Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

PROMÉTHÉE (mythe grec)

 

Si Agni est une divinité très positive, à jamais ancrée dans le camp du bien et des dévas, dans les mythologies nordique et grecque, le dieu du feu est présenté comme un traître, comme celui qui a dérobé la science du feu aux dieux pour l'offrir aux hommes, qui, inconséquents, s'en serviront mal. Ainsi, Loki est le frère jaloux de Thor, second héritier du trône d’Asgard, occupé par Odin, tandis que Prométhée est une semi-divinité punie par Zeus pour avoir donné le feu à l'humanité, dont il est considéré comme un des pères.

 

Une légende semblable se trouve dans l'hindouisme : c'est alors les Ribbhus, les divinités de l’artisanat qui, offrent aux hommes le feu et de nombreuses techniques, ce qui eut pour conséquence, de retour à Indrapura, la cité des dieux, de s'en voir refuser l'accès par les dieux courroucés.

Le récit suivant, extrait de Récits tirés du théâtre grec, de G. Chardon est inspiré de la tragédie « Prométhée enchaîné », de l'auteur grec Eschyle (v. 525 à 456 av. J.-C.) On y retrouve le thème commun aux Indo-Européens des Enfers, qui sera plus tard repris par le christianisme médiéval, ainsi que par les différentes sectes manichéennes et hérétiques. Comme dans l'enfer des chrétiens, et plus tard encore des musulmans, le pêcheur est torturé afin qu'il regrette ses pêchers, et ce d'une manière immuable et éternelle. Cependant, dans les traditions orientales de l'enfer souterrain, celui-ci n'est qu'une étape dans le vaste cycle des incarnations, appelé en Occident les réincarnations. Ainsi, la présence en Enfer se rapproche plus du purgatoire que d'un réel monde infernal dont il n'existerait aucune échappatoire. Enfin, il est commun dans l'univers mythologique des Indo-Européens que les dieux envoient des démons en enfers, afin qu'ils y purgent une peine qui les tiendra à l’écart du paradis ou de la cité céleste que les forces du mal ne cessent de vouloir violer.

Une nouvelle fois, l'hindouisme se démarque alors par une pensée transcendant le bien et le mal, car plutôt que d'infliger une peine éternelle à son adversaire, un mythe raconte comment Vishnou fit du démon Bali le gardien d'un des enfers, en remerciement de sa fidélité, et lui permit même de le quitter pour le visiter à sa guise en son paradis. Un mythe raconte encore que c'est Shiva fit du roi des serpents Vasuki le souverain du plus profond domaine souterrain. Ainsi, contrairement à la tradition monothéisme, qui fait du gardien des enfers un ange déchu, un renégat frappé de malédiction, les gardiens des enfers polythéistes sont des divinités choisies par les dieux eux-mêmes et honorées tout comme eux.

*

Hésiode popularisa le mythe des géants et sa théogonie fut souvent reprise sous forme de tragédie, en particulier par Eschyle (Prométhée enchaîné, v. -500). George Chappon (1898 - 1981), professeur au lycée Condorcet et éditeur des traductions des lettres classiques chez Hatier, en fait le récit :

Les Titans furent vaincus et à leur tour précipités dans les profondeurs de la terre. Le fils de l'un d'eux, Prométhée, s'était rangé aux côtés de Zeus : en récompense il fut admis parmi les Olympiens, la nouvelle race des dieux. [...]

Le monde asservi plie sous la domination de Zeus enfin régnant. C'est un maître d'autant plus dur qu'il a dû mener sévère lutte pour conquérir le pouvoir et qu'il a encore besoin de la violence pour le maintenir. Maître d'autant plus dur dans l'arbitraire qu'il n'est personne ni rien au-dessus de lui. Que pouvaient donc les pauvres hommes contre la tyrannie effrénée de ce Zeus sans cœur à laquelle les dieux eux-mêmes, frappés de stupeur, n'osaient résister ? [...]

Face au despote s'est dressé Prométhée, celui-là même qui a contribué à le hisser au pouvoir, Prométhée qui aime les hommes. Il les a observés et il a souffert dans son grand cœur. En proie à tous les maux, ils traînaient une existence de brutes, incapables même d'apercevoir la lumière lointaine qui fait se lever l'espoir. Ils passaient leur vie, vieillissaient, s'éteignaient dans une enfance confuse, dénuée de raison. Terrés au fond de leurs cavernes, ils ne savaient point construire les maisons en briques ni travailler le bois, ni arracher les métaux que recèle la terre. Ils ignoraient l'art de soumettre les bêtes au joug, la science de la médecine, celle des nombres ou de l'assemblage des lettres. Tout cela, c'est Prométhée qui l'a enseigné aux hommes en leur apportant le feu, monopole jalousement gardé par les immortels, source et maître de toutes les techniques.

*

La punition de Prométhée

extrait de « Récits tirés du théâtre grec », de G. Chardon (Nathan, Paris, 1956.)

Le désert de Scythie brûle sous le soleil implacable, mais l'âpre nudité du sable et des rocs est vibrante d'échos. C'est que Vulcain, le dieu boiteux forgeur d'armes est courbé sur son enclume et que les coups de son marteau tonnent sans arrêt.

Cependant l'Immortel, qui est toujours si amoureux de son métier, travaille à cette heure sans fierté et sans empressement. Ce métal dont il tire des gerbes d'étincelles ne sera pas une épée glorieuse, ni un bouclier protecteur, il ne connaîtra pas l'enthousiaste élan du combat : il va former les chaînes d'un prisonnier.

C'est en soupirant que le dieu travaille, et si les messagères de Jupiter, ces terribles messagères de la colère du tout-puissant maître de l'Olympe n'étaient pas auprès de lui à le harceler, peut-être oserait-il opposer un refus à des ordres qui lui paraissent si cruels.

Il murmure, il contemple avec pitié le captif que maintiennent durement les sombres déesses de la Force et de la Violence, Prométhée, le Titan vaincu, l'ami des Hommes, l'ennemi des Dieux :

«  Hélas ! fait-il en regardant à peine les anneaux durs et étincelants comme du diamant qu'il vient d'achever, pourquoi faut-il que ce soit moi, ô Prométhée, moi qui te suis uni par les liens du sang, qui aie reçu du Père commun la tâche de te châtier! Maudite forge, maudit art que m'a confiés le Destin, je vous hais et j'ai l'horreur de mon habileté!...

_ Ne t'attendris pas, dit la Force avec un brutal dédain. Celui que tu as ordre d'enchaîner est un misérable voleur. N'a-t-il pas dérobé, pour en faire présent aux mortels, le feu de Zeus ? Si ces nains aux jours sans durée sont si pleins d'orgueil, s'ils rêvent de dominer les éléments et ne se courbent plus avec autant de soumission devant les volontés des dieux, c'est Prométhée qui en est cause. D'ailleurs, n'est-ce pas à toi que le vol a été fait, gardien du feu céleste ? Cesse donc d'hésiter et enchaîne Prométhée sur ce rocher, et sans sommeil, sans repos, il attendra les heures à venir. Vulcain ne résiste plus. Jupiter veut être obéi.

Autour du corps vaincu, Vulcain passe alors les lourdes chaînes et, à grands coups de marteau, il rive les anneaux au rocher.

Tout le temps de ce supplice, Prométhée n'a point relevé la tète, mais quand les chocs du fer et le bruit des voix se sont tus, quand se sont éloignés les pas inégaux de Vulcain et le frôlement des ténébreux manteaux des filles du Styx, alors du cœur gonflé du Titan s'exhalait en de longs cris sa colère et sa douleur.

« Qu'a-t-on puni en moi ? s'écrie-t-il, sinon le seul crime d'avoir aimé les hommes, d'avoir voulu leur faire part de tous les arts et de tous les avantages que leur vaudra l'usage du feu. Éternelle Nature, écoute ce dieu qui pleure et dont les peines ne finiront jamais. Non jamais, car il m'a été accordé de lire dans l'avenir et je sais ce que j'en dois attendre. O cruel Zeus ! »

Ainsi les sanglots et les cris du géant captif ébranlaient le chaos des rocs contre lesquels moutonnent le sable...

 

Mais quels sont ces bruits d'ailes rapides et légers comme ceux des oiseaux ? Des formes aériennes s'approchent, des chevelures blondes luisent dans les rayons du soleil : les filles de l'Océan et de la féconde Thétis sont sorties de leur palais d'algues pour venir consoler le dieu abattu.

Elles l'entourent d'une ronde à la fois curieuse et apitoyée. Et leurs questions arrachent quelques instants Prométhée à la sinistre contemplation de sa peine.

Elles n'osent pas blâmer trop ouvertement la sévérité de Zeus, mais elles s'appliquent à verser dans la pensée de Prométhée le baume de la résignation et de l'espoir.

« Je n'espère rien, leur répond tristement le Titan. Qu'attendre d'un maître au cœur inexorable ? Je l'ai trop bien servi lorsqu'il s'est agi pour lui de s'emparer du pouvoir souverain. C'est moi qui l'ai aidé à précipiter dans les noirs et profonds abîmes du Tartare l'antique Chronos et tous ses défenseurs. Il m'a payé par l'ingratitude, vice ordinaire de la tyrannie.

O Nymphes, ai-je donc si mal agi en défendant la race des hommes contre la volonté de destruction du nouveau roi des Dieux ? Il voulait la pulvériser, en créer une autre. Et j'aime les hommes, malgré leurs vices et leurs fautes. J'ai arraché à la main divine cette foudre qui allait les anéantir et les jeter dans les Enfers. J'ai eu pitié des mortels. Et personne n'a pitié de moi. Mais mon supplice même est l'opprobre de mon tyran ! »

 

Les nymphes s'entre-regardent apitoyées. Elles sont descendues du char ailé qui les a conduites jusqu'au rocher de Scythie et, en agitant leurs longs cheveux d'or, elles s'efforcent de rafraîchir cette chair torturée que brûle le soleil.

PROMÉTHÉE (mythe grec)

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article