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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

BABAK Khorramdin et la secte khorramite (religion iranienne)

La secte khorramite

À la suite d'un empire sassanide corrompu, faible et injuste, s'érigea un califat pan-arabe tout aussi tyrannique. Se trouvent en effet dans le Coran, de très nombreuses injonctions à traiter telle une bête le mécréant qui « refuse de croire ».

Aussi, à la suite des conquêtes militaires puis commerciales des Arabes, les populations iraniennes n'eurent d'autre choix que de se convertir, sous peine d'être réduites en esclavage ou d'être considérées comme des citoyens de seconde zone. Souvent d'ailleurs, ils se convertirent de leur plein gré, afin de profiter de la nouvelle manne commerciale offerte par les musulmans à ceux qui adopteraient leurs coutumes et leur religion.

Vers 800, le seigneur de guerre Babak (v. 795 - 838) se revendique de l'héritage de Mazdak et Zarathoustra pour lutter contre le califat abbasside.

Si, comme le préconisent certains, nous retenons -1700 comme date de rédaction des gathas de Zarathoustra, cela faisait donc quelque 2500 ans qu'Ahura-Mazda était vénéré dans ces contrées en tant que principale divinité. Durant, 2500 ans ce culte se diffusa depuis la Perse et inspira la plupart des courants théologiques mondiaux, y compris l'orphisme, le pythagorisme, le védisme, le judaïsme et le christianisme (ce dernier fut particulièrement influencé par le mystère mithriaque).

Babak est le dernier héros de cette tradition millénaire, qui après lui ne fut plus que l'anachronique croyance d'une très petite communauté d’expatriés réfugiés en Inde et aux États-Unis.

Né dans une famille de hauts dignitaires du mazdéisme originaire de Ctésyphon, la ville de naissance de Mani (par ailleurs haut lieu du zoroastrisme), Babak avait émigré avec sa famille dans la campagne iranienne (Azerbaïdjan actuel) afin de fuir la persécution qui frappait les cultes préislamiques.

Une nuit, en quête d'un refuge et d'un peu de nourriture pour ses hommes, le héros de la résistance mazdéenne Javidan, demanda l'hospitalité chez Babak. Fortement impressionné par le charisme de son invité, Babak devint dès lors un partisan de la lutte armée contre l'envahisseur et un des protagonistes de la secte khorramite. Il se fit connaître comme Babak Khorramdin. Javidan l'employa comme mercenaire et lui versa même un gros salaire en considération de son extrême dévouement.

La rencontre entre un chef spirituel et son successeur lors d'une visite fortuite et nocturne est un thème commun de la mystique perse. De la même manière, Baha'u'llah rencontra le Bab ; le maître trouvant donc l'hospitalité chez celui qui deviendra son successeur.

Il s'agit du mythe de la visite divine. Sous la forme d'un ange ou d'un avatar, le messager céleste est poursuivi et cherche à se réfugier chez un disciple de Dieu. Une fois en sécurité, le vagabond se révèle être un maître du verbe, un puissant inspirateur, un « éveillé », qui éveille celui qui l'a accueilli et caché. On retrouve ce mythe dans le christianisme car c'est bien Jésus qui va au-devant de ses disciples, et non l'inverse. L'idée d'un dieu voyageur qui s’incarne à travers une figure marginale et ténébreuse, celle en particulier du vagabond, se retrouve aussi dans le mythe d'Odin, le dieu de la métamorphose, le dieu-voyageur qui visite ses créatures incognito. Par ailleurs, l’hospitalité était une valeur commune au monde antique, et plus particulièrement en Mésopotamie. Le visiteur est alors considéré comme une sorte de métaphore morale : en chaque voyageur qui demande l'hospitalité, Dieu peut se cacher.

Le fondateur de la doctrine khorramite, portée par Javidan puis Babak, est Sunpadh, un seigneur de guerre originaire du Khorassan. À la suite de l'assassinat par le califat du leader gnostique d'origine zoroastrienne Abu Muslim al-Khurasani (718 - 755), Sunpadh entre en résistance armée et fait le serment de ne cesser de se battre avant d'avoir éradiqué le dernier arabophone du Khorassan. Ses victoires militaires sont nombreuses, amplifiées encore par la légende. Laquelle dit de lui qu'il menaçait même de ravager La Mecque, et de remplacer « le soleil noir de la Kabbah » par le « véritable soleil du ciel ». Si sa légende dépasse de loin le danger réel qu'il représentait pour l'Empire arabo-musulman, Babak se rendit tout de même maître de Nishapur, la ville sacrée des zoroastriens. Suite à ses victoires, Sunpadh se proclama le mahdi, c’est-à-dire le messie des musulmans chiites. Cette identification d'un chef mazdéen à une figure mythologique musulmane ne doit pas étonner outre mesure, car le mahdi est une version chiite du mythe de Saoshyant, le Sauveur des zoroastriens, le chef militaire de la fin des temps (semblable au Kalki des hindous). Le mouvement khorramite s'inspirait même fortement de l'islam car depuis de longues décennies, Allah et Ahura-Mazda s'étaient unifiés et le chiisme iranien, version perse de l'islam, était alors en vogue dans les contrées situées au nord-est de l'Arabie sunnite.

Babak était lui-même fortement inspiré par le courant chiite et soufi de l'islam. Dans ces courants hétérodoxes et parfois qualifiés d'impies par le sunnisme plus classique, Allah est moins le dieu des Arabes et du Coran, que le dieu des Anciens Perses, proposé dans une version actualisée et qui est celle du Coran. Allah est donc une version « moderne », « arabisée », d'Ahura-Mazda, l'origine du Bien, le Grand sage, le seigneur du ciel, la seule divinité digne de louange à laquelle les plus anciens chants de l'Avesta font mention. Si Babak était opposé à l'établissement en Perse des Arabes et de la religion musulmane, tout comme il s'opposait militairement à l'ingérence et à la colonisation arabe, il n’était pas opposé en principe à l'islam. Il participa même à la construction d'une mosquée en territoire perse.

Quant à son maître spirituel, Abu Muslim, il ne s'agissait pas d'un mazdéen typique, mais d’un saint gnostique musulman. Babak lui-même ne se convertit pas à l'islam, mais professait l'unité de Dieu. Pour lui, quels que soient leurs noms et leurs différences, les prophètes et messagers de Dieu n'étaient qu'une seule et même entité, celle de Dieu fait homme (on trouve dans la Bagavad Gita un principe semblable). Gnostique plutôt que converti, Babak n'adopta pas non plus les coutumes coraniques. Le vin était consommé lors des célébrations rituelles khorramites ainsi que d'autres boissons utiles à l'initiation ou à l'état de transe (la prise d'excitants par les castes guerrières était commune en ces temps-là, comme en témoigne l'usage de l'opium par les Rajpoutes et du cannabis par les Haschischins.)

Comme leurs chefs Sunpadh, Javidan et Babak, les combattants khorramites avaient juré de ne laisser aucun arabe vivre en Perse, mais leur combat n'était pas tant religieux que nationaliste ; leur adversaire n'était pas l’islam, mais l'ingérence politique et l'acculturation arabe.

Maître d'une grande partie de la route des épices et de la soie, le califat arabe était alors la première puissance économique mondiale. S'apparentant bien souvent à la spoliation des « mécréants », le commerce arabe semait lui aussi la terreur. À l'instar des innombrables massacres perpétrés par les troupes arabo-musulmanes en Inde, la colonisation arabe de la Mésopotamie et de la Perse ne s'était pas faite sans entraîner son lot de calamités. L'esclavage et le viol des jeunes filles étaient la règle, la castration des hommes et la redistribution des femmes entre combattants d’Allah aussi. Les harems d'Arabie et de Mésopotamie grossissaient à mesure que se dépeuplaient les villes qui osaient résister à l'envahisseur.

Vainqueur sans partage, l'islam supprimait toute trace d'un passé et d'une culture locale chez les peuples qui lui étaient nouvellement soumis. Temples du feu sacré et bibliothèques furent détruits pour construire aux mêmes emplacements et avec les mêmes pierres, mosquées et garnisons.

 

Babak

 

Babak, chef spirituel

Babak succéda à Javidan à la tête de la secte mystico-guerrière des khorramites. De 817 à 837 (date à laquelle il fut capturé), ce seigneur de guerre, fils d'une longue famille de chefs et de guerriers, représenta le principal opposant au califat abbasside. Profitant de la guerre civile qui frappait le califat, Babak s'empara de nombreuses villes du Khorassan et de Perse.

Outre ses qualités militaires et stratégiques, Babak était aussi un mystique. Sa doctrine reprenait d'ailleurs celle de Mazdak (altruisme, refus des richesses), laquelle ne faisait que rejoindre dans une même gnose les enseignements de Mazdak l'ancien (jouissance, hédonisme), du Christ (amour, bonté), de Mani (dualisme), de Mohamed (justice sociale) et bien sûr de Zarathoustra (générosité, justice).

En mazdéen, Babak croyait à la survivance de l'âme. À la fin d'une vie, selon ce que cette vie contient de bonnes ou de mauvaises actions, elle sera incarnée à nouveau en enfer ou au paradis. Après ce nouveau séjour dans cette nouvelle dimension de l'existence, l'âme s'incarnera une nouvelle fois sur terre, ou au paradis, car elle aura été purifiée. Pour Babak, ce sont les actions et les devoirs religieux qui importent le plus. Son combat pour la libération de la Perse est donc aussi une guerre religieuse. En chef religieux, Babak imposait à ses hommes un code moral strict : sous son administration, les veuves et les enfants étaient pris en charge par l’État révolutionnaire indépendantiste, le pillage et le meurtre des civils interdits. Autre exemple, Babak imposait à ses hommes de suivre scrupuleusement les rituels de purification à base d'eau douce, une pratique héritée du mazdéisme.

Le premier objectif de la secte khorramite était de chasser militairement l'occupant arabe du Khorassan et de Perse. Naîtrait ensuite une société nouvelle, juste et parfaite, inspirée à la fois du mazdéisme ancestral et des théories révolutionnaires et égalitaires mazdakistes. Sous la direction de Babak, les Khorramites se proposaient de :

- Mettre fin au système oppressif des castes. Les paysans ne doivent plus souffrir de l'incurie ou de la corruption des castes nobles que sont les soldats (administrateurs, rois, notables) et les prêtres.

- Mettre fin à la tyrannie et à l'occupation arabe. Il s'agit d'une lutte armée afin de sauver la culture perse, le culte mazdéen et l'héritage aryen.

- Spolier les biens des occupants. Cela inclut la guérilla et le racket des colons arabes et de leurs alliés. Sauf dans le cadre de la révolte militaire contre l'occupant, le meurtre était strictement interdit par Babak, y compris celui des colons ou des musulmans dans leur ensemble. Le vol et le racket étaient organisés, mais le viol et le meurtre interdits.

- Redistribuer selon l'idéal mazdakiste les terres reprises aux envahisseurs. Des réformes agraires socialistes sont alors mises en place dans les territoires pris à l'ennemi ; parcellisation des grandes propriétés et redistribution des terres agricoles.

- Établir l’égalité légale entre les sexes. La légende raconte qu'alors que Babak était capturé et fut livré à la torture puis à la mort, les Iraniennes pleurèrent longtemps et très fort, et sans aucune réserve. Sous Babak, il semblerait que la liberté sexuelle était assurée aux femmes, lesquelles pouvaient disposer de leur propre corps. Babak était en effet un héritier spirituel de Mazdak le jeune, mais aussi de Mazdak l'ancien, dont la théorie libertaire se retrouve chez Babak. L'hédonisme était encouragé, ainsi que les plaisirs et la jouissance, sauf si ces pratiques mettaient en danger la vie ou la sécurité d'autrui.

- Respecter les principes fondamentaux du mazdéisme et du mazdakisme, que sont le pacifisme, la bonté, etc. Les prisonniers de Babak étaient bien traités et ceux-ci pouvaient être libérés s'ils promettaient de ne plus prendre les armes pour combattre Babak ou la religion d'Ahura-Mazda.

De tels principes moraux tranchaient nettement avec les pratiques arabo-musulmanes alors en vogue. En effet, les razzias débouchaient généralement sur la déportation et l'esclavage des civils, ainsi que sur l’exécution de tous les soldats prisonniers.

Après vingt ans de combats, à la suite d'une défaite militaire qui eut pour conséquence sa capture, Babak fut exécuté le 4 janvier 838 à Samarra, à 125 km au nord de Bagdad.

On alla chercher Babak, et on l'amena au palais monté sur un éléphant, afin que le peuple pût le voir. Le calife lui fit ensuite couper les mains et les pieds par des chirurgiens, ouvrir le ventre et couper la gorge. Le corps mutilé fut pendu au gibet, dans Samarra, et la tête, après avoir été promenée dans toutes les villes de l'Irak, envoyée dans le Khorassan, où Abd-Allah la fit exposer également dans toutes les villes ; elle fut ensuite plantée sur un poteau, à Nishapur. Le frère de Babak, fut envoyé à Bagdad, où le gouverneur, le fit exécuter de la même manière.

Tabari, La Chronique, vol. 2.

Suite à la mort de Babak, ses partisans furent massacrés, dont ses principaux amis et lieutenants. Ceux qui suivaient encore la doctrine khorramite se firent passer pour des musulmans chiites et pratiquèrent la taqiya, c’est-à-dire la dissimulation sociale de ses propres pratiques, afin de ne pas être l’objet de ségrégations.

Après la mort de Babak, aucune révolution d'ampleur ne remettra plus en question l'hégémonie arabo-musulmane en Perse. Très vite, la population en recherche de stabilité va se convertir à la religion de l'envahisseur. Les élites perses se convertiront à l’islam, ou émigreront. Le pays se transformera : la Perse deviendra l'Iran.

BABAK Khorramdin et la secte khorramite (religion iranienne)

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