur de Brahma par les Khmers à Angkor Wat, dans la jungle cambodgienne. Il n'en reste aujourd'hui que des ruines dévorées par la dense végétation.

 

Le dieu créateur

védique

Varuna – Prajapati – les Prajapatis (Maharishis)

brahmanique

Brahma (Prajapati)

hindou

Vishnou – Mahadeva (Shiva) - Brahma

vishnavite

Vishnou

shivaïte

Shiva

aryen du Mittani

Uruwana

perse

Zurvan - Ahura-Mazda, Khuda

sogdien

Xutaw (Khuda, Ahura-Mazda)

kailasha

Imro (Yama) – Mahandeo (Shiva)

arménien

Vanatur – Aramazd (Ahura-Mazda)

ossète

Xucau (Khuda, Ahura-Mazda)

orphique

Phanès (Zurvan, Brahma)

irlandais

Diana (« l'Inconnu »)

Kala Bhairav (Rudra)

Kala Bhairav (Rudra)

Le Temps : Kala

Brahma, le premier des créateurs, est à l’origine du temps, déifié sous la forme de Kala (« le temps » en sanskrit). Avant même qu'elle ne rencontre le soleil, Ratri, la déesse de la nuit donna naissance à l'Espace entre les choses, et c'est de cet espace vide mais en mouvement qu'est né Kala, le Temps. Kala est le maître de toutes les créatures qui perçoivent la réalité à travers son regard. C'est lui qui a établi la distinction entre le Jour et la Nuit. Maître des contrées abyssales et impénétrables de l'espace, il est le grand destructeur, celui dont la terrible étreinte dévore tout ce qui l'approche.

Dans les légendes hindoues et bouddhistes, Kala est assimilée au dieu de la mort, Yama, et à celle du grand démon illusionniste, Maya, le créateur de la réalité perçue par les sens. Personne ne peut échapper à l'emprise du temps et donc à Kala. Rama lui-même, l'incarnation terrestre de Vishnou, dut le suivre dans la mort quand celui-ci se présenta à lui. Occasionnellement, Kala peut être présenté comme le compagnon de la terrible déesse Kali, la destructrice de l'illusion, du mal et des maladies.

 

Le dieu du temps

védique

Brahma - Kala

hindou

Kirtimukha

perse

Zervan, Zurvan

sogdien

Zravan (Zurvan)

grec

Chronos - Ouroboros

romain

Saturne

slave

Dajbog – Triglav (Svarog)

tchèque

Kral-Tchaçou

Le Ciel

De nombreuses cosmogonies indo-européennes ont pour point de départ la séparation entre la terre et le ciel, entre la matière et l'espace. Il s'agit d'un des mythes les plus universels.

On le retrouve dans le Pacifique exprimé en des termes semblables à ceux des Vedas : « Dans cet espace cosmique encore inorganisé, chaotique, se formèrent peu à peu deux éléments : la Terre, Papa, et le Ciel, Rangi. Papa et Rangi flottaient dans l'espace, éloignés l'un de l'autre. » Les Fils du Ciel et de la Terre, récit inspiré des cosmogonies polynésienne et maorie, dans C.-C. Ragache, La Création du monde.

Dans cet espace cosmique encore inorganisé, chaotique, se formèrent peu à peu deux éléments : la Terre, Papa, et le Ciel, Rangi. Papa et Rangi flottaient dans l'espace, éloignés l'un de l'autre.

Les Fils du Ciel et de la Terre, récit inspiré des cosmogonies polynésienne et maorie, dans C.-C. Ragache, La Création du monde.

En Inde védique, Dyaus Pitar, « le père du ciel », émerge de Prithvi, la Terre, avec laquelle il s'unira en des pluies qui donneront la vie. Ce couple, naît du vide initial, Garbhodaka (nommé Ginnungagap en Scandinavie, Éther à Rome, Khulapye dans l'Adriatique, Chaos à Athènes).

Ces divinités du ciel vont être reléguées au second plan alors que s’instaureront les panthéons classiques, lors des âges d'or de leur civilisation respective. Ainsi, le Dyaus Pitar des Védiques, une fois que ceux-ci se sédentariseront en Inde, perdra de son importance par rapport à Indra. Chez les Hittites, le dieu en retrait s'appelle Kumarpi, il est le père des autres divinités. Dans la mythologie grecque, Ouranos est relégué par son fils Cronos, puis par son petit-fils Zeus. De même, le Dies Pater des premiers Latins sera oublié au profit de Mars et Jupiter.

 

Le dieu du Ciel

védique

Dyaus Pitar - Varuna

kailasha

Imra (Imro)

mazdéen

Ahura-Mazda

hittite

Attas – Kumarpi (Chronos, Brahma)

hourrite*

Kumarpi (Chronos, Brahma)

kassite*

Shuriash (Surya, Soleil)

arménien

Zojz

albanais

Zot, En

scythe

Papaios, Papeus (Zeus)

gète

Zalmoxis (Sabazios)

grec

Ouranos - Zeus

romain

Uranus - Jupiter (Zeus)

latin

Vedius (soleil couchant)

irlandais

Nuada (soleil couchant)

germanique

Tius

scandinave

Tyr - Vornir

slave

Rod - Svarog

estonien*

Taara, Uku - Kave

letton

Dievs

lituanien

Velnias

turco-mongol*

Tengri

 

Les principales divinités VÉDIQUES et leurs correspondances indo-européennes

La Terre

Mère, ma chère mère, tu n'es pas ma mère éternelle : C'est le Soleil, c'est la Terre, qui est ma mère éternelle. 

Daïna

Les divinités chthoniennes sont souvent féminines, et la Terre est invariablement une Déesse-mère. Dans le védisme, la déesse Prithvi, compagne du dieu du ciel, Dyaus Pitar, symbolise d'abord la matérialité (Aditi), née du chaos initial. Lors de la période puranique (1er millénaire apr. J.-C.), la planète Terre revêt l'incarnation de la déesse Bhumi. Bhumi est présentée comme une divinité vénérée par les dévas eux-mêmes, ils la considèrent comme la plus belle création de Brahma. C'est à la demande de la Terre, à l'écoute de ses pleurs, que les dévas interviendront pour la sauver des griffes des asuras et autres rakshasas, tels les frères Hirankashyapu et Hiranyaksha, ou encore Ravana.

Si Prithvi et Bhumi sont la même déesse (la planète étant elle-même un avatar de la Déesse-Mère Dévi-Parvati), leurs deux mythes sont bien différents. Le mythe de Prithvi fait de la Terre la proie récalcitrante de Prithou, le roi des hommes : elle sera chassée, puis soumise. Le mythe de Prithvi évoque le combat des premiers Aryens pour soumettre la nature, pour comprendre l'agriculture et se sédentariser après plusieurs millénaires de migrations perpétuelles.

 

La Terre

védique

Prithvi Mater, Bhumi

hindoue

Bhumi, Parvati, Dévi

perse

Zamyat

mazdéenne

Spenta Armaiti (pureté)

arménienne

Spendaramet

phrygienne

Zemyna

scythe

Apia

dace

Dacia felix, Dakia, Deciana, Baba Gaïa (Gaïa)

thrace

Gué, Gé

mycénienne

« Héra mycénienne »

grecque

Gaïa - Déméter

romaine

Tellus Mater, Terra Mater

ligure

« déesse-Terre »

gauloise

Modron

scandinave

Joro, Jord

slave

Zeme, Mat Zemlja

lituanienne

Zemyna, Zeme

lettone

Zemes Mate

estonienne*

Maaema

turco-mongole*

Ak Ana, Yer Tengri, Umay, Etugen, Ottuken

 

Le mythe de Bhumi raconte au contraire comment Vishnou, incarné en sanglier, la sauva du fond des mers où elle avait été noyée par un démon. Une fois la Terre sauvée, Vishnou la prendra comme seconde épouse afin d'y ensemencer à nouveau la vie. Le mythe de Bhumi est une réponse au mythe premier de Prithvi : une fois subjuguée, la Terre donna ses fruits aux hommes et permit aux créatures de prospérer. Mais l'âge d'argent succédant à l'âge d'or, puis l'âge de la destruction (Kali Yuga) à l'âge de bronze, et la Terre fut de plus en plus martyrisée par ceux qui la peuplaient, qu'ils soient hommes ou démons. Aux terribles et cosmiques asuras qui terrorisaient le ciel et les dévas, succédèrent les nuisibles rakshasas, qui brûlaient les forêts et dérangeaient la méditation des brahmanes. La Terre ne connut plus de repos, et c'est donc tout naturellement qu'un déluge de feux puis d'eau, mit fin au cycle des Temps.

La Terre se retrouve ainsi, de Prithvi à Bhumi, à l'origine comme à la fin du grand récit mythologique indien. Mère du ciel, sa première incarnation est la Matière, puis sous la forme de la terre nourricière, elle accepte le joug des hommes, dont elle assure ainsi la survie. Abusée, maltraitée, elle est celle qui périra au fond des abysses pour être ressuscitée par le dieu des dieux, le suprême bhagavan, l'être cosmique lui-même (un avatar de Vishnou : Rama, Krishna, Varaha, Matsya, etc.).

 

Surya sur son char solaire

 

Le Soleil

Outre les principaux éléments de la vie, le panthéisme s’intéresse aussi à tout ce qui peut être observé, admiré et donc vénéré. Les astres sont élevés au rang de dieux, particulièrement ceux qui ont une directe incidence sur la vie sur Terre, comme le Soleil et la Lune.

Le Soleil est sûrement, à l'échelle de la planète, la divinité qui fut jadis la plus communément priée. Il symbolise ce qui est éternel et qui procure la vie. Distribuant ses rayons sur la Terre sans distinction, il est l'incarnation de la générosité. Ne connaissant pas de rival, éclairant sans obstacles, il est aussi le dieu que l'on invoque avant les combats, tels le Sol Invictus des Romains ou le Mithra des Aryens. On le retrouve dans Shuriash, le Soleil des Kassites et dans Shamash, le Soleil des Élamites.

Au début du premier millénaire, avant que le Christianisme ne soit puissant, il existait un temple dédié au soleil dans chacune des villes qui peuplaient la route qui menait de l’Empire romain aux Indes, en passant par les empires égyptien, perse et scythe. La plupart des sénateurs rendaient un culte conjoint avec le Soleil, comme le faisaient les Aryens perses qui vénéraient Mithra et Ahura-Mazda, ou les Aryens indiens qui vénéraient Mitra, le soleil et Varuna, le Ciel et la lumière.

Dans la mythologie védique, la compagne de Surya, le dieu-soleil est la Nuit (Ratri), et sa maîtresse est l'Aube, (Ushas). « La Piété, prônée par les Vedas accouplés au Ciel, donna naissance au Jour, à la Nuit et à l'Aurore. » Ratri devint alors la déesse de la Nuit et sa sœur Ushas devint celle de l'Aurore. Ratri est l'épouse de Surya, le dieu-soleil. Néanmoins, c'est vers sa sœur que Surya fait caracoler son char, faisant de l'aube son amante.

Ratri et Ushas poursuivent sans fin la même route, mais elles n'y apparaissent qu’alternativement, selon l'ordre dicté par le Soleil. Sans jamais se bousculer, sans jamais s’arrêter, couvertes de la douce rosée, la Nuit et l’Aurore sont unies en pensée mais divisées en couleurs et en apparences. Toutes deux immortelles, elles se suivent, parcourant le ciel qu'elles affublent tour à tour de leurs couleurs.

Le Soleil et sa compagne légitime la Nuit donnèrent naissance à Reventa, le premier des esprits de la forêt, consacré patron des chasseurs et guerriers, protecteur des chevaux et de ceux qui voyagent à travers les jungles.

Chez les anciens perses et les cultes initiatiques du pourtour de la Méditerranée, le dieu solaire est Mithra, « l’œil du monde », le témoin de toute chose, et donc le garant de tous les serments.

 

Surya
Le dieu Soleil

védique

Adityas – Surya - Mitra (Soleil du matin) – Savitar

aryen du Mittani

Mihitra (Mitra)

aryen kassite

Shuriyas (Surya)

mazdéenne

Ahura-Mazda - Mithra - Rapithwin

zoroastrien

Hvare-khshaeta

zurvane-mithriaque

Zurvan (le soleil est sa manifestation)

alain

Un Dieu du feu et / ou du Soleil au nom inconnu

sarmate

Un Dieu du feu et / ou du Soleil au nom inconnu

hittite

Arina - Utu - Hatti Istanu (« soleil du ciel »)

louvite

Tiwaz

arménien

Arev, Ar

albanais

Dielli

scythe

Oetosyrus, Oitosuros (Apollon)

thrace

Apollon-Kendrisos

grec

Hélios

romain

Sol - Sol Invictus, Mithra - Phoebus (Hélios)

ligure

« Dieu-Soleil » représenté par un cygne

étrusque*

Cautha - Usil

celte gaulois

Bélénos - Grannos – Lug – Gargan (Gargantua)

celte insulaire

Sul - Grian

germanique

Sol

scandinave

Sol

slave

Khors et Hors (soleils d'hiver et d'été) - Dajbog

balte

Saule

 

Charles-François Dupuis (1742 - 1809), dans son admirable Abrégé de l’origine de tous les cultes, développe une théorie très pertinente : toutes les figures religieuses ou mythologiques seraient dérivées d'un dieu solaire initial. Au chapitre cinq, celui consacré à Héraclès et aux figures qui lui sont associées (dont le Phénicien Melkart), Dupuis avance :

« Les Phéniciens ont conservé la tradition qu’Hercule était le dieu Soleil, et que ses douze travaux désignaient les voyages de cet astre à travers les douze signes. Porphyre [v. 234 - 310], né en Phénicie, nous assure que l’on donna le nom d’Hercule au Soleil, et que la fable des douze travaux exprime la marche de cet astre à travers les douze signes du zodiaque. Le scholiaste d’Hésiode nous dit également que « le zodiaque, dans lequel le Soleil achève sa course annuelle, est la véritable carrière que parcourt Hercule dans la fable des douze travaux, et que par son mariage avec Hébé, déesse de la jeunesse, qu’il épouse après avoir achevé sa carrière, on doit entendre l’année qui se renouvelle à la fin de chaque révolution. » […] Héracléide, les Dionysiaques, la Théséide, les Argonautiques... Il n’est pas un des héros de ces divers poèmes qu’on ne puisse rapporter au soleil, ni un de ces chants qui ne fasse partie des chants sur la nature, sur les cycles, sur les saisons et sur l’astre qui les engendre. Tel est le poème sur les douze mois, connu sous le nom de chants sur les douze travaux d’Hercule ou du Soleil solsticial. »

 

 

Le temple solaire de Konark (Orissa, Inde)
Le temple solaire de Konark (Orissa, Inde)
Le temple solaire de Konark (Orissa, Inde)

Le temple solaire de Konark (Orissa, Inde)

La Lune

Considérée comme une planète, et non comme un satellite, la Lune est le pendant du Soleil. Dans le védisme, Chandra, le dieu-lune, est très présent dans les hymnes du Rig-Veda, mais il ne sera plus qu'une divinité secondaire alors que se développera l'hindouisme classique. La symbolique de la Lune est la même en Inde qu'en Europe, il s'agit donc d'une planète mélancolique, demeure de Shiva qui aime y méditer au calme.

L'autre divinité védique associée à la Lune est Soma, un dieu mystérieux qui symbolise les offrandes des hommes mais aussi la nourriture des dieux qui garantit l'immortalité. Dans la légende de Soma, racontée dans le Harivamsa, l’appendice au Mahabharata, la Lune apparut tardivement dans la Création. Elle est alors présentée comme un cadeau à la Terre, synonyme d'abondance.

 

La divinité Lune

védique

Chandra - Soma

shivaïte

Somnath (Shiva)

élamite*

Napir

hittite

Kaskuh

géorgienne*

Tetri Giorgi

scythe

Argimpasa (Aphrodite céleste)

phrygienne

Men

grecque

Sélène - Artémis

romaine

Luna

gallo-romaine

Sirona

thrace

Bendis

dace

Bendis

scandinave

Mani

slave

Tchernobog

balte

Meness

chinoise*

Cheng'e

 
Agni, dieu védique du feu

 

Le Feu

Afin de faciliter l'étude et la transmission de la métaphysique, les peuples préhistoriques ont inventé des divinités qui représentent non pas des êtres surnaturels, mais plutôt des éléments. Les Védiques considèrent le feu comme étant une des divinités les plus importantes, car il s'agit d'un des cinq éléments de la vie.

Les anciens Védiques distinguaient le feu du ciel, le feu immortel et divin, tout puissant, incarné par le dieu-soleil Surya, et le feu temporel, le feu consommateur de tout ce qui vit et meurt, le feu du foyer, de la famille et des oblations, incarné par Agni. Le feu cosmique, éternel, infini, insondable, semblable au Soleil, est distinct du feu du foyer, prométhéen, qui s'incarne sur Terre et qui est le maître faustien des passions, de la destruction, de la mort mais aussi de la régénération des champs. Dans les Vedas, Agni est souvent qualifié de « Rudra » (« rude, violent » en sanskrit). Agni-Rudra, c'est alors le feu destructeur de la fin des temps, le responsable du Déluge (rôle qu'assurera Shiva dans l'hindouisme).

Dans le Devi Mahatmatya (400 à 600), texte de la tradition shaktiste, Agni est ouvertement assimilé à Rudra. Agni est alors considéré comme le père de Skanda, tandis que son animal véhicule est un bélier (le même animal totem que Shiva, Cernunnos et Pan).

Agni est invoqué à chaque fois qu'il est fait mention du temps qui passe, de la mort, de ce qui se transforme et disparaît, le feu étant le suprême élément destructeur. Agni et le feu sont donc associés à la salive et à tout ce qui corrompt ou consume les offrandes. Un fidèle mangeant une galette de riz auparavant offerte à une divinité, fait donc l’œuvre du feu en la mastiquant. Un Indien considère en effet son corps comme un temple, c'est-à-dire comme un lieu sacré capable d'assurer la transformation du matériel en spirituel (la pratique du yoga et de la méditation repose sur de tels principes).

Agni est le lien ultime entre l'humanité et les divinités du ciel, car c'est grâce à la fumée que les offrandes sont amenées aux dieux, de même que c'est grâce aux flammes si elles peuvent être consommées, donc véritablement offertes.

Sur Terre, Agni corrompt et détruit, renouvelant ainsi la vie à travers l'étape obligatoire de la mort. Tel que nous l'enseignent les Vedas, c'est bien au Feu que Brahma confia la souveraineté et la défense du monde :

Brahma assigna lui-même les dieux protecteurs de ce qui venait d'être créé : Agni protégea la Terre, Vayu l'air et Aditi les domaines inaccessibles du divin. Ainsi, le Feu régna sur Terre, le Vent dans l'air et la Lumière dans les espaces éthérés de la conscience spirituelle.

La très riche mythologie slave reconnaît de nombreux dieux du feu, dont Ogon est un des plus célèbres. Krishen, aussi appelé Kresnik, est souvent rapproché du Krishna indien ; il est considéré comme le porteur du flambeau de la connaissance.

 

Le dieu du feu

védique

Agni

aryen du Mittani

Aknis

mazdéen

Atar (« feu sacré »)

alain

Un dieu du feu et / ou du Soleil au nom inconnu

sarmate

« Dieu du feu » au nom inconnu

ossète

Syrdon (Loki)

tchétchène*

Pkharmat (Prométhée)

géorgien*

Amiran (Prométhée)

tokharien agnéen

Aknis

albanais

En

grec

Héphaïstos (Sidérurgie, volcans) - Prométhée (voleur de feu)

dace

une déesse du feu

scandinave

Loki

slave

Svarog - Svarojich - Ogon - Kresnik

balte

Gabija

chrétien estonien*

Laurits (St Laurent)

 

Si Agni est une divinité très positive, à jamais ancrée dans le camp du bien et des dévas, dans les mythologies nordique et grecque, la créature mythologique associée au feu est présentée comme un traître. C'est lui qui a dérobé la science du feu aux dieux pour l'offrir aux hommes. Malheureusement, ces derniers sont inconséquents et s'en serviront mal. C'est Loki, fils adopté par Odin, frère jaloux de Thor, second héritier du trône d’Asgard. C'est aussi Prométhée, une semi-divinité considérée comme un des pères de l'humanité, mais puni par Zeus d'un châtiment éternel.

Zeus fit enchaîner Prométhée sur un rocher du Caucase. Le titan Prométhée est donc lié à une montagne que les Grecs assimilaient à l'Himalaya (si bien que lorsqu' Alexandre le Grand fonda ce qui deviendra Begram, à 60 km de l'actuelle Kaboul, il baptisa la ville Alexandrie-du-Caucase).

 

Le mythe des Ribbhus

Une légende semblable à celle de Prométhée, se trouve dans l'hindouisme. Il s'agit du mythe des Ribbhus. Ces demi-dieux forgerons descendirent sur Terre pour offrir leurs techniques aux hommes, mais ne manquèrent pas de fâcher les dévas. Lesquels leur refusèrent le retour à la divine cité d'Indrapura.

Le prajapati Angiras, le premier de tous les sorciers, le maître absolu de la magie noire, eut un fils, qu'il appela Sudhanvan. Sudhanvan eut lui-même trois fils, qu'il nomma les ribbhus (« les habiles » en sanskrit). Les ribbhus héritèrent de leur grand-père la maîtrise de la science occulte et grâce à leur intelligence, à leur maîtrise des techniques et à leur créativité, ces trois artisans gagnèrent bientôt un statut divin. Résidant alors à Indrapura, la cité céleste, ils créèrent sans relâche des outils et des armes pour les dévas afin que ceux-ci forçassent les éléments à respecter la loi de Brahma, le Dharma.

Cependant, un jour, alors qu'ils étaient de passage sur Terre, les Ribbhus furent saisis de pitié en voyant l'humanité vivre nue, sans habit, sans foyer, sans maison. S’intéressant de plus près à la race humaine, les Ribbhus remarquèrent que celle-ci ne possédait que ses mains pour gratter le sol en quête des racines dont elle se nourrissait. Plus encore, les Ribbhus pleurèrent en constatant que les hommes, les femmes et les enfants grelottaient dans la nuit de la terre, sans le secours des braises et du feu... Alors, sans plus réfléchir aux conséquences de leurs actes, les Ribbhus s'’incarnèrent sous une forme humaine et délivrèrent à l'humanité leurs nombreux savoir-faire, dont la maîtrise du feu n'était pas des moindres.

Dès lors, l'humanité se redressa, captura le feu, l'emprisonna dans un foyer puis le nourrit de bois. Les hommes se fabriquèrent des armes redoutables avec lesquels ils chassèrent tandis que les femmes inventèrent la couture puis le métier à tisser. Occuper à leurs nouvelles tâches, les hommes délaissèrent les dieux, et ce n'était plus que rarement qu'ils leurs envoyaient leurs prières et hommages. Satisfaits d'avoir porté secours à l'humanité et de l'avoir aidée à dépasser sa condition animale, les Ribbhus demeurent sur Terre afin de compléter leur existence humaine. Étonnés de recevoir moins de prières, encore plus étonnés de constater l'absence des Ribbhus qui préféraient vivre sur Terre que de rejoindre au plus vite Indrapura, les dévas commencèrent à maugréer contre les triplés artisans. Sur Terre, les ribbhus menèrent une vie pleine d'humilité et jamais ne demandèrent le salaire de leur invention. Leur exemple sema encore plus la discorde chez les dévas qui voyaient là une leçon d’humilité qui leur était envoyée, à eux qui vivaient dans le luxe d'Indrapura et dans le confort des offrandes de l'univers.

Arrivés au terme de leur vie sur Terre, les Ribbhus reprirent leur forme originelle et divine puis retournèrent simplement à Indrapura. Cependant, des dévas leur en refusèrent l'accès, leur reprochant leur complicité avec les humains.

Pour les sauver d'une éternité de souffrance passée à expier le crime qu'ils avaient commis et qui avait consisté à déstabiliser l'ordre cosmique, d'autres dévas intercédèrent en leur faveur. Après avoir écouté chacun des dieux, leur chef Indra demanda à Brahma de rendre les Ribbhus immortels en reconnaissance de leur immense pouvoir et de leur tout aussi grande humilité. Brahma accepta et Surya leur fit une place au cœur du soleil où ils résident depuis et résideront encore jusqu'à la fin des mondes.

 

Le Contrat (Mithra)

Mithra transforme les gorges les plus vastes en champs fertiles. » Avesta, yesht […] C'est pourquoi il faut honorer Mithra, à haute voix et par des offrandes purifiées.

Avesta, yesht 10

Mithra

Mithra

Si le désir est si puissant, c'est qu'il est le fruit des passions. Des règles doivent donc pouvoir exister pour les juguler. À l'instinct reproductif et prédateur, succède alors le contrat et le mariage. De telles cérémonies, de tels engagements, se prennent alors sous l'égide d'un dieu tutélaire, qui en est alors le témoin.

Dans la mythologie aryenne il s'agit de Mithra, « l’œil du monde », une divinité solaire, donc omnisciente. Chez les Hittites, Hatti Istanu est lui aussi « l’œil du monde. » Il est le témoin de tout ce qui est fait ou dit sur la Terre. Dans la mythologie slave, le garant des mariages est Siebog. Dans la mythologie nordique, le dieu de la justice est Forseti et c'est la déesse Var qui préside aux mariages. Cette dernière punit les parjures.

« Celui qui, dans le panthéon indo-européen, tient le rôle du Mitra védique ou du Mithra avestique est le Lumineux de la Foi jurée et des contrats. Dieu de l'esprit, il exerce la fonction royale, puisqu'il est le roi de notre monde qu'il n'a pas créé. Il donne ses lois aux hommes et veille sur eux en même temps qu'il s'occupe de gérer les choses dont ils ont besoin. Il est représenté par le Zeus Pistios des Grecs, le Dius Fidius des Romains, le Thiuz germanique qui deviendra Tyr dans la mythologie Scandinave. Appelé aussi le « Lumineux père », C'est lui que nous invoquons quand nous prions « Notre Père, qui es aux cieux… » Il est également surnommé le « Partageur », ou le « Contrat ». Il est le contrat personnifié, le dieu de l'ordre et de l'harmonie, le garant de la loyauté et des serments. Il est l'ami des hommes, le très serviable. Il s'intéresse plus à ce qui est proche de la communauté humaine. Il est le dieu des formes visibles et usuelles du feu et de l'ambroisie. Par le jeu des dons et contre-dons, de l'hospitalité, des pactes et des contrats, il facilite entre les hommes les traités et les alliances. Amical et bienveillant, il est doux, progressif, rassurant. Lui appartient ce qui se casse de soi-même, ce qui se cuit à la vapeur, la boisson qui enivre, l'intelligence des choses. » L.-Ch. Prat, Mithra et le mithriacisme.

Chez les Védiques, Mitra est célébré en même temps que ses frères Varuna et Aryaman. Il est le dieu des promesses, tandis que son frère, le déva Aryaman, est spécifiquement le garant des mariages et le protecteur de la lignée des Aryens.

Associé à Ahura-Mazda en Perse, c'est naturellement à Varuna qu'est associé Mitra en Inde :

« Le déva Mitra et l'asura Varuna sont couramment accouplés comme les deux faces antithétiques et complémentaires de la Souveraineté. Mitra en incarne l'aspect juridico-sacerdotal, bienveillant, conciliant, lumineux, proche de la terre et des hommes ; Varuna incarne l'aspect magique, violent, terrible, ténébreux, invisible et lointain. Mitra et Varuna garantissent tous deux, comme dieux souverains, le Rta, c'est-à-dire l'ordre cosmique, sacré et moral. Mais Mitra, dieu « ami », règle, les problèmes à l'amiable par des contrats entre les parties et par leur bonne volonté réciproque. Il harmonise, tandis que Varuna, dieu « lieur » est le gardien statique et redoutable du Rta. Mitra incarne donc quelque chose de la négociation réfléchie, de l'équité. Il est « force délibérante » tandis que Varuna est « force agissante ». » L. Ch. Prat, Mithra et le mithriacisme.

Les premières mentions de Mithra se trouvent dans les traités diplomatiques entre l'Empire Hittite et le Royaume du Mitanni (v. -1400), deux zones géographiques où les Aryens étaient présents avant même leur entrée en Inde et en Perse. Mais c'est son hymne avestique, bien plus tardif (v. -600) qui nous fournit le plus d'informations sur lui.

« Ahura-Mazda assigna à Mithra comme demeure l'étendue de la Terre et du monde physique. Pour lui, il construit un immense et lumineux palais au sommet de la montagne sacrée du Hara, où il n'y a ni nuage, ni jour ni nuit, ni vent glacé ni chaleur ardente, ni maladie, ni cause de mort, ni souillure démoniaque. Les Amesha-Spenta vivent aussi dans ce palais, tous unis au soleil et dévoué à Mithra. Depuis le sommet du Hara, le regard de Mithra s'étend donc sur le monde physique tout entier. Au plus haut du ciel, depuis son vaste observatoire, Mithra ne dort pas mais veille sans cesse. Et lorsque le coupable ou le méchant s'apprêtent à commettre leur méfait, il attelle son char et accompagné de l'archange Sraosha et de l'ange du Feu, il lui assène de violents coups et le frappe de ses rayons. Par ailleurs, vivant dans des grottes aux sommets des montagnes de la Terre, les ministres de Mithra observent les traîtres, enregistrent les fraudes et ne manquent pas de les lui rapporter. Personne ne peut tromper Mithra, ni le chef de maison, ni le chef de quartier, ni le chef d'un village, ni le chef d'une province. Si un chef de maison, un chef de quartier, un chef d'un village ou un chef d'une province cherche à le tromper, alors Mithra sera offensé et il détruira la maison et le quartier, le village et la province. Mithra irrité et offensé, s'en ira de ces régions et ne leur offrira plus sa protection céleste. Ceux qui trahissent Mithra, même en courant ne peuvent atteindre leur but et même en chevauchant, ils n'avancent pas, de même qu'ils ne peuvent diriger leur char. La flèche que lance l'ennemi de Mithra revient en arrière, portée par le vent et même si elle touchait sa cible, elle ne la blessera pas. Implacable, Mithra, fait pénétrer la terreur dans le corps même de ceux qui veulent le tromper. » Mihr yasht, yesht 10.

À la fin du premier millénaire av. J.-C. le culte de Mithra semble subir de nombreuses variations, pour finalement investir la Méditerranée sous la forme d'un culte à mystères dont on ne sait que très peu de choses. De divinité du contrat, de la justice et de sa vengeance, Mithra devient donc une divinité solaire, mais surtout une divinité guerrière. À la suite des conquêtes en territoire perse (Arménie, expédition dans le désert d'Arabie, émissaires en Sogdiane, Bactriane et même Chine), ce culte connaîtra une véritable popularité dans les armées romaines. Pour eux, le dieu-soleil, « œil du monde », sacrificateur du Taureau de vie, annonciateur du printemps, mais aussi fils de Dieu sur Terre, est alors le moyen d'atteindre le Dieu du ciel.

 

 

Le Vent

Le vent est personnifié en Inde et en Perse par Vayu. Dans le monde gréco-romain, ce sont entre autres Zéphyr, Borée et Éole, qui chacun personnifie une direction et une particularité (vent du nord, vent de printemps, tempête, etc.) Chez les Slaves, le dieu du tonnerre Stribog, le « dispensateur des bienfaits », est aussi le dieu du vent. Chez les Sogdiens, il s'agit de Weshparkar, le maître des interstices de l'espace.

Présent dans l'Avesta et le Rig-Veda, tout comme dans les récits mythologiques européens, le Vent est célébré comme un dieu majeur, car il représente un des éléments de la vie, mais il demeure un personnage très secondaire des divers mythes et légendes plus tardives.

 

Le dieu du vent

védique

Vayu

perse

Vayu

sogdien

Veshparkar

gréco-romain

Éole - Borée - Zéphyr - Notos - Euros

latin

Vejovis

scandinave

Vintr

normand

Esprits des orages et meneurs des nuées

slave

Stribog (air)

 

Indra

Indra, le seigneur du tonnerre et de la guerre, est l'un des plus anciens des dieux de l'humanité. Il est adoré sans discontinuité depuis le début du second millénaire avant J.-C. Mentionné dans les traités de Mitanni et dans les Vedas les plus anciens, il est le roi des dieux, le maître absolu du panthéon védique. Ses légendes sont d'abord celles d'un être belliqueux et foudroyant, qui combat ses consorts divins ainsi que les monstres qui menacent la vie sur Terre.

 

 

C’est par Indra que vivent tous les êtres, c'est lui qui a refoulé les démons dans des grottes ténébreuses et s’est emparé de leurs dépouilles comme un chasseur de sa proie. Car Indra est celui qui n’emploie sa puissance qu’à frapper sans cesse le Mal et le Faux. Il est celui qui immole les monstres et qui jamais ne pardonne l’impertinence.

Hymne à Indra, Rig-Veda, 2, 6, 4.

« Il est celui qui met l’ordre dans la confusion et donne la forme au chaos. Accompagné des Maroutes, qui brisent tout obstacle et transportent avec eux les nuées orageuses, Indra est celui qui est allé au plus profond de la caverne pour en délivrer les vaches célestes. […] C'est lui qui règne sur le soleil et l’aurore et c'est à lui qu'obéissent les eaux. Il est le modèle de l’univers, la source qui anime les êtres inanimés. Devant Indra, dont le bras est armé de la foudre, s’inclinent avec vénération le ciel et la terre et frémissent les montagnes ! Pour élargir l’horizon, il a élevé le soleil dans le ciel et pour nous offrir la prospérité, au milieu des vaches célestes, il a lancé sa foudre. C’est à Indra qu'appartiennent les chevaux rapides, les campagnes fertiles, les génisses, les villes, les chars remplis de richesses. [...] Dans les grandes comme dans les petites affaires, c’est Indra que nous invoquons ; Indra, qui s’unit à nous, et frappe nos ennemis de sa foudre. Dans les combats fertiles en butin, c'est Indra qui nous protège ; sois pour nous un allié terrible ! » Hymne à Indra, Rig-Veda, 1, 1, 4.

 

Le Vajra (foudre)

 

L'arme d'Indra est le vajra : une gerbe d'éclairs qu'il fracasse sur les ennemis de la race humaine, dont il est le protecteur. Le vajra est une arme indestructible qui provoque l'illumination parce qu'elle détruit l'ignorance. Dans les rituels tantriques, le vajra est le symbole masculin et la cloche le symbole féminin.

Airavata, son véhicule, est un éléphant blanc aux multiples têtes qui lui sert de char de combat. Indra est aussi armé d'épées, de sabres et de lances.

Son pendant féminin est la matrika Indrani, la déesse de la jalousie qui est aussi sa femme. Il vit en compagnie d'une foule de jolies jeunes femmes, dont les nymphes Ramba, Tilothama et Urvashi, la plus séduisante de toutes.

Le pendant grec d'Indra est Zeus, son pendant scandinave est Thor. La culture perse, connaît Indra sous le nom de Verethragna, le dieu garant des victoires militaires, le destructeur des obstacles. Le démon de la sécheresse Vitra est nommé « Apaosha » par les Perses.

 

Indra

 

Le dieu du tonnerre

védique

Indra et les Maroutes - Parjanya

aryen du Mittani

Intar, Indar, Indara

aryen kassite

Maruttash, Muruttas, Maraddas (Maroutes)

koutchéen

Ylainakte

perse

Ahura Mazda, Ormuz

kailasha

Indr, Varendr, Sajigor, Shura Verin, Balumain (Indra)

hittite

Tarhunt - Nerik - Im - Inar, Indara (Indra)

louvite

Tiwaz

arménien

Vahagn

scythe

Papaios

gète

Gebeleizis (Zibelthiurdos, Zalmoxis, Jupiter Urius)

ossète

Watsilla

géorgien*

Kopala

vainakh*

Sela

albanais

Perendi (divinité principale) - Zojz - Shurd - Verbt - Drangue

philistin

Baal

mycénien

« Zeus mycénien »

grec

Zeus

gréco-égyptien

Ammon-Zeus (Zeus, Amon)

romain

Mars - Jupiter

étrusque*

Tinia

dace

Gebeleizis, Gabeleisos

thrace

Zibelthiurdos

gaulois

Taranis (Jupiter ?)

germanique

Donar, Thor, Tyr

scandinave

Thor

normand

Esprits des orages et meneurs des nuées

slave

Péroun (Élie, Ilya) - Stribog

chrétien slave

Élie (foudre et éclairs)

tchakavien

Shtrigun (démon responsable des tempêtes et du tonnerre)

estonien*

Péko

letton-lituanien

Perkunas

 

Le dieu de la guerre

 

La guerre étant l'acte social ultime, un dieu lui est consacré. Il s'agit bien souvent du chef des dieux, dieu-tonnerre et dieu tutélaire d'un peuple tout entier, comme Indra dans la région du Sindh ou Thor en Scandinavie. Dans la grande majorité des cas, la divinité de la guerre est masculine. Occasionnellement, il peut s'agir d'une déesse, comme Athéna, gardienne de la cité et du peuple athénien, ou Anahita Sura Devi, protectrice des Aryens perses.

Skanda, le fils de Shiva, et Thor, le fils d'Odin, sont des dieux de la guerre qui tiennent leur pouvoir de leur arme. Le javelot de Skanda comme le marteau de Thor sont dotés du pouvoir de ne jamais rater leur cible. Vel, la lance de Skanda est aussi sa sœur et sa shakti (énergie motrice féminine), de même que Thor ne tient sa puissance que de son marteau.

Dans La vie et la mort des fées, Lucie Faure-Goyau nous éclaire sur la relation particulière qui unit un héros à son épée. Des similitudes évidentes rapprochent effectivement les fées des shaktis, qui sont l'énergie féminine propre à chaque créature.

Les vraies fées ouvrières de prodiges, ce sont les belles et brillantes épées des paladins : Durandal, Hauteclaire, Joyeuse. Elles ont des noms, et presque des âmes ; ou les aime comme d’éblouissantes et virginales fiancées. Il semble qu’on voie en elles les sœurs des Aude, des Ermenjart et des Guibourc, qui sont aussi de graves et belles héroïnes à l’âme pure et droite, dignes d’être aimées par des preux. Roland, avant chacune de ses actions, se demandait : « Que dirait Aude ? » Et celle-ci tomba morte, en apprenant la fin de son fiancé, car elle ne pouvait survivre à son amour.

L. Faure-Goyau, La vie et la mort des fées

Skanda est connu dans le nord de l'Inde sous plusieurs noms (dontKumara et Kartikeya sont les plus communs). Dans l'aire d'influence tamoule, Skanda s'appelle Subramaniya ou Murugan. Comme arme, son père Shiva lui offrit le Vel, une lance dont les trois parties (tige, partie large du fer et pointe) sont la puissance, l’intelligence et la victoire. Son animal véhicule est un paon, dont la beauté, l'aristocratie et la couleur pourpre sont les symboles de sa puissance. Tout comme le faucon, le paon est le prédateur des serpents. D'allure juvénile, ne portant qu'un pagne, Skanda possède comme couronne un bandeau en plume de paon.

D'étranges traditions, sans fondement historique, feraient état d'une relation entre Skanda et Alexandre le Grand, qui devint en Asie une divinité connue sous le nom d'Iskander, dont les nombreuses aventures inspirèrent les peuples turcs et perses.

 

Skanda

 

La divinité de la guerre

védique

Indra

hindoue

Skanda, Kartikeya, Kumar

tamoule*

Murugan (Skanda)

aryen du Mittani

Intar (Indra)

perse

Bahram, Verethragna

sogdienne

Wsγn (Verethragna-Indra) - Adbad

bactrienne

Orlagno (assimilé à Bahram)

kailasha

Gish - Munjem Malek - Les Varoti et les Suchi

alaine

« Dieu de l'épée plantée en terre. »

sarmate

« Dieu de l'épée plantée en terre »

(dont il ne faut pas prononcer le nom)

scythe

« Arès-scythe » (dont il ne faut pas prononcer le nom)

sace

Varlagn (Bahram)

ossète

Batraz (Arès, dixit Dumézil)

arménienne

Nane (Athéna) - Anahit (Anahita)

hittite-hourrite

Zabab

mycénienne

« Arès mycénien » – « Athéna mycénienne »

grecque

Arès - Athéna

romaine

Mars - Bellone

étrusque*

Laran (Mars)

dace

Un dieu de la guerre au nom inconnu

thrace

Pleistor

gauloise

Toutatis (Mars, Mercure ?) - Taranis (Jupiter), Dis Pater (Pluton ?) - Ésus (Mars)- Rudianos - Lenus (Mars) - Condatis (Mars)

gallo-romaine

Smertios (Mars)

celte insulaire

Caswallawn - Condatis (Mars)

irlandaise

Morrigan - Badb (« Corbeau de combat »)

lusitanienne

Runesocesius - Carioceco

germanique

Tuisto

franque

Zio

saxonne

Irmin

scandinave

Thor - Tyr

slave

Péroun (Élie, Ilya) - Vélès - Svantovit - Radigost, Rugevit – Ranovit, Iarovit

tchakavienne

Tyarmal (démon responsable des guerres et des tremblements de terre)

estonienne*

Taara, Tharapita

lituanienne

Kauriraris

 

Rudra

La nature dans son ensemble, sauvage, dangereuse, mais aussi généreuse, est représentée par des dieux bucoliques, moins étincelants et plus ambivalents que les dieux élémentaires. En Inde védique, il s'agissait de Rudra, le colérique dieu insoumis qui vit en marge des autres divinités.

Plutôt que Rudra, les Védiques vénéraient plus généralement des divinités jupitériennes comme Indra ou Varuna. Quant au principe destructeur et régénérateur, il était incarné par Agni, le dieu du feu. Rudra n'est donc pas une divinité majeure du panthéon védique, mais plutôt une divinité dont le culte prédatait l'arrivée en Inde des premiers Aryens, et perdurera après la fin du brahmanisme.

Ce « maître de la nature » est en effet abondamment présent dans l'iconographie de la civilisation de la vallée de l'Indus, qui prédate l’acculturation aryenne du sous-continent. On retrouve aussi sa trace en pays dravidien : depuis la plus haute Antiquité et jusqu'à nos jours, Shiva, sa parèdre et leur fils Murugan y sont des divinités majeures.

Vers la fin du premier millénaire avant notre ère, la civilisation de l'Indus, l'aryenne et la dravidienne, se mélangèrent pour ne plus faire qu'une. Dès lors, Rudra cessa d'être une divinité de second plan pour devenir Shiva-Sureshwar, « le seigneur des seigneurs », le dieu des dieux.

Le védisme des dévas battu en brèche par des cultes plus populaires et plus accessibles, Shiva et sa famille devinrent les sujets d'innombrables légendes (« puranas »), et Rudra-Shiva remplaça Indra au sommet du panthéon indien. Shiva prit alors le nom de Mahadeva, « le plus grand des dieux ».

Si les divinités élémentaires, les dévas, sont des fils et des petits-fils de Brahma, ce n'est pas le cas de Rudra, qui ne connaît ni la mort ni la naissance et dont la présence précédait la création elle-même. Colérique et violent, il est Rudra, mais calme et méditatif, il est Shiva, un mot qui signifie littéralement « le doux » en sanskrit.

Dans l'un des hymnes rig-védiques qui lui est consacré (1, 8, 2), Rudra apparaît effectivement ambivalent, capable du meilleur comme du pire. Il est donc célébré pour sa générosité, mais aussi pour se prémunir de sa fureur :

« Grâce au sacrifice que Manu, notre ancêtre, lui avait adressé, Rudra put récupérer sa part du sacrifice des dieux. Aujourd'hui, comme il nous redistribue cette part, nous lui adressons de nouveaux rituels.

Nous invoquons Rudra, le meilleur des dieux, car il est notre refuge, et qu'il nous envoie la pluie comme remède à nos problèmes ! Il est le maître des mantras, de la magie, des chants religieux et des sacrifices, et c'est lui qui nous accorde l'extase du véritable bonheur. Avec lui nous invoquons aussi le sanglier céleste, pour qu'il nous donne nourriture, vêtement et maison !

Rudra, nous sommes ton peuple, fais que nous soyons bien portants car c'est ta faveur seule que nous souhaitons. Sois bon pour moi, pour mes enfants et mes petits-enfants. Épargne parmi nous le vieillard et l’enfant, le père et le fils. Épargne celui et celle qui nous ont donné le jour.

Rudra, abstiens-toi de frapper les personnes qui nous sont chères et éloigne de nous ta colère, qui tue les vaches et les enfants. Répands plutôt ta bénédiction sur nos troupeaux de chevaux, de brebis, de béliers, de vaches, sur nos hommes, nos femmes, nos enfants, et sur tous les autres biens qui répondent de toi. »

Le Sri Rudram développe le thème du dieu ambivalent, amoral mais généreux.

« Rudra, nous t'adressons nos salutations respectueuses et nous nous prosternons entre tes bras, devant ta divine colère ainsi que devant ton arc et tes flèches. Puissent tes flèches nous êtres tendres et nous bénir, elles qui depuis ton carquois pourvoient à toutes les douceurs.

Rudra, maître des montagnes, que ton aspect ne soit pas à l'image de nos vices et que ton doux regard se pose sur nous et nous tranquillise en nous révélant notre véritable nature. Ton bras féroce, levé au ciel, ne l'abaisse pas sur les êtres vivants, transforme-le plutôt en corne d'abondance, ô toi qui depuis le sommet de la montagne irradie le monde de douceur.

Ô toi qui es notre protecteur, notre porte-parole, notre docteur, notre dieu suprême, réduis en poussière le serpent qui est en nous et qui est la source de nos vices. Comme un soleil, rougeoyant, brûlant, brillant d'un milliard de feux, protège-nous de la colère de tes fils, les Rudras, qui comme des rayons parcourent l'univers pour y semer la haine et la discorde. [...]

Seigneur de la douce colère, détache ton arc aux deux bouts, et lâche les flèches qui devaient l'armer. Ô dieux aux mille yeux, émousse tes flèches, et sois notre bienfaiteur, sois celui qui nous calmera. Ô Seigneur, toi qui portes ta chevelure en chignon tel un rishi, détends la corde de ton arc et vide au sol ton carquois des flèches qui nous étaient destinées. Fais donc de ton arme l’outil de ta générosité, entoure-nous de tes bras et protège-nous des maladies et du vice.

Nous nous prosternons donc devant toi, et devant l'arc que tu brandis et dont tu nous menaces mais que nous savons inoffensif. Que tes flèches lancées de toutes parts nous contournent, que ton carquois rempli gîse à tes pieds… » Sri Rudram, 1,1.

Ou encore :

« Ô Rudra, maître du monde, ne trouble pas nos aïeux, ne trouble pas nos enfants, qu'ils soient à nos côtés ou dans le ventre des femmes, ne les trouble pas non plus, ni nos pères, ni nos mères et tiens ta colère éloignée de ceux qui nous sont chers.

Ô Rudra, Maître du monde, n'afflige pas nos enfants et nos petits-enfants, ne réduis pas la durée de nos vies, n'afflige pas notre bétail, ni nos chevaux. N'afflige pas non plus ceux qui nous aident et travaillent pour nous. Ainsi nous te dédicacerons de nombreuses libations et d’innombrables offrandes.

Ô Rudra, Maître du monde, ne tue pas les êtres, ne tue pas les gens, ne tue pas nos gens, sois bénéfique, apparais à nous sous ton aspect le plus gracieux, sois de notre côté, sois à nos côtés. Ô Rudra, protège-nous, aies pitié de nous, et fais pleuvoir sur nous une pluie de grâce venu d'un autre monde. [...]

Que tes projectiles, ô Rudra, nous contournent mais que ta violente colère brûle la méchanceté dans nos actions et éradique nos mauvaises intentions. Détache la corde de ton arc pour ceux qui sont généreux avec toi et rends nos enfants beaux et forts en échange de nos rituels, offrandes et sacrifices. » Sri Rudram, 1, 10.

 

Divinités de la nature

védique

Pashupati - Rudra (Shiva)

hindoue

Shiva (Rudra)

hittite

Kal

ossète

Æfsati

géorgienne*

Dali - Bochi (Pan)

caucasienne

Apsat (divinité des oiseaux et des animaux)

phrygienne

Sabazios (Jupiter - Dionysos)

thrace

Sabazios (Jupiter - Dionysos)

mycénienne

« Dionysos mycénien »

grecque

Pan et ses satyres - Dionysos

romaine

Faunus et ses Faunes - Priape

corse

Orcu

étrusque*

Fufluns

dace

Bendis (forêts, herbes, saisons et Lune)

gauloise

Sucellos (Sylvain) - Cernunnos - Sirona

picarde

Casseu-d'bo (aulne) – Bokillon (bouleau) –Houppeaux (chêne)

savoyarde

L'Homme vert

celte insulaire

Cocidius - L'homme vert

irlandaise

Dagda (Sucellos) - Annwn (Cernunnos)

scandinave

Odin

slave

Lada - Vélès (Saint Vlassi) - Svyatobor, Svyatibog

 
Divinités de la chasse (et des forêts)

védique

Pushan - Pashupati (Shiva)

kailasha

Suchi (chasse) - Jach (nymphe des pâturages)

arménienne

Nahit (Artémis, Diane)

ossète

Æfsati

géorgienne*

Dali - Bochi (Pan)

caucasienne

Apsat (divinité des oiseaux et des animaux)

roumaine

La Mère de la forêt (sorcière)

mycénienne

« Artémis mycénienne » - « Dionysos mycénien »

grecque

Pan et ses satyres - Artémis (Iphigénie)

romaine

Faunus et ses Faunes - Diane (Artémis)

étrusque*

Fufluns - Arthume, Aritimi (Artémis, Diane)

dace

Bendis (forêts, herbes, saisons et lune)

celte

Artio

gauloise

Sucellos (Sylvain) - Cernunnos - Sirona

vendéenne

Roi Artus (chasseur nocturne)

savoyarde

L'Homme vert – Chasse sauvage

celte insulaire

Cocidius - L'Homme Vert

irlandaise

Annwn (Cernunnos) - Le chevalier noir

germanique

Cherserquine – Diane de Trèves

scandinave

Odin

slave

Lada - Vélès (Saint Vlassi) - Liéchi, Letchi (Sylvain) – Dziewona, Diewana

balte

Zvoruna

lituanienne

Medeina

 

 

Divinités de la fertilité, des récoltes et de la fécondité

 

 

védiques

Prithvi Mater, Kamadenyu (la vache céleste)

hindoues

Parvati, Sita, Dévi - Shiva Lingam (Dionysos, Priape) -

Kamadenyu

mazdéennes

Spenta Armaiti (Terre)

mithriaques

Homa (Bacchus)

nuristanis

Nirmali

kailashas

Munjem Malék - Dezalik, Disini, Kotsomaiush (déesse de la santé, accouchement, vie, défense des femmes)

hittites

Telibinu, Telipinu - Kubaba

louvites

Kubaba

hourrites*

Shaushka – Kumarbi

arméniennes

Astlik (Vénus, Inana)

ossètes

Watsilla - Satana (Satanaya, Setenej)

géorgiennes*

Adgilis Deda - Beri-Bera - Lamara - Zaden

scythes

Tabiti (Grande déesse)

thraces

Cotys

phrygiennes

Agdistis (Cybèle, Magna Mater, Damia) - Cotys

philistines

Dagon

mycéniennes

Diwia (déesse-Mère) - « Déméter mycénienne » – « Héra mycénienne »

grecques

Ilithyie (enfantement) - Déméter - Perséphone – Dionysos –

Damia (Cybèle)

gréco-égyptiennes

Euthénia

romaines

Lucine, Mater Lucina (Ilithyie, enfantement) - Cérès (Déméter) - Cybèle (Vénus), Magna Mater – Junon - Bona Dea –

Priape, Mutunus Tutunus - Sylvanus - Bacchus (Dionysos, Homa)

étrusques*

Selvans - Vertumnus

latines

Maïa - Proserpine

sabines

Ops

daces

Cotys (Cottyto)

gauloises

Sucellos (Tantagou ou Sylvain) - Cernounos - Rosmerta -

Belisama – Damona – Epona Rigani

galloises

Don – Anna – Modron - Rhiannon

irlandaises

Dagda (Sucellos)

lusitaniennes

Ataegina - Epona

germaniques

Freyr (Freé, Ing, masc.) - Nerthus (fém.)

franques

Nerthus (fém.) - Ynvi (Freyr, masc.)

scandinaves

Frigg - Freyr, Freé, Ing (masc.) - Fulla (fém.) - Gefjon (fém.)

- Sif, Jarnsaxa - Thor

slaves

Svetovid (Péroun) - Lada (fém.) et Yarillo (masc.) - Jiva (fém.)

- Simargi - Mokoch

chrétiennes slaves

Saint Pierre (vigne, blé) - Pantaléon de Nicomédie, saint Pantaléon, Pantéléimon (« la chaleur qui mûrit », D. d'Istria)

baltes

Usins

estoniennes*

Peko

estoniennes catholiques*

Juri (St George) dieu de l'agriculture - Mart (St Martin) dieu de la

fertilité - Tonn (St Antoine) dieu des récoltes et des cochons.

lituaniennes

Laukosargas – Zemepatis -ŽZemininkas

 

Amour

Le dieu de l'amour n'est pas tant le dieu de l'amour que celui du désir. Il forme un couple avec la déesse du plaisir.

Dans la mythologie slave, le couple divin est composé de Lada, la déesse de la beauté, et de Yarillo, le dieu de l'amour charnel. Un autre couple est composé de Jiva, la déesse du printemps et du même Yarillo.

Dans l'hindouisme, il s'agit de Kamadeva (« Dieu-Désir ») et de Rati.

Brahma reposait dans le vide qui le portait quand dans son esprit, un désir se forma, la première semence de tout l'Univers. 

Veda

Dans une version de son mythe, Kamadéva est apparu alors que Brahma venait de casser la coquille de son œuf. L'émotion et l'extase de Brahma étaient si grandes, que de la sueur ruisselait le long de son front ainsi que par tous les pores de sa peau. Ces ruisseaux de sueur se convertirent en eau puis s’agglutinèrent en flaques à ses pieds. C'est alors que Brahma aperçut sa propre image et en devint épris ; ce qui marqua la naissance du désir (dans un mythe qui évoque aussi celui de Narcisse).

Dans une autre version du mythe de Kamadeva, la déesse primordiale Aditi et le rishi Kashyapa créèrent l'Amour avec le cœur de Brahma. Ils firent de Kamadeva le dieu du désir et ils l'armèrent d'un arc en canne à sucre et d'un carquois rempli de flèches enduites d'un élixir d'amour. Depuis, Kamadéva est le maître du désir, amoureux ou sexuel ainsi que du plaisir, esthétique ou sensuel. Aditi et Kashyapa lui donnèrent un perroquet pour monture ce qui lui permit de voler et de se déplacer rapidement, tout en papillonnant comme le font ces oiseaux, en recherche de quelques graines à manger comme autant de désirs à satisfaire. La femme, attribuée à Kamadeva, fut le Plaisir, Rati, déesse de l'amour, du désir charnel et du plaisir sexuel.

Kama est représenté comme un éternel adolescent, armé d'un arc en canne à sucre. De ses flèches végétales, il transperce les cœurs et pousse les hommes à céder à leurs instincts, à leurs passions et à leurs désirs. Kama est souvent mandaté par les dévas pour perturber la méditation d'un sage ou de Shiva lui-même.

De toutes les similitudes entre les mythologies indo-européennes, celle qui met en relation Kama avec ses cousins gréco-romains Éros et Cupidon sont parmi les plus évidentes. Dans la mythologie chrétienne, qui malgré son dénigrement des coutumes païennes leur emprunta beaucoup, le dieu de l'amour est incarné par l'ange Chérubin, éternel poupon qui lance avec nonchalance ses flèches pour frapper les amoureux d'un « coup de foudre ».

Les principales divinités VÉDIQUES et leurs correspondances indo-européennes
Le dieu Amour et la déesse du Désir

hindous

Kama et Rathi

aryens du Mittani

Shaushka

thraces

Cotys

grecs

Éros

romains

Cupidon – Eros et Psyché

slaves

Lada (Beauté) et Yarillo (Amour charnel)

ou Jiva (printemps) et Yarilo

Vishnakarman

Les arts et les techniques

Intéressons-nous à présent aux divinités nées des interactions sociales, telles que les arts, les techniques ou la culture.

Dans la mythologie védique, le dieu forgeron, celui qui réalise les armes des autres dieux est Tvastar. Né de Kashyapa et d'Aditi et doté d'une inspiration créatrice et manuelle sans limite, il est l'architecte et le constructeur d'Indrapura, le palais des dieux situé au sommet du mont Méru. Il est le gardien des utérus et garantit la fertilité des femmes qui l'honorent pour avoir un enfant.

Un autre dieu hindou qui peut être considéré comme le dieu des ingénieurs, c'est Vishnakarman, que les hindous aiment à surnommer « le premier inventeur du moteur ». C'est lui qui créa les navettes spatiales appelées vimanas, qui sont utilisées par les rakshasas. Chez les Romains c'est Vulcain, chez les Grecs c'est Héphaïstos.

Outre ces divinités, on ajoutera à cette liste des demi-dieux, voir des démons dont les pouvoirs magiques permettent de construire des machines volantes ou encore des palais somptueux. C'est le cas de l'asura Mayasura, crédité de la construction des trois cités volantes, du palais forestier des Pandavas et du palais de Lanka, où vécut Ravana, le roi des rakshasas.

En Grèce, le roi Dédale est ce grand architecte au statut de demi-dieu. Après avoir été banni d’Athènes suite à l'assassinat de son neveu et élève, il créa sur ordre du roi Minos un labyrinthe pour y cacher le minotaure. Plus tard, enfermé avec son fils dans son propre labyrinthe, Dédale aura l'idée de coller des plumes sur leurs corps et de s'enfuir en volant.

 

Dieux des Artisans, des Arts et des Techniques

védique

Tvastar - Vishnakarman

hindoue

Vishnakarman - Mayasura

ossète

Kurdalagon, Tlepsh

grecs

Héphaïstos - Dédale

romains

Vulcain - Minerve

étrusque*

Sethlans

dace

Dabatopienos (métallurgie)

gaulois

Esus

irlandais

Goibhne, Goibniu (Vulcain) - Credne - Luchta - Brigit

gallois

Goffanon, Gobannon (Vulcain)

celto-germaniques

Les nains – Koridgwen - Gnome

germanique

Wayland

scandinave

Bragi

 

La richesse

Comme il n'existe aucun domaine individuel ou social qui ne possède sa divinité propre, il est normal que les richesses matérielles et le luxe aient la leur. Si les champs sont abondants et que le commerce est fleurissant, les richesses s'espèrent puis s'accumulent. Une divinité leur est donc consacrée.

En Inde, le dieu des richesses est aussi celui des voleurs, c'est le rakshasa Kubéra, le frère du roi des démons Ravana. Les premières mentions de Kubéra remontent à l'Atharva-Veda (v. -700 à -800). Il s'agit d'une des figures mythologiques, avec Yama et Bouddha, qui s'est le plus exportée à travers l'Asie tout entière. On retrouve le culte du dieu des richesses particulièrement au Tibet, en Chine et au Japon.

La légende de Kubéra le présente comme ayant d'abord fait carrière dans le crime, afin de se faire respecter des hommes et des autres démons. Comme il était laid et difforme, il amassait les biens mal acquis pour provoquer l’intérêt de ceux qui se moquaient de lui. Touché par son mal-être et persuadé de son bon fond, Shiva fit de lui le grand dispensateur des richesses de ce monde. Par ailleurs, Kubéra est un des huit gardiens des directions cardinales et possède sa propre ville au sommet du mont Méru.

Dans la mythologie estonienne, toujours très proche de sa cousine védique, c'est le monstre Tulihand (ou Pisuhand) qui aide à accumuler ou conserver les richesses. Il n'est pas un démon mais un elfe volant.

La version slave du dieu des richesses est Kovlad. Il est le séduisant prince de la terre creuse, les pierres précieuses que l'on extrait des mines sont ses trésors et des nains forment son peuple.

 

 

Le dieu des richesses

hindoues

Lakshmi (prospérité) - Kubera -

Ganesh et ses compagnes Radha et Ridhi

bouddhiste

Panchika (oppulence)

kailasha

Ingaw

romain

Ops

celto-germanique

Les nains

alsacien

Le Malin, le diable

(maître des richesses de la terre et des souterrains)

slave

Kovlad (maître des mines souterraines

et de leurs pierres précieuses)

estonien*

Tulihand, Pisuhand

 

La poésie et le savoir

Alors que les tribus se sédentarisèrent, la tradition orale devint littéraire.

Les Anciens accordaient une place très importante à l'art sous toutes ses formes. En Inde, les hymnes des Vedas sont psalmodiés par des chantres professionnels. En Grèce, on organise annuellement des concours de théâtre et de lyrisme sous l'égide des dieux tutélaires (Dionysos, Apollon et Orphée). Chez les Kailashas d'Himalaya, la danse était considérée comme la plus belle forme d’expression de la prière et de la vénération.

La mythologie nordique possède une multitude de divinités représentant la poésie, la sagesse ou l'initiation philosophique et métaphysique. Odin le dieu central, le chef des dieux, est lui-même un poète. La déesse-mère Frigg est aussi déesse de la voyance et de l'initiation. Quant à Bragi, fils d'Odin, il est le dieu spécifique de la poésie. Saga, la fille d'Odin, est déesse de la poésie. S’ajoute à la famille d'Odin, Snotra, la déesse de la connaissance et du contrôle de soi. Dans la mythologie slave, c'est le chef des dieux, Vélès, qui est le dieu de la poésie.

En Inde, Brahma est le dieu de la connaissance, car il est le père de tout ce qui est. Il possède le don de connaître le passé, le présent et l'avenir (d'où ses trois têtes). Cette qualité fait de lui le premier des poètes et le premier des philosophes. Brahma est donc l'unique source d'inspiration des Vedas. Sarasvati, fille et femme de Brahma, est la déesse de l'intelligence, des rivières et des arts. Tout comme Orphée est détenteur de la harpe, Sarasvati est détentrice de la vina, une sorte de longue harpe qu'elle arbore comme principal attribut.

 

Le dieu de la poésie et du savoir

védique

Sarasvati - Brahma

hindou

Sarasvati - Brahma - Ganesh

bouddhiste

Prajna « la Connaissance »

grec

Athéna - Orphée

romain

Minerve - Muses - Phébus

dace

Orphée

thrace

Orphée

irlandais

Brigit

scandinave

Odin - Frigg - Bragi - Saga - Snotra

slave

Vélès (Saint Vlassi)

 

Le dieu de la musique

hindoue

Sarasvati

grecque

Marsyas (Pan) - Pan - Apollon – Orphée - Dionysos

romaine

Apollon, Phébus (Soleil)

scandinave

Odin

slave

Boian

estonienne*

Vanemuine

 

La médecine

La médecine est une science qui vit la première fois le jour en Inde avec l'Ayurvéda, qui n'est rien d'autre que l'étude et l'utilisation, à des fins de prévention, des différentes plantes médicinales.

Outre les céréales, les premières plantes génétiquement modifiées par l'homme furent les plantes médicinales aux vertus excitantes ou psychédéliques. Lesquelles étaient utilisées à des fins rituelles. Si le cannabis semble originaire d'Asie, et plus particulièrement des contreforts occidentaux de l'Himalaya, l'opium semblerait avoir été pour la première fois cultivé sur le pourtour méditerranéen.

Plantes universellement utilisées pour leurs propriétés médicinales, citons encore la sauge, la menthe et l'ensemble des épices. Ces dernières sont souvent fabriquées à partir de racines séchées, tel le gingembre et son recherché cousin le ginseng (considéré en Chine depuis 5000 ans comme un bien de luxe parmi les plus chers et les plus précieux). Ajoutons à l'herbier du parfait guérisseur, le gui, herbe sacrée des druides et le basilic, vénéré en Inde sous la forme de Tulsi, la divinité-herbe. Tulsi est l'incarnation végétale terrestre du dieu suprême Vishnou.

Les peuples indo-européens habitants des régions montagneuses, steppiques ou côtières, ne furent pas confrontés aux animaux sauvages, résidents des jungles ou des savanes. Contrairement aux Africains qui cohabitaient alors avec des lions et des tigres, contrairement aux Aborigènes, qui devaient se méfier de la multitude d'animaux étranges qui peuplent l'Australie, et dont les araignées et les scorpions ne sont pas les moins dangereux, et contrairement aux habitants des forêts denses et impénétrables des tropiques, les Indo-Européens n'eurent à craindre que les loups et les vipères (seul serpent venimeux d'Europe).

Le serpent est devenu pour eux le symbole de la mort, à cause de son poison, mais aussi du remède, grâce à ce même poison, qui en infime quantité devient un antidote. Vasuki, le roi des serpents, s'enroule autour du cou de Shiva, le dieu du yoga et de la santé. Dans la mythologie grecque ce même serpent guérisseur s'enroule autour du caducée d'Hermès, le passeur d'âmes.

Dans la mythologie védique, si Varuna est le dieu de la médecine, car il est le dieu des espaces impénétrables et donc de la mort, c'est la déesse Dhatri, une incarnation de la déesse-mère Parvati, qui incarne la santé.

Né durant l'épisode mythologique puranique du barattage de la mer de lait, Dhanvantari est quant à lui le gourou et le médecin des dévas. Il est l'auteur légendaire de l'Ayurvéda, le livre de médecine douce des hindous.

 

Varuna et Varuni (en petit, à ses pieds)
Médecins divins

védiques

Varuna - Dhatri

hindous

Dhanvantari - Shiva

kailasha

Shigan

grecs

Hermès - Asclépios

gréco-égyptien

Hermanubis

romain

Esculape

dace

Derzis, Derzelas (santé)

gaulois

Borvo (l'eau de source purificatrice) - Moritasgus

irlandais

Diancecht - Brigit

lusitanien

Endovelicus, Endovelico

slave

Hors

 

Le messager des dieux

Pour relier les hommes aux divinités, il existe des dieux messagers. Dans la mythologie gréco-romaine, Hermès est le messager des dieux car il est celui qui peut passer d'un monde à l'autre, de la vie à la mort. Il est la divinité psychopompe la plus populaire. La figure d'Hermès est à rapprocher de celle d'Orphée, la divinité initiatique de la poésie, de la musique et du lyrisme.

Dans l'hindouisme il s'agit de Narada, le fils de Brahma. Il est le plus grand des sophistes et le maître du logos. Il possède le pouvoir de rendre tout compréhensible et de tout synthétiser. Il est le légendaire compilateur des Védas.

 

 

Messagers divins et psychopompes

védique

Pushan

hindous

Narada – l'oiseau Garouda

mithriaque

Le corbeau de Mithra, l'envoyé du soleil

kailasha

Munjem Malek

arménienne

Tir

mycénienne

Hermès mycénien

grec

Hermès

gréco-égyptien

Thot (Hermès, Hermès Trismégiste)

romaine

Mercure

scandinaves

Gnaa (messager de Friff) – Skirnir (messager de Freyr)

slave

L'oiseau Gamaïun

baltes

Puskaitis

 

Yama

 

Yama, le seigneur de la mort

Yama est le dieu védique de la mort. Fils du soleil, frère de Yamuna, la rivière de vie et de Manu, le roi des hommes, il fut le premier homme à mourir. Il est donc considéré comme l'ancêtre de l'humanité. Trois jours après sa mort, il ressuscita et devint le maître des mondes souterrains et de Yamaloka, le royaume infernal. Son arme favorite est le lasso, avec lequel il capture la vie des mourants.

Honore par l’holocauste le fils du Soleil, le roi Yama, le Seigneur de la Mort, lui qui traverse les grands abîmes, il est la voie et le rendez-vous des nations. Yama le premier nous indiqua le chemin que depuis nous suivons tous infailliblement. Cette route, nos pères l’ont parcourue avant nous et nous sommes nés pour aussi y marquer nos pas.

Hymne à Yama et aux Piters, Rig-Veda, 7, 6, 9. Trad. Langlois.

Dans un hymne du Rig-Veda, sa sœur Yami, incarnant la vie, est amoureuse de Yama (son frère), elle se languit de son absence du monde des vivants. Yama lui refuse pourtant l'accès de l'outre-monde, tout comme il refuse de la rencontrer sur Terre, jugeant son amour illégitime et immoral. Car Yama est Mara, littéralement « la Mort ». Il est le terrible gardien de la réalité, mais aussi celui qui juge les âmes des morts. Avec Bouddha, Ganesh et le Roi Singe (Sun Wukong en Chine, San Goku au Japon et Hanouman en Inde), Yama est une des divinités les plus largement représentées en Asie.

Yama n'est pas une divinité diabolique. C'est un souverain qui règne sur un purgatoire. C'est un déva à part entière que de nombreuses légendes présentent sous les traits d'un gourou, capable d'enseigner aux hommes la sagesse.

Ses serviteurs sont des démons yamadutas, qui se saisissent des âmes et les emmènent au naraka, le purgatoire hindou. Ces monstres anthropomorphes à têtes d'animaux accompagnent les âmes d'une vie à l'autre. Figures proches des diablotins ou des orques, ils sont les auxiliaires des enfers et torturent les âmes de ceux que Yama leur envoie. Ils sont choisis par Yama parmi les âmes des ancêtres qui ont fait preuve de repentance et de honte par rapport à leurs actes passés. Zélés, car ayant eux-mêmes souffert une éternité de leurs erreurs passées, les yamadutas sont donc assidus à faire souffrir les âmes des damnés dont ils ont la responsabilité, afin que leurs victimes regrettent à jamais tout le mal qu'ils ont infligé ou se sont infligé.

L'idée du purgatoire se retrouve aussi dans la tradition mazdéenne. C'est Hamistagan, que l'on retrouve largement décrit dans Le Livre d'Arda Viraf :

« Je vis les âmes de plusieurs personnes immobiles. Je demandai donc à Srosh qui ils étaient et pourquoi ils demeuraient ainsi. Srosh et l'ange Adar me répondirent alors :

« cet endroit est appelé Hamistagan [l'immobile] et ces âmes restent ainsi immobiles jusqu'à ce qu'elles rejoignent un futur corps. Ce sont les âmes de ceux dont les actions positives et négatives se valent. Rapporte donc dans le monde des vivants qu'il ne faut pas laisser l'avarice et la vexation empêcher que se déroule une action, car celui qui possède à son compte plus de trois bonnes actions d'avances sur ses mauvaises va au ciel, ceux qui possèdent plus de mauvaises actions vont en enfer et ceux qui en ont trois ou autant, restent en Hamistagan jusqu'à ce qu'ils incorporent un nouveau corps. À part leur punition, qui est d'être exposés au froid et à la chaleur en fonction de l'évolution de l'atmosphère, ils ne connaissent pas d'autre adversité. » Arda Viraf, 6.

Les forces du mal

Le monstre le plus récurrent dans les mythologies européennes semble être le géant (l'ogre), le loup-garou, ou la goule, dont les cultures folkloriques ont largement gardé la trace.

Les fantômes, très présents dans les cultures indo-européennes, s’appellent en Inde les « bhoots ». De même qu'en Europe, les bhoots sont des âmes qui n'ont pas voulu ou qui n'ont pas réussi à compléter le cycle de la transmigration. Ces âmes errantes restent dans notre réalité tout en n'étant plus incarnées. Elles hantent alors les lieux de crémation. Si l'on veut éviter leur courroux, il faut accomplir les rites funéraires dans les meilleures conditions et de la plus juste des façons, c’est-à-dire en brûlant le corps accompagné d'un brahmane, tout en récitant des mantras contre le mauvais œil et pour le repos des âmes.

Dans le monde gréco-romain, les démons émergeant de la nature sont les faunes, dont Pan et Faunus sont les chefs. Habitués au viol et au brigandage, ils sont les ancêtres des diablotins de la mythologie catholique. Les faunes sont en Inde connus sous le nom de yaksha quand ils sont mâles et yakshi quand elles sont femelles.

Mentionnons aussi les titans, qui sont la première race à peupler l'Univers et la Terre. La théogonie d'Hésiode présente la célèbre guerre des titans, qui est à la base de la cosmogonie grecque classique, tandis que dans la mythologie arménienne préchrétienne, le mythe des géants est relié à celui de la tour de Babel.

Terribles, extraordinaires étaient les premiers dieux, auteurs des plus grands biens dans le monde, principes de l’univers et de la multiplication des hommes. De ceux-ci se sépara la race des géants, doués d’une force terrible, invincibles, d’une taille colossale, qui, dans leur orgueil, coururent et enfantèrent le projet d’élever la tour. Déjà ils étaient à l’œuvre : un vent furieux et divin, soufflé par la colère des dieux, renverse l’édifice. Les dieux, ayant donné à chacun de ces hommes un langage que les autres ne comprenaient pas, répandirent parmi eux la confusion et le trouble.

Extrait des archives royales de Ninive, selon le savant syrien Mar Abas Catina, recopié par l'Arménien Moïse de Khorène dans Histoire de l'Arménie (ouvrage disponible dans V. Langlois, Collection des historiens anciens et modernes de l'Arménie.)

Les titans magiciens des Vedas sont les asuras. Leur puissance est sans égal et sans l'intervention salvatrice des dieux, l'Univers tout entier leur serait soumis. « Le terme Asura, écrit Alain Daniélou dans Mythes et Dieux de l'Inde, qui représente l'Être suprême dans les parties les plus anciennes du Rig-Veda est équivalent de l'Ahura zoroastrien. Dans le sens de Dieu, le terme Asura s'appliquait à plusieurs des divinités principales, à Indra, à Agni, à Varuna. Plus tard il prit un sens contraire et arriva à signifier un Anti-dieu, un démon, un ennemi des Dieux. »

Les démons hindous ne sont donc pas les créations d'un diable qui serait un anti-dieu, mais sont plutôt engendrés par des forces divines. C'est ainsi que la terrible lignée des asuras fût mise au monde, à la suite de l'union du rishi visionnaire Kashiapa avec Diti, la déesse de la matière. De la même manière, c'est Rudra qui est le père des terribles Rudras ; ces forces démoniaques et imprévisibles. Vritra, le dragon défait par Indra est lui aussi une création divine, celle du déva Tvastar. Enfin, le rishi Pulastya est l’ancêtre des rakshasas.

Les rakshasas sont des démons semblables aux gobelins ou aux djinns. Les incarnations féminines des rakshasas sont les rakshasis, dont la sorcière Putana est la personnification des maladies infantiles. Si les asuras appartiennent à la tradition védique et puranique, le terme rakshasa apparaît plus souvent dans les grandes épopées. Un rakshasa, contrairement à un asura, n'est pas un titan, ni un être céleste, mais simplement une race terrestre coexistant avec l'homme. En fonction des sources, les rakshasas sont des monstres, ou simplement des peuples étrangers aux règles védiques, donc souvent qualifiés de carnivores. Dans la littérature indienne, le rakshasa est l'ennemi récurrent des héros brahmanes et kshatriyas, tels Parashurama, Rama et Krishna. Dans la littérature européenne, les rakshasas se retrouvent sous les traits de l'ogre, de l'orque ou du gnome.

 

Les forces du mal (démons)

védiques

Asuras - Danavas - Dassias et Panis

(peuples autochtones de la vallée du Gange)

hindous

Rakshasas (dont Ravana) - Yakshasas - Asuras -

Nagas (serpents géants) - Bhoots (fantômes)

jaïnes

Prati-narayanas (anti-héros, dont Ravana)

tokhariennes

Nagas (serpents des lacs)

perses

Daevas, Dives (Dévas)

kailashas

« Anti-dieux » - Dragon aux nombreuses têtes – Bhuts (démons)

kurdes

Deavas (Dévas)

arméniennes

Devs (Dévas) - Nhang et Vishap (dragons des mers)

ossètes

Saurabag (obscurité et brigandage)

albanaises

Kallikantzaros (gobelins)

roumaines

Les balauris (dragons) – Les Zméi (géants) – Le dragon à 7 têtes

grecques

Cyclopes – Titans - Hécatonchires - Gorgones - Hydre -

Kallikantzaros (gobelins)

chypriotes

Kallikantzaros (gobelins)

picardes

Croque-mitaine (ogres)

vendéennes

Bidoche - Galipote

auvergnates

Rapatou, Drac, Cornut (diable) – Lébéraude (Lébérou) – galipote

loup-garous et louve-garous

limousines

Drac (diable) - Lébérou (lapin-garou)

périgourdines

Lébérou (lapin-garou)

dauphinoises

Gafouillou (fantôme) – Matagot - loup-garous

savoyardes

Croque-mitaines – loup-garous – sorcières – le Comte vert –

Naroua, la dame chandeleuse - Chausse-vieille (personnification

des cauchemars)

provençales

Tarasque

irlandaises

Fomoires (géants de la mer)

celto-chrétiennes

Les Fées

germaniques

Gobelins - Mares (esprits des cauchemars) - Haxa (sorcière) –

die Wissa Frauia (dame blanche)

alsaciennes

Chasseur sauvage – homme de feu

bourguignonnes

Beuffenie, fonne peute, reufouse (sorcière) – Wivre (dragon)

scandinaves

Trolls - lutins – follets – Jotunn, risar (géants)

normandes

Gobelins, lutins (farceurs) –

feux-follets, follets, ardents, fourolles, fourlore, félos, rouge-goules

slaves

Zinitra (dragon de la sorcellerie)

serbes

Kallikantzaros (gobelins)

bosniaques

Kallikantzaros (gobelins)

bulgares

Kallikantzaros (gobelins)

estoniennes*

Sarvik (le cornu) - Jeekim (fantôme des cimetières) -

Vanapagan (le diable)

lituaniennes

Ziburinis - Pinciukas - Slogutis (fantômes)

 

Le couple fondateur

Une autre similitude commune aux mythologies indo-européennes, est la présence à des milliers de kilomètres de distance et sur des périodes tout à fait différentes, de la même divinité gémellaire. Elle est la gardienne de la santé du bétail comme des hommes, et est invoquée pour de très nombreuses raisons. Il s'agit des Ashvins védiques, des Ashvieniais baltes et des Dioscures grecs (des divinités qui sont toutes identifiées avec l'étoile du matin et celle du soir). À Spartes, sous la forme d'amphores jumelles installées sur des chars, des idoles des Dioscures partaient en campagne aux côtés des rois.

Un couple gémellaire, deux frères ou un couple fondateur est par ailleurs souvent considéré comme l'ancêtre commun de la race humaine.

Dans le jaïnisme, l'âge d'or s'appelle l'époque des jumeaux (yugalia). Durant cet âge :

Un couple humain avait coutume de donner naissance à des jumeaux : un garçon et une fille. Ces jumeaux devenaient mari et femme une fois adultes. Ils avaient l’habitude de mener une vie heureuse et satisfaite et ils mouraient de mort naturelle ensemble. Consommer ce qui était disponible était leur façon de vivre. Comme telle, cette période était aussi connue comme « bhog-bhumi-kaal » ou l’ère de la consommation libre. […] [Le tirthankara] Rishabh Kumar fut marié a une jeune fille nommée Sunanda dont le jumeau était mort dans un accident. Ce fut le commencement du système du mariage. Il fut aussi marié à sa jumelle Sumangala, dans une cérémonie arrangée par les dieux. 

Up. Shri Amar Muni, Les Vies authentiques des vingt-quatre Tirthankars (jainworld.com).

Dans la mythologie védique, il s'agit du fils et de la fille du soleil : Yama et Yami. Yama fut le premier homme à mourir, donc à prendre en premier possession des enfers. À sa mort, Yami s'incarnera en Yamuna, le fleuve de vie.

Dans la mythologie scandinave, un couple céleste à survécu au Ragnarok, ce sont Vidar et Vale, les fils d’Odin : « ni la fureur de la mer ni l’intensité des flammes de Surtur ne leur ont porté atteinte » (S. Ricard, Précis de la mythologie scandinave). De même, sur Terre un couple d'êtres humains a lui aussi survécu : « Un couple s’était caché pendant que ravageait le feu de Surtur ; la rosée du matin leur avait servi de nourriture ; de leur réunion sortit la nouvelle géniture de la race humaine » (ibid).

En Scandinavie, mentionnons aussi l'être double : Ymir le géant des glaces hermaphrodite. Ce dernier va survivre en tétant les mamelles de la vache céleste, dans un épisode qui évoque Romulus et Rémus (qui se nourrirent du lait d'une louve, « louve » étant synonyme en latin de prostituée).

Par ailleurs, un autre récit cosmogonique extrait de l'Edda mentionne que :

L’homme et la femme sont nés de deux arbres : le frêne et l’aulne. Les dieux leur donnèrent le mouvement, l’esprit, la beauté. L’homme s’appelle Aske, la femme Embla. 

X. Marmier, Les Chants Danois.

Dans un mythe germanique, la Terre engendra Tuisto, dont le nom signifie « double ».

Dans la mythologie perse, c'est du cadavre de Gayomart, enterré 40 années dans le sol, que sortit le premier couple humain : Mashya et Mashyoi. Dans les Gathas, les paroles de Zarathoustra, le couple gémellaire est le support de la doctrine dualiste :

Dès le commencement il existe une paire de jumeaux, deux esprits, ayant chacun une activité propre. Ce sont le bien et le mal en pensées, en paroles et en actions. Choisissez entre les deux. Soyez bons, ne soyez pas méchants.

Ce couple fondateur se retrouve par ailleurs dans les cultures sémites. Dans la mythologie kabbaliste, le premier couple sur Terre est composé d'Adam et de sa première femme Lilith. Ensemble ils donneront naissance à une race de sous-hommes, les Goyim, c’est-à-dire l'ensemble de la race humaine à l'exception du peuple élu des Hébreux. Ce n'est que dans un second temps, après avoir compris que Lilith était une démone, qu'Adam formera un couple avec Ève, dont seront originaires les Hébreux, c’est-à-dire les véritables êtres humains choisis par Yahvé. Quant à Abel et Caïn mentionnés dans la Genèse de la Torah et de la Bible, ce sont deux frères jumeaux et ennemis. L'un plaît à Dieu, l'autre pas. De leur mésentente et de leur jalousie naîtra un crime, acte fondateur de la société humaine.

Au Japon, c'est le mythe d'Izanagi et Izanami, le couple divin qui remue l'océan primordial pour créer à partir de la boue. Cet épisode n'est d'ailleurs pas sans rappeler celui du barattage de la mer de lait, où dévas et asuras s'associent pour faire jaillir le nectar d'immortalité de l'océan de lait.

En Chine, dans un mythe vraisemblablement d'origine indo-européenne (tokharienne ou yuezhi), ce sont les jumeaux Fuxi et Nuwa.

Leur mythe est raconté par Tang Li Rong dans son Duyi Zhi (v. 850), par Han Ying Shao (140 - 206) dans son Traité des coutumes, inclus dans l’Encyclopédie impériale, et par Song Taiping Yulan (977 - 983) : Fuxi et Nuwa, tels des serpents géants mi-homme et mi-femme, étaient deux créatures jumelles assemblées par leurs deux queues entremêlées. À la suite du déluge, ils se réfugièrent au sommet du mont Kunlun et vécurent là longtemps. Ils désiraient devenir mari et femme, mais ils avaient honte. Alors, ils se rendirent au sommet de la plus haute montagne et adressèrent une prière au ciel pour lui demander conseil : « Ô Ciel, comment devons-nous nous unir pour peupler la Terre ? » Ils allumèrent ensuite un feu et laissèrent la fumée décider de leur sort. Si elle s'envolait tout de suite vers le ciel, alors cela voudrait dire que leur union était refusée. Au contraire, si la fumée prenait un autre chemin, alors cela voulait dire qu'elle serait approuvée. Le feu allumé, la fumée se maintint un instant autour d'eux, puis se dispersera dans la nuit. Pour cacher leur visage, alors que la sœur s'unissait à son frère, ils se cachèrent derrière un éventail de plantes. » Une même référence aux augures est présente dans le mythe de Rémus et Romulus. Jadis, la pratique des présages était très répandue, tout comme la nécromancie ou bien d'autres méthodes de divinations.

Par ailleurs, le thème des jumeaux initiaux incestueux se retrouve dans le mythe indigène indien de la création. En témoigne ce récit partagé par les ethnies marias (Chhattisgarh), Konds et Saora (Orissa) :

Un premier monde créé a été détruit par une pluie diluvienne. Un frère et une Sœur sont épargnés par le désastre, car ils ont trouvé refuge dans une calebasse. Lorsque les eaux se retirent, ils en sortent. La question de la propagation de l'espèce humaine se pose : les deux enfants ne peuvent se marier, car ils sont germains. Une déesse leur donne la variole et les sépare pour un temps. Lorsque les deux germains se retrouvent, ils ne se reconnaissent plus comme frère et sœur, mais comme mari et femme. D'eux naissent alors les douze premiers garçons et les douze premières filles. 

P. Grimal, Mythologies classiques (d'après W. Grigson, The Maria Gonds of Bastar)

Ce mythe de l'inceste initial, qui donne naissance à une progéniture monstrueuse, se retrouve dans le Kojiki japonais. Nous avions déjà mentionné Izanaghi et Izanami en tant que couple divin gémellaire. Tout comme les mythes chinois liés à Fuxi et Nuwa, il s'agit d'une probable influence du sous-continent indien en Asie centrale, puis extrême-orientale.

Izanaghi et Izanami descendent du ciel dans cette île, où ils célèbrent leur union. Mais ils donnent naissance à un enfant mal venu, qu’ils abandonnent dans un bateau de roseaux, et à l’île de l’Ecume, qu’ils ne veulent pas non plus reconnaître.

Ayant appris des dieux célestes, qui eux-mêmes ont recours à la Grande Divination, que si « ces enfants n’étaient pas bons », c’est « parce que la femme a parlé la première » dans la cérémonie du mariage, ils reprennent leur œuvre de création dans des conditions plus favorables, et engendrent d’abord l’île du Chemin d’écume, puis les autres îles de l’archipel.

Dans un hymne du Rig-Veda (7, 5, class. Langlois), Yama refuse les avances de sa sœur Yami. Ce genre de composition est très rare dans le Rig-Veda. Ce recueil contient surtout des hymnes de louanges à des divinités relativement interchangeables. L'hymne de Yama et Yami est tout autre. Tout comme le dialogue entre le roi pleureur Pururavas et la nymphe Urvashi, lui aussi dénotant dans le Rig-Veda, le dialogue de Yama et Yami possède une dimension à la fois romantique et tragique, littéraire et philosophique. La vie, incarnée par Yami aime la mort, incarnée par Yama, mais une règle céleste interdit leur union ; il s'agit du Rta védique, devenu le Dharma hindou : la Loi.

Les lignes qui suivent sont une version adaptée de la traduction d'Alexandre Langlois :

Yami : Que celui qui est attendu rejoigne celle qui l'attend... Traverse l'océan de la mort et viens près de moi ! Que le vénérable Soleil, notre père, en récompense de ses méditations, t'aperçoive marcher sur la Terre !

Yama : Ma sœur, je ne peux pas être ton ami. Nous avons la même origine que les autres dieux, le Soleil et les Nuages tempétueux sont nos parents, mais notre forme est différente. Les dévas sont des héros qui soutiennent le ciel ; le théâtre de leur infinie puissance...

Yami : Mais tous ces immortels désirent quelque chose, ne serait-ce que l’offrande d’un mortel ! Tandis que moi, ma pensée est tout unie à la tienne. Sans tarder, incarne-toi donc dans un corps et viens t’asseoir à mes côtés !

Yama : Je ne veux pas être injuste, je ne condamnerai pas ce que nous avons déjà fait ensemble... mais je ne peux oublier que le Soleil est notre père et que la déesse des libations fut son épouse.

Yami : Notre ancêtre le Feu, qui donne aux êtres leur forme, a voulu qu’au sein même de notre mère nous fussions déjà mari et femme. C'est ainsi, et personne ne peut détruire ses œuvres ! La Terre et le Ciel nous connaissent, ils savent qui est notre père !

Yama : De quoi parles-tu ? Qui peut se targuer de savoir ce qu'il était avant sa naissance ? Qui se souvient de son premier jour ? Qui ose parler de ces secrets ? La demeure de Mitra et de Varuna est grande, et les dieux ne ferment jamais les yeux, alors pourquoi me serrer à ce point ? Toi qui veux le mal des hommes, que cherches-tu à me dire ?

Yami : Je te dis que je te désire, comme une femme désire son homme. Pour toi, je veux parer mon corps et dormir dans un même lit avec toi. Roulons ensemble, je t'en prie, ainsi que les deux roues d’un char...

Yama : Impossible. Ce que les dieux ont décidé doit s'accomplir. Leurs divines œuvres ne peuvent être perturbées. Ma sœur, en parlant ainsi tu attires sur les hommes le malheur. Cherche vite un autre mari que moi et roule donc avec lui comme les deux roues d’un char.

Yami : Je vais tout faire pour te séduire, afin que tu sois mon époux légitime ! Je te présenterai des offrandes matin et soir. Je ferai que l’œil du Soleil se rouvre enfin pour toi. Et même si nous nous unissons, le Ciel et la Terre resteront ensemble, je te le promets !

Yama : Femme, nous vivons une époque où les femmes doivent supporter le refus des hommes. Prends donc un autre homme dans tes bras et désire un autre amant que moi.

Yami : Qu’est-ce qu’un frère qui ne protège pas ? Qu’est-ce qu’une sœur livrée aux tourments de Nirti, la déesse des regrets, du manque et de l’absence ? Regarde-moi bien, tu verras que mon amour parle pour moi, alors, je t'en supplie, rapproche ton corps du mien.

Yama : Je ne me rapprocherai pas de toi. On a déclaré pécheur celui qui épouse sa sœur. Cherche le plaisir avec un autre que moi. Ô femme, ton frère ne veut point de toi !

Yami : Yama, comme tu es cruel. Je ne reconnais plus ni ton cœur, ni ton âme. Qu’une autre que moi t’enlace donc de son ceinturon, et t’embrasse comme la liane s'enroule autour de l’arbre !

Yama : Adieu Yami, qu’un autre t’embrasse comme la liane s'enroule autour de l’arbre. Désirez l'un et l'autre votre amour ! Que votre union soit heureuse ! »

Le soleil et la lune (« Soarele si Luna ») est une chanson roumaine qui présente d'évidente similitude avec le dialogue de Yama et Yami. On y trouve les mêmes thématiques : l'inceste, la présence inquisitrice de divinités célestes, l'interdiction bravée mais restaurée, etc. Particulièrement populaire chez les Slaves, la métaphore solaire des « cheveux d'or » est elle aussi présente. Ce chant se trouve dans V. Alexandri, dans Ballades et Chants populaires de la Roumanie.

Le dialogue de Yama et Yami est le grand poème du secret qui ne doit pas être dit, et qui ne peut pas être compris. La vie, c'est-à-dire l'âme placée dans un corps mortel, est insatisfaite car inaboutie. La mort seule lui semble la véritable réalité, elle est l'ultime mystère de la vie elle-même, celui dont la connaissance résoudrait toute problématique, tout doute, toute quête métaphysique. Loin de partager les pulsions de sa sœur, Yama est conscient qu'il ne doit plus jamais revoir son père, qui n'est autre que le Soleil. Yama ne peut plus se permettre de revenir sur Terre et d'aimer sa sœur Yami, sous peine de voir l'équilibre cosmique renversé. La mort doit rester la destination, tandis que la vie doit rester le voyage.

Yama, avant de mourir, a vécu avec Yami. Il s'est uni à sa sœur. Cependant, une fois mort, Yama (la Mort) cesse tout rapport avec Yami (la Vie). C'est un pacte, sans lequel la vie ne pourrait pas demeurer sur terre et continuer à être. Yama est celui qui accueille les morts en enfer, celui qui juge les âmes au tribunal infernal, mais il n'est pas celui qui décide de la mort des êtres. Ce rôle est dévoué à Shiva ou Vishnou.

Yama et Yami, tout comme Urvashi et Pururavas, sont deux mythes qui influencèrent le théâtre indien quelques siècles après l'arrivée des Aryens en Inde (Kalidasa, v. -450).

 

Premier couple d'humains, couple fondateur

védique

Yama et Yami

perse

Yima (Yama) et Yimeh, Yimak - Mashye et Mashyane

- Syamak (mâle) et Nasak (femelle)

- Fravak (masculin) et Fravakain (féminin).

grec

Amphion et Zéthos (Thèbes) – Prométhée et Épiméthée

romain

Deucalion et Pyrrha - Romus et Rémulus

provençal

Protis et Gyptis (Marseille)

franc

Priam et Anténor

scandinave

Ask et Embla - Ymir l'hermaphrodite

 

 

Les gémeaux

védiques

Ashvins, Nasatyas (jumeaux à têtes de chevaux)

vishnavites

Krishna et Balarama

jaïnes

Baladevas et Vasudevas

tokhariens

« Fuxi et Nuwa »

aryens du Mittani

Nashatyana (Nasatyas, Ashvins) - Mitrasil et Arunasil

perses

Ahura Mazda (le Bien) et Ahriman (le Mal)

zoroastriens

Horot et Marot

mithriaques

Cautès et Cautopatès

kailashas

Les deux frères du roi sans fils

thraces

« dieu bicéphale)

grecs

Les Dioscures : Castor et Polux - Éosphoros et Hespéros (étoiles du matin et du soir)

spartiates

Eurysthénès et Proclès, fondateurs des dynasties Eurypondides et Agiades

romains

Janus (« aux deux visages »)

étrusques*

Tianas Clenar, Castur et Pultuce (Castor et Polux)

gaulois

Nissyen et Evnissyen, Smertrios et Cernunnos (Dioscures)

irlandais

Dagda (dieu bon) et Elcmar (dieu mauvais) -

Bran et Manawydan - Douyman et Douyme'h

gallo-germaniques

Dioscures gallo-germaniques

carolingiens

Valentin et Orson (Matière de France, Cycle carolingien)

germaniques

Hengist et Horsa – Les jumeaux Alcis

normands

Les feux-follets Castor et Pollux

baltes

Ashvieniais (Ashvins, Nasatyas)

 

Elle offre à l'Univers une nouvelle journée et symbolise le savoir qui dissipe les ténèbres de l'ignorance. Dotée d'une beauté incommensurable et indescriptible, l'Aube séduit le cœur le plus sec et redonne espoir à ceux qui en manquent.

Écoute-moi, déesse qui guide pour les mortels le char de la lumière,
Blanche déesse qui fait rayonner sur le monde un doux éclat,
Messagère dorée du grand titan le Soleil.
Toi qui par ta présence renvoies les épaisses ténèbres de la nuit
Dans les entrailles de la terre.
Conductrice de tous les travaux, distributrice de la vie des hommes,
Tu fais la joie des mortels ; aucun ne voudrait fuir ton charmant visage.
Quand tu chasses loin des paupières le sommeil aimable,
Les hommes, les reptiles, les quadrupèdes, les oiseaux
Et tout ce qui habite le sein des mers, tous se réjouissent.
Tu donnes aux hommes la nourriture qui leur est agréable.
Bienveillante pour tes dieux, augmente pour eux l’éclat de ton char sacré.

Hymne à l'Aurore, 75e hymne orphique.

Elle offre à l'Univers une nouvelle journée et symbolise le savoir qui dissipe les ténèbres de l'ignorance. Dotée d'une beauté incommensurable et indescriptible, l'Aube séduit le cœur le plus sec et redonne espoir à ceux qui en manquent.

L'Aube est la déesse de la beauté, de la lumière, de l'intelligence et de l'initiation mystique. Elle est affiliée à la planète Vénus, surnommée l'étoile du matin et du soir. Elle est donc vénérée très tôt le matin, alors que le soleil ne s'est pas encore levé mais que la nature fait déjà entendre le chant des oiseaux.

La védique Ushas est présentée comme une jeune fille nue, offrant la vision de son corps au monde entier. Elle est la maîtresse du Soleil et la sœur de Ratri, la déesse de la nuit, par ailleurs compagne légitime de l'astre de lumière. Plutôt que le plaisir charnel, Ushas incarne la puissance séductrice de la sagesse, dont le sage tombe amoureux alors qu'il progresse dans son initiation.

Ushas est en effet la plus désirable de toutes les créatures, car c'est elle qui ramène au Jour la Parole et la Prière ; c'est elle qui répand ses teintes brillantes et illumine le monde en visitant toutes ses créatures. Éclatante interprète des chants sacrés, le corps nu, Ushas étale alors ses parures pour ouvrir les portes du jour. En illuminant l’univers, elle en montre les trésors. De sa main puissante, elle invite tous les êtres à se réveiller et le monde endormi à se mouvoir. Elle est celle qui incite à goûter la joie, à accomplir les rites sacrés et à travailler à la prospérité.

 

La divinité de l'aube

védique

Ushas

bouddhiste

Marichi « Rayon de l'aurore » (taoisme : Domu)

perse

Usha

arménienne

Ayg

grecque

Eos

romaine

Aurora

latine

Mater Matuta

irlandaise

Brigit

germanique

Ostarmanoth

anglo-saxonne

Eostre, Easter

slave

Intrebog (dieu du matin)

balte

Ausra, Ausriné

estonienne*

Hamarik

égyptienne*

Isis

mésopotamienne*

Ashtar, Ishtar

akkadienne*

Inana, Idana

phénicienne*

Astarté

babylonienne*

Sarpanit (Vénus, Mère des dieux)

 

Les Déesses-fleuves

La symbologie indo-européenne propose une opposition binaire entre l'homme et la femme, entre le chaud et le froid, entre la lumière et l'obscurité, comme base essentielle à toute élaboration métaphysique plus complexe.

Ainsi, la femme et les divinités qui lui sont associées se distinguent par un fort attachement à l'élément liquide, tandis que l'homme est rapproché du feu, de sa force et de sa puissance destructrice comme régénératrice.

Les fleuves, essentiels à toute agriculture, et dont dépend entièrement la prospérité d'une civilisation sédentaire, sont donc invariablement déifiés sous une forme féminine. La référence sexuelle n'est pas étrangère à cette symbolique, le principe masculin étant la verge qui se dresse telle une flamme, le vagin est au contraire un réceptacle, accueillant la semence et distillant des fluides.

En Inde, seul le Brahmapoutre est un fleuve masculin, car il s'agit du seul fleuve qui est calme en altitude, tandis qu'il traverse sagement le plateau du Tibet, mais tumultueux en aval, lorsqu'il se jette dans le delta qu'il partage avec le Gange. À l'image des fleuves, la morale indienne enseigne que si les hommes sont calmes au début de leur vie, ils deviennent ensuite belliqueux, tandis que les femmes, si elles commencent leur vie, passionnées et indomptables, c'est avec résignation qu'elles deviennent des mères responsables. Dans un jeu d'opposition systématique typique de la métaphysique initiatique, le Brahmapoutre est donc un fleuve masculin, si tous les autres fleuves sont féminins.

Fils et filles de Brahma, les fleuves indiens sont tous vénérés et déifiés. Par exemple, Sarasvati, fille et compagne de Brahma est un fleuve aujourd'hui disparu, Ganga est le Gange, et Yami, fille du Soleil et première femme à avoir marché sur la Terre, est devenue après sa mort le fleuve Yamuna.

Il en est de même en Europe polythéiste. Dans la mythologie balte, Upinis est la déesse des rivières. En Gaule, la Seine est adorée sous le nom de Sequana. En Irlande, la rivière Boyne est la déesse Boand, tandis que Danu est la déesse de la Terre et de ses rivières. Le Rhin et le Danube sont aussi déifiés. À Rome, le Tibre est sacré. Dans le nord de la péninsule italienne, c'est l'Éridan, dont il existe deux versions, l'une est terrestre, c'est le Pô, l'autre est céleste. l'Éridan, semblable au Gange ou à la Sarasvati, coule du ciel jusqu'en enfer.

Les fleuves sont aussi des métaphores de la violence indomptable des éléments, qui évoque les crues fréquentes des grands fleuves sur les rives desquelles s'installèrent les Indo-Européens, tels l'Oxus, l'Indus, le Gange ou encore le Rhin et le Danube. Tout comme la Sarasvati, fleuve aujourd'hui disparu mais qui coula un jour entre le Rajasthan et le Gujarat, chacun de ces fleuves est considéré comme une rivière céleste qui naît au paradis, coule dans les domaines de l'existence, et finit sa course en enfer, où s'acheminent les pollutions de tous les domaines d'existence.

Le Don, la Volga et le Dniepr sont trois fleuves situés au cœur de la civilisation de Yamna (Ukraine), laquelle fut annonciatrice de la civilisation aryenne. Il est certain que ces fleuves étaient vénérés, mais ils ne demeure de ce culte dans nos mémoires, que ces quelques vers du Dit de la Campagne d'Igor :

« Aujourd'hui, prince Igor, le soleil a voilé sa face radieuse, et dans ces jours néfastes les arbres ont perdu leur feuillage. Sur la Rsa, sur la Sula, les ennemis se sont partagé les forteresses et nul ne réveillera désormais les guerriers d'Igor !

Le Don crie vers toi, ô prince, et il exhorte les chefs à la victoire. Ils sont prêts pour les armes, les fils d'Oleg, Ingvar et Vsévolod, ainsi que vous, les trois fils de Mistislaw, redoutables avec vos six ailes, vous qui, protégés par la fortune, avez soumis un vaste pays.

Comme ils brillent aux rayons du soleil, vos casques d'or, vos javelots et vos boucliers ! Gardez les frontières, défendez le pays avec vos armes redoutables ; vengez la Russie et les blessures du vaillant Igor.

La Sula aux flots d'argent ne coule plus limpide, vers la forteresse de Peruslaw ; la Dvina, troublée comme un marais, va se perdre dans les champs des terribles Pelocans, au bruit des clameurs païennes. »

 

Fleuves, rivières et sources sacrés

védiques

Danu - Sarasvati

hindoues

Ganga (Gange) - Yamuna – Brahmapoutra ...

mazdéennes

Anahita Sura Devi - Vourukasha (l'océan divin)

arménienne

Anahit

géorgiennes*

Tskarishdida (nymphes)

hittites-hourrites

Aranyah, Aranzahas (Tigre)

albanaises

Keshste (nymphes)

thrace

Ister (Danube)

roumaines

Les nymphes des sources – La jeune fille de la source de Méhadia – La dragon à 7 têtes gardiens des ponts

(démon des fleuves)

grecque

Téthys

gréco-égyptienne

Nil

romaines

Tibre - Éridan (Pô)

ligures

Belenus - Borvo

gauloises

Sequana (Seine) – Divona (gouffres et sources) - Borvo (l'eau de source purificatrice)

picarde

Marie-Gohète (sorcière des lacs)

franc-comtoise

Vouivre (dragon des rivières)

ligérienne

La Velue (viouvre de l'Huisne)

savoyardes

Les démons des eaux : main noire – langue rouge –

crasson-néton

périgourdines

Bérane, La Vieille (sorcière des rivières)

provençales

Dragons des fontaines et des fleuves - Tarasque

celte insulaires

Sul - Verbeia

irlandaises

Danu - Boand, Brigid (Boyne)

lusitaniennes

Tongoenabiago (source) -

Bormanico (eaux thermales) - Nabia

germanique

Rhin

alsacienne

Hockamann (démon des rivières)

luxembourgeoise

Melusina, nymphe de l'Alzette

scandinave

Nacken (démons des rivières)

chrétienne slave

Saint Nicolas (fleuves et pâturage)

balte

Upinis

Les apsaras

Les apsaras (ou péris en perse) sont les nymphes indiennes. Selon le Kurma Purana, leur naissance les rattache au mythe cosmogonique du barattage de la mer de lait.

Des nymphes apparurent alors, portées par le bouillonnement des vagues et remontant à la surface des flots comme des poissons volants. À leur tête, il y avait la déesse de l'ivresse, Varuni. Apparurent ensuite la splendide Rambha et son cortège de nymphes, les apsaras, qui devinrent dès lors les compagnes d'Indra.

Kurma Purana

Dans de très nombreuses légendes indiennes, les apsaras sont en effet envoyées sur Terre pour divertir un sage dans ses méditations, afin que sa sagesse ne le place pas au-dessus de sa condition d'humain, ce qui le mettrait en concurrence avec les dieux. Dans les traditions tantriques et bouddhistes, les apsaras sont appelées daikinis, ce sont des magiciennes et des incarnations de la déesse-mère. Elles sont en tous points semblables aux nymphes : ce sont des créatures qui incarnent la luxure, le dynamisme et la beauté juvénile. Elles vivent à Indrapura, la ville céleste dont Indra est le maître. Bien qu'elles soient les compagnes des gandharvas, les musiciens célestes, elles composent aussi le harem d'Indra. Célébrées pour leur charme, les apsaras sont un thème pictural, sculptural et littéraire très présent en Inde, en particulier sur les reliefs érotiques des temples.

Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)
Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)
Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)
Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)

Les apasaras (les deux premières sont originaires du temple d'Angkor Wat, au Cambodge), la dernière est originaire de Kajuraho (photographie de Frédéric Rapho)

Les mauvaises fées

Les fées peuvent être porteuses de mauvais sorts. Elles sont à l'origine des sorcières que nous retrouvons dans les contes folkloriques. Ces mythes reposent avant tout sur la misogynie : la femme est une tentatrice, ses charmes n'ont pas de limites et ne connaissent pas d'obstacle.

Les Serbes, ayant, comme les autres peuples, remarqué chez les femmes une plus grande aptitude à subir le phénomène de l’hallucination [...] ont attribué aux sorcières une puissance digne des magiciennes de Thessalie. La viechtilza, dont parlent tant de voyageurs, est un être malfaisant et redouté. Elle peut dépouiller son corps comme un vêtement. Des ailes de feu la transportent à travers l’espace au foyer des personnes endormies, dont elle ouvre le flanc pour dévorer leur cœur.

D. d'Istria, La Nationalité serbe d’après les chants populaires.

Si trois jeunes villageoises redonnèrent l'appétit à Bouddha, ce sont aussi trois sorcières qui vinrent le déranger lors de son ultime nuit de méditation, alors qu'il s'apprêtait à connaître l'éveil. Ce sont les trois filles de Yama, dont l'origine du mythe ne se trouve pas dans le védisme et semblerait donc typiquement bouddhiste.

Dans le Nikaya Samyutta et le Mara Samyutta, deux textes inclus dans le Canon Pali (v. 100) du bouddhisme Theravada, Tanh (la soif) Arati (le mécontentement) et Raga (l'attachement né du désir, de l'avarice et de la passion), descendirent sur Terre pour s'approcher de Siddhartha et tenter de le corrompre. Elles déployèrent devant lui tous les charmes des poisons qu'elles incarnaient et qui étaient l'Attraction, l'Aversion et l'Illusion. Se joignirent à elles les nymphes Fierté et Peur. Ces créatures divines, déesses de la féminité, étaient scintillantes de beauté, mais celui qui allait devenir l'un des plus grands maîtres spirituels qui jamais ne fut, d'un simple revers de la main, les envoya voler dans le vent, telles des fleurs de coton tombées d'une branche.

Dans l'hindouisme, les fées néfastes et espiègles sont les yakshinis, les fées des traditions tantriques et jaïnes. Les véritables démons femelles sont les rakshasis. Putana en est une des plus célèbres, elle est la personnification des maladies infantiles. Alors bébé, Krishna la terrassera : feignant de boire à sa mamelle, il lui injecta son propre venin.

Tout comme il est utile d'honorer de beurre, de fruits et de fleurs les nymphes des sources, il convient de sacrifier aux fées néfastes, afin de calmer leur colère.

Dans son ouvrage compilant les récits folkloriques des anciens Croates de la Dalmatie (Gan-Veyan), l'historien Mitjel Yoshamya nous raconte la malédiction d'une nymphe dont les ordres ne furent pas respectés des hommes, bien qu'elle eût œuvré pour eux. Il s'agit de la 3e légende de Vaeya (île de Kirk en croate), telle qu'interprétée par feu le barde Fabian Tomashic-Velnic :

« Quand les premiers marins découvrirent Vaeya, l'île n'était pas aussi sèche et pierreuse qu'aujourd'hui, mais elle était au contraire couverte de verts pâturages, où paissaient des moutons à la laine d'or. Une sublime nymphe vêtue d'une toge blanche était leur bergère. Comme les gens de Mitanni voulaient construire un village, la nymphe leur trouva un lieu parfait, à proximité d'une fontaine, sur le promontoire du Faucon, l'endroit le plus à l'orient de l'île de Vaeya. En échange, la nymphe leur fit promettre de ne plus jamais revenir la déranger ni d'observer ses moutons d'or. Malheureusement, les marins ne respectèrent pas leur promesse et quand ils revinrent sur leur pas pour observer la nymphe et ses moutons, ceux-ci se transformèrent aussitôt en pierre. Cependant, c'est grâce aux moutons changés en pierre que les marins bâtirent leur ville, qu’ils nommèrent Corynthia. »

En pays kailasha, les fées étaient particulièrement célébrées la veille du grand festival de la déesse Diziane, alors que se déroulaient pour elles des concours de danse rituelle. Pour que les célébrations se déroulent correctement, du pain était offert au démon Yush. Diziane, la Grande Déesse pouvait alors être invoquée, afin qu'elle protège les champs de céréales. Les deux entités, l'une néfaste, l'autre faste, devaient être honorées simultanément. G. S. Robertson ajoute cependant à son témoignage que si les Kailashas dansaient extatiquement pour leurs fées et leur déesse-mère, ils ne dansaient pas pour le démon Yush.

Généalogie du panthéon hindou
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Les principales divinités VÉDIQUES et leurs correspondances indo-européennes

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