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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

AHRIMAN et le DUALISME (divinité perse)

Ahriman et la cosmogonie mazdéenne

Si nous désirons trouver une figure purement diabolique, il faut s’intéresser au mythe perse de l'Esprit du Mal : Angra-Mainyu. Celui qui l'on appelle aussi Ahriman est une des sources d'inspiration du mythe de Lucifer, l'ange déchu chassé du paradis abrahamique. Ahriman influença aussi largement le mythe de Satan (Sheitan).

Je vis ensuite le mauvais esprit, le fatal, le destructeur du monde, celui dont la religion est le mal. Il humiliait et se moquait à jamais des âmes des pécheurs en leur disant : « Ne mangiez-vous pas le pain d'Ahura Mazda tout en œuvrant pour moi ? Alors comment se fait-il que vous n'ayez pas songé à votre propre créateur mais que vous ayez continué à travailler pour moi ? » leur criait-il rieur. 

Arda Viraf, 100.

La naissance d'Ahriman est le véritable mythe fondateur de la cosmogonie mazdéenne. Alors qu'il n'y avait rien, il y avait Zurvan, le Temps. Il est la cause première ; le passé, le présent et le futur de toute chose. Il n'a ni nom, ni genre, ni passion. Il réside en dehors de l'Univers bien que le soleil soit sa manifestation physique.

À chaque fois qu’émergeait du chaos un monstre, Zurvan le sacrifiait aussitôt, car le Temps désirait donner naissance à une créature qu'il puisse appeler son fils et pour cela, il faisait des sacrifices, d'innombrables sacrifices. Mais en vain.

En lui germa un doute : et si tous ces rituels n'avaient aucune utilité ?

C'est alors que Khvashizagh, son pendant féminin céleste, la Grande Gardienne de l’éther, vint lui annoncer qu'elle était enceinte. Un fils allait naître d'elle, il serait parfait, lumineux, juste et puissant : ce sera Ahura-Mazda, le Seigneur Juste et Sage. Cependant, comme Zurvan avait laissé le doute l'envahir tandis qu'il souhaitait la venue d'Ahura-Mazda, un autre enfant était lui aussi en gestation : Ahriman, son jumeau maléfique. C'est ce dernier qui deviendra Angra-Mainyu, l'esprit du Mal, le dévastateur de l'Univers.

Heureux que de l’Éther jaillisse bientôt une créature à sa mesure, Zurvan fit la promesse de donner à son premier né la gouvernance de l'Univers à créer.

Dès qu'il eût entendu ce serment, voulant voir son père dans toute sa splendeur, mais surtout motivé par l'envie de devenir empereur avant son frère, Ahriman déchira le ventre de sa mère et apparut tel qu'il était : difforme, puant, absolument dégoûtant. Les doutes que son père avait nourris pendant sa gestation avaient fait de lui l'incarnation même du vice et de l'abomination.

Zurvan lui demanda : « Qui es-tu ?

- Je suis ton fils, lui répondit Ahriman.

Mais Zurvan répliqua :

- Le fils que j'attends devait sentir bon et être la plus belle et la plus lumineuse des créatures. Toi, tu es sale, ténébreux et puant ! Va-t’en ! »

Sur ces mots, Zurvan chassa Ahriman au plus profond de l'Univers, au cœur même des abysses d'où il espérait que cette vilaine engeance ne sorte jamais.

Puis vint au monde Ahura-Mazda. L'enfant était beau, doux et souriant ; Zurvan le reconnut pour son digne héritier et lui donna comme royaume le ciel ainsi que le domaine immatériel où résident les créatures divines et bénéfiques. Zurvan voulait faire de ce fils-là le maître absolu de tout ce qui existait et qui allait exister, mais à cause de sa promesse il ne le pouvait pas : Ahriman était né le premier et en conséquence, il se considérait comme seul et légitime héritier.

Chassé du ciel, forcé de ramper dans les domaines les plus ténébreux qui soient, Ahriman grandit dans la haine et le désir de vengeance. Il régnait déjà sur l'enfer, bientôt il régna sur la Terre et menaça même la souveraineté d'Ahura-Mazda dans le ciel. Celui-ci était alors occupé à créer l'ordre à partir du chaos ; tâche initiale à toute œuvre créatrice.

Malheureusement, où Ahura-Mazda créait dans la paix et la justice, dans le respect de la loi cosmique, Ahriman s'empressait de ruiner ses efforts et de tout détruire. Où Ahura-Mazda plantait l'amitié, l'immortalité ou la bonté, son jumeau maléfique semait à côté la trahison, la mort et la méchanceté.

La rivalité entre les deux frères ne pouvant être réglée autrement que par un combat à mort, la guerre fut déclarée. Elle devait durer le temps d'un cycle de vie, c’est-à-dire 12 000 ans. À terme, il ne faisait aucun doute qu'Ahura-Mazda retournerait à son père et que tout le bien de l'Univers serait de nouveau uni à l'éon. Le mal n'aurait alors plus rien à corrompre et Ahriman retournerait au néant.

Pour l'assister dans son combat, Ahura-Mazda créa des anges et des archanges, qui prirent la direction des légions célestes. Ahriman, incapable de la moindre inspiration, gavé de haine et de rancœur, était encore seul, mais il comptait sans difficulté recruter son armée dans les rangs mêmes de son adversaire.

La création est un acte de pure sainteté, d'immaculée pureté, et ne peut donc être entreprise que par un esprit bon et juste. Par conséquent, un esprit torturé et malsain ne peut ni créer, ni donner vie, mais seulement détruire et tuer. Ahura-Mazda seul était doté du pouvoir de création, mais Ahriman jouissait en revanche du pouvoir de corrompre… Et pour chacune des créations du frère bénéfique, son pendant maléfique créait une séduction, une perversion, un désir ou un danger correspondants.

C'est ainsi qu'Ahura-Mazda créa Vohu Mana, la Juste Pensée, l'ange du Bien, auquel Ahriman opposa Akatash, la Pensée Mauvaise, le démon du Mal.

De même, à Asha, l'ange de la Loi et de l'Ordre, fut opposé Indar, la violence instinctive et destructrice.

À Spenta Armaiti, la Pensée Sacrée, la Sainte Générosité, l'ange céleste gardien de la vie sur la planète Terre, furent opposés les démons Naonhaithya, l’Arrogance et l’Orgueil, qui ne fertilisent la Terre que si les paysans les honorent de sacrifices sanglants.

À Kshathra Vairya, la Puissance et l’Impétuosité inhérente au camp du bien, la Juste Servitude, s'opposa Sarva, le démon de l'autoritarisme et de l’oppression, du pouvoir subi dans la tristesse.

À l'archange Haurvatat, la Perfection, le Vrai Bonheur, s'opposa Tauru, le démon de la Soif et du Manque.

À l'archange Amerdad, l'Immortalité, gardien des fruits et des légumes qui poussent sur Terre, s'opposa Zauri, la Famine engendrée par la dévastation des champs.

À Atar, feu créateur, immortel et tout-puissant, dans lequel luisait une parcelle d'Ahura-Mazda, s'opposa Araska, le Feu destructeur, dans lequel luisait une parcelle d'Ahriman.

À Sraosha, la Piété, l'ange gardien des pieuses créatures, l'auditeur des prières, s'opposa Aeshma, le démon de colère.

Par ailleurs, émanait d'Ahura-Mazda une odeur de sainteté, mais malheureusement, Gannag Menog, le démon de la puanteur, le suivait partout sans jamais perdre sa trace, gâchant ainsi tout le parfum qui s’échappait du dieu bénéfique.

Enfin, Ahura-Mazda créa la vie, à laquelle Ahriman répondit par la mort. Nasu et ses innombrables mouches cadavériques furent lancés dans le monde. Nasu qui n'est autre que l'agent corrupteur des corps en décomposition.

Dans un premier temps c'est Ahriman qui eut le dessus et assiégea le domaine céleste, mais Ahura-Mazda le repoussa à nouveau au plus bas de l'Univers, et l’Esprit du mal dut se contenter de régner sur le monde matériel et périssable tandis que son frère reprenait la direction du monde immatériel et immortel.

Depuis, Ahura-Mazda, devenu Spenta Mainyu, l'esprit du Bien, règne au plus haut des cieux, au-delà même du soleil, dans un lieu aussi éloigné du soleil que le soleil l'est de la Terre. Ahriman, devenu Angra-Mainyu, l'Esprit du Mal, réside quant à lui dans les ténèbres, au cœur même des enfers. C'est là qu'il accueille les âmes des pervers après leur mort et c'est lui qui choisit pour eux la torture que leur feront subir ses diables d'assistants.

 

Dans Voyages en Dalmatie (1774), l'homme de lettres italien Alberto Fortis rapporte des légendes nées d'un syncrétisme religieux. Elles sont à la fois inspirées du polythéisme primitif indo-européen, du dualisme perse (importé dans la région par les bogomiles) et de la cosmogonie judéo-chrétienne. Dans l'ouvrage de Fortis, se trouve la légende du serpent aux cent têtes : un mythe originaire de l'île de la Vaeya (aussi orthographié Véglia en italien ou Krk en croate, sur la côte Adriatique de l'actuelle Croatie) :

« Bien avant la création du monde, il n'y avait ni terre, ni ciel, seul le tout-puissant demeurait dans l'éther, tandis que les anges volaient autour de lui. L'éther était alors de couleur bleu foncé, comme la mer agitée. Ce premier âge prit fin, puis la création du monde commença. Dieu créa l'univers et les hommes en deux semaines [...], mais la troisième semaine apparue Shayta, par ailleurs connu sous le terrible nom de Lucifer ou Sheitan. Celui-ci interrompit la divine création en lançant de nombreux sortilèges qui donnèrent naissance à des monstres et à des ouragans, des tremblements de terre, des feux, des maladies, de terribles dragons, des serpents venimeux, des scorpions, des vermines puantes, des champignons toxiques, des ronces, ainsi que toutes les autres créations monstrueuses qui peuplent l'univers. Mais encore, dans les mondes souterrains, le diable créa les enfers, un domaine dont il est le chef, qui commande aux diables noirs, aux démons, aux vampires mais aussi aux tempêtes, aux glissements de terrain et aux maladies. »

Le dualisme était une opinion des plus communes. Selon Adam Mickiewicz, les Slaves adoraient eux aussi « un dieu suprême et rémunérateur » et « croyaient à l’immortalité de l’âme, et reconnaissaient un esprit déchu, dieu noir qui combattait le dieu blanc » (cité par A. Lèbre, Mouvement des peuples slaves).

Une telle doctrine se retrouve en Irlande...

D'une dualité primitive, constituant la force fondamentale de l'univers, s'élève une double progression de puissances cosmiques, qui, après s'être croisées par une transition mutuelle, viennent toutes se réunir dans une unité suprême comme en leur principe essentiel. Tel est, en peu de mots, le caractère distinctif de la doctrine mythologique des anciens Irlandais. 

A. Pictet, cité par J. Michelet dans La Gaule (commentaires)

… de même qu'en Méditerranée :

La doctrine des Cabires de Samothrace était un système qui s'élevait des divinités inférieures, représentant les puissances de la nature, jusqu'à un Dieu supra-mondain [...] La doctrine des Cabires, dans son sens le plus profond, était l'exposition de la marche ascendante par laquelle la vie se développe dans une progression successive, l'exposition de la magie universelle, de la théurgie permanente qui manifeste sans cesse ce qui, de sa nature, est supérieur au monde réel, et fait apparaître ce qui est invisible.

F. W. Schelling, cité par Michelet (La Gaule)

De toutes les doctrines, c'est le manichéisme qui fut le plus souvent affublé de l'infamant qualificatif de « dualisme » :

Mani dit qu’il y a deux racines, l’une du bien et l’autre du mal, et cela non par projection et naissance, mais existantes d’elles-mêmes et contraires l’une à l’autre. Les mages disent la même chose, comme produites par les désirs de Zérouan [Zurvan] au moyen de projection et de naissance.

Eznik de Kolb, Réfutation des différentes sectes des païens

Le récit d'Eznik étant en tout point fidèle à la véritable doctrine mazdéenne, et le théologien arménien ayant vécu relativement peu de temps après Mani, nous sommes enclins à porter du crédit à son témoignage. Or, selon lui, la cosmogonie manichéenne est semblable à celle du mazdéisme, et non à celle du judaïsme. Eznik s'étonne même de la proximité théologique entre les deux doctrines perses, qui par ailleurs s'opposent frontalement. « Si c’est même religion des deux côtés, pourquoi les mages haïssent-ils les sectaires de Mani, si ce n’est qu’ils sont séparés entre eux par les mœurs, quoique ce soit par les formes et non par la réalité ? » se demande alors Eznik.

 

AHRIMAN et le DUALISME (divinité perse)

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