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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les dieux du FEU et du FOYER (divinités indo-européennes)

Le Feu

Afin de faciliter l'étude et la transmission de la métaphysique, les peuples préhistoriques ont inventé des divinités qui représentent non pas des êtres surnaturels, mais plutôt des éléments. Les Védiques considèrent le feu comme étant une des divinités les plus importantes, car il s'agit d'un des cinq éléments de la vie.

Les anciens Védiques distinguaient le feu du ciel, le feu immortel et divin, tout puissant, incarné par le dieu-soleil Surya, et le feu temporel, le feu consommateur de tout ce qui vit et meurt, le feu du foyer, de la famille et des oblations, incarné par Agni. Le feu cosmique, éternel, infini, insondable, semblable au Soleil, est distinct du feu du foyer, prométhéen, qui s'incarne sur Terre et qui est le maître faustien des passions, de la destruction, de la mort mais aussi de la régénération des champs. Dans les Vedas, Agni est souvent qualifié de « Rudra » (« rude, violent » en sanskrit). Agni-Rudra, c'est alors le feu destructeur de la fin des temps, le responsable du Déluge (rôle qu'assurera Shiva dans l'hindouisme).

Dans le Devi Mahatmatya (400 à 600), texte de la tradition shaktiste, Agni est ouvertement assimilé à Rudra. Agni est alors considéré comme le père de Skanda, tandis que son animal véhicule est un bélier (le même animal totem que Shiva, Cernunnos et Pan).

Agni est invoqué à chaque fois qu'il est fait mention du temps qui passe, de la mort, de ce qui se transforme et disparaît, le feu étant le suprême élément destructeur. Agni et le feu sont donc associés à la salive et à tout ce qui corrompt ou consume les offrandes. Un fidèle mangeant une galette de riz auparavant offerte à une divinité, fait donc l’œuvre du feu en la mastiquant. Un Indien considère en effet son corps comme un temple, c'est-à-dire comme un lieu sacré capable d'assurer la transformation du matériel en spirituel (la pratique du yoga et de la méditation repose sur de tels principes).

Agni est le lien ultime entre l'humanité et les divinités du ciel, car c'est grâce à la fumée que les offrandes sont amenées aux dieux, de même que c'est grâce aux flammes si elles peuvent être consommées, donc véritablement offertes.

Sur Terre, Agni corrompt et détruit, renouvelant ainsi la vie à travers l'étape obligatoire de la mort. Tel que nous l'enseignent les Vedas, c'est bien au Feu que Brahma confia la souveraineté et la défense du monde :

Brahma assigna lui-même les dieux protecteurs de ce qui venait d'être créé : Agni protégea la Terre, Vayu l'air et Aditi les domaines inaccessibles du divin. Ainsi, le Feu régna sur Terre, le Vent dans l'air et la Lumière dans les espaces éthérés de la conscience spirituelle.

La très riche mythologie slave reconnaît de nombreux dieux du feu, dont Ogon est un des plus célèbres. Krishen, aussi appelé Kresnik, est souvent rapproché du Krishna indien ; il est considéré comme le porteur du flambeau de la connaissance.

 

Le dieu du feu

védique

Agni

aryen du Mittani

Aknis

mazdéen

Atar (« feu sacré »)

alain

Un dieu du feu et / ou du Soleil au nom inconnu

sarmate

« Dieu du feu » au nom inconnu

ossète

Syrdon (Loki)

tchétchène*

Pkharmat (Prométhée)

géorgien*

Amiran (Prométhée)

tokharien agnéen

Aknis

albanais

En

grec

Héphaïstos (Sidérurgie, volcans) - Prométhée (voleur de feu)

dace

une déesse du feu

scandinave

Loki

slave

Svarog - Svarojich - Ogon - Kresnik

balte

Gabija

chrétien estonien*

Laurits (St Laurent)

 

Si Agni est une divinité très positive, à jamais ancrée dans le camp du bien et des dévas, dans les mythologies nordique et grecque, la créature mythologique associée au feu est présentée comme un traître. C'est lui qui a dérobé la science du feu aux dieux pour l'offrir aux hommes. Malheureusement, ces derniers sont inconséquents et s'en serviront mal. C'est Loki, fils adopté par Odin, frère jaloux de Thor, second héritier du trône d’Asgard. C'est aussi Prométhée, une semi-divinité considérée comme un des pères de l'humanité, mais puni par Zeus d'un châtiment éternel.

Zeus fit enchaîner Prométhée sur un rocher du Caucase. Le titan Prométhée est donc lié à une montagne que les Grecs assimilaient à l'Himalaya (si bien que lorsqu' Alexandre le Grand fonda ce qui deviendra Begram, à 60 km de l'actuelle Kaboul, il baptisa la ville Alexandrie-du-Caucase).

 

Le mythe des Ribhus

Une légende semblable à celle de Prométhée, se trouve dans l'hindouisme. Il s'agit du mythe des Ribhus. Ces demi-dieux forgerons descendirent sur Terre pour offrir leurs techniques aux hommes, mais ne manquèrent pas de fâcher les dévas. Lesquels leur refusèrent le retour à la divine cité d'Indrapura.

Le prajapati Angiras, le premier de tous les sorciers, le maître absolu de la magie noire, eut un fils, qu'il appela Sudhanvan. Sudhanvan eut lui-même trois fils, qu'il nomma les ribhus (« les habiles » en sanskrit). Les ribhus héritèrent de leur grand-père la maîtrise de la science occulte et grâce à leur intelligence, à leur maîtrise des techniques et à leur créativité, ces trois artisans gagnèrent bientôt un statut divin. Résidant alors à Indrapura, la cité céleste, ils créèrent sans relâche des outils et des armes pour les dévas afin que ceux-ci forçassent les éléments à respecter la loi de Brahma, le Dharma.

Cependant, un jour, alors qu'ils étaient de passage sur Terre, les Ribhus furent saisis de pitié en voyant l'humanité vivre nue, sans habit, sans foyer, sans maison. S’intéressant de plus près à la race humaine, les Ribhus remarquèrent que celle-ci ne possédait que ses mains pour gratter le sol en quête des racines dont elle se nourrissait. Plus encore, les Ribhus pleurèrent en constatant que les hommes, les femmes et les enfants grelottaient dans la nuit de la terre, sans le secours des braises et du feu... Alors, sans plus réfléchir aux conséquences de leurs actes, les Ribhus s'’incarnèrent sous une forme humaine et délivrèrent à l'humanité leurs nombreux savoir-faire, dont la maîtrise du feu n'était pas des moindres.

Dès lors, l'humanité se redressa, captura le feu, l'emprisonna dans un foyer puis le nourrit de bois. Les hommes se fabriquèrent des armes redoutables avec lesquels ils chassèrent tandis que les femmes inventèrent la couture puis le métier à tisser. Occuper à leurs nouvelles tâches, les hommes délaissèrent les dieux, et ce n'était plus que rarement qu'ils leurs envoyaient leurs prières et hommages. Satisfaits d'avoir porté secours à l'humanité et de l'avoir aidée à dépasser sa condition animale, les Ribhus demeurent sur Terre afin de compléter leur existence humaine. Étonnés de recevoir moins de prières, encore plus étonnés de constater l'absence des Ribhus qui préféraient vivre sur Terre que de rejoindre au plus vite Indrapura, les dévas commencèrent à maugréer contre les triplés artisans. Sur Terre, les ribhus menèrent une vie pleine d'humilité et jamais ne demandèrent le salaire de leur invention. Leur exemple sema encore plus la discorde chez les dévas qui voyaient là une leçon d’humilité qui leur était envoyée, à eux qui vivaient dans le luxe d'Indrapura et dans le confort des offrandes de l'univers.

Arrivés au terme de leur vie sur Terre, les Ribhus reprirent leur forme originelle et divine puis retournèrent simplement à Indrapura. Cependant, des dévas leur en refusèrent l'accès, leur reprochant leur complicité avec les humains.

Pour les sauver d'une éternité de souffrance passée à expier le crime qu'ils avaient commis et qui avait consisté à déstabiliser l'ordre cosmique, d'autres dévas intercédèrent en leur faveur. Après avoir écouté chacun des dieux, leur chef Indra demanda à Brahma de rendre les Ribhus immortels en reconnaissance de leur immense pouvoir et de leur tout aussi grande humilité. Brahma accepta et Surya leur fit une place au cœur du soleil où ils résident depuis et résideront encore jusqu'à la fin des mondes.

 

Le feu sacré des Perses

C'est probablement en Perse où la flamme sacrée fut gardée avec le plus de zèle. En Inde, une fois le rituel védique terminé, les flammes ne sont plus alimentées et seules les cendres deviennent alors l'objet d'attention. Les prêtres s'en servent de baume, ils l’appliquent sur eux-mêmes ou sur le corps des fidèles. En Perse, le feu ne s'éteint jamais, car il représente la présence de Dieu sur terre. On en déduit parfois, avec erreur, en partie à cause du prisme islamique qui les a diabolisés, que les Mazdéens sont des adorateurs du feu, ou encore qu'ils prient le feu. Rien n'est plus faux. Le feu lui-même, « Adar », la divinité représentative du « feu sacré », n'est pas une des principales divinités du panthéon mazdéen ou zoroastrien. Plus simplement, le feu est un symbole que les perses prennent au sérieux, mais ce n'est pas le feu, ni les flammes qu'ils adorent en veillant à ce que le brasier de la flamme sacré ne s'éteigne jamais.

Le témoignage de Strabon (15, 3) nous indique d'ailleurs que le caractère rituel du feu n'efface pas la prépondérance et l’omniscience d'Ahura-Mazda : « C'est au feu et à l'eau que les Perses offrent leurs sacrifices les plus solennels » écrit-il, avant d'ajouter que : « quelle que soit la divinité à laquelle ils rendent hommage, leurs sacrifices commencent toujours par une invocation à Dieu. »

Le feu est cependant chargé de nombreuses superstitions, qui confèrent à l'obsession :

Si les Perses sacrifient au Feu, ils dressent un bûcher avec du bois très sec dépouillé de son écorce, au haut de ce bûcher ils déposent de la graisse, puis ils allument le feu par-dessous en l'attisant avec d'abondantes libations d'huile, mais sans employer le soufflet : ce n'est qu'avec l'éventail qu'il leur est permis d'agiter l'air. Souffler le feu, et y jeter soit un corps mort, soit de la fiente de bestiaux, sont autant de sacrilèges qui seraient punis de mort à l'instant.

Ibid

Le foyer

Les Baltes sont le peuple indo-européen arrivé le plus tôt en Europe du Nord, et contrairement aux branches italiques ou daces, ils n'ont que peu subi l'acculturation des peuples indo-européens plus tardifs, comme les Germains ou les Slaves. La mythologie balte est donc de toutes les mythologies européennes, celle qui semble se rapprocher le plus des mythologies aryennes. Gabija, le dieu balte du feu reprend le rôle védique de gardien du foyer et de défenseur des familles. Il se distingue nettement du dieu-soleil, maître des univers, de la nature, et de tout ce qui est extérieur à la maison, à la famille, en un mot : au foyer. Ce rôle central du feu est un marqueur culturel de la Baltique, car même après la christianisation de la région, dans la mythologie catholico-estonienne, le culte du dieu du feu Laurits se perpétue dans la personne légendaire de Saint Laurent.

Dans le folklore slave, le gardien des maisons est le Domovoï, un monstre roublard et sympathique.

Dans le folklore roumain, il s'agit du « serpent de maison ». Abdolonyme Ubicini, dans son introduction de l'ouvrage de V. Alexandri : Ballades et Chants populaires de la Roumanie, nous le décrit comme : « le serpent familier, serpi de casa, l’hôte du foyer, que le paysan roumain, par l’effet d’une tradition dont il ne se rend pas compte, entoure d’un respect quasi-idolâtre. Il voit à la fois en lui un hôte sacré et comme la divinité protectrice de son toit, il l’admet l’hiver près de la cendre de son foyer, et l’abreuve de lait, matin et soir. »

On retrouve cette coutume en Scandinavie dans le rituel païen des offrandes sacrificielles, ainsi que dans celui de la collation laissée sur le rebord de la fenêtre pour nourrir Odin, si jamais celui-ci était de passage (cette coutume se retrouve au 20e siècle dans le folklore enfantin de la visite du Père Noël la veille de Noël).

Dans son Dictionnaire infernal, à l'entrée « Abundia », Jacques Collin de Plancy évoque une fée originaire du folklore allemand. Elle est décrite comme une

fée bienfaisante honorée en Thuringe comme protectrice. Elle visite les maisons, où elle mange et boit avec ses compagnes ce qu’on leur a préparé, mais sans que rien des mets soit diminué par elles. Elles soignent les étables ; et on a des marques de leur passage par des gouttes de leurs cierges de cire jaune, qu’on remarque sur la peau des animaux domestiques.

La divinité du foyer

védique

Agni

kailasha

Jeshtak

tokharien

Aknis

hittite

Kulassé (protectrice de la maison et de la tombe)

aryen du Mittani

Aknis

scythe

Tabiti (Hestia)

ossète

Safa

roumain

Serpi de casa (l’hôte du foyer)

grec

Hestia – Zeus Kleisos, Zeus Ktésios

romain

Vesta - Lares - Pénates

savoyard

sarvan, servin, charvan, follet, follaton, familier, foulat, chofaton, matagot, diablotin (esprit domestique)

dauphinois

mandrigoule

germanique

Alrune, Mandragore

normand

Lutins, gobelins, hans, petits-velus

slave

Domovoï

balte

Gabija

 

Dans la mythologie romaine les protectrices sont les Pénates, les Vestas et des Lares. Celles qui leur sont dévouées sont les vestales. Elles sont les gardiennes du temple et les intermédiaires avec le divin. « D'ordinaire, écrit Laura Orvieto, dans Contes et légendes de la naissance de Rome, les gardiennes du temple étaient vénérées et honorées plus que toutes les autres femmes : elles portaient bonheur ; si un condamné rencontrait une Vestale sur le chemin du supplice, elle pouvait, si elle voulait, demander sa grâce, et il était libéré. »

La tradition de la sauvegarde du feu remonte à la Préhistoire, il s'agissait pour les premières tribus humaines de se prémunir contre l'attaque des bêtes sauvages et prédatrices une fois la nuit tombée. Bien que l'on ignore tout des méthodes de conservation du feu, il est plus que probable que la garde du foyer devait incomber aux femmes, maîtresses de l'espace intérieur des grottes, et des cabanes, tandis que l'homme conquérait l'espace vital sur la nature hostile environnante.

En cas d'extinction du feu sacré, il pouvait être très difficile de le rallumer et la tribu tout entière encourait alors le risque d'une mort imminente, déchirée par les mâchoires d'un tigre aux dents de sabre qui aurait croisé leur campement lors de sa ronde nocturne. La peine encourue pour celle qui se serait assoupie et aurait laissé s'éteindre le feu sacré devait être exemplaire, et devait mener à une répudiation certaine. C'est d'ailleurs ce crime (avoir laissé s'éteindre la flamme sacrée) qui provoquera la mort de Sylvia, la mère de Rémus et Romulus qu’elle laissera orphelins, dérivant sur un fleuve. Ils seront les fondateurs de Rome.

Dans ces temps anciens, c'était une chose longue et difficile d'obtenir ne fût-ce qu'une étincelle ; et le feu semblait être non seulement un don du ciel, mais une divinité en soi. On l'adorait dans les maisons où il ne devait jamais s'éteindre et dans le temple de Vesta où l'on allait prier les jours de solennité. La flamme devait briller perpétuellement sur l'autel de la déesse Vesta. Si par hasard elle s'éteignait, les gens croyaient qu'un malheur arriverait et toute la ville prenait le deuil : le habitants hurlaient, se lamentaient et faisaient des processions pour supplier la déesse Vesta de ne pas leur envoyer de châtiment trop sévère en expiation de leurs péchés. Et une punition terrible s'abattait sur la jeune fille qui avait négligé l'autel de Vesta.

L. Orvieto, Contes et légendes de la naissance de Rome.

On retrouve cette importance du foyer en Perse et en Inde. Des dizaines de milliers d'années s'étant écoulées depuis l'âge du feu, des maisons ont été construites, des tentes érigées, mais le foyer sacré est demeuré.

Il ne s'agit plus d'un feu nourricier, réchauffant ou éloignant les bêtes sauvages, mais d'un feu à la portée symbolique. Il représente la puissance, la corrosion. Il est l'outil indispensable des sacrifices, dont la fumée amène aux dieux les offrandes, mais il est surtout la présence du divin sur terre, ainsi que le pensent les mazdéens.

Les dieux du FEU et du FOYER (divinités indo-européennes)

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