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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les IRANIENS

LES IRANIENS

À la fin du Paléolithique, les membres de l'haplogroupe R1a sont établis depuis les rives orientales de la Caspienne jusqu'en Sibérie. Les steppes sont leur écosystème. Ce sont des chasseurs nomades et leur religion est le chamanisme. Ils sont locuteurs du proto-aryen (dont seront originaires les langues indo-iraniennes, dardiques et balto-slaves).

Au cours des 15 000 ans à venir, les Proto-Aryens vont s'établir depuis les rivages de la Caspienne vers le nord-est jusqu'en Sibérie et vers le nord-ouest jusqu'en Europe.

Entre -10 000 à -3000, ces tribus se sédentarisent autour de la mer Caspienne.

Leur religion est le proto-védisme : seulement quelques dieux sont universellement adorés, mais ils possèdent une grande variété d’appellations et d’attributs locaux. Les rituels ont une importance fondamentale car ils doivent assurer la fertilité des champs mais aussi la bonté des dieux. La déesse-mère est adorée en tant que divinité-Terre garante de la fertilité des femmes, des plantes et des animaux.

Cette religion ne possède pas de temples ; les divers rituels se font à même le sol ou sur une pierre, et les offrandes sont incinérées, ou abandonnées dans les eaux des cours d'eau. Plus le sacrifice est important et de grande valeur, plus celui qui le fait est en mesure d'espérer une réponse favorable du dieu auquel il consacre. En cas de maladie, de mauvaise récolte, de famine, ou face à un quelconque danger, on sacrifie donc le petit bétail jusqu'aux vaches et aux chevaux. Les sacrifices humains, absents du chamanisme, font leur apparition.

 

Le monde aryen

 

Les Aryens perses

Le réchauffement climatique qui marque la fin de l'ère glaciaire entraîne une désertification de la région caspienne.

Vers -2000, se forment le désert du Tarim et du Karakoram. Mais bien avant, les ravages du changement climatique se font sentir. La mer caspienne a perdu beaucoup de sa surface, de même que les mers environnantes ne sont plus que des lacs (Baïkal).

De -4800 à -3800, une variation de R1a apparaît : R1a1a1. Une communauté quitte les hauts plateaux iraniens et les bords de la Caspienne pour s'installer sur les versants occidentaux de l’Oural. Il s'agit des Proto-Balto-Slaves. Ils joueront un rôle capital dans les migrations de masse liées à la culture de la Céramique cordée en Europe (ils seront la cause du remplacement ethnique des membres originels R1b par des nouveaux arrivants orientaux R1a). Ils importeront en Europe leurs pratiques spirituelles proto-védiques et les transmettront aux porteurs de l'haplotype R1b (Proto-Celto-Germains).

D'autres tribus proto-aryennes se sédentarisent au sud de la Caspienne et sur les hauts plateaux iraniens. Ce sont les tribus mèdes, scythes, et parthes, qui montent en puissances militaire (chars de guerre) et démographique (migrations vers la Perse).

 

Deux prêtres achéménides, sur les escaliers de Persépolis

 

Toutes ces tribus n'adoptent pas l'agriculture et la vie sédentaire. Comme en témoignent les auteurs antiques, une partie du peuple scythe est urbain et agricole, quand l'autre est nomade et chasseur-cueilleur. Quant aux Aryens indiens, ils sont encore nomades à leur entrée dans le sous-continent indien (v. -1500) tandis que les Aryens iraniens étaient déjà puissants dans la ville de Bactres, et sédentarisés depuis des millénaires.

Vers -1700, dans le Khorassan puis en Bactriane, le prédicateur Zarathoustra prêche un dieu inspiré du panthéon mésopotamien : Ahura-Mazda, « le Seigneur Juste ». Il est le Grand Ahura, c'est-à-dire le Grand Esprit créateur de la vie. S'oppose à lui son jumeau maudit : Ahriman, l'Esprit du Mal. Ceux qui écoutent Zarathoustra sont alors locuteurs de l'avestan, la langue des plus anciennes couches de l'Avesta, le livre saint des zoroastriens (l'avestan est un dialecte local de l'iranien archaïque).

 

Le prédicateur Zarathoustra (publicité Liebig)

 

Le roi Garshasp accueille Zoroastre à sa cour, puis devient son disciple. C'est le premier âge d'or du Zoroastrisme, qui devient religion royale en Bactriane. Quelques mille années plus tard, il sera la religion principale de l'Empire achéménide (-550 à -329).

Peu après l'an 1000 avant notre ère, les ethnies mèdes et perses se constituent en royaumes. D'abord soumis aux Assyriens, ils s'en libèrent puis dominent à leur tour la Mésopotamie et la Grande Perse.

L'Empire Achéménide (fondé vers -550) devient le premier empire transcontinental. À cette époque, le perse le plus archaïque (l'avestan) n'est plus qu'une langue cérémonielle et liturgique.

Encore un millénaire se passe et l'empire sassanide (224 à 651 apr. J.-C.) marque le renouveau de cette doctrine, en l'imposant de force dans tout l'Empire. Cependant, après l'islamisation de la Perse (v. 1000 apr. J.-C.), les partisans du mazdéisme-zoroastrisme subirent un génocide dans leur patrie et durent s’échapper vers l'Inde. Ce sont les Parsis.

 

 

Les langues perses

La langue de Zarathoustra était l'avestan, qui est la langue éponyme de la partie la plus ancienne de l'Avestan, le livre sacré des zoroastriens et des mazdéens. Parlée quelque 2000 ans avant J.-C. Cette langue est très proche du sanskrit, tant dans son vocabulaire que dans son orthographe et sa grammaire. De l'avestan découle le persan ancien, parlé dans les prestigieux empires de Darius et Nabuchodonosor. Mentionnons aussi le parthe et le mède.

Le persan moyen est appelé pahlavi, c'est la langue des textes zoroastriens tardifs.

Le persan moderne, aussi appelé iranien par les Iraniens ou farsi par la diaspora iranienne zoroastrienne, est étonnamment semblable au perse ancien, comme l'est l'italien du latin. Cependant, à la suite de l'islamisation du pays, qui survint quelques décennies seulement après la mort du prophète Mahomet, l'iranien moderne s'inspira de l'arabe, langue sacrée de l'islam. Le persan emprunta de nombreux mots de vocabulaire, mais aussi l'alphabet, passant d'une écriture de type sanskrit (devanagari), à un alphabet arabe.

L'iranien est aujourd'hui parlé par plus de 110 millions de locuteurs, principalement natifs d'Iran, du Tadjikistan et d'Afghanistan (où cette langue est connue sous le nom du dialecte aristocratique dari, largement parlé par la population afghane moderne). Afin de compléter cet aperçu des langues persiques, mentionnons aussi le Pachtoune (38 millions de locuteurs), parlé lui aussi en Afghanistan, et le baloutche (7 millions), dont les locuteurs résident sur le littoral du golfe persique, autour de la ville de Karachi.

Enfin, le kurde (21 millions), parlé en Anatolie et au Proche-Orient, peut être rapproché de la famille persique.

 

Caractéristiques physiques des Aryens

Le terme « aryen » apparaît dans la plus ancienne littérature babylonienne et perse, pour n'être plus utilisé, au 19e siècle, que dans la littérature védique et zoroastrienne. Ce n'est qu'avec la malheureuse interprétation germano-centrée de race aryenne supérieure, que l’opprobre fut jeté sur le terme.

En sanskrit, « aria » veut dire noblesse, les Aryens sont donc les nobles, ceux qui dirigent le peuple et veillent à ce que la paix et la justice sociale soient assurées, afin que chacun vive dans l'harmonie des castes, dépendantes les unes envers les autres.

Un Aryen est donc le descendant d'un peuple qui vivait au nord de l'Iran et de l'Inde entre -2000 et -1000. Ses dieux étaient, entre autres, Varuna (Ahura-Mazda), Mithra (ou Mitra), Indra, les Dévas, les Asuras, et ses pratiques sociales comprenaient de nombreux rituels dont celui du sacrifice d'objets de valeur. Ils pratiquaient quotidiennement les rituels mystiques.

Plus qu'un peuple, les Aryens sont donc aussi une caste : celle de gens purs pratiquant un culte raffiné et véridique. Les plus fervents du zoroastrisme se considèrent comme Aryens, de même que les plus fervents du védisme traditionnel.

Un Aryen est donc, avant tout, un idéal d'existence ; c'est un être pur qui considère son corps et son esprit comme un sanctuaire ou réside la plus ultime des divinités (qu'elle soit Ahura Mazda et sa lumière ou le Brahman et son éternité). La notion d'Aryen peut donc alternativement faire référence à une origine ethnique ou à un régime de vie particulièrement stricte en accord avec les règles dharmiques ou mazdéennes.

Répétons-le : un Aryen n'est pas l’archétype du type racial nordique, mais plutôt un être « pur » et « noble », issu des castes les plus hautes des civilisations brahmaniques et perses. Il convient donc d'utiliser le terme « aryen » comme il se doit, c’est-à-dire en correspondance avec les peuples perses et védiques, et en particulier en rapport à leurs castes de prêtres et à leur aristocratie guerrière.

Les premières représentations réalistes des visages indo-européens concernent les Aryens : les rois perses sont les premiers visages que l’Histoire nous a transmis à propos de la morphologie indo-européenne. Un célèbre bas-relief achéménide nous présente Xerxès (-519 à -465) de profil : son nez est droit, légèrement aquilin. Sa pilosité, signe probable de virilité, donc de puissance, est abondante. Les yeux de Xerxès semblent maquillés, sûrement par du khôl, ce qui leur donne un aspect en amande (il s'agit d'une coutume masculine commune dans le monde antique encore présente de nos jours en Inde, au Pakistan et en Afghanistan). Ses lèvres sont fines. À quelques détails près, le buste que nous connaissons du général grec Périclès (-429 à -495) présente le même faciès : nez droit et long, yeux larges, barbe et chevelure abondante (en signe de sagesse comme de renoncement et d'ascétisme).

Les descendants des Aryens peuplent aujourd'hui une grande partie de l’Afghanistan et de l'Iran. Certains possèdent encore le type aryen ancestral, celui de Xerxès, mais de nos jours, de tels visages ne sont plus communs. Ils existent cependant encore, en particulier dans les zones montagneuses qui subirent peu d’influence et de brassage ethnique, comme le Caucase, l'Himachal Pradesh, le Chitral, le Cachemire ou le Pamir. On trouve aussi ce type physique dans les classes les plus hautes de la société indo-pakistanaise (lesquelles sont endogames). Les castes brahmanes mettent en effet un point d'honneur à garder leurs lignées pures. De fait, plus de trois mille ans après l'arrivée en Inde de leurs ancêtres, certaines familles indiennes ou iraniennes possèdent encore le type aryen originel ; distingué par des yeux et une peau claire, un nez imposant, aquilin ou droit, et un front large.

Les IRANIENS
Les IRANIENS
L'héritage aryen

Les Aryens sont à l’origine des cultures préhistoriques de Sintashta et d'Andronovo, du premier empire perse et de la culture brahmanique qui marque l'âge d'or indien. Mais encore, les Aryens sont une composante essentielle des cultures de la Céramique cordée et d'Afanasievo, ainsi que des civilisations tokhariennes et bactrienne (B.M.A.C).

Enfin, les Aryens ont créé deux religions qui sont autant de pôles théologiques : il s'agit du polythéisme védique (dont les spiritualités indiennes modernes sont dérivées) et du monothéisme zoroastrien (qui inspira le judaïsme d'après l’Exode, le christianisme et l'islam chiite). Les cultes dissidents d'Occident, dont ceux de Mithra et de Mani seront eux aussi inspirés de ces deux cultes aryens ancestraux. En résumé, depuis l'apparition de l'haplogroupe R2a il y a plus de 20 000 ans, jusqu'au seuil de l'Antiquité, ont émergé des rives de la Caspiennes les ethnies aryennes (branches perse et indienne), dardiques (Cachemiris, Nuristanis et Kailashas), scythes (Saces, Sakas, Sarmates, Parthes), alaines (dont les Ossètes modernes sont les descendants), mais aussi baltes et slaves.

Par ailleurs, les Aryens sont à l’origine des cultures préhistoriques de Sintashta et d'Andronovo, du premier empire perse et de la culture brahmanique (qui marque l'âge d'or indien). Mais encore, les Aryens sont une composante essentielle des cultures de la Céramique cordée et d'Afanasievo, ainsi que des civilisations tokhariennes et bactrienne (B.M.A.C).

Enfin, les Aryens ont créé deux religions qui sont autant de pôles théologiques : il s'agit du polythéisme védique (dont les spiritualités indiennes modernes sont dérivées) et du monothéisme zoroastrien (qui inspira le judaïsme d'après l’Exode, le christianisme et l'islam chiite). Les cultes dissidents d'Occident, dont ceux de Mithra et de Mani seront eux aussi inspirés de ces deux cultes aryens ancestraux.

La Grande Perse

« Greater India » s'étend du bassin du Tarim à l'archipel indonésienne et aux côtes orientales de l'Afrique, englobants ainsi toutes les régions sur lesquelles se firent sentir dans l'Histoire les influences du sanskrit, de l'hindouisme, du bouddhisme et des commerçants tamouls.

De même qu'il existe une Grande Inde, il existe une Grande Perse.

La Grande Perse est l'espace vital des peuples descendants des premiers Aryens entrés en Bactriane et plus tard installés en Médie, en Parthie et en Perse. Cet espace dépasse les frontières naturelles de l'Iran géographique et correspond aux territoires annexés par les trois empires perses successifs. Du côté nord de l'Hindu Kush, la Grande Perse comprend la Sogdiane et la Bactriane, et du côté ouest de la cordelière du Zagros, il comprend la Babylonie et une partie de la Mésopotamie et de l'Anatolie.

« Quand les Perses envahirent la Médie et les pays du Tigre et de l’Euphrate, ils les trouvèrent en possession de la plus vieille civilisation du monde, à la fois très savante et très corrompue, fortement organisée par un corps de prêtres puissants. Ils en eurent d’abord la défiance et l’horreur ; puis, comme toujours, le vainqueur primitif et barbare se laissa gagner par le vainqueur plus raffiné. Cette civilisation était celle de Ninive et de Babylone. [..] L’astrologie, qui suppose la connaissance du ciel, était la grande affaire des prêtres [chaldéens], la science maîtresse. Des hautes tours à étages qui leur servaient d’observatoires, au-dessus de la poussière et du bruit des cités, ils exploraient de leurs regards aiguisés par l’habitude les profondeurs du ciel oriental. À Callisthène, l’envoyé d’Aristote, ils montraient des observations astronomiques enregistrées depuis dix-neuf cent trois années consécutives. Dans les débris de la bibliothèque d’Assourbanipal, on a retrouvé, en même temps que des traités de magie, des calendriers, des livres de numération et d’astronomie d’une singulière précision. Ils fixaient la naissance du monde au moment où le soleil était entré dans le Taureau et lui assignaient pour fin le moment où il rentrerait dans ce signe. Le soleil était en effet leur principale étude. Ils lui avaient tracé sa voie dans le ciel, compté pour autant de victoires son entrée dans les douze signes, ses hôtelleries célestes, nommé ces signes par les vagues figures ébauchées par le groupement des étoiles et rattaché à chacun autant de légendes héroïques. Ils avaient affecté à ces signes leurs douze dieux principaux et aux trente-six décans les trente-six divinités inférieures. Mais pour eux, le ciel était surtout le livre des destinées, la manifestation sensible des volontés divines. Des influences constatées du soleil, de la lune et des planètes sur la nature et sur l’homme, ils concluaient à des influences permanentes et occultes, à des sympathies mutuelles que la science pouvait pénétrer et dont le secret assurait la domination sur les hommes. Cette civilisation, servie par les armes victorieuses des rois assyriens, s’était imposée depuis des siècles à toute l’Asie. La Médie [contrée aryenne], la première étape de la conquête persane, en était toute pénétrée. Ecbatane [une des toutes premières villes fondées par les Mèdes, v. 700], que vit Hérodote, avait, comme les villes de Chaldée, sept enceintes aux couleurs des sept planètes. Les mages y dominaient. La pure religion de la Perse [le mazdéisme], presque absolument dépouillée d’éléments naturistes, ne tarda pas à s’altérer par ce voisinage. L’Avesta, même dans ses parties anciennes, porte la trace de ces influences ; non seulement la fixation des périodes de la grande année cosmique, mais le nombre des Amesha Spenta, celui des yazatas, qui répond aux jours du mois lunaire, en portent le témoignage. […] » A. Gasquet, Le culte et les mystères de Mithra.

Entrés en Perse vers 800 avant notre ère, les Mèdes (-678 à -549) forment avec leur voisin Parthes et Perses, le cœur de l'Empire perse (du nom de la région du Fars).

Fondé par Cyrus, l'Empire achéménide (-559 à -330) est divisé en régions administratives, dirigées par un satrape (ministre). Persépolis, la capitale de l'empire, est fondée vers -521 par Darius 1er. Celui-ci fait graver sur les édifices :

Je suis Darius, le grand roi, le roi des rois, le roi des pays et des peuples, de toutes les tribus, le roi, dont le pouvoir s'étend loin sur cette vaste terre, le fils de Vishtaspa, qui fut un Achéménide, un Perse, fils d'un Perse, un Aryen de souche aryenne.

Le sceau de Darius
Le sceau de Darius

Le sceau de Darius

Sceau achéménide

Sceau achéménide

L'Empire achéménide

L'Empire achéménide

S’étendant sur trois continents, il s'agit du premier empire intercontinental de l'Histoire,. L’Égypte, la Thrace, le Pont et l'Anatolie, la Mésopotamie, l'Elam, les rives de l'Indus, les sommets de l’Himalaya, tous ces territoires sont sous l'influence du roi des Perses. L’administration perse possédait même des comptoirs en Asie centrale (Sogdiane et Margiane) et entretenait des échanges commerciaux et culturels avec le bassin du Tarim. Le rayonnement de la Perse et du mazdéisme est alors total. On raconte que Pythagore compléta son initiation en se rendant en Perse et qu'il se déclarait lui-même « disciple de Zoroastre. »

À l'empire Achéménide détruit par Alexandre, succède l'Empire Séleucide (-312 à -240), du nom de Séleucos, l'héritier macédonien du territoire perse conquis par Alexandre. Sous le gouvernement d'une élite hellénisée et cosmopolite, fleurissent les cultures gréco-perses et indo-grecques (au Gandhara, en Bactriane, et aux alentours de Matura en particulier).

À l'empire séleucide succède celui des Parthes (-247 à 224). Principal intermédiaire entre l’Empire romain et la Chine Han, les Parthes tiraient leur prospérité à leur maîtrise de la Route de la soie (dont une grande partie passait en territoire scythe). L’Empire romain leur disputa cette hégémonie, mais en vain.

Dans sa Bibliothèque, Photius évoque Les Parthiques, un livre perdu du géographe grec Arrien :

Arrien considère les Parthes comme une colonie de Scythes qui a longtemps été sous le joug de la Macédoine, et se révolta à l'époque de la rébellion contre les Perses.

Un marchand sogdien

Un marchand sogdien

Bactriane et Sogdiane

La civilisation de Bactriane / Margiane (en anglais B.M.A.C., pour Bactrian Margian Archeological Complex), aussi appelée civilisation de l'Oxus, trouve son origine au troisième millénaire, à une époque où les Proto-Aryens vivaient encore dans les steppes. Il s'agit d'une des plus anciennes aires de civilisation, mais comme elle ne fut découverte que récemment, et qu'elle est située dans des pays islamiques instables (ce qui rend les fouilles difficiles voir interdites) elle demeure encore peu connue du grand public. Il s'agit cependant de la première civilisation aryenne historique.

Située à une vingtaine de kilomètres de l'actuelle Mazar-E-Shariff (Afghanistan), Bactres est la capitale qui donna son nom à la région. Ville-foyer du zoroastrisme, Bactres était surnommée « la mère des villes ». Sa langue, le bactrien fait partie de la famille linguistique indo-iranienne. Elle fut parmi les cités les plus prospères de la route de la soie, avant d'être rasée par Tamerlan en 1402.

Durant l'âge d'or du gréco-bouddhisme, la Bactriane fut avec le Gandhara une des zones les plus hellénisée d'Asie. S'y trouvaient de nombreux royaumes dirigés par des rois grecs assistés de leurs troupes de mercenaires venus du bassin méditerranéen et de Macédoine. Peuples de marchants et de guerriers, ouverts à toutes les religions, les Bactriens virent cohabiter sur leur territoire l'hindouisme, le bouddhisme et le mazdéisme, avant de subir une acculturation massive à l'Islam. Ils sont les ancêtres des Talibans.

L'Histoire du peuple aryen perse est liée aux cours de l'Oxus et du Yaxarte. C'est le géographe russe Léon Metchnikoff (1838 - 1888) qui nous renseigne sur ce bassin civilisationnel méconnu, mais qui fut aussi important dans cette région du monde, que le Nil ou le Gange ailleurs :

« L’Oxus et l’Yaxarte devraient prendre rang parmi les fleuves historiques ; mais comme ils n’ont point d’écoulement vers une vraie méditerranée, leur civilisation n’a pu s’épancher dans le réservoir universel que par une voie indirecte, en mélangeant ses eaux avec celles de la puissante civilisation mésopotamienne : ils restent inconnus pour l’histoire jusqu’au milieu du 7e siècle avant Jésus-Christ où le premier contingent d’émigrés de la Bactriane, avant-garde de nombreuses irruptions, envahit la région du mont Zagros sous la conduite d’Ourakchatara (le Cyaxare d’Hérodote), fondateur d’Ecbatane et de l’empire mède ; les derniers venus parmi les envahisseurs, les Perses mazdéens, ne tardèrent pas à se rendre maîtres du monde assyro-chaldéen. Mais si l’avènement des Iraniens inaugure peut-être une ère nouvelle de l’histoire générale de l’Occident, il n’ajoute pas d’autres domaines au territoire des civilisations primaires. Géographiquement, l’Iran n’est qu’un couloir, un passage entre la Bactriane et la Mésopotamie, l’Asie antérieure et l’Inde. » La Civilisation et les grands fleuves historiques.

La région de l'Oxus

La région de l'Oxus

Afin de poursuivre notre parcours en Perse aryenne, mentionnons l'Arachosie. Cette contrée, elle aussi colonisée les Gréco-Macédoniens, fut une terre de prédilection du gréco-bouddhisme.
 

[L'Arachosie] bien que située au sud des montagnes, n'est pas loin non plus de l'Arie, et, tout en se prolongeant jusqu'aux bords de l'Indus, fait encore partie de l'Ariana ou région Arienne. La longueur de l'Arie est de 2 000 stades environ [354 km], sa largeur (j'entends celle de ses plaines) est de 300 stades [53 km]. Elle compte trois villes principales, Artacoana, Alexandria et Achaea, qui, toutes trois, ont retenu les noms de leurs fondateurs. Son sol est particulièrement favorable à la culture de la vigne et voici, entre autres choses, une circonstance qui le prouve, c'est que le vin qu'on y récolte se conserve durant trois générations et sans qu'on ait besoin d'enduire les vases de poix.

Strabon, 11, 10.

Au nord de la Bactriane, se trouve la Sogdiane, (actuel Ouzbékistan et Turkestan ; nommé Kangju par les Chinois et Transoxiane par les Européens). Les villes de Samarcande, Tachkent et Boukhara étaient ses principales cités.

Six divinités indiennes y étaient vénérées : Brahma, Indra, Shiva, Vishnou, Durga et Kubéra. Cependant, suite à l'acculturation au mazdéisme provoquée par l'annexion de la Bactriane et de la Sogdiane aux différents empires perses, Brahma prit le nom de Sravan, appellation où transparaît celle de Zurvan, le dieu du temps du mazdéisme.

De même, Indra est Adbad, une appellation ou apparaît cette fois le dieu assyrien du tonnerre, Hadad. Shiva est quant à lui Veshparkar, divinité très populaire dans l’Himalaya occidental, mais aussi dans le Pays Tokharien (il est parfois représenté comme le dieu du vent, un élément qui occupe l’espace entre la terre et les cieux).

L’association d'une divinité se rapprochant de Shiva mais associée au vent se retrouve aussi dans la mythologie himalayenne kailasha ; Mon (Mahandeo, Shiva) est associé à la fumée des sacrifices, il est considéré comme le messager qui relie les hommes aux divinités.

Si les montagnards de Sogdiane et de Bactriane devaient suivre un culte inspiré de l'hindouisme, en vénérant la déesse-mère « Durga de Sogdiane » (qui se retrouve chez la Diziane kailasha), les populations urbaines et leurs élites, avaient adopté le bouddhisme ou le zoroastrisme.

La limite nord de la Grande Perse est constituée par la Scythie asiatique. Les Saces (Sakas), glorieux peuple scythe mentionné dans les Vedas, vécurent sous la domination des successifs empires perses, avant d’envahir eux-mêmes la vallée de l'Indus puis celle du Gange.

Enfin, aux confins nord-est de la Grande Perse, c'est-à-dire à l'ouest des Saces, Ammien Marcellin situe la Sérique. Il s'agit probablement de la région du Tarim. Si celle-ci n'était pas une satrapie perse, elle entretenait avec le reste de l'Empire des relations diplomatiques, commerciales, religieuses et culturelles privilégiées.

 

La campagne d'Alexandre en Perse

De toutes les régions de la Grande Perse, c'est l'Aryana (ou Arie, Ariane, à ne pas confondre avec l'Haryana proche du Penjab indien) qui est la région historique du peuple Aryen. Selon le témoignage de Strabon, le vin semble y avoir été une des principales ressources.

Le sol de la Margiane, comme celui de l'Arie convient merveilleusement à la vigne, [...] on y rencontre fréquemment des ceps dont deux hommes auraient peine à embrasser le pied et dont les grappes mesurent jusqu'à deux coudées de long [0,8 m]. [...] L'Arie et la Margiane sont les deux provinces les plus importantes de cette section de l'Asie : elles se composent, en partie, de massifs montagneux et impénétrables, en partie de plaines où se trouvent naturellement les grands centres de population, les montagnes n'étant habitées que par quelques tribus nomades. Les plaines de l'Arie et de la Margiane sont traversées par deux fleuves, l'Arius [Hari] et le Margus, qui les arrosent très largement.

L'Aryana sera détruite par les troupes d'Alexandre le Grand en -329. Son peuple et ses soldats massacrés, la capitale de l'Aryana détruite, la race des authentiques Aryens perses disparut de Perse, sans pour autant cesser d'inspirer sa culture et ses traditions. Le zoroastrisme, religion fondée par le prophète aryen Zarathoustra, continuera d'être pratiqué en Iran jusqu'à l'avènement de l'islam.

Le corpus liturgique mazdéen en pâtira cependant énormément. Car la destruction des bibliothèques aryennes s'ajoute à celle de Persépolis qui eut lieu quelques mois plus tôt. Les destructions engendrées par Alexandre mirent fin à l'âge d'or du mazdéisme et restèrent dans les mémoires perses.

Il est admis qu’au temps d’Alexandre, Persépolis possédait une vaste bibliothèque, mais, vous le savez, le héros y mit le feu, soit par vengeance, soit dans un moment d’ivresse. C’est pourquoi il est toujours appelé le « maudit Alexandre » dans tous les textes ultérieurs relatifs à la religion de Zoroastre. Maintenant, il est prouvé qu’à l’époque de cet incendie, il existait une double collection complète de tous les écrits composant la littérature zoroastrienne. L’une de ces collections se trouvait dans la bibliothèque et fut brûlée par le « maudit Alexandre ».

A. Besant, Des religions pratiquées actuellement dans l’Inde.

Plus d'un millénaire plus tard, dans le Livre d'Arda Viraf, (composé sous l'empire sassanide vers 600, mais dont la version définitive date d'entre 900 à 1100 apr. J.-C.) on retrouvera intact ce ressentiment à l'égard du général macédonien.

Il est dit qu'il était une fois, le pieux Zarathoustra établit la religion qu'il avait reçue et la propagea par le monde. Durant une période de 300 ans, cette religion était pure et les hommes la suivaient sans douter. Mais ensuite, le Mauvais Esprit, le Méchant, afin de les égarer, inspira Alexandre, le romain [sic] qui vivait alors en Égypte, à conquérir puis dévaster le pays des Aryens, laissant derrière lui la guerre, la dévastation et diverses des plus sévères cruautés. Il assassina aussi le roi de Perse [Darius III] et détruisit les métropoles, démantela l'empire et désola le pays.

Arda Viraf, 1.

Alexandre brisa les coutumes mazdéennes. Citant Onésicrite, Strabon rapporte que le Macédonien avait interdit les pratiques funéraires zoroastriennes qui consistaient à laisser les cadavres pourrir au soleil en nourrissant les vautours.

La culture aryenne perdit des hommes et des villes. Ses rois furent déshonorés :

Le départ de l'armée d'Alexandre pour ses expéditions lointaines de la Bactriane et de l'Inde avait été un signal général de troubles et de désordres, et c'est ainsi qu'entre autres malheurs on avait eu à déplorer cette profanation du tombeau de Cyrus.

Strabon, 15, 3.

Une fois l'Aryana détruite, Alexandre poursuivra ses conquêtes en prenant les places fortes de Sogdiane, puis de Bactriane. Ces régions frontalières à la fois du désert de Karakoram, de la mer Caspienne et de l'Himalaya, constituaient les verrous commerciaux de l'Empire perse et les Aryens les occupaient depuis le début du second millénaire avant notre ère.

On dit qu'Alexandre, tant en Sogdiane qu'en Bactriane, fonda huit cités nouvelles, mais il en aurait aussi détruites, paraît-il, quelques-unes des anciennes, notamment en Bactriane la ville de Cariatoe où Callisthène [360 à 328] avait été arrêté et incarcéré et en Sogdiane Maracanda [Samarcande], voire même Cyra, la dernière des villes fondées par Cyrus et qui marquait sur l'Iaxarte la limite extrême de l'empire perse. On ajoute que, s'il détruisit cette ville, lui qui se piquait de tant aimer Cyrus, c'est qu'il avait voulu tirer vengeance des insurrections trop fréquentes de ses habitants.

Strabon, 11, 11.

L'expédition d'Alexandre

L'expédition d'Alexandre

Les Perses au temps des sassanides

À l'empire Achéménide détruit par Alexandre, succède les empires séleucide (312 à 240), puis parthe (-247 à 224) et enfin sassanide (224 à 651).

 

L'Empire sassanide sous Khosrow

 

Le militaire et historien romain Ammien Marcellin (330 – v. 395) est contemporain de l'âge d'or des Sassanides. Il combattit aux frontières orientales de l'Empire romain et voyagea à l'intérieur même de l'Empire perse. Son témoignage est précieux, nous le puisons dans le chapitre 23, 6 (paragraphes 75 à 84) de son Histoire de Rome.

Tout d'abord, ce qui semble évident, c'est que les Perses de l'Empire sassanide ne sont plus ceux des empires précédents. Trois empires transcontinentaux successifs ont définitivement brassé les populations. Décimés depuis les conquêtes d'Alexandre, les Aryens ne constituent plus un groupe ethnique remarquable. Les traits génétiques aryens, à savoir le cheveu lisse, la taille haute et la physionomie corpulente, ont laissé place à ceux des sémites, ainsi que le remarque Ammien Marcellin : « Les Perses ont uniformément le corps maigre, le teint basané ou olivâtre, le regard farouche, les sourcils joints et arqués. Leur longue barbe n’est pas sans grâce, mais leurs cheveux sont touffus et hérissés. »

Dans un autre passage, Ammien Marcellin décrit un costume d'homme du désert, rappelant celui des Arabes et Touaregs :

Les Perses en général multiplient dans leurs vêtements les couleurs tranchantes. Leur habit dérobe toute la personne de la tête aux pieds, bien que laissant passage à l’air sur la poitrine et sur les flancs.

Si les Bactriens portaient aussi un turban, le vêtement décrit s'apparente bien à celui des hommes du désert, ce qui est un signe certain d'une influence culturelle arabe.

Les empires perses successifs ont annexé des zones traditionnellement sémites, comme l'Arabie, le Levant ou le sud de la Mésopotamie (Assyrie, Akkadie), mais aussi l’Égypte. L'afflux massif de population étrangère à la Perse historique donna donc naissance à un état cosmopolite :

Cette multitude de nations diverses offre autant de nuances de mœurs que de divisions de territoire, mais elles ont une physionomie et des habitudes communes qui se résument en peu de mots.

Ammien Marcellin dénombre ensuite les coutumes que partagent tous les Perses, malgré leur appartenance à des ethnies différentes :

On les voit toujours l’épée au côté, même à table et aux jours de fête. C’était l’usage également chez les Grecs d’autrefois. [...] Les Perses, dans les repas, évitent comme la peste tout ce qui est luxe et délicatesse ; mais sur toute chose les excès de boisson. Chez eux point d’heure fixe pour dîner, si ce n’est à la table des princes. On n’a de régulateur que l’appétit. Ce qui se trouve sous la main suffit à le satisfaire, et nul ne mange au-delà du besoin. En pays ennemi, leur réserve sous ce rapport est vraiment incroyable.

Le régime alimentaire stricte des Perses trouve son origine dans l'obligation de ne pratiquer que l'acte juste, tel qu'enseigné par Zarathoustra. Pratiquant le « manger juste », un Perse ne tolère donc pas la gourmandise ou l’excès.

De même, si les Perses respectent le bien d’autrui, ce n'est pas en considération de ce bien ou d'autrui, mais par peur d'une punition de la part d'Ahura-Mazda et de son auxiliaire Mithra. Les nombreux yeux de Mithra ne se ferment en effet jamais.

Ils traversent les vergers, les vignobles, sans toucher un fruit et même sans le convoiter, tant ils redoutent le poison ou les sortilèges. 

Le message de Zoroastre tel qu'on peut le lire dans les Gathas de l'Avesta, tend à légitimer le plaisir des sens, ainsi que la juste jouissance des plaisirs terrestres. Malgré leur strict respect d'un régime alimentaire et moral contraignant, les Perses ne condamnent pas pour autant la sexualité et la volupté :

Les Perses se livrent sans mesure au plaisir des sens, et n’ont jamais assez de concubines. Mais leur amour ne s’adresse qu’à l’autre sexe. Chacun épouse autant de femmes que le permet sa fortune, mais, par l’effet de cette pluralité, ne leur porte à toutes qu’une affection médiocre.

On remarque encore une fois le paradoxe perse, si différent du pragmatisme gréco-romain. En Europe méditerranéenne, l'homosexualité était tout à fait tolérée voire publiquement revendiquée, mais seulement si l'homosexuel s'était correctement affranchi de ses tâches sociales (c'est-à-dire le sacré, l'armée et les devoirs familiaux classiques ayant trait à l'engeance et au maintien des intérêts de la caste). La monogamie hétérosexuelle restait cependant la norme. À l'inverse, en Perse, la polygamie était la règle, mais l'homosexualité, en tant qu'action impure selon les critères zoroastriens, était interdite. Cette situation devait être assez rare dans le monde antique pour qu'Ammien Marcellin se donne la peine de la relever.

À la nonchalance de leur démarche, au laisser-aller de leurs membres, on les dirait efféminés ; eux guerriers si redoutables. À vrai dire, cependant, ils ont plus d’astuce encore que de vaillance, et c’est de loin surtout qu’ils sont à craindre. Ils sont grands faiseurs de forfanteries et de rodomontades, ont la parole pompeuse, ampoulée, dure et menaçante, indifféremment dans la bonne ou la mauvaise fortune.

Un paradoxe : s'ils sont pieux et que leur code moral est sophistiqué, les Perses n'en demeure pas moins despotiques :

Rusés, fiers, cruels, s’arrogeant le droit de vie et de mort sur leurs esclaves et sur les plébéiens obscurs, ils n’hésiteront pas à faire écorcher vif un homme, ou en partie, ou de la tête aux pieds.

Leur empire semble donc ne tenir que par la terreur qu'en inspire sa caste dirigeante, composée de soldats déléguant l'administration à des mages. Sa caste de cavaliers inspire d'ailleurs la plus grande crainte, même aux Romains. Comme aux temps archaïques des premiers Aryens, c'est sur elle que repose la puissance de l'armée perse. Comme le suggère Ammien Marcellin, l'armée sassanide représente la grande puissance de son temps :

 Tant de leçons qu’ils ont reçues des Romains en fait de discipline et de tactique, et l’adoption de leurs manœuvres et de leurs exercices militaires, les ont rendus redoutables même en bataille rangée. Ils comptent surtout sur leur cavalerie, où tout ce qu’ils ont de noble et de distingué vient faire ses preuves. Quant à leurs fantassins, [...] ce sont les valets de l’armée. Cette troupe, vouée pour toujours à l’esclavage, sert sans solde ni rétribution quelconque. Cette nation, par son courage et les progrès qu’elle a faits dans l’art de la guerre, aurait porté plus loin encore ses succès, sans les discordes civiles dont elle est incessamment travaillée.

Comme son armée, la société perse repose donc avant tout sur une forte hiérarchisation, ainsi que sur l'esclavage :

Ceux qui les servent à table n’osent desserrer les dents ni souffler ; toutes les bouches sont bâillonnées. Chez eux la loi s’environne de terreur. Celle qui punit l’ingratitude et la désertion est particulièrement atroce. Ils en ont d’abominables, des lois qui rendent toute une famille solidaire pour un de ses membres. 

Malgré leurs travers, l'historien et chef de guerre romain ne peut que reconnaître une grandeur morale à ses adversaires. La corruption des élites, juges ou sénateurs, typique de toutes les époques de la Rome et de la Grèce, semble absente de Perse :

Les Perses n’élèvent aux fonctions judiciaires que des hommes intègres et instruits, qui n’ont pas besoin d’être soufflés, et ils se raillent impitoyablement de nos tribunaux, où le magistrat ignorant ne peut se passer d’avoir derrière lui un assesseur disert et légiste.

Pour toutes ces raisons, à la fin de l'Antiquité, l'immense, prospère et cosmopolite empire sassanide est donc le grand rival de Rome et de Byzance. Mais à l'inverse de ses rivaux européens, l'empire perse n'est pas décadent. Ses élites asservissent sa population, de nombreuses guerres déchirent le pays, mais son élite n'est pas réduite à la déchéance de celle des élites romaines. Le vin, tant consommé à Rome lors de banquets fastueux, était mal vu en Perse. Surtout, à l'inverse de l'armée romaine, l'armée perse n'était pas constituée de mercenaires attirés par un salaire et capables de se retourner contre Rome, mais des guerriers dont le combat était la raison d'être de leur caste.

Les sassanides tentèrent de rétablir la suprématie du zoroastrisme, alors menacé en particulier par le christianisme. Les cultes juifs, chrétiens ou manichéens furent persécutés, puis exclus du pays. Ce renouveau du zoroastrisme renforça encore une société hiérarchisée et inégalitaire, soumise à l'autorité de la caste des mages. Ces castes, comme nous en témoigne Ammien Marcellin, étaient irréprochables quelque temps après la fondation de l'empire sassanide, mais plusieurs siècles plus tard, repus des richesses, leur position sociale garantie par le servage des autres castes, les mages et les chevaliers abandonnèrent la rigueur morale qui avait provoqué l'admiration des Romains.

Autour de l'an 500 de notre ère, la révolution anarchiste mazdakiste contribua à perpétuer la parole de Zarathoustra, mais probablement pour le pire. En fanatique réformateur révolutionnaire, il est certain que Mazdak proposa une lecture de l'Avesta qui lui était propre et qui utilisait la figure du Zoroastre pour légitimer ses folles réformes économiques et politiques.

À la suite de la gestion catastrophique de l'empire, alternativement dirigé par les mages et les partisans de Mazdak, le peuple perse n'eut plus aucune sympathie pour ses castes de prêtres et de soldats. Le système inégalitaire sassanide, associé aux troubles civiles engendrés par l'anarchie de Mazdak, semble en effet la cause principale de l'effondrement du dernier empire perse, ainsi que de l'islamisation rapide qui s'en suivit.

Tout comme Rome s'était soumise au christianisme, la Perse se soumit à l'islam. Ces deux religions nouvelles incarnaient au bon moment, ce que les peuples en désir de changement espéraient. L'universalité de l'islam, son absence de clergé, la manne économique des routes des Indes et de la Chine, furent autant de raisons qui rendirent l'islam attrayant aux yeux des Perses. Quant au clergé zoroastrien, qui avait survécu au manichéisme et au mazdakisme, il dut émigrer en Inde, ou se convertir à l'islam.

 

Les spiritualités perses

Plus qu'aucune autre, la Perse est une terre propice à la naissance des plus glorieux prophètes. En tant que témoin d'une parole divine, et auditeur privilégié d'un dieu unique et céleste, Zarathoustra est le premier prophète de l'Histoire de l'humanité.

Si les Aryens perses furent éradiqués par Alexandre le Grand en -334, la tradition mazdéenne perdura de longs siècles. Sous la forme du mithraïsme, elle entra en Europe.

Quelques siècles plus tard, Mani (v. 216 – v. 277), qui se réclamait à la fois du Christ et du bouddha, fut l'une des personnalités les plus influentes du premier millénaire de notre ère. Sa parole, dont on sait aujourd'hui si peu de choses, fit des émules des côtes atlantiques à celles du Pacifique.

Le dualisme mazdéen est aussi à la base de la tradition yézidie, qui se revendique encore de nos jours comme héritière des pratiques aryennes.

Mazdak est quant à lui crédité d'une doctrine fanatiquement redistributive qui évoque étonnamment le communisme. Conseiller du roi perse, il mit en œuvre les premières réformes socialistes de l'Histoire, qui niaient le droit à la propriété et la hiérarchisation sociale.

Enfin, Baha'u'llah (1817-1892), fondateur du bahaïsme et continuateur du babisme, est le dernier prophète mondialement célèbre issu de la Perse. Son enseignement se veut œcuménique et revendique l'influence hindou et vishnavite.

Par ailleurs, c'est de la Perse mythique (Ol-mo-lung-ring en tibétain, le pays de Tazig) que serait originaire Tonpa Shenrab, le semi-légendaire gourou fondateur de la tradition himalayenne bön. La religion bön est encore active de nos jours à travers le plateau tibétain.

 

Les prophètes perses

 

Le panthéon mazdéen

Au cours des deux premiers millénaires avant J.-C., naquit en Perse le zoroastrisme, dont les textes liturgiques se trouvent dans l'Avesta. Ce culte est aussi nommé mazdéisme, qui est la foi en Ahura-Mazda, également appelé Ormuz. Des anges (yazatas), des archanges (Amesha Spenta) et des anges gardiens (fravashis) accompagnent Ahura-Mazda. Ils sont dignes de louanges de la part des zoroastriens, mais seul Ahura-Mazda est considéré comme divinité capable et agissante d'elle-même. Toutes les autres créatures célestes sont soit ses adjuvants, ses alliés, et répondent à ses ordres, soit ses adversaires (Angra-Mainyu, l'Esprit du Mal et les démons). Or, comme l'Esprit du Mal ne peut pas créer, mais seulement corrompre ce qu'Ahura-Mazda a créé, Ahura-Mazda est donc la seule créature céleste digne d'un culte, car elle est la seule à pouvoir agir de son propre chef.

Ahura-Mazda est aussi nommé simplement Mazda, le « Sage » qui réside au sommet de l'Univers, tandis que son frère maudit Ahriman vit au plus bas, au cœur des enfers.

La royauté d'Ahura-Mazda sur le ciel est donc sans cesse disputée par son frère maléfique Ahriman. Mais Ahura-Mazda possède un avantage : il demeure le seul capable de créer (son frère ne pouvant que corrompre). La cosmogonie mazdéenne dépend d'ailleurs uniquement de la relation tumultueuse qui unit les deux fils de Zurvan.

À l'aube des temps, trois mille ans durant, Ahura-Mazda et Ahriman s'observèrent, se défièrent, mais sans combat frontal. Puis Ahriman et son armée tentèrent d'envahir les domaines les plus aériens de l'Univers. C'est alors qu'Ahura-Mazda entonna pour son frère un chant prophétique qui lui annonçait comme certaine sa défaite finale. Désespéré par ces prémonitions, Ahriman chuta à nouveau et demeura 3000 années de plus dans l’abîme, dans un état de totale prostration. Profitant de ce calme, Ahura-Mazda créa d'abord le ciel, qu'il plaça sous la protection de Kshathra Vairya, l'ange de la puissance bénéfique qui entoura le ciel telle une coquille qui protège un œuf. Il y plaça ensuite les douze constellations : Varak [bélier], Tora [taureau], Font-Patkar [gémeaux], Kalachang [cancer], Sher [lion], Khushak [vierge], Tarazhuk [balance], Gazdum [scorpion], Nimasp [sagittaire], Vahik [capricorne], Dul [verseau] et Mahik [poisson]. Ensuite, le Seigneur juste et sage créa l'Eau, qu'il confia à la garde d'Haurvatat, l'ange de la pureté, qui aussitôt remplit la moitié inférieure de l'Univers, qui ressemblait donc à un œuf. Puis Ahura-Mazda créa la Terre, qu'il plaça sous la protection de Spenta Armaiti, l'ange de la générosité et de la bienveillance. Dès lors, la Terre flotta au milieu des eaux primordiales, sous la forme d'un disque arrondi. Sur ce support, Ahura-Mazda créa des créatures capables de le fertiliser et de le travailler. C'est ainsi que naquirent les plantes et les arbres, puis le taureau primordial, d'où naîtra bientôt le règne animal et enfin Yima, le premier homme. Les plantes furent placées sous la protection d'Amerdad, l'ange de l'immortalité, le taureau fut placé sous la protection de Vohu Mana, l'ange des pensées pures et saintes et les premiers hommes furent placés sous la protection d'Ahura-Mazda lui-même. Enfin, Ahura-Mazda plaça le feu sur la Terre, ce qui permit la réalisation de toutes les autres créations. Comme ange gardien, il lui attribua Asha, l'ordre juste de l'Univers. Durant trois mille ans encore, ces créatures existèrent sans corps, sans mouvement. Même le soleil était immobile dans le ciel. En privant de matérialité ses créatures, Ahura-Mazda les préservait des attaques du démon Ahriman qui, c'était certain, ne manquerait pas un jour d’arpenter la Terre en monarque. L'Esprit incarné du Mal était en effet le roi de tout ce qui s'incarne dans un corps soumis à la destruction.

 

Il nous est impossible de dater la vie de son prophète Zoroastre (qui se prononce Zarathoustra en ancien perse). On sait que celui-ci aurait vécu entre 1700 et 600 avant notre ère, mais les traces que nous possédons à son sujet ne sont que des indices linguistiques et des bribes de textes recopiés. On ne peut donc avancer avec certitude et sans parti pris, une datation plus exacte.

 

Les contradictions ou les incertitudes historiques ne peuvent guère manquer de nous conduire à cette autre question : N’y a-t-il eu qu’un Zoroastre, et s’il y en a eu plusieurs, combien y en a-t-il eu ? Question à laquelle s’oppose bientôt celle-ci qui n’est pas moins naturelle : y a-t-il même eu un Zoroastre, et ne serait-ce point-là une conception symbolique ou mystique divinisée dans la suite par la piété des Parsis ?

A. Michaud, « Zoroastre », Biographie universelle ancienne et moderne.

Selon René Guénon et Fabre d'Olivet, qui se basent sur la gnose, Zarathoustra ne serait pas le nom d'un prophète en particulier, mais le titre honorifique du plus grand prêtre du mazdéisme. Il n'aurait donc pas existé un Zarathoustra, mais plusieurs, qui se seraient succédés à la tête de l’Église perse vouée à Ahura-Mazda. Toujours selon Guénon, Zarathoustra serait donc une version perse du Manu indien, c’est-à-dire l'incarnation du « roi du monde ». Ce roi mythique et conceptuel serait le souverain de la Terre, l'envoyé de Dieu associé à un cycle de vie.

 

Le panthéon mazdéen pourrait se résumer ainsi : Zurvan est le Brahma ou le Chronos perse, il est le créateur de l'Univers, le père des premiers monstres à peupler l'Univers.

 

La divinité suprême est Chronos, le temps, connu dans les textes de l'Avesta sous le nom de Zurvan Akarana ou « le temps sans limite ». Il est dépourvu de nom, de sexe et de passion. Il est la cause première. Le soleil est sa manifestation physique. Dans les écritures, il est représenté avec une tête de lion, sous les traits d'un monstre anthropomorphe. Un serpent entoure son corps. Il tient le spectre et les éclairs de la souveraineté. Chacune de ses mains tient une clé qui ouvre la porte du paradis. Il est le créateur et le destructeur. Il créa les cieux et la Terre. Et la Terre donna naissance à l'Océan.

M. Nusservanji Dhalla, History of zoroastrianism.

Divinité primordiale, Zurvan s'efface devant les deux fils qu'il obtint de Khvashizagh, la déesse de l'éther. Ces deux fils sont les deux figures antagonistes sur lesquelles se développent la théogonie mais aussi la théologie perse : Angra-Mainyu (aussi nommé Ahriman) est l'Esprit du Mal, tandis qu'Ahura-Mazda est l'esprit du Bien, le « super-sage ». C'est du mythe de Zurvan et ses deux fils que naquirent les théologies reposant sur une vision bipolaire, tel que le manichéisme. Une divinité maléfique serait l'incarnation du Mal, et serait victorieuse durant l'existence incarnée, tandis qu'une autre divinité serait bénéfique et magnanime, et serait victorieuse durant l'existence désincarnée.

Les alliés d'Angra-Mainyu sont les Daevas. Il s'agit du pendant perse aux dévas indiens, c’est-à-dire un groupe de dieux indépendants les uns des autres. Dans les Vedas, les dévas sont des dieux bénéfiques et complémentaires, tandis qu'ils sont perçus comme démoniaques dans l'Avesta. Ils représentent les forces du mal, divisés, néfastes, demandant des sacrifices mais incapables d'offrir le bonheur ou la vie juste. Dans l'Avesta, le Druj et Aeshma, sont quelques-unes des incarnations monstrueuses du Mal.

Ahura-Mazda est le « Seigneur juste », dieu supérieur et tout-puissant, créateur de la vie dans l'Univers.

Ahura-Mazda est le seigneur omniscient. Il est l’espace lumineux, antérieur à toutes choses et qui les contient toutes. Le ciel est son vêtement brodé d’étoiles ; le soleil, l’œil par lequel il surveille la terre. « Il ressemble de corps à la lumière et d’âme à la vérité. » Il a créé le monde par la vertu de sa seule parole qui, en nommant les êtres, projette hors de lui l’existence. Il s’est donné comme assesseurs les sept Amesha Spenta, qui ne sont que les qualités abstraites émanées de lui, comme si l’Iran, obsédée de la toute-puissance de son dieu, n’avait pu doter ces entités de la plasticité de personnes divines.

A. Gasquet, Le culte et les mystères de Mithra.

Péroun, dieu slave de la foudre, peut être comparés à Ahura-Mazda. Né vers 500, Procope de Césarée connut les Slaves polythéistes. Loin de s'étendre sur un panthéon que l'on supposerait abondant, l'historien byzantin observe simplement que les Slaves « adorent un dieu créateur de la foudre et seul maître de toutes choses » (cité par D. d'Istria dans La Nationalité serbe d’après les chants populaires). Le chroniqueur saxon Helmold Von Bosau (1120 – 1177) témoigne du même phénomène lorsqu'il mentionne le culte des Slaves du nord de l’Allemagne :

Outre les divinités à formes nombreuses et diverses qu’ils font présider aux champs et aux forêts, aux tristesses et aux joies, ils croient à un dieu qui règne sur tous les autres dans le ciel, et qui, ne s’occupant, comme le plus puissant de tous, que des choses célestes, abandonne la direction de toutes les affaires aux autres dieux, qui lui sont subordonnés, qui sont issus de son sang, et dont chacun est d’autant plus considérable qu’il se trouve plus rapproché du dieu des dieux.

Cité par D. d'Istria, ibid.

Bien que ne possédant pas de parèdre, il est très entouré. Sa cour céleste est composée des Amesha Spenta (« les Immortels »), les Yazatas (archanges), les anges, mais aussi de toutes les âmes de tous les gens honnêtes et bons qui un jour peuplèrent la Terre (fravashis).

Les Fravashis peuvent se comprendre comme les anges gardiens d'une existence, ou collectivement, l'ensemble des ancêtres justes et bons (les saints). Le concept d'ange gardien se retrouve en Europe gréco-romaine, s'agissant probablement d'une des nombreuses mais mystérieuses influences qu'exerça l'empire perse sur l'univers métaphysique et religieux gréco-égyptien. Ammien Marcellin mentionne en effet un double céleste et sauveur ; une théorie commune aux néo-platoniciens et aux pythagoriciens, adeptes de deux doctrines très populaires avant l'intronisation du christianisme. Ce mythe de l'ange gardien sera abondamment repris dans le folklore chrétien, et l'expression « avoir un ange gardien » est toujours populaire.

« C’est en métaphysique une opinion reçue, qu’à chacun de nous, dès qu’il voit le jour, est associée une intelligence supérieure, d’essence divine, qui régit nos actions, sauf les lois immuables du destin ; mais dont la présence est sensible seulement pour ceux que leurs vertus ont mis au-dessus du commun des hommes. Cette doctrine s’appuie sur des oracles et sur d’imposantes autorités écrites, notamment sur les deux vers du poète Ménandre, que voici : « Près de tout mortel se trouve à l’instant de la naissance un génie familier, qui le guide dans la vie. » […] C’est à quelque mystérieuse intervention de ce genre que l’on s’accorde à attribuer la prééminence de Pythagore, de Socrate, de Numa Pompilius, du premier Scipion, et, suivant une tradition moins universellement répandue, celle de Marius, d’Auguste, d’Hermès Trismégiste, d’Apollonius de Tyane et de Plotin. Ce dernier philosophe n’a pas craint d’analyser cette abstruse théorie, et d’en sonder les profondeurs. Il a expliqué le principe de cette connexité d’une essence supérieure avec l’âme humaine, dont elle prend charge, et qu’elle protège, en quelque sorte dans son giron jusqu’au terme assigné ; l’élevant aux plus hautes conceptions quand elle le mérite par sa pureté, et par son union avec un corps exempt de toute souillure. » Histoire de Rome, 21, 14, 3 à 5.

La généalogie du mythe de l'ange gardien nous mène aussi en Scandinavie :

« Selon les croyances païennes, la parcelle de Destin incarné en l'homme pouvait prendre une autre forme lorsqu'elle sortait de sa forme particulière. C'était la fylgja des anciens Scandinaves. Or, lors de la christianisation, ceux-ci nommèrent l'anage gardien fylgjengill, c'est-à-dire ange (engill) suiveur. Il y avait donc bien une sorte d'identification, sinon d'adéquation, entre l'esprit païen et l'ange chrétien. » J. Benoît, Le paganisme indo-européen.

Enfin, rapprochons les Fravashis des daïmônes grecs :

« Les daïmônes étaient pour les Grecs de ce temps des forces surnaturelles, vaguement identifiées, qui intervenaient dans les actions des mortels. La notion diffère de celle de dieu, et désigne une force métaphysique, équivalent dans une certaine mesure à ce que les Latins entendaient par numen. Homère applique le terme daïmôn aussi aux dieux, mais plus particulièrement à une puissance divine indéterminée, sans individualité propre. Des expressions générales comme un dieu ou les dieux peuvent remplacer le terme daïmon. […] la notion de daïmôn et celle de héros sont proches. L'une et l'autre désignent les âmes des morts, devenues des forces que les hommes considèrent comme auteurs de certains actes. Elles planent sur la communauté avec des effets déterminants, autant propices que néfastes. Elles apportent l'abondance, mais aussi les épidémies. [...] Celle-ci peut, dans certaines situations, désigner un être humain « héroïsé », c'est-à-dire qui continue à exercer après sa mort une influence décisive sur la collectivité dont il fait partie. » P. Alexandrescu, La nature de Zalmoxis selon Hérodote, Dialogues d'histoire ancienne, 1980.

Les Amesha Spenta sont les principaux alliés et créatures d'Ahura-Mazda. Ce sont « les immortelles » puissances à son service, sortes d'archanges incarnant des concepts déifiés tel que :

- Spenta Mainyu, le sacré, l'esprit créatif et le mental. Spenta étant « le Bien, la Sainteté » et Mainyu étant « l'esprit », Angra-Mainyu est donc le « mauvais esprit », tandis que Spenta Mainyu est « l'esprit saint », associé à Ahura-Mazda. Spenta Mainyu est parfois présenté comme une incarnation d'Ahura-Mazda lui-même.

- Vohu Manah : l'esprit saint, le « juste objectif », parfois présenté comme un avatar d'Ahura-Mazda. Manah est la Pensée. Elle peut et doit être bonne et juste.

- Asha : concept similaire au Rta des Aryens védiques. Il s'agit de la Justice, de l'ordre juste de l'Univers.

- Kshathra : vocable qui rappelle la caste kshatriya indienne, soit la caste des soldats et des rois. Kshathra est l'Empire, la Puissance telle que le suggèrent les traductions de J. Duchesne-Guillemin et Jean Varenne. Peut aussi signifier « la justice divine ».

- Armaiti : la Dévotion, divinité affiliée à la planète Terre, elle est la déification de la préservation, de l'amour et de la dévotion.

- Haurvatat : l'Intégrité (Duchesne-Guillemin), la plénitude, la perfection associées à l'élément eau et à la santé.

- Ameretat : l'Immortalité ou plutôt l'Éternité. Entité féminine incarnant la longue vie, à la fois sur Terre et dans l'au-delà.

 

Outre, les Amesha Spenta :

Sraosha est l'ange du soir. Il écoute les prières et bénit les champs et le bétail.

Mithra, Sraosha et Rashnu sont les anges chargés de faire passer les âmes des justes, de la terre au paradis du Garonmana.

Mithra, la Lumière, étymologiquement « le Pacte », est la plus belle des créatures d'Ahura-Mazda. En punissant les pécheurs, il fait respecter la justice du Seigneur Juste et Sage (traduction littérale d'Ahura-Mazda). Dieu aux multiples visages, Mithra est à la fois le Soleil, le sacrificateur du taureau de vie et le chef des légions divines.

Verethragna (Bahram) est la plus puissante des créatures d'Ahura-Mazda. Il est la divinité qui protège les guerriers et provoque la panique et le désarroi chez les adversaires. L'Avesta le présente comme celui qu'il faut prier sur le champ de bataille, juste avant que ne débutent les combats. Il possède plusieurs formes, dont celle d'un chameau en rut, d'un oiseau, d'un taureau, etc.

Aredvi Sura Anahita est la déesse de l'eau. C'est aussi une divinité du combat. C'est elle qui décide du sort d'une bataille. Dans l'hymne qui lui est consacré, l'Avesta raconte que dans l'Histoire, tous les conquérants qui désiraient envahir la Perse lui adressèrent des offrandes et des prières. Mais Anahita ne favorise que les Aryens, et chez ces Aryens, seulement ceux qui lui ont adressé un rituel correct.

Le feu (Adar) est un élément indispensable du culte zoroastrien. Les prêtres se couvrent symboliquement le visage durant les cérémonies afin de ne pas souffler sur sa flamme. Le feu est le symbole de la puissance et de l'immortalité d'Ahura-Mazda, mais ce n'est pas Dieu en tant que tel. Les zoroastriens n’adorent donc pas le feu, mais ils pensent que le feu représente leur divinité la plus haute.

Quant à Zarathoustra lui-même, il est le premier des grands prophètes, et sa représentation classique le montre debout, en marche, tenant dans ses mains les Gathas, les chants sacrés qu'il a composés, et dans l'autre son bâton de pèlerin.

 

Le clergé mazdéen est composé des « mages ». L'atharvan est le prêtre du plus haut rang, gardien du feu sacré. Il pratique la magie et assume le rôle de « sorcier » décrit dans les hymnes ésotériques de l'Atharva-Veda des Aryens Indiens. Le zoata (ou zaotar, ou hota) est le prêtre des rituels. Le zaothra est l'offrande. Le baresma est la baguette cérémonielle, qui plus tard inspirera la baguette magique des sorciers et sorcières des contes de fées.

 

Le zoroastrisme

Le zoroastrisme est la religion de ceux qui suivent l'enseignement de Zoroastre, le prophète errant du démiurge Ahura-Mazda. Grand prêtre du mazdéisme, Zarathoustra, prône une forme de monothéisme qui sera à la base d'une partie du judaïsme comme du catholicisme. Les Hébreux en exil à Babylone (-597 à -538) furent en effet fortement exposés au zoroastrisme. À cette même période, les Perses dominaient la ville mais aussi toute la Mésopotamie. Originellement, Yahvé était doté d'une parèdre, Shekhinah. Jusqu'à l'exil babylonien du peuple hébreu, Yahvé était une version locale du dieu du tonnerre sémite, Baal. Ce n'est qu'après le passage des Hébreux en Babylonie que le culte de Yahvé devint le pur monothéisme que nous connaissons, doté tout de même d'une très riche mythologie des anges.

Le zoroastrisme est en effet un véritable monothéisme. L'homme est placé au centre de la relation entretenue par le Bon Esprit (incarné par Mithra ou Ahura-Mazda) et le Mauvais Esprit. Entre ces deux pôles, il n'existe aucune créature céleste indépendante.

Si Mithra, Bahram et Anahita sont présents dans la partie de l'Avesta la plus récente (datant des empires mède, achéménide ou parthe, v. -800 à 300), ils sont par contre totalement absents des couches les plus anciennes, telles que les fameuses paroles de Zarathoustra, les Gathas, et les récits de ses disciples, le Yasna Haptanghaiti. De telles divinités ne font donc pas partie intégrante du panthéon zoroastrien.

Leur popularité fut inégale à travers les 4000 ans d’histoire que compte cette doctrine. Mithra, par exemple, et qui plus est Anahita, sont tombés en désuétude, tandis que les personnages de Zarathoustra ou celui de Saoshyant n'ont jamais cessé de provoquer l’intérêt. Saoshyant est le sauveur de la fin des temps, le lointain descendant de Zarathoustra lui-même. Son mythe inspirera celui de Kalki chez les Indiens, et bien sûr le christianisme (le retour du Christ).

Le zoroastrisme est donc la doctrine prônée par Zarathoustra dans les Gathas, c’est-à-dire les chants les plus anciens de l'Avesta. Ces chants, composés entre le premier et le second millénaire avant notre ère, ne prônent qu'un seul dieu, Ahura-Mazda. Pratiquer la sainte parole, la sainte pensée et les saintes actions sont le meilleur moyen d'obtenir de lui le bonheur et la richesse (prospérité). Cette doctrine prône la vie, l'humilité, le travail et l’amour de Dieu. Les plaisirs ne sont pas interdits, tant qu'ils sont considérés comme « justes », c’est-à-dire « favorables à Ahura-Mazda ». Le zoroastrisme n'est donc pas un ascétisme. Si Zarathoustra fut un ascète et un mage errant, son propos n'indique pas l'ascétisme comme seul moyen de salut.

Le mazdéisme est un terme recouvrant un sens plus large. Le mazdéisme est l'ensemble des pratiques religieuses de la Perse Ancienne. Les traces archéologiques que nous possédons remontent aux Mèdes (v. -800) et ce culte semble culminer avec l'Empire achéménide (v. -500).

Le mazdéisme est un polythéisme, car outre Ahura-Mazda, les nombreuses autres divinités célébrées par les yasht (« hymnes ») de l'Avesta sont elles aussi dotées de pouvoirs. Mithra punit, Bahram aide, Anahita décide, etc. Il convient donc de les honorer chacune et non plus seulement Ahura-Mazda. Ce dernier demeure cependant le plus haut, le plus puissant et le plus sage des dieux, donc le plus vénérable. Par ailleurs, ce qui distingue Ahura-Mazda des autres divinités mazdéennes, c'est que sont louées en lui non pas la force et la violence, mais la sagesse, la maîtrise et surtout l'omniscience.

Le mazdéisme est donc un culte à rituels, qui comprend un ensemble de rites, de cérémonies et de prières chantées afin de s'attirer les faveurs des dieux intercesseurs. À ces rites très proches du védisme indien, la sagesse plus typique de Zarathoustra s'ajoute. Les gathas sont chantés lors des rituels, mais surtout, c'est la parole de Zarathoustra, et sa relation avec Ahura-Mazda, qui sont au cœur de la vie intellectuelle et religieuse des « partisans d'Ahura-Mazda » et non Mithra, Bahram ou Anahita. Cependant, pour les besoins du culte et parce qu'il n'est pas saint de vénérer un homme (ce que demeure Zarathoustra) les mazdéens vénèrent Mithra, le soleil, Bahram, la puissance, Anahita, les eaux vives et pures, etc.

Anahita (vaisselle en argent, v. 400 à 600, époque sassanide, Iran)

 

Prêtres mèdes

 

L'héritage des spiritualités perses

Si la communauté zoroastrienne ne représente plus de nos jours que quelques centaines de milliers de personnes, pour la plupart émigrées en Amérique du nord ou en Inde, le mazdéisme fut jadis la religion la plus universellement pratiquée. On retrouve en effet son influence directe et indubitable de la Galatie (Anatolie) aux contreforts himalayens, en passant par les steppes eurasiatiques.

On remarque en effet que de nombreuses coutumes et superstitions mazdéennes sont pratiquées par des peuples turco-mongols. Qu'il s'agisse d'un héritage du temps ancestral où Proto-Indo-Européens et Proto-Turco-Mongols vivaient conjointement dans les steppes, ou qu'il s'agisse plus simplement d'influences zoroastriennes à travers le média du manichéisme en Asie centrale, Marco Polo témoigne en tout cas de pratiques mazdéennes en Mongolie et au Turkestan. Les Mongoles considèrent en effet comme un péché de « toucher la flamme avec un poignard, tirer la viande de la marmite à l'aide d'un coutelas, blesser le feu en agitant la hache » (V. Chlovski, Le Voyage de Marco Polo).

Du fait du tabou de la mort et de sa supposée impureté, le zoroastrien meurt dans un autre lit que celui qui fut le sien, et en dehors de sa maison. Cette coutume se retrouve au nord de la Perse, sur les rivages de la Caspienne. À propos, le témoignage de Strabon est intéressant, même si celui-ci rapporte visiblement une coutume qu'il ne connaît pas directement et qu'il tente, en vain, de comprendre :

Chez les Caspii, il est d'usage d'exposer dans le désert les corps des septuagénaires qu'on a laissés mourir de faim et d'observer de loin ce qui leur arrive : on les voit alors arrachés par des oiseaux de proie du lit sur lequel ils gisaient étendus.

Strabon, 11, 11

Bûcher funéraire indien

Bûcher funéraire indien

À Taxila, ville indienne et aryenne située en amont de la vallée de l'Indus, on applique la coutume mazdéenne des vautours dévorant les cadavres. Ceux-ci sont alors placés dans des tours du silence :

Notons encore cet usage particulier aux Taxiliens de jeter aux vautours les corps de leurs morts.

15, 1

Sans plus les comprendre que Strabon, Pausanias évoque les mêmes coutumes à propos des Galates, peuple celte d'Anatolie :

Les Galates ne firent pas demander par un héraut la permission d'enlever leurs cadavres : il leur était bien égal qu'on donnât à ces cadavres un peu de terre ou que s'en repussent les bêtes sauvages et ceux des oiseaux qui font la guerre aux morts. Cette insouciance de la sépulture à donner à ceux qui ne sont plus leur était inspirée par deux raisons : étonner leurs ennemis et suivre la coutume établie parmi eux de n'avoir pas pitié des morts.

Description de la Grèce, 10 (Phocide), 21, 6 et 7.

Et c'est avec la même incompréhension que ses homologues de la Grèce ancienne, que l'écrivain Guillaume Depping décrit les pratiques funéraires des bûchers de Calcutta en 1860 :

Nulle part dans l’Inde, les cadavres ne sont respectés ; on cherche à s’en débarrasser le plus vite possible ; on y va même avec tant de promptitude que souvent on dépose sur la rive des personnes qui ne sont pas tout à fait mortes.

Scène funéraire à Calcutta, dans Fragments d’un voyage en Orient.

Plus encore que perse ou mazdéenne, la coutume de laisser les cadavres se faire dépouiller par des rapaces en plein air semble une pratique aryenne. Nous la retrouvons donc en Inde.

Si les doctrines mazdéennes et védiques sont très différentes, elles ne sont pas nécessairement antagonistes. Jadis, ces deux courants religieux étaient unis par une même culture aryenne. Celle-ci se définissait par quelques points d'une doctrine commune : dont par exemple le culte du feu et la célébration d'un dieu central si ce n'est unique (Ahura-Mazda, Brahma ou Varuna). La civilisation aryenne, bien que divisée en deux aires géographiques et en deux traditions religieuses distinctes, possédait une certaine homogénéité. Par exemple, de Persépolis à Kashi, la société aryenne était dominée par une caste de prêtres, aux ordres de laquelle devait se conformer la caste guerrière et politique et pour qui devaient travailler les castes commerçantes et laborieuses. De fait, jusqu'à l'établissement de frontières par les puissances coloniales musulmanes puis britanniques, la Perse resta très fortement connectée à l'Inde.

Dans son Voyage en Perse (1860), Arthur de Gobineau évoque la rencontre de deux pèlerins indiens en Perse. S'il s'agit de deux brahmanes, ils ne sont cependant pas Aryens, mais Dravidiens ; ce qui montre une nouvelle fois combien la prégnance de la culture aryenne doit être comprise dans un contexte culturel et non strictement racial.

Ils prétendaient appartenir à la caste brahmanique et se donnaient pour agriculteurs. Dans leur opinion, le feu ayant créé toutes choses et ne pouvant dès lors être trop vénéré, ils avaient voulu faire acte de dévotion envers cet élément. Or, c’était une opinion courante parmi leurs compatriotes du pays de Pondichéry, qu’il existait quelque part dans le Turkestan un Atesch-Kédèh ou temple du Feu, d’une sainteté extraordinaire. De temps immémorial, l’usage d’y aller porter ses prières s’était maintenu, mais aucun de ceux qui avaient fait la route ne s’étant occupé de donner en détail l’itinéraire des pays traversés pour y arriver, personne ne savait autre chose de ce voyage, sinon que l’Atesch-Kédèh existait dans le Nord. 

Loin de considérer le zoroastrisme comme une hérésie, et sans même peut-être connaître l'existence du Zoroastre, ces deux brahmanes tamouls ont donc entrepris un pèlerinage de plusieurs années afin de se rendre dans un temple iranien où le feu est honoré. Le pèlerinage iranien du feu prend alors sa place dans le corpus des pèlerinages indiens, dont la plupart consistent à visiter une grotte ou un temple himalayen (rappelons que durant l'Antiquité, le Caucase était considéré comme une partie de l'Himalaya).

La prépondérance des pèlerinages dans le nord du sous-continent évoque aussi l'origine aryenne de l'hindouisme. Installés dès le second millénaire avant notre ère en Bactriane, puis au Cachemire, les Aryens n'entrèrent que plus tardivement dans la vallée du Gange. Le nord-ouest du sous-continent représente donc pour eux une « patrie initiale. »

Il existait par ailleurs d'autres pèlerinages indiens dont les destinations se situaient outre-Himalaya. Mentionnons à propos le pèlerinage du lac Baïkal, que l'on pense avoir identifié dans le Rig-Veda.

L'influence du dualisme perse, renforcée encore par la réforme manichéenne se retrouve chez les néoplatoniciens de l'école de Plotin. Avant cela, le dualisme perse influença aussi les stoïciens, tel Chrysippe de Soles (280 - 206), disciple de Zénon de Kition. Né en Cilicie (Anatolie), Chrysippe fut scholarque du Portique. Une telle proximité avec la Perse ne laisse aucun doute quant à l'influence, active ou passive, qu'il a dû recevoir de la part des mages zoroastriens d'Anatolie. Son œuvre est perdue mais nous la connaissons grâce à de très nombreuses citations et commentaires.

Citons à propos Aulu-Gelle (v. 123 - 180) et ses Nuits Attiques (6, 1) :

« Chrysippe, dans le livre 4 de son traité De la Providence, déclare qu'il n'est rien de plus absurde que de croire qu'il puisse exister du bien, sans qu'il existe en même temps du mal. Car le bien étant le contraire du mal, il est nécessaire qu'ils existent tous deux, opposés l'un à l'autre, et appuyés en quelque sorte sur leur mutuel contraste. Deux contraires en effet ne peuvent aller l'un sans l'autre : ainsi, comment aurions-nous l'idée de la justice, si nous n'avions celle de l’injustice ? Et qu'est-ce que la justice, sinon la privation de l'injustice ? De même, comment notre esprit concevrait-il le courage, sans la lâcheté ? La tempérance, sans l'intempérance ? La prudence, sans l'imprudence ? Ces gens à courte vue devraient demander aussi que la vérité existât seule dans le monde et qu'il n'y eût pas de mensonge. Ce ne serait pas plus absurde que de vouloir séparer le bien du mal, le bonheur du malheur, le plaisir de la souffrance. Ces choses vont nécessairement ensemble. Comme le dit Platon, l'un et l'autre se tiennent étroitement par leurs extrémités, de telle sorte qu'on ne peut supprimer le premier sans que le second disparaisse en même temps. [...] De même, lorsque l'amour de la vertu, inspiré par la nature, prend naissance dans le cœur de l'homme, l'instinct du vice germe à côté par l'affinité qu'ont entre eux les contraires. »

Quant à l'influence qu'exerça le zoroastrisme sur le judaïsme, elle fut longuement étudiée par les universitaires ; elle trouve son origine vers -597, durant la période de l’exil des Hébreux à Babylone. Ces derniers, exilés hors de Palestine, vivaient alors sous domination perse.

Les Hébreux étaient encore polythéistes. Leur nomadisme avait été entravé par la déportation et la séquestration à Babylone.

À l'inverse, les chants sacrés des prêtres aryens étaient chantés déjà depuis un millénaire et venaient d'être répertoriés dans l'Avesta (dont la recension et l'ajout des hymnes du Yesht sont probablement contemporains à la présence juive à Babylone). Le clergé juif ne put alors qu'être influencé, même involontairement, par la puissante caste de prêtres mazdéens, dont l'autorité s'exerçait d’Égypte en Inde. Ce n’est qu'après leur retour en Palestine que le clergé juif mit par écrit la Torah. Inspiré du zoroastrisme, cette recension favorisa dès lors le monothéisme.

La règle qui impose au sang qui jaillit d'un animal sacrifié de ne pas toucher l'élément aquatique est d'ailleurs une coutume dont sont possiblement inspirés les rituels kascher et halal. Il s'agit probablement d’une coutume mésopotamienne commune : le sang de l'animal sacrifié, lié à la mort, ne devait pas entrer en contact avec un élément symbolisant la vie, tel que la terre, l'eau lustrale ou encore le corps des prêtres (d'où l'utilisation de baguettes cérémonielles).

C'est Strabon (15, 3) qui nous rapporte cette coutume mazdéenne liée à la célébration du sacrifice en l'honneur de l'eau (la déesse Anahita) : « S'agit-il de l'eau, ils se transportent au bord d'un lac, d'un fleuve ou d'une fontaine, puis, creusant une grande fosse à côté, ils égorgent la victime juste au-dessus de cette fosse, en ayant bien soin que pas une goutte de sang ne se mêle à l'eau qui est là auprès et qui en serait souillée.. »

La doctrine zoroastrienne préconise de prier cinq fois par jour, une coutume que reprendra l’islam. À chaque moment de la journée est associé un ange gardien, qu'il faut honorer d'une prière. La journée est donc marquée par le passage d'un « gah » à un autre.

En Inde, le système correspondant aux gahs est celui des ragas. À chaque moment de la journée correspond un sentiment, une luminosité. En musique, les improvisations à la cithare s'établissent donc en considération de la « couleur » du raga.

Du lever du soleil à midi, c'est le Havan gah, consacré à l'ange qui procède à l'accroissement du gros bétail (J. Varenne).

De midi à trois heures, c'est le Rapithvin gah, les anges bénissent le petit bétail et les prêtres des principaux sanctuaires (ibid).

À trois heures, c'est le Uzairin gah. Un ange bénit la population et les prêtres instructeurs.

Après le coucher du soleil, l'Aivisruthrem gah est le « moment propice aux chants ». Il célèbre les fruits que portent la terre et les chefs.

À minuit, une veille honore l'ange qui préside aux bonnes moissons et le génie gardien des maisons.

 

Par ailleurs, le manichéisme influencera largement les hérésies européennes du premier millénaire, telles que les doctrines dualistes de Nestorius, Bogomile, Constantin de Manalis et Paul l'Arménien ; tous redevables, à des degrés divers, de la doctrine perse de la toute-puissance du démon sur terre, associée à la toute-puissance de Dieu au ciel.

Par ailleurs, les esséniens modernes, comme tout gnostique, paient un large tribut au mazdéisme. La doctrine essénienne lui emprunte en effet sa hiérarchie céleste (anges), et comme lui, personnifie des concepts afin de les rendre plus accessibles (l'ange de la générosité, l'ange de la haine, l'ange de la force, …)

 

L'influence perse sur les hérésies européennes

L'influence réelle du manichéisme et du zoroastrisme sur les hérésies européennes demeure un sujet mystérieux. Dans son Histoire des Cathares (1999), Michel Roquebert, l'un des plus grands spécialistes français de la culture occitane et plus particulièrement de l'hérésie cathare, n'évoque même pas l'influence orientale (sur les 500 pages que compte son ouvrage). Pour lui, les Cathares sont chrétiens, et leur doctrine doit donc se comprendre comme telle. Pourtant, nombreux sont les articles universitaires et les thèses qui mettent en avant, et sans ombrage, d'évidentes similitudes entre les hérésies européennes et le manichéisme. Ainsi, dans Mani et la tradition manichéenne (1974), François Decret, historien spécialiste de l'Afrique du nord ancienne, consacre tout un chapitre de son petit opus à l'influence médiévale européenne du manichéisme.

Relier avec certitude le manichéisme aux hérésies n'est pas tâche facile, car les vestiges sur lesquels ils peuvent travailler sont rares. Une fois par siècle, il se peut qu'un berger retrouve des parchemins dans une grotte, mais cela change peu la donne. Par exemple, s'il fallait réunir ce que nous possédons aujourd'hui des écrits manichéens, ce recueil ne contiendrait pas plus de quelques dizaines de pages d'un livre de poche... Quant à l'Avesta, le livre sacré des zoroastriens, il ne représente en nombre de mots qu'une infime partie de la Bible, du Coran, du Rig-Veda ou du Canon pali. S'il ne reste de l'enseignement de Mani que quelques parchemins en très mauvais état, et du Zoroastre qu'une poignée de gathas authentiques, comment espérer qu'il en soit autrement avec le catharisme et le bogomilisme ?

Les livres des hérétiques furent brûlés par les hommes du pape, ceux des disciples de Zarathoustra brûlèrent de même, dans des bûchers dressés par ceux qui se réclamaient de Mohammed. Que nous reste-il donc de ces courants religieux dissidents ? Des légendes, des clichés et beaucoup de fantasmes. Le catharisme est d'ailleurs un néologisme récent, utilisé surtout dans le milieu du tourisme occitan.

Ce qui est certain, c'est que les hérétiques, quelle que soit la secte à laquelle ils appartenaient, reconnaissaient le Christ comme unique sauveur. Ils ne mentionnent pas le nom de Mani et ceux qui écrivirent sur eux, ne mentionnèrent le Perse que rarement. Pas plus que Mani, Zarathoustra n'est pas non plus cité dans les doctrines hérétiques.

Cela n'est cependant pas révélateur, car le moine bulgare Bogomile (v. 950) n'est pas non plus reconnu par les hérétiques occitans, or ce dernier est unanimement reconnu comme étant l'influence majeure du catharisme occitan. En somme, ce n'est pas parce qu'une source d'inspiration n'est pas explicitement nommée, qu'elle n'est pas effectivement présente.

Les hérésies apparurent d'abord en Europe orientale au 10e siècle, puis elles se déplacèrent en quelques décennies vers les Balkans et enfin le sud de la France. Les hérésies ne sont donc pas des résurgences du paganisme celto-germain, mais bien des sectes indépendantes, s'inspirant les unes des autres, et dont l'origine commune se trouve en Anatolie, donc en Grande Perse. Les influences des deux prophètes perses apparaissent donc comme évidentes lorsque l'on se penche sur le contenu des doctrines dissidentes européennes. Mani lui-même était un disciple du Christ, même si l’ensemble de sa doctrine s'inspirait largement des préceptes enseignés par Zarathoustra.

Pour résumer en quelques points ces possibles influences perses, intéressons-nous à un texte contemporain des croisades contre les Albigeois. Le moine Pierre de Vaulx-Cernay (1212 - 1248), alors en fonction dans le nord de la France, avait rejoint son oncle près d'Orange, afin de faire la chronique des investigations puis des combats contre les hérétiques. Son Histoire de l'hérésie des Albigeois, dont nous utilisons la traduction par F. Guizot, est donc un témoignage direct inestimable. Or, que dit Pierre de Vaulx-Cernay ?

« Premièrement, il faut savoir que ces hérétiques établissaient deux créateurs, l'un des choses invisibles, qu'ils appelaient le Dieu bénin, l'autre des visibles, qu'ils appelaient le Dieu malin, attribuant au premier le Nouveau-Testament, et l'Ancien au second ; lequel Ancien-Testament ils rejetaient en son entier, hormis certains textes transportés de celui-ci dans le Nouveau, et que, par révérence pour ce dernier, ils trouvaient bon d'admettre. L'auteur de l'Ancien-Testament, ils le traitaient de menteur, pour autant qu'il est dit en la Genèse : « en quelque jour que vous mangiez de l'arbre de la science du bien et du mal, vous mourrez de mort » et, ainsi qu'ils disaient, pour ce qu'en ayant mangé ils ne moururent pas [...]. Ce même auteur, ils l'appelaient aussi meurtrier, tant pour ce qu'il a brûlé les habitants de Sodome et Gomorrhe, et effacé le monde sous les eaux diluviennes, que pour avoir submergé Pharaon et les Égyptiens dans les flots de la mer. »

Le catharisme est donc un dualisme, plus proche dans son essence du zoroastrisme et du manichéisme que du judaïsme ou du christianisme. Pour les deux premières doctrines, le mal possède un empire, composé de la Terre et de la matérialité des créations célestes. Ahriman, « l'Esprit malin » possède aussi un réel pouvoir. S'il ne peut pas créer (seul le peut Ahura-Mazda), il peut en revanche corrompre. De fait, à chaque création d'amour et de joie, correspond une souffrance, un vice ou un mensonge.

Le diable est tout autre dans les doctrines abrahamiques : il est un ange déchu, il vit en enfer dans l'humiliation. Son pouvoir, sans le concours des hommes, est très limité, même circonscrit au domaine infernal.

En somme, si toutes ces religions ne considèrent qu'un seul créateur, nommé Ahura-Mazda ou Yahvé, les religions perses lui attribuent un double maléfique, doté d'un pouvoir qui s'exprime indépendamment du concours qu'il reçoit des hommes, de leurs vices et de leurs faiblesses.

Malgré des termes vagues et des hésitations, le témoignage de Pierre de Vaulx-Cernay correspond parfaitement à la doctrine classique du mazdéisme :

Il se trouvait d'autres hérétiques qui reconnaissaient un seul créateur ; mais ils allaient de là à soutenir qu'il a eu deux enfants, l'un Christ et diable l'autre.

Le couple Christ-Diable est une version christianisée du couple Ahura-Mazda / Ahriman, qui sont les deux fils de Zurvan. Zurvan est le dieu primordial. Passive incarnation du temps, il n'est pas le créateur de la vie et de l'Univers, mais seulement de titans et de deux fils divins : Ahriman, le premier né, vilain, malsain, et Ahura-Mazda, lumineux, solaire, créateur de tout ce qui existe. Si Zurvan rejettera son premier fils dans les domaines les plus bas de l'existence, il fit du second le roi de l'Univers, le dieu-Ciel.

Par ailleurs, on sait que le manichéisme prônait l'abstinence alimentaire. Cette pratique, qui n'est ni juive ni zoroastrienne, fut probablement adoptée par Mani à la suite de son voyage en Inde. Il existe bien sûr une tradition du jeûne dans les religions du Livre, mais elle n'est pas comparable avec la ferveur végétarienne du jaïnisme, de l'hindouisme, du bouddhisme, ainsi que de l’orphisme et du pythagorisme en Europe.

Pour ce qui est du bon Christ, selon leur dire, il ne mangea jamais, ni ne but, ni se reput de véritable chair, et ne fut jamais en ce monde.

C'est pour les hérétiques « commettre péché mortel » que de manger « chair, œufs ou fromage. »

Le refus de manger ce qui avait été tué ou exploité incitait le clergé cathare à suivre un strict régime alimentaire. Celui-ci n'était donc pas inspiré par un refus strict de la vie elle-même, ou de ses plaisirs. C'est peut-être ce qui semblait le plus paradoxal pour les catholiques : les Cathares considéraient la terre et la chair comme appartenant au diable, mais ne considéraient pas la sexualité et le plaisir comme des péchés :

Je ne crois pas devoir taire qu'aussi certains hérétiques prétendaient que nul ne pouvait pécher depuis l'ombilic et plus bas.

L'Avesta comporte d'ailleurs des messages de Zarathoustra encourageant les hommes à vivre et à jouir, à la seule condition que ces pratiques appartiennent au domaine de « la pensée juste, de l'acte juste et de la parole juste » (notons que ces mêmes termes se retrouvent à l'identique dans le jaïnisme ou bouddhisme).

En outre, tout comme les spiritualités indiennes, mais à l'inverse du monothéisme abrahamique, les Cathares croient à la réincarnation. La doctrine cathare est identique en cela à celle du jaïnisme, qui enseigne qu'il est nécessaire de s'incarner un certain nombre de fois sur Terre afin de pouvoir ensuite s'incarner au ciel avant de retomber sur Terre pour quelques incarnations. L'âme s’incarne ensuite en enfer pour se purifier, avant de revenir vivre une nouvelle série d'incarnations terrestres, annonciatrices d'une nouvelle existence céleste, etc.

Le manichéisme était organisé selon une division stricte de la communauté des croyants. De la même manière que dans le jaïnisme, il existait un clergé qui vivait dans la privation et avait pour principale occupation le voyage, le prêche et l'évangélisation, et des « laïcs », qui avaient bien moins de règles à suivre. Pierre de Vaulx-Cernay témoigne que la société religieuse cathare ne fonctionnait pas différemment :

Il faut savoir en outre que certains entre les hérétiques étaient dits parfaits ou bons, et d'autres croyants. Les parfaits portaient vêtements noirs, se disaient faussement observateurs de chasteté, détestaient l'usage des viandes, œufs et fromage, et affectaient de paraître ne pas mentir, tandis qu'ils mentaient tout d'une suite et de toutes leurs forces en discourant de Dieu. Ils disaient encore qu'il n'était raison aucune pour laquelle ils dussent jurer. Étaient appelés croyants ceux qui, vivant dans le siècle, et bien qu'ils ne cherchassent à imiter les parfaits, espéraient, ce néanmoins, qu'ils seraient sauvés en la foi de ceux-ci.

Enfin, on retrouve chez Vaulx-Cernay des coutumes perses, telles que la polygamie ou l'inceste :

Ils disaient qu'on ne pèche davantage en dormant avec sa mère ou sa sœur qu'avec toute autre femme quelconque.

De telles coutumes remontent au temps de Zarathoustra, alors que les princes, sous certaines conditions, pouvaient épouser leur sœur. Depuis la plus haute antiquité, un tel incestueuse était parfois pratiqué, parfois interdit. On en trouve aussi la trace dans l'Ancien Testament, dans les Codes mésopotamiens, tout comme dans les chroniques des pharaons et de l'Empire romain.

La persécution des zoroastriens

Bien que la civilisation perse nous soit largement documentée du point de vue archéologique, la dimension religieuse de cette culture nous demeure très mystérieuse, en grande partie à cause du génocide humain et culturel perpétré par les Arabes islamisés. Du 7e au 9e siècle, ces derniers éradiquèrent toute trace des traditions mystiques préislamiques.

« Dans la mesure où le feu joue un rôle central dans la religion mazdéenne - bien qu'un tel culte n’ait mentionné nulle part - ni dans les Gathas, ni même dans le reste de l'Avesta, les zoroastriens furent systématiquement persécutés comme « adorateurs du feu », et cette idolâtrie fut attribuée à Zarathoustra. Ibn Khaldoum écrit notamment que le deuxième calife, Omar [l'un des plus proches compagnons du prophète Mahomet], ordonna qu'on brûle les textes zoroastriens et la combustion de ces milliers d'écrits permit de chauffer les bains publics de toute la Perse pendant six mois. L'ampleur de cette destruction, connue sous le nom de « deux siècles de silence » (du 7e au 9e siècle) fut telle qu'il ne restait plus, au final, que deux ou trois copies de l'Avesta – qui incorporait les Gathas. Les zoroastriens qui refusèrent de se convertir à l'islam furent forcés de fuir vers l'Inde, emportant avec eux les rares exemplaires épargnés et formant la communauté, aujourd'hui très prospère, des Parsis. Ils expédièrent en retour certaines des copies de l'Avesta qu'ils avaient effectuées à leurs quelques frères restés en Iran. » K. K. Pardis, Les Gathas.

En Inde, où les zoroastriens fidèles à leur culte avaient fui, la persécution fut la même, bien que plus tardive : « En 1709, Ibrahim le Ghaznévide se vante d'avoir exterminé des zoroastriens installés à Dun (ville au nord de Delhi) » (J. Varenne, Zarathushtra et la Tradition mazdéenne).

Les Perses ayant fui la Perse pour continuer à pratiquer leur culte furent dès lors, nommés « Parsis ». Installés dans un premier temps aux alentours de Bombay, ils occupèrent des emplois de bijoutiers, usuriers et commerçants. Cette communauté s'est organisée en caste pour s'intégrer à la société indienne. Alors que l’islam et le christianisme n'ont jamais cessé de créer la dissension en Inde, alors que le judaïsme ne s'y est jamais trouvé à son aise et quitta définitivement le pays vers le milieu du 20e siècle, les zoroastriens y ont parfaitement trouvé leur place. L'Inde est en effet un pays tolérant envers les communautés qui souhaitent participer à son destin commun sans chercher pour autant à subvertir le modèle hindou de référence (qui n'est autre que le ciment social du sous-continent depuis plus de 3000 ans).

Selon K.K. Pardis, les Parsis, c’est-à-dire les Perses zoroastriens émigrés hors de l'Iran, sont aujourd’hui 100 000 dans le monde, dont 70 000 en Inde, 6500 aux États-Unis, 4500 au Canada, 4000 en Grande-Bretagne et 3000 au Pakistan.

Ceux qui restèrent au pays furent contraints de fuir les villes pour continuer à pratiquer leur culte dans les villages. Ils furent surnommés les « Guèbres. » Population pauvre, agricole et rurale, les Guèbres subissent depuis plus de mille ans une ségrégation systémique de la part de la majorité musulmane. Le terme « Guèbre » fait d'ailleurs transparaître le mépris que ressentent les musulmans à leur égard : dérivé du vocable « gaur », il signifie « adorateur d'idole », ou encore « mécréant ».

Les Gaures sont aujourd'hui répandus en plusieurs endroits de la Perse, principalement dans le Kerman. Cette province étant la plus mauvaise et la moins fertile de toute la Perse, les Mahométans, qui ne se soucient pas d'y demeurer, y laissent les Gaures vivre et jouir paisiblement de l'exercice de leur religion. Partout ailleurs les Perses Mahométans les traitent avec beaucoup de mépris.

B. Picart, Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde.

Selon le recensement iranien de 2012, les zoroastriens ne seraient de nos jours que 25 271 en Iran, un pays dans lequel ils sont considérés comme des citoyens de seconde zone, ne disposant que d'un siège sans pouvoir à l'Assemblée iranienne. De plus, du fait de leur statut de mécréants, ils sont frappés de l’interdiction d'occuper des postes dans la fonction publique ou d'exercer une quelconque responsabilité politique. En 2013, un zoroastrien fut pourtant élu comme sénateur (un poste qui lui fut immédiatement retiré par les gardiens de la révolution islamique).

Chronologie perse

 

v.-2500 : Fondation du royaume puis empire d'Elam, dans le golfe d'Oman.

v.-1800 : Début des « invasions aryennes ». Les peuples iraniens et indiens se séparent. Il s'agit d'une invasion culturelle et politique, mais pas nécessairement violente.

v.-1700 (ou -600) : Vie supposée de Zarathoustra.

v.-1500 : Domination aryenne de la Bactriane (actuel Afghanistan).

v.-1000 : Fondation de Taxila, ville prospère du Gandhara (au nord de l'actuel Pakistan).

v.-700 : Fondation de Ecbatane par les Mèdes.

v.-633 à -584 : Règne de Cyaxare, roi des Mèdes.

-612 : Prise et destruction de Ninive par les Mèdes et les Chaldéens.

-610 : Urartu appartient aux Mèdes.

-559 à -330 : Empire achéménide en Perse, s'étendant de la Cyrénaïque et de l'Europe (Thrace) jusqu'aux rives de l'Indus. Fondé par Cyrus-Le-Grand.

-552 à -332 : Domination perse de l’Égypte.

-546 : La Lydie devient province perse.

-539 : Prise de Babylone par les Perses.

v. -512 : Campagnes de Darius (Perse) en Inde puis en Scythie.

v. -500 : Construction de Persépolis et règne de Darius 1er.

-499 : Révolte de l'Ionie contre les Perses.

-480 : Le Perse Xerxès en Thrace et Macédoine. Batailles des Thermopyles et de Salamine.

-331 : Fondation d'Alexandrie par Alexandre-le-Grand. Plus tard la même année, Alexandre prend Babylone.

-327 à 870 : Art et culture gréco-bouddhique du Gandhara.

-300 : Introduction du bouddhisme en Bactriane, dont les rois grecs se font les défenseurs. Des routes de pèlerinage bouddhiste partent de la Bactriane jusqu'à Varanasi et au Sri Lanka.

-250 : Fondation de la monarchie parthe, qui régnera plus tard en Bactriane et Sogdiane.

-239 : Les États gréco-bactriens repoussent les attaquent des Yuezhis (qui eux-mêmes fuient les Huns) et des Tokhariens, originaires du bassin du Tarim.

v.-175 : Les Yuezhis, chassés de Mongolie par les Huns, se réfugient en Bactriane et Sogdiane.

v.-170 : Le grec Agathocle règne sur le Penjab.

v.-130 : Effondrement des États gréco-bactriens à la suite des attaques parthes et sakas (Scythes).

54 à 59 : Conquête romaine de l'Arménie.

67 : Introduction du culte de Mithra à Rome.

v.78 à 144 : Vie de Kanishka 1er, roi kushan. Coexistence de différentes doctrines (bouddhisme, zoroastrisme, mazdéisme, shivaïsme) mais le shivaïsme monothéiste semble la plus diffuse (Shiva est la seule divinité présente sur les pièces de monnaie.)

161 : Invasions parthes en Syrie et en Arménie.

v.200 : Bouddhisme religion principale dans la région de l'actuel Afghanistan.

224 à 651 : Empire Sassanide en Perse. Compilation de l'Avesta.

230 à 232 : Campagnes de Sévère Alexandre contre l'Empire sassanide.

242 : Le prophète Mani fonde le

manichéisme en Perse.

361 à 363 : L'empereur Julien l'Apostolat, aussi appelé Julien le Philosophe, tente de rétablir les cultes païens à Rome. Il honore Mithra (Sol Invictus).

v.500 : Déclin du bouddhisme en Sogdiane.

v.500 à 900 : Présence de commerçants gujaratis et tamouls sur les côtes arabiques et africaines, du détroit d'Ormuz à l'Afrique du Sud en passant par la Tanzanie, la Somalie et la côte swahilie.

632 : Mort de Mohamed, prophète de l'islam.

650 : Début de la traite orientale des esclaves.

656 : Chute de Bagdad puis conquête musulmane de la Perse.

661 : Assassinat d'Ali, cousin du prophète : schisme entre les chiites (Perses) et les sunnites (Arabes).

661 à 750 : La dynastie arabe des Omeyyades gouverne le monde musulman.

v.700 à 1000 : Suite aux conquêtes musulmanes, islamisation de l'Afghanistan : conversion de masse vers 800, religion d’État en 1000.

710 : Prise de Samarcande (Transoxiane, Sogdiane, actuel ‎Ouzbékistan) par les musulmans : premiers raids sur la route de la soie.

712 : Prise de Multan par les Arabes - Invasion du Sindh.

715 : Prise de Kashgar par les musulmans.

716 : Arrivée des premiers mazdéens en Inde, fuyant les persécutions musulmanes en Perse.

780 : En Mésopotamie, Al-Mahdi, le troisième calife abbasside, mène une inquisition contre les infidèles.

786 : Raids musulmans sur Kaboul.

795 à 838 : Vie de Babak Khorramdin, résistant zoroastrien à l'islamisation de la Perse.

908 à 932 : Sous le règne d'Al-Muqtadir, le 18e calife Abbasside, persécution des manichéens de Mésopotamie, qui émigreront à Samarcande (‎Ouzbékistan).

942 à 997 : Vie du sultan Subuktigin de Ghazni (né en Afghanistan), conquérant musulman du nord de l'Inde.

v.1000 : La Perse devient musulmane, au détriment du zoroastrisme : arrivée en masse de zoroastriens en Inde. Introduction de l'islam en Indonésie. Islamisation totale de l'Afghanistan et anéantissement de toute sa population hindoue. Le col de l’Hindu Kush (littéralement "Massacreur d'hindous") prend alors son nom.

1100 : Naissance du Yézidisme au Moyen Orient.

1420 -1470 : Règne du sultan Zain Ul-Abidin au Cachemire : rappel des pandits pour gérer le royaume en Perse, traduction du Mahabharata dans cette langue et de diverses œuvres arabes et persanes en hindi.

1504 : Prise de Kaboul par Babur

1545 à 1555 : Règne éclairé de Sher Sha en Inde du Nord (domination persane).

1771 : Première traduction en langue européenne (français) de l'Avesta par A. H. Anquetil-Duperron.

1800 à 1960 : Âge d'or des indianistes et des théosophes en Occident. Traductions européennes du Rig-Véda et des livres sacrés de l'Orient : Upanishads, Denkard, Tao-Te-King, ...

1856 à 1857 : Guerre anglo-perse.

1857 à 1870 : Premiers écrits de Bahá’u’lláh (religion Baha'ie).

2001 : En Afghanistan, les Talibans détruisent les Bouddhas de Bamiyans. En 2015, une mosquée et une école coranique sont construites sur les lieux.

Les IRANIENS

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