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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

La vie de ZARATHOUSTRA selon les textes sacrés du mazdéisme

Zarathoustra, prophète aryen

Les récits qui vont suivre sont inspirés du Zerdust-Namah (Histoire de Zoroastre) du Perse zoroastrien Zarathushti Bahram Ben Pajdu. Ouvrage prétendument rédigé en 1276 apr. J.-C., il fut plus vraisemblablement composé vers la fin du 16e siècle. Le Zerdust-Namah est un texte servant de base au « catéchiste » zoroastrien, encore de nos jours largement utilisé.

Nous avons sélectionné des extraits de cette « biographie officielle » de Zarathoustra, en nous inspirant de la traduction de Fédor Rosenberg (La Vie légendaire de Zarathoustra, Saint-Pétersbourg, 1904). Cet ouvrage est par ailleurs cité dans Zarathoustra et la tradition mazdéenne, de l'indianiste Jean Varenne (1926 - 1997).

Pour reconstituer les paroles de Zarathoustra, nous avons puisé dans les Gathas, ces paroles qui comptent parmi les plus anciennes compositions littéraires de l'humanité. En nous basant sur la brillante traduction effectuée par Charles de Harlez, nous avons actualisé et adapté les hymnes du Yasna et du Yasht, afin d'offrir au lecteur une nouvelle lecture de l'Avesta.

 

Naissance du Zoroastre

Le monde était troublé par les méchants. Il n'y avait ni instruction, ni direction, ni autorité parmi des hommes étourdis ignorant Dieu et ses commandements. Ils s'étaient détournés du culte divin. L'univers ayant succombé sous la volonté d'Angra-Mainyu, l'Esprit du Mal, tout le monde s'éloignait de la justice et de la loi. Le cœur du démon était joyeux et riant ; il était réjoui de l'égarement des hommes. Mais Ahura-Mazda fit grâce à la foule malheureuse et eut pitié d'elle ; il résolut de susciter un guide.

C'est alors qu'un matin, au pays des Aryens, au moment même où se répandait la lumière, un Bienheureux bébé vint au monde. Son père était Purushaspa, le grand prêtre du clan des Spitama.

Le nouveau-né riait en quittant le sein de sa mère et son rire emplit le palais de lumière. Émerveillé de ce rire et de la radieuse beauté de son fils, le père comprit que c'était là la Gloire de Dieu, car sauf lui, tous les enfants, en naissant, pleurent. On lui donna le nom de Zarathoustra : Zarathoustra voulait en effet signifier, dans la langue des plus anciens Aryens : l’« Aube dorée », « Zara » signifiant « doré » et « usha » signifiant « l'aurore, le lever du soleil ».

Les femmes, jalouses du rire et de la beauté radieuse de l'enfant, se passionnaient dans la crainte qu'il leur inspirait. Jamais, disaient-elles, on n'a vu choses pareilles ! Bientôt le bruit de la beauté et du rire de l'enfant se répandit dans la ville, et tous ceux qui étaient impurs et partisans de la mauvaise loi en ressentirent comme un dard dans le cœur.

 

Récit inspiré du Zerdust-Namah, op. cit.

*

Premières épreuves

Il était en ces temps un roi du nom de Durasrab ; c'était le chef des magiciens, c’est-à-dire des mages, et un homme égaré. Lorsqu'il eut appris la nouvelle de la naissance de Zarathoustra, sa face devint instantanément jaune comme la paille. Aussitôt il monta à cheval et se rendit à la maison de Purushaspa.

S'étant approché de la couche du nourrisson, il vit, pareil au jeune printemps, une figure d'où émanait la Gloire de Dieu. Il comprit le mystère et, devenu livide comme le fiel, il ordonna à un de ses serviteurs de s'emparer de Zarathoustra. Ainsi fut fait, et cet être immonde saisit un glaive brillant afin de couper en deux Zarathoustra et de délivrer son propre cœur de la crainte et de l'angoisse ; mais soudain, par la volonté du Maître de la vie, du Bienveillant, son bras devint sec et son corps fut envahi de souffrances ; on eût dit qu'il luttait contre la mort. À contrecœur, et frappé de maladie, Durasrab s'éloigna aussitôt de la couche de Zarathoustra. La vie de celui qui a Dieu pour protecteur et ami est assurée contre tous les maux !

En proie à un grand trouble, les sorciers ravirent Zarathoustra à son père. Puis ils s'en allèrent dans le désert où ils entassèrent une montagne de bois qu'ils enduisirent de bitume noir et de soufre jaune. Ayant allumé une flamme énorme, ils y jetèrent Zarathoustra. Mais par ordre du Dieu Victorieux, il ne lui arriva aucun mal ; les flammes ardentes se firent pour lui douces comme l'eau et il s'endormit au milieu d'elles.

Ces mêmes méchants prêtres exposèrent ensuite le bébé sur une route étroite alors que les bœufs s'en revenaient des champs. Mais un taureau fit barrage de son corps, grâce à quoi Zarathoustra ne fut pas piétiné. Ils le placèrent alors sur un étroit chemin forestier emprunté par des coursiers ; cette fois-ci, ce fut une jument qui le protégea. Ils allèrent même jusqu'à le laisser seul dans une grotte que l'on savait habitée des loups… Mais une louve prit soin de lui, de même que deux brebis descendirent de la colline pour lui offrir leurs mamelles.

Enfin sa mère le retrouva et son père confia sa garde et son éducation à un vénérable vieillard, qui prit soin de lui jusqu'à ses sept ans, le défendant des attaques d'Angra-Mainyu et des magiciens.

 

Ibid.

*

L'amour de Dieu

À l'âge de quinze ans, le saint Zarathoustra ne se relâchait pas une heure du respect et de la crainte de Dieu ; nuit et jour il restait prosterné devant l'Auteur de la création. N'attachant point son âme aux choses de ce monde périssable, il tourmentait son corps et le faisait souffrir dans l'exercice de la dévotion. II fit beaucoup de bien dans le monde, autant en public qu'en secret. Y avait-il quelque part un homme privé de tous moyens de subsistance, Zarathoustra le faisait venir en secret, l'appelait près de lui, le soignait et lui donnait bien des choses. Y avait-il quelqu'un dans la misère, éprouvé par la souffrance et par l'adversité, Zarathoustra lui donnait de quoi se vêtir et ce dont il avait besoin pour vivre et arrangeait ses affaires.

Pour lui, le monde et les choses de ce monde, tous ensemble, n'avaient pas grande importance ; jour et nuit, il n'avait d'autre soin que d'adorer le Dieu Créateur. Et sa bonne gloire se répandit dans le monde auprès des grands et auprès des humbles.

 

Ibid.

*

La prière à Ahura-Mazda

Seul, Zarathoustra allait par les collines et les montagnes, errant en proie à d'intenses méditations.

Par ses prières, pensait-il, il éloignait du maître le mépris, de l'esclave la faute, des commerçants la dispute et du bétail les dangers et les maladies.

À la tombée de la nuit, alors que Sraosha, l'ange de la sagesse, descendait sur Terre pour tendre une oreille aux complaintes des mortels, Zarathoustra lui adressait une prière pleine d'espoir :

« Sraosha, tend donc l'oreille à mes prières, car j'appelle au secours des nôtres ! Moi qui t'invoque en ayant l'esprit vrai et juste, j'aspire au suprême bonheur céleste. C'est grâce à l'esprit divin que je m'applique à entretenir les pâturages, et c'est parce que je respire grâce à lui que je réclame de le voir et de m'entretenir avec Lui. »

Puis, refusant qu'il existe un intermédiaire entre eux, Zarathoustra s'adressait directement à l'Être suprême absolu, qu'il sentait présent en toute chose :

« Viens à moi, montre-toi, ô Mazda, offre-nous ce que toi seul peux offrir et dont la possession ouvre les portes du ciel à celui qui t'est dévoué. Que parmi nous se manifeste l’étincelant pouvoir de la dévotion ! Faites-moi connaître les lois grâce auxquelles je puisse marcher sur le juste chemin ! Apprends-moi à te rendre un culte, à chanter tes louanges et à jouir des bienfaits de l'immortalité de l'existence [Amerdad] et du bonheur stable et véritable [Haurvatat]. Tous les plaisirs qui ont été, qui sont et qui seront, ô Mazda, distribue-les à la création, selon ton bon plaisir. Par Vohu Manah, l'Esprit Saint, par Khshatra, la Puissance et par Asha, l'ordre juste de l'Univers, fais jouir et grandir nos corps ! Garantis-nous la santé ! »

Zarathoustra levait les bras au ciel et à la nuit. Celui qu'il adorait, il le nommait Ahura-Mazda, c’est-à-dire le Grand Assura, ou plutôt « le Grand Assura Sage et Juste ».

Zarathoustra était un Aryen d'Iran, un brahmane des hauts plateaux, qui parlait une langue différente de celle des Aryens indiens. Pour lui, un asura n'était pas un démon, mais un esprit céleste, un être immortel, gardien des hommes et de la vie sur Terre. Et le plus grand d'entre eux, le seul puissant, le seul véritable vainqueur, le premier d'entre tous, le plus haut, le plus essentiel, le seul digne d'une adoration fanatique, c'était donc Ahura-Mazda, le Grand Asura, que les Aryens d'Inde connaissaient sous le nom de Varuna.

C'est à Varuna-Ahura que les deux peuples aryens attribuaient la création de la Terre, son modelage et sa mise en mouvement par un irrésistible charme. C'est à Varuna-Ahura que l'on adressait les sacrifices en l'honneur des premiers nés. Dieu à la fois guerrier, artisan et magicien, c'est Varuna-Ahura que les Aryens considéraient comme le véritable roi de ce monde, le véritable maître de tout ce qui vit, croit et meurt sous le soleil.

Debout, les bras levés dans la nuit, le regard face à la lune et aux étoiles, Zarathoustra chantait encore pour séduire le Grand Asura, afin que celui-ci daigne enfin apparaître devant lui :

« En vertu de cette pure offrande d'invocations, lève-toi et favorise-moi, ô Ahura. Par la sagesse, donne-moi vigueur et croissance. Fais-moi ce don, Mazda, Esprit très saint. Fais-moi croire en toi ! Fais-moi voir la sainteté dans le vaste horizon ! Donne-moi la jouissance et le bonheur de la Terre ! Ô Ahura, enseigne-moi les lois de la pureté ! »

Sachant le démiurge présent malgré la noirceur de plus en plus profonde de la nuit, Zarathoustra eut encore ces quelques paroles :

« Ahura-Mazda, voici ce que je te présente en offrande : le principe vital de mon propre corps, la plénitude de mon esprit, la sainteté de mes actions, toute mon énergie et ma totale obéissance aux préceptes que tu m’énonceras. »

Puis il s'endormit, sur un matelas de mousse, dans la fraîcheur de la nuit.

*

La déesse Anahita Sura Devi
Anahita Sura Devi

La déesse Anahita Aredvi Sura

Les sorciers n'étaient pas les seuls à s'intéresser à Zarathoustra. Ahura-Mazda lui-même souhaitait l'attirer à lui. C'est pourquoi il invoqua la déesse Anahita.

C'est pour elle qu'il avait créé le vent, la pluie, le nuage et le verglas et c'était elle qui répandait la pluie, la neige, la grêle, le verglas et la rosée.

Quand elle fut auprès de lui, Ahura-Mazda l'honora en déversant sur elle des libations de nectar sacré, puis il lui demanda cette faveur : « Donne-moi, ô sainte Anahita, les faveurs du fils de Purushaspa, Zarathoustra, pour que ses pensées, ses paroles et ses actions soient conformes à la loi. »

La déesse accepta, car elle ne manque jamais d'accorder une faveur à qui lui adresse offrandes et cadeaux, rituels et prières. Ahura-Mazda ajouta :

« Va, ô Aredvi Sura, rends-toi de l'espace étoilé vers la Terre que j'ai créé. Descends vers le prêtre qui sacrifie pour toi. Descends pour protéger celui qui t'offre ses offrandes, ses dons, son sacrifice et qui implore tes faveurs. Les chefs qui commandent aux contrées, ainsi que leurs fils t'honoreront. Les guerriers vaillants te demanderont la rapidité des chevaux et la gloire du triomphe. Les prêtres qui récitent les prières, tous ceux préposés au respect des choses saintes, te demanderont la sagesse, la sainteté, la force qui triomphe de tout et la victoire. Les jeunes filles qui doivent être unies en mariage à un maître te demanderont un maître de maison habile et puissant et les jeunes femmes qui enfantent te demanderont une progéniture heureuse. Accorde-leur donc ces dons, car tu as la puissance de le faire, ô Aredvi Sura Anahita ! »

Dès lors, la déesse s'en vint des étoiles vers la Terre. Elle avançait sur un char dont elle tenait les rênes. Sa voix portait dans toutes les directions et elle passait entre les nuages en chantant :

« Qui me louera, qui m'honorera par des offrandes et des libations de beurre ? Qui m'offrira de la viande ? Ou toutes les autres offrandes purifiées et consacrées selon les rites ? À qui m'attacherai-je, qui s'attachera à moi, qui m'honorera, qui me louera, et qui me sera dévoué ? »

C'est au sommet de l'axe du monde, la montagne du Hara, qu'Anahita finit sa course céleste. Le Hara, surnommé « la montagne d'or », est la plus sacrée de toutes les montagnes car elle supporte l'Univers tout entier. Atteignant ses pics enneigés et ses glaciers, Anahita coula vers les vallées d'un flot rapide, formant un fleuve large comme mille hommes. Tandis que ses eaux brillaient, elle coulait puissante, grande et lumineuse, majestueuse. De jour comme de nuit, ses eaux apportaient à la Terre toute l'eau qui lui était nécessaire.

Sur ses rives, les plus fervents mazdéens se tenaient respectueusement, le bâton sacré des cérémonies à la main. Le clan des Hvovides était là, celui des Naotara aussi. Le voyant couler devant eux avec tant de majesté, les Hvovides lui demandèrent la plénitude des biens et les Naotara des chevaux rapides. Aussitôt Anahita exauça leurs prières ; les Hvovides furent comblés de prospérité, et les Naotara eurent les chevaux les plus rapides de toutes les provinces.

Continuant de descendre les versants du Hara, la déesse arriva en vue de son palais. Celui-ci avait mille réservoirs, dotés chacun de mille canaux d'écoulement qui les reliaient les uns aux autres. Chacun de ces réservoirs, chacun de ces canaux était aussi étendu qu'un trajet de quarante jours de route à dos de coursier.

Sur les bords de chaque canal, s’élevait un palais élégamment construit, éclairé par cent fenêtres, bâti sur mille colonnes et soutenu de dix mille poutres. Dans chaque palais il y avait cent pièces, et sur chaque tapis parfumé était posé un coussin cousu avec art. Anahita s'y précipitait en des vagues hautes comme une centaine d'hommes, brillant plus que toutes les eaux qui coulaient déjà sur Terre.

Forte et majestueuse, ceinte d'une large ceinture, la taille élancée, le visage noble et radieux, revêtue du plus beau des manteaux brodés d'or… Anahita prit place sur son trône.

Sous les traits d'une belle jeune fille, elle enseignait, devisait, tout en tenant dans sa main le baresma, le bâton cérémoniel des grands prêtres. Des boucles d'or à quatre faces pendaient à ses oreilles, à son coup un collier qui comportait en son centre une émeraude.

Ainsi parée, la taille serrée, la déesse Anahita, donnait à son sein une forme gracieuse et séduisante. Autour de la tête, elle portait un bandeau doré sur lequel apparaissaient cent étoiles. En outre, elle portait un vêtement fait de trois cents peaux de castors.

Autour d'elle, tels les reflets du soleil sur les vagues, l'argent et l'or brillaient par leur abondance.

Enfin, portée par quatre bœufs blancs, dont l’éclat chassait les démons, leurs sectateurs ainsi que tous les pervers et menteurs, Anahita sortit de son palais pour se rendre auprès de Zarathoustra. Puis elle lui dit :

« Ô Zarathoustra, juste, pur et très saint ! Ahura-Mazda t'a constitué chef du monde corporel et moi, il m'a fait la protectrice de toute la création pure. Par mon éclat et ma majesté, les animaux sauvages, domestiqués ainsi que les hommes vivent sur la Terre. Je suis la gardienne de ce qui fut créé par Ahura-Mazda, comme un pasteur qui garde les troupeaux et leur fourrage. »

Zarathoustra, que la vision d'un tel miracle ne décontenançait pas, s'avança vers Anahita et lui dit :

« Déesse, tes bras sont beaux et dorés, larges comme un cheval. Viens avec bienveillance, ô belle, ô sainte ; viens vite nous embrasser de tes larges bras. En honneur de ton éclat et de ta majesté, je veux t'honorer par des chants et un culte à ta mesure ! »

Ayant grandi dans une famille de prêtres pour qui les rituels avaient une extrême importance, Zarathoustra lui demanda :

« Comment un prêtre doit-il honorer la sainte puissance des eaux ? Quel danger encourt-il s'il ne le fait pas correctement, c’est-à-dire sans respecter ta loi ? Comment doit-il exécuter les paroles qu'il a apprises de son maître spirituel ? Comment prononcer correctement les bénédictions et les prières ? Comment doivent se dérouler les rituels d'offrandes pour correspondre à ce que tu attends de nous ? Quel sacrifice t'offrirai-je, par quel culte t'honorerai-je, afin qu'Ahura-Mazda ne détourne pas ton cours, afin que ni les fleurs, ni les animaux nuisibles, ni les serpents ne te nuisent de leur venin et poison. »

Aredvi Sura Anahita lui répondit :

« Offre-moi simplement un sacrifice, honore-moi par un culte, depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher. Adresse d'abord une prière, des offrandes purifiées, puis prononce ce mantra : « Eaux, accordez-moi une descendance généreuse et tenez-moi éloignée des coups, de la mort, des blessures et de l'extinction. Ce don, je le demande à l'eau, à la terre et aux plantes ! Je le demande aux Esprits célestes et immortels des Amesha-Spenta, je le demande à nos saints ancêtres, je le demande aux trois juges : Mithra, Sraosha et Rashnu. Je le demande au feu, au soleil et aux anges. Vous qui le pouvez et le voulez, donnez-moi donc promptement et avec abondance et exaucez cette prière. Ô toi qui as créé la vache, les eaux et les plantes, donne-moi la santé et l'immortalité, ô Mazda ! Que les prêtres qui chantent mes louanges et ceux d'Ahura-Mazda mangent les offrandes qui me sont consacrées. L'important, c'est que celui qui en mange soit un prêtre initié, instruit, vertueux et incarnant la loi. Il est absolument interdit de partager mes offrandes avec les personnes dont le profil est le suivant : celui qui nuit ou tourmente les autres, le querelleur, le trompeur, l'homme aux paroles malveillantes, l'insulteur, le calomniateur, la femme, le ministre ignorant les chants sacrés, celui qui a les dents longues, ainsi que tout homme dont le corps est difforme. Qu'aucun d'eux ne mange de ce qui m'est consacré. Que les aveugles, les sourds, les bossus, les idiots, les colériques, les impudiques, ceux marqués de signes honteux, ni ceux qui portent des signes qui annoncent une vie courte ; que tous ceux-ci se tiennent éloignés de mon autel et jamais ne mangent de mes offrandes. »

Dès lors, Zarathoustra s'empressa d'effectuer pour elle un rituel de beurre, qu'il accompagna d'un chant sacré parfaitement psalmodié. Après avoir une nouvelle fois prié et honoré d'oblations et de libations Ahura-Mazda, Zarathoustra s'adressa une nouvelle fois à la déesse :

« Je te demande, ô bonne et vivifiante déesse, de garantir la sécurité des royaumes, l'abondance en aliments, la force, des chevaux vigoureux, des chars solides et redoutés, ainsi que des flèches sans cesse lancées contre les ennemis. Donne-moi aussi deux êtres valeureux, l'un bipède, l'autre quadrupède : que le premier soit un conducteur de char vif et valeureux qui s'avance hardiment mais prudemment dans les batailles, et que le second, cheval ou chameau, s'élance avec fougue sur les flancs d'une armée aux rangs détendus. Enfin, je te demande une bonne nourriture et une soupe odoriférante et bien préparée. Près des tapis de ton trône, je dépose donc ce souhait qui, s'il se réalise, rendra grandeur et bonheur au pays. »

Anahita, comblé par les chants du Zoroastre, promit de lui accorder cette faveur, puis elle disparut, le laissant seul, en proie au tourment.

Sa prière à la déesse n'était pas celle d'un prêtre mais d'un soldat. C’était pourtant la prière d'un saint, car c’était la prière d'un homme qui n'avait pas pensé à lui, à son sort et à ses doutes, mais avait simplement voulu porter secours à son peuple.

« Honorer Anahita préservera les Aryens des armées des barbares, mais qui préservera les Aryens d'eux-mêmes ? » pensait-il.

Ce n'était donc pas Anahita qu'il aurait voulu vénérer avec tant d'ardeur, mais Ahura-Mazda, son seul et unique, son tout-puissant maître et créateur.

Il était temps que celui-ci s'incarne devant lui et réponde à ses interrogations. Son peuple vivait dans le doute, la violence et le mensonge.

Il était temps que les Aryens comptent sur une doctrine claire et juste.

[Texte composé à partir du yasht 65 de l'Avesta, dans sa traduction par Charles de Harlez (Le Livre sacré du zoroastrisme). Un hymne composé entre 600 à 200 av. J.-C.]

*

Les questions de Zarathoustra

Dans la nuit, Zarathoustra fut réveillé par l'ange Sraosha qui avait entendu ses prières.

« Lève-toi pour comparaître devant Dieu ! lui dit-il, de Lui, tu apprendras tout ce que tu désires savoir ! »

Aussitôt Zarathoustra se leva.

« Ferme les yeux, lui dit l'apparition céleste, et en avant ! »

On eût dit qu'un oiseau l'avait ravi et l'emportait rejoindre le Grand Asura. En rouvrant ses yeux, il constata qu'il était arrivé au paradis… Déposé par Sraosha, il continua son chemin vers le Seigneur de la Sagesse, le cœur ivre de bonheur bien que le corps tremblant de crainte.

Quand il fut auprès d'Ahura-Mazda, il lui récita une longue prière digne de son rang de seigneur divin, puis il prononça des prières au soleil, à Mithra, à la lune, aux eaux et au feu… Enfin il osa lui demander :

« Comment t'adresser des hommages dignes de toi ? Enseigne-moi comment t'aimer et comment te le montrer ! Dis-moi, ô Ahura, où le paradis trouve-t-il son origine ? Et comment faut-il t'aider dans ta tâche de création ? Car c'est bien toi, n'est-ce pas, l'ami des mondes qui, par la force de ton esprit, décide de la fin des êtres ?

Dis-moi, ô Ahura, qui fut le premier créateur, le père de ce qui est bon et juste ? Qui a établi le soleil et les étoiles dans leur voie ? Qui est le maître du temps, celui par qui la lune grandit et décroît ? Dis-moi, ô Ahura, qui soutient la terre et les nuages ? Qui les préserve de la chute ? Qui a créé les plantes et les eaux ? Qui a donné mis en mouvement les vents et les nuages ? Dis-moi, ô Ahura, quel artisan parfait a constitué la lumière et les ténèbres ? Quel artisan parfait a formé le sommeil et la veille ? Qui est celui par qui l'aurore, le jour et la nuit existent ? Qui est, ô Mazda, le créateur du bien ? Qui est à l'origine des règles que respectent les juges ? Est-ce que l'on devient sage en pratiquant le bien ? Pour qui as-tu créé la vache qui fournit ses offrandes aux hommes ? Dis-moi, ô Ahura, qui a créé la sagesse et la puissance ? Qui a rendu le fils naturellement cher au père ?

Or, tout cela, je sais bien que c'est toi seul qui en es responsable, alors enseigne-moi, parfais-moi dans ces choses et dans bien d'autres encore. Dis-moi si tout cela est vrai, ô Ahura, et je m'en irai les proclamer. Enseigne-moi la doctrine qui garantisse à la fois la pureté et la prospérité des mondes. Pour que je les note et les transmette, dis-moi les mots de sagesse qui feront se comporter les hommes en respect de la justice. Dis-moi, ô Ahura, comment propager ta sagesse ? Si c'est moi que tu as choisi comme prophète et premier des hommes, alors préserve les autres de la haine que pourrait leur inspirer le Mal.

Dis-moi, ô Ahura, comment te reconnaîtra-t-on en moi ? Comment recevrai-je ta puissance ? Fais-en sorte de me donner une voix vraie et puissante, afin que je puisse professer correctement ta doctrine de la sainteté. Comment ferais-je périr l'erreur ? En la fracassant des enseignements de ta doctrine ? Comment porter aux méchants de violents coups et attirer sur eux l'angoisse et le supplice ? Dis-moi, ô Ahura, toi qui commandes en maître absolu les événements, lorsque deux armées se rencontrent, réalisant ainsi tes plans, comment et à laquelle des deux camps donneras-tu le triomphe ?

Dis-moi encore, ô Ahura, si quelqu'un vole, ment ou ne donne pas à celui qui l'a mérité, quel sera pour lui le châtiment immédiat ? Quel doit être le châtiment pour ceux qui sacrifient des troupeaux aux démons ? Pourquoi la rosée du matin se répand-elle aussi sur leur pâturage, alors que ceux-ci ne devraient pas prospérer ? Dis-moi, ô Ahura, comment repousserai-je les monstres ? Enseigne-moi aussi comment je devrai punir ceux qui désobéissent et qui se plaisent dans l'erreur… Comment leur ferai-je écouter les conseils de l'Esprit saint ?

Ahura-Mazda, créateur des mondes visibles, être pur, enseigne-moi donc la loi sainte pour réprimer la haine des démons et des méchants, pour accroître l'intelligence et corriger la nature. »

 

Récit inspiré de l'Avesta (trad. de Harlez), Yasna Haptanghaiti 44 (gatha 9), et premier yasht. Prière composée à partir du yasna 33 de l'Avesta. Trad. de Harlez.

*

Les noms d'Ahura-Mazda

Ahura-Mazda lui dit alors :

« Sache, Zarathoustra, comment il adviendra, car de même que le commencement du monde s'est fait par mon intelligence et par ma sagesse, c'est aussi par ma sagesse qu'il connaîtra sa fin.

Mon nom est celui qui doit être vénéré. Or, j'ai plusieurs noms, dont les principaux sont le Pasteur, le Créateur des êtres, la Pureté parfaite, « ou ce qui trouve son origine dans la justice et la bonté ». On m'appelle aussi l'Intelligence. Je suis le Sage et la Sagesse. Je suis le Mouvement et ce qui met en mouvement. Je suis le Maître, le Magnanime, Celui qui accomplit sans peine. Mes noms sont aussi : Inébranlable, Glorieux, Disposant et Capable de tout. Je suis le Sauveur, le Créateur, le Sage.

Honore-moi, Zarathoustra, le jour et la nuit par des dons en offrandes et je viendrai à toi pour t'apporter secours et joie. Sraosha aussi viendra à toi pour t'aider et te rendre heureux. Je veillerai aussi à ce que les arbres, les eaux et les fravashis, ces anges gardiens, veillent sur toi et te facilitent la vie.

Si tu le veux, Zarathoustra, tu écraseras les démons et les hommes ; les sauvages et les tyrans, tout comme les prêtres corrompus et n’importe quelle autre bête sauvage à deux pieds… Loups et armées comprises… Pour cela, retiens mes noms et prononce-les chaque jour et chaque nuit.

Voici le mantra protecteur :

« Je suis le protecteur, je suis le créateur et le nourricier, je suis le sage, l'esprit très saint. Mon nom est le sauveur, je suis celui qui sauve mieux que tout autre. Je suis l'Atharvan, le gardien du feu sacré, je suis l'Atharvan suprême. Je suis Ahura, le maître, je suis Mazda, le sage. Je suis le saint, je suis le très saint, je suis le majestueux, je suis le très majestueux. Je suis le gardien, je suis le bienveillant, je suis le créateur, le protecteur, le nourricier, je suis celui qui connaît, je suis celui qui sait tout et mieux que personne. Je suis celui qui donne la prospérité, je suis celui dont la loi assure la prospérité. Je suis celui qui gouverne comme il le souhaite. Je suis le plus libre des gouverneurs. Je suis le sage, je suis le plus sage. Je suis celui qui luit dans le lointain. »

Tels sont mes noms. Celui qui, dans le monde physique, retient et répète ces noms, de jour comme de nuit, en se tenant debout et en s'inclinant, puis en s'inclinant pour se relever, ceint du cordon sacré ou non, qu'il soit donc brahmane ou pas, qu'il vienne d'une maison, d'un village ou d'une campagne quelconque ou même de l'étranger, le mensonge et le Mal, la violence des démons, pas plus que la colère, ne pourront l'atteindre. De même, ne le blesseront ni les flèches acérées, ni les frondes, ni les lances, ni les couteaux, ni les massues, ni aucune arme d'aucune sorte. »

 

Extrait de l'Avesta, yasht 1. Trad. de Harlez.

*

La voie des justes et celle des méchants

Zarathoustra demanda à Ahura-Mazda :

« Ahura-Mazda, esprit très saint, créateur de tout ce que l'on peut apercevoir, dis-moi : lorsqu'un juste vient à mourir, où son âme séjourne-t-elle la nuit suivante ? »

Alors Ahura-Mazda lui dit :

« Elle demeure près de sa tête et répète la prière d'espoir et de salut. Pendant cette nuit, l'âme goûte autant de joie qu'en éprouve l'ensemble du monde vivant. »

« Pendant la deuxième nuit, où séjourne son âme ? » demanda encore Zarathoustra.

Ahura-Mazda lui répondit qu'il en était de même pour les trois premières nuits, mais qu'à partir de la troisième nuit, une lueur commençait à poindre. L'âme se dirige alors vers les plantes et en respire la douce odeur. Sur elle, souffle une brise venue des plus méridionales des régions méridionales, emportant avec elle le meilleur des parfums. L'âme respire alors profondément ce parfum, quand apparaît devant elle une belle jeune fille de quinze ans, aux bras roses et frais, grande, forte et majestueuse, à la silhouette élancée et fière. C'est la plus radieuse des créatures.

L'âme du juste lui demande qui elle est. Sa propre nature lui répond :

« Je suis tes bonnes pensées, tes bonnes paroles et tes bonnes actions, la nature même de ton propre corps.

- Qui t'a faite si glorieuse, si parfaite, si belle ? lui demande l'âme. D'où vient ce parfum si parfumé, si triomphant, grâce auquel tu domines tes ennemis et telle que tu te présentes à présent devant moi ? »

- C'est toi, ô jeune homme, qui m'a faite ainsi car je suis formée de tes bonnes pensées, de tes bonnes paroles et de tes bonnes actions. Lorsque, là-bas sur Terre, tu remarquais quelqu'un qui pratiquait la sorcellerie, séduisait illégitimement, refusait de répondre à toute demande, ou encore déracinait les arbres, alors tu t’incluais et tu récitais les prières à voix haute en rendant hommage aux eaux et au feu. Tu cherchais à satisfaire, par des cadeaux ou des services, le fidèle, qu'il soit de ton village ou qu'il s'en vienne de loin. Ainsi tu m'as rendue, moi qui suis d'un bon naturel, encore plus aimable. Moi qui suis belle, tu m'as rendue encore plus belle. Moi qui suis désirable, tu m'as rendue plus désirable encore. »

L'âme du juste fait alors un premier pas et le pose dans le Humata, le domaine de la pensée correcte. Elle fait ensuite un second pas et le pose dans le Hukhta, le domaine des paroles de vérité. Elle fait encore un troisième pas et le pose dans le Huvarstha, le domaine des actions correctes. Enfin, au terme du quatrième pas, l'âme du juste, se pose dans le domaine de la lumière sans origine.

C'est alors qu'un juste, mort auparavant, l'interroge et lui dit :

« Comment, ô juste, es-tu mort ? Comment es-tu venu depuis la Terre où vivent les troupeaux ? Comment es-tu passé du monde corporel, au monde spirituel, et de l'univers périssable à l'univers impérissable ? Comment le bonheur te fut - il offert à jamais ? »

Cependant, moi, Ahura-Mazda, je l’interromprai :

« Ne la dérange pas avec tes questions ! lui dirai-je. Cette âme s'en revient de loin et a traversé bien des épreuves. Son chemin fut difficile car elle a dû en passer par la séparation du corps et de l'esprit. »

Je demanderai ensuite qu'on apporte pour cette âme de quoi manger et je veillerai à ce que cette nourriture soit cuisinée avec les meilleures huiles. Mangeront de mes plats les âmes des hommes qui pensent, parlent et agissent avec sainteté, ainsi que celles des femmes qui sont obéissantes et soumises à leur chef.

Aux sages qui me rejoignent dans mon domaine céleste, je leur présente alors mes créatures : Vohu Manah, Asha Vahista, Armaiti, Kshathra, Haurvatat et Ameretat. Ensemble ils forment les saints archanges immortels. Vohu Manah est l'esprit saint, Asha est l'ordre juste de l'Univers, Armaiti est la Dévotion généreuse, incarnée par la Terre. Elle est la Grande Mère, celle qui préserve et distribue l'amour. Kshathra est l'Empire, la Puissance, Haurvatat est l’Honnêteté, la Santé, l'Eau et la Perfection. Ameretat est l'Immortalité, aussi bien sur Terre que dans l'au-delà. Voici donc les récompenses que peuvent attendre les sages. »

Zarathoustra demanda encore :

« Lorsqu'un méchant vient à mourir, où séjourne donc son âme la première nuit ? »

- Elle court autour de la Terre, tout en récitant ces quelques vers que prononcent les persécutés : « vers quel pays me dirigerai-je, où fuirai-je ? » La première nuit, l'âme ressent autant de souffrance que le monde vivant tout entier en ressent. Il en va de même pour les deux nuits suivantes. Lorsque la troisième nuit est écoulée et que la lumière paraît, l'âme du méchant arrive dans un lieu horrifique où flotte dans l'air une infecte odeur. Là, souffle un vent venu de l'ouest qui répand sur son passage la plus fétide des odeurs. L'âme du méchant la respire puis s'étonne de cette puanteur, la plus horrible qu'il n'ait jamais sentie. « Je suis ton odeur, lui dit-on. Je suis le parfum que sur Terre tu laissas derrière toi, marquant ton passage par ta cruauté, ton ignorance, tes mensonges et tes infidélités. » L'âme du méchant fait alors un premier pas, qui la mène dans le domaine des pensées vicieuses et criminelles. Son second pas la mène dans le domaine des paroles de haine et d'insulte. Son troisième pas la mène dans le domaine des actes interdits. Son quatrième pas la fera sombrer dans les ténèbres sans origine.

C'est alors qu'un pécheur, mort avant lui, l'interroge :

« Comment es-tu mort, comment es-tu passé du monde corporel au monde spirituel, du monde périssable à celui qui ne connaît pas de fin ? Comment ce malheur éternel t'est-il arrivé ? »

C'est alors que du plus profond des abysses se fait entendre Ahriman, l'Esprit du Mal, qui s'écrie alors :

« Ne dérange pas cette âme avec tes questions ! Elle s'en revient de loin et a traversé bien des épreuves. Son chemin fut difficile car elle a dû vivre la séparation du corps et de l'intelligence. Qu'on lui apporte du poison car c'est cela qui convient aux hommes dont les pensées, les paroles, les actions et les passions ont été mauvaises. Qu'on donne aussi la même chose aux âmes des filles de mauvaise vie, dont les pensées, les paroles, les actions ont été en plus souvent mauvaises que bonnes, et qui mal gouvernées, vivent indépendantes de tout chef. »

 

[Extrait de l'Avesta, yasht 1 et 22 (op. cit.)]

*

Prédication de la loi nouvelle

Fort de ce qu'Ahura-Mazda lui avait révélé, Zarathoustra redescendit de la montagne et, après avoir rédigé les premiers poèmes de ce qui deviendrait le livre sacré de l'Avesta, il commença son ministère. S'adressant à tous, quelles que soient leur caste et leur origine, Zarathoustra disait :

« Laissez-moi vous parler, vous qui désirez entendre et vous élever dans la doctrine. Ma parole sera claire afin que vous soyez complètement instruits. Que les apologues de l'erreur taisent leur mauvaise doctrine et que la langue du méchant se noue ! »

Dès lors, une foule se groupa autour du fils de Purushaspa.

« Je vais vous entretenir des deux esprits, qui sont les principes de l'existence. Un de ces esprits donne la vie, l'autre donne la mort, et rien entre eux, ni leurs pensées, ni leurs enseignements, ni leurs caractères, ni leurs désirs, ni leurs paroles, ni leurs actes, ni leurs lois, ni leurs âmes ne s'accordent.

Je vous entretiendrai de l'origine de ce monde, telle que me l'a transmise l'omniscient Ahura-Mazda. À ceux qui n'accomplissent pas sa loi telle que je la connais et telle que je la professe, à ceux-là que la fin du monde soit pour eux un malheur !

Je vous entretiendrai de celui qui est le plus parfait et le plus saint, de celui qui est le père de l'esprit saint et actif de ce monde. Sachez que la Terre aux immenses bienfaits est sa fille et que de toute chose il est le maître.

Je vous entretiendrai de ce que m'a dit le Très Saint, et sachez que sa parole est la plus belle qui puisse être entendue par les mortels. Ceux qui me prêteront obéissance et m'adresseront des dons, Haurvatat, l'ange de la plénitude, et Ameretat, l'ange de l'éternité, les visiteront, de même qu'Ahura-Mazda. Car celui qui donne les meilleures offrandes à ceux qui sont animés par l'esprit divin, Ahura-Mazda les écoute. Ceux qui lui adressent des offrandes trouveront en lui le secours pour tromper la mort et trouveront la vigueur nécessaire pour affronter et dominer les méchants, car ils savent qu'Ahura-Mazda est le créateur des forces qui animent l'Univers. De l'apôtre, du maître de sagesse, du prêtre, Ahura-Mazda est l'ami, le frère et le père.

Je vous entretiendrai donc de la plus pure louange qui soit, car c'est en célébrant Ahura-Mazda que j'ai été moi-même instruit dans le juste esprit et c'est lui qui me dirige de sa parfaite intelligence.

Que ceux qui ont pour culte la sagesse, que ceux qui veulent adorer celui qui est appelé le sage suprême et sans défaillance, que tous me suivent et m'écoutent. Grâce à la pureté de son esprit, grâce à sa profonde justice, le monde entier lui appartient et c'est lui qui lui donne sa puissance et sa force. Les archanges Haurvatat et Ameretat, maîtres du véritable bonheur et de l'immortalité, résident dans son royaume et c'est lui qui donne à ce monde la puissance et la force.

Qu'Ahura-Mazda nous donne des contrées, des pâturages, afin que nous y fassions prospérer nos troupeaux et nos fils. Car il est venu celui qui méprise et écrase les démons… Il est venu celui qui gagnera le combat contre ceux qui refuseront sa doctrine. »

 

Texte inspiré du Yasna Haptanghaiti 45 (10e gathas), présent dans l'Avesta.

 

L'errance de Zarathoustra

La doctrine d'Ahura-Mazda, malgré la foi de son prophète, ne réussissait pas à gagner le cœur des foules. Celles-ci adoraient toujours les démons, les sacrifices sanglants inutiles et les passions néfastes.

Depuis qu'elle avait pris la route pour suivre les prêches de leur gourou, la communauté des disciples du Zoroastre n'avait pas augmenté, elle diminuait même inexorablement. Plus encore, le Zoroastre subissait souvent la violence de ceux qui ne pouvaient supporter son discours. Dans la haine et la violence, sa communauté se faisait parfois rejeter des villes et attaquer dans les forêts où ils campaient.

Une nouvelle fois Zarathoustra s'en remit à Ahura-Mazda :

« De quel côté me tourner, où porter mes pas ? Loin de mes amis, loin de mes fidèles, les paysans ne m'honorent pas, ni leurs chefs qui se livrent au mensonge. Comment te servir, comment te plaire encore, ô Seigneur Très Sage ?

Je sais d'où vient mon impuissance, ma faiblesse : je ne suis qu'un homme, entouré d'autres hommes tous aussi faibles que lui. Mon troupeau est maigre, peu d'hommes me suivent. Je crie vers toi, Seigneur, alors regarde-moi ! Accorde-moi le secours comme un ami à son ami. Enseigne-moi ta droiture et les richesses de la Bonne Pensée.

Quand arrivera donc la Lumière des jours ? Quand viendra celui qui me tendra une main secourable, à moi qui suis ton élu, Seigneur, à moi que tu as choisi pour diffuser ta vérité ? Je m'abandonne à ta volonté, Seigneur, afin que mon œuvre connaisse le succès.

Livré au mal, le méchant empêche que la vérité se répande, il s'oppose à ce que le respect de la vie règne dans les cités et les champs. Celui qui lui ravira la vie en même temps que la puissance, Seigneur, marchera en éclaireur dans les sentiers de ta religion, qui est la science sacrée !

Celui qui entend le fugitif frapper à sa porte, fût-il lui-même le gouverneur de la province, il doit lui ouvrir sa maison, car ainsi le veut la loi sacrée, ainsi que les coutumes et les mœurs. Sachant qui est le méchant, le juste doit prendre la défense du fugitif contre les forces du mal.

Il faut être méchant pour fermer sa porte à un homme en fuite. C'est être méchant que de favoriser les œuvres du mal. Le juste est celui qui aide ceux qui servent la justice. Telle est la vérité, Seigneur, depuis qu'existe ta loi.

Qui prêtera son appui au faible que je suis, qui me protégera contre le méchant et sa violence ? Qui, si ce n'est ton feu, ta pensée pure et les œuvres conformes à ta loi ? Fais, Seigneur, que ceux qui s'acharnent contre les miens voient leur fureur se retourner contre eux et les séparer à jamais du bonheur. Ahura Mazda, toi seul est notre juge.

« Homme ou femme, celui qui me donnera ce qu'il y a de mieux au monde, comme la justice, la droiture, la puissance et la Bonne Pensée, il entrera dans ma communauté et me suivra pour t'adorer et tous ensemble, nous passerons le Chinvat, le pont des élus qui est la voie étroite qui mène vers toi Seigneur. Unis dans le mal, les mauvais prêtres et les princes cruels réunissent leurs forces pour désoler la terre des hommes. Mais lorsqu'ils auront atteint ce pont qui ne se laisse franchir que par les justes, leurs âmes et leurs consciences connaîtront jusqu'à la fin des jours les vrais tourments, ceux de la demeure du mensonge et qui est l'enfer. »

 

Prière de Zarathoustra extraite du Yasna Haptanghaiti 46 (11e gathas), dans sa traduction par l'orientaliste iranien Amir Mehdi Badi (Monde et parole de Zarathoustra).

*

Le roi Vishtaspa et la profession de foi mazdéenne

Voulant convaincre à sa doctrine les puissants de ce monde afin que ceux-ci entraînent avec eux leur peuple sur le chemin de la sagesse et de la justice, Zarathoustra offrit des rituels de homa et de nourriture à la déesse Anahita. Ce rituel, ce fut le même que jadis Ahura-Mazda avait fait pour elle au sommet du mont Hara, afin de l'inciter à lui gagner les faveurs de Zarathoustra.

Comme l'avait fait Ahura-Mazda, Zarathoustra leva le bâton sacré du baresma en l'honneur de la déesse des eaux, chanta beaucoup de mantras capables d'infléchir la réalité à travers la maîtrise du verbe, pria beaucoup, fit de nombreux rites… puis il demanda cette faveur à la déesse :

« Ô bonne et pure déesse, attache-moi le roi des rois, le vaillant Vishtaspa, pour qu'il pense selon la loi, qu'il parle selon la loi et qu'il agisse selon la loi. »

Charmé de son chant, contente de ses libations de beurre, la douce et pure Anahita accorda cette faveur au saint Zoroastre.

Dès lors, afin de transmettre la bonne parole, Zarathoustra se mit en route pour Bactres, en vue de gagner la cour du roi Vishtaspa, le roi des rois. Comme un fleuve barrait le chemin de Zarathoustra et ses disciples, Ahura-Mazda leur donna le pouvoir de marcher sur les flots et ils arrivèrent donc sans encombre à la cour du roi Vishtaspa.

Zarathoustra se reposa quelque temps dans le palais royal puis, après avoir, avec ferveur, invoqué le nom de Dieu, il chercha à approcher le roi.

Fièrement il entra dans la salle d'audience et fixa son regard sur le roi, le diadème et le trône. II vit d'abord les chefs du royaume rangés sur deux rangs, debout et les flancs ceints, les grands du pays d'Iran et ceux de toutes les autres régions, les chefs ou les princes ; on eût dit que Vénus, le Soleil et la Lune remplissaient le palais de leur lumière. Devant eux il vit, assis sur deux rangs, plein de dignité et de noblesse, les docteurs, puis autour du trône du roi Vishtaspa deux autres rangs de courtisans. On distinguait la valeur de chacun d'eux, s'il possédait beaucoup ou peu de science, car ces savants se disputaient les uns avec les autres devant le triomphal roi des rois. Celui qui était plus savant se trouvait le plus proche du roi, et le roi des rois, le front ceint de la couronne de turquoise, siégeait sur un trône d'ivoire.

Le roi, ayant appelé Zarathoustra, le fit asseoir à côté de lui et lui adressa maintes questions sur les traditions et les sciences anciennes. Comme de tous les sages aucun qui ne demeurait, osât souffler mot devant Zarathoustra, celui-ci plein de grandeur et de dignité, prenant place au-dessus de tous, parla à Vishtaspa :

« Ô maître du monde, je suis le prophète que Dieu a envoyé au-devant de toi, Dieu par la volonté duquel les sept cieux et la terre apparurent, et qui créa les astres tels qu'ils sont devant ceux qui les contemplent ; Dieu qui donna la vie et qui distribue le pain quotidien, sans reprocher ce bienfait à ces créatures ; Dieu qui, sans que tu en prennes souci, t'a déféré la royauté, le trône et la couronne, qui du néant t'a appelé à l'existence, par ordre duquel il t'est échu de régner sur tous les hommes. »

Alors, de la même façon que Zarathoustra s'était adressé à Ahura-Mazda, le roi Vishtaspa interrogeait son nouvel hôte : « Ô sage, quelle est ta doctrine ? »

Et Zarathoustra lui répondait de bon cœur :

« J'agis ainsi qu'Ahura-Mazda me l'a ordonné lors de nos entretiens : je loue toutes les bonnes pensées, toutes les bonnes paroles, toutes les bonnes actions.

J'embrasse tout ce qui est bon en pensée, en parole, en action. Je loue la pensée sainte, la parole bien dite, l’œuvre bien faite. Je loue la loi sainte mazdéenne, qui éloigne les querelles et les rixes et favorise la sainte union, qui est la plus grande, la plus parfaite et la plus belle de toutes.

Je renonce à toute mauvaise pensée, à toute parole coupable, à toute mauvaise action.

J'attribue tout ce qui est bon à Ahura-Mazda, l'être parfait, aux pensées sages, l'être pur, riche et majestueux, à qui appartient tout ce qu'il y a de plus parfait : la sainteté, les vaches, les étoiles et la splendeur qui émane d'elles.

Je choisis le parti de la Terre, Spenta Armaiti, car elle est à moi.

Je présente aux Amesha-Spenta mes offrandes, mes sacrifices et mes témoignages de respect. Je leur fais des offrandes pour qu'ils viennent et demeurent parmi nous. Je leur offre par mon esprit, par ma voix, par mes actes, par ma conscience, le principe vital de mon propre corps.

C'est pour eux que je chante des louanges, pour préserver les troupeaux du vol et du danger et les bourgs mazdéens les catastrophes et la dévastation. Par cet acte d'adoration pure, je m'élève vers ces esprits célestes, et ainsi j'espère conjurer le mal.

Je m'efforce de ne pas éprouver d'amour désordonné de mon corps, ni d'être trop attaché à la vie, car de telles attitudes amèneraient la dévastation sur les bourgs mazdéens.

Je réprouve les démons, que certains, par entêtement dans l’erreur à cause de leur ignorance ou de leur vice, s'évertuent à appeler dévas [dieux]. Je rejette l'autorité de ces démons, êtres pervers, méchants et criminels, par qui les maux trouvent leurs origines. Je rejette aussi leurs sectateurs, leurs sorciers et tous les êtres pervers qui existent dans l'Univers. Je renonce à toutes les pensées, à toutes les paroles, à toutes les œuvres, à tous les actes produits par les démons ou par ceux dont l'activité est la destruction.

Par cette foi, par cette loi, je suis mazdéen et j'agis en mazdéen, c’est-à-dire en adorateur fidèle de la sagesse [Mazda]. »

En rendant ainsi réponse sur tout, Zarathoustra contenta grandement le cœur du roi, qui s'empressa de répéter sa profession de foi, puis devint son plus fervent disciple. Afin qu'il demeure auprès de lui, il lui offrit même un château fort situé non loin de son palais.

 

Récit composé à partir du Zarathusht-Nama (op. cit.) Pour la profession de foi des mazdéens, nous nous sommes référés aux yasnas 12 et 13 de l'Avesta. Référence à Anahita empruntée au yasht 65, lequel est consacré à la déesse. Le roi Vishtaspa est aussi appelé Goshtasp ou Hystaspès. Hystaspès, en grec : « celui qui aime les chevaux », est un prête-nom pour des traités grecs rédigés en témoignage de la doctrine zoroastrienne.

*

La chute de Zarathoustra

Ne comprenant pas que c'était Dieu qui rendait sa gloire éclatante, les sages qui composaient la cour de Vishtaspa étaient jaloux de Zarathoustra. Ils s'effrayaient de voir leur pouvoir néfaste réduit à néant par la diffusion de la doctrine claire et juste du Zoroastre. Aussi, ils comptaient bientôt le couvrir d'opprobre devant le roi.

Le saint Zarathoustra ignorait les machinations de ces gens impurs et méchants. Chaque fois qu'il quittait sa maison pour se rendre auprès du roi, il confiait au portier royal la clef de sa maison. Les sorciers, avertis de cette circonstance, vinrent trouver le portier du roi, et donnèrent quelque argent à cet homme félon afin qu'en cachette il leur remît la clef. Ensuite, dans le plus grand secret, les sorciers cherchèrent dans les cimetières et les décharges les choses plus impures qui soient : du sang, des ordures, de la sanie, des cadavres, des ossements, ainsi que des têtes de chat et de chien… Ils portèrent toutes ces immondices dans la maison de Zarathoustra et les dissimulèrent dans son lit et ses bagages ; telles furent les fourberies qu'ils employèrent. Après avoir refermé la porte, ils en rendirent la clef au portier déloyal, en lui ordonnant de ne jamais trahir le secret.

De là les sages s'en vinrent au palais ; ils vinrent devant le trône royal. Zarathoustra était assis avec le roi qui étudiait l'Avesta, plein d'admiration devant l'écriture et la doctrine du livre auquel, dans son âme, il était devenu favorable.

Les docteurs dirent :

« Ô roi, ne te donne plus de peine ! Cet Avesta est tout entier de la magie ; tu ne sais pas, ô roi, qui est cet homme ! Serviteur de la magie, cet homme ne désire rien, sinon te plier sous sa main. Par ses conjurations et ses enchantements, il t'a rendu mou, par ses discours il a embrasé ton cœur ! La nuit, il ne cesse de s'occuper de magie, il cherche à renverser ta gloire. Dès qu'il t'aura dans sa main, il répandra le malheur et la ruine dans le monde ! »

Après avoir entendu ces paroles, Vishtaspa réfléchit sur l'affaire, puis il donne l'ordre de fouiller la maison de Zarathoustra, et d'apporter devant lui tous les objets qu'on trouverait après avoir fait des recherches soigneuses. Zarathoustra, sûr de son affaire et n'éprouvant aucune inquiétude à ce sujet, désigna lui-même sa clef au portier. Les sages partirent et apportèrent tout ce qu'ils avaient trouvé : ce qui lui servait de nourriture, les couvertures de son lit, aussi la boîte du livre et le coffre aux vêtements, ils les apportèrent devant le roi du monde. On fouilla tout et on découvrit les têtes de chat et de chien, des ongles, des poils et des os provenant de cadavres humains.

« Chien misérable ! Cria le roi à Zarathoustra, tu n'es digne que du pieu et du gibet ! » Et aussitôt le roi jeta loin de lui l'Avesta, et donna l'ordre d'enchaîner le prophète. « Mettez cet homme en prison, ordonna-t-il, et ne faites point attention à ce qu'il dira, car il n'est autre que le chef des sorciers et ne cherche qu'à bouleverser le monde ! »

Sur l'ordre du roi, Zarathoustra fut aussitôt entraîné et jeté dans la basse-fosse. Un gardien eut charge de lui porter tous les jours sa ration et de le surveiller dans le cachot, afin qu'il ne s'échappât pas inopinément.

Nullement coupable, Zarathoustra resta pourtant une semaine dans la prison, accablé de douleur.

 

Récit extrait du Zarathusht-Nama.

*

Le cheval de Vishtaspa

« Cette détention durait depuis sept jours, lorsqu’un événement singulier fit éclater l’innocence de Zoroastre. Le cheval favori de Vishtaspa fut atteint d’une paralysie, ou, comme le disent les légendes, d’une maladie qui avait fait rentrer ses jambes dans son ventre. Aucun des sages ou des médecins ne connaissait de remède à ce mal ; et, après mille efforts infructueux, on désespérait de sauver l’animal, lorsque Zoroastre, averti de ce qui se passait, demanda à paraître devant le roi, promettant de guérir son cheval et de dissiper son chagrin. Il y réussit en effet, et cela à la vue de toute la cour que le bruit du miracle attirait autour de lui.

Mais à chaque jambe qu’il faisait paraître hors du ventre de l’animal, il imposait à Vishtaspa une nouvelle condition, que ce prince n’avait garde de lui refuser. C’est ainsi que successivement le roi, Esfendiar, son fils aîné et son héritier présomptif, enfin la reine et toute la maison royale adoptèrent la loi d’Ahura-Mazda et jurèrent de croire à l'Avesta.

Il ne restait plus que la quatrième jambe à guérir quand Zoroastre demanda que l’on appelât le serviteur qui s’était laissé séduire par ses ennemis. Cet homme, ayant reçu l’assurance de sa grâce, dévoila le mystère et prouva ainsi au roi l’innocence du prophète, qui fut réintégré dans sa maison et redevint le favori de Vishtaspa.

Aussi zélé pour la propagation du nouveau culte qu’il avait été attaché à sa première croyance, ce prince fit tous ses efforts pour que ses sujets suivissent son exemple, éleva partout de vastes temples du feu, établit des mohabs et des destours [ministres capables d'enseigner la nouvelle doctrine et capables de former des nouveaux prêtres] et écrivit aux gouverneurs des pays voisins de venir à pied visiter le cyprès de Zarathoustra. Quelques-uns obéirent ; mais d’autres s’y refusèrent, et même empêchèrent leurs provinces d’accepter le culte nouveau.

Cependant Zoroastre se rendait de plus en plus célèbre par des conversions éclatantes. La plus mémorable fut celle du brahmane Changragach. Ce sage, un des plus habiles de l’Inde, avait résolu de venir lui-même convaincre de folie ou d’imposture aux yeux de toute la cour le prophète d’Iran ; et, dans cette espérance, il avait, pendant deux ans entiers, rassemblé les questions les plus épineuses et les plus difficiles à résoudre. La vie d’un homme, disait-il à quatre-vingt mille brahmanes qui l’accompagnaient, ne suffirait pas pour en expliquer la moitié. Arrivé dans la capitale de Vishtaspa et admis à une conférence publique avec Zarathoustra, il se préparait à lui adresser une de ses questions, lorsque le réformateur, prenant la parole, ordonna à un de ses disciples de lire à haute voix un des nosk [sections] qui faisaient partie de l'Avesta. Ce nosk contenait la solution de tous les problèmes que Changragach avait si laborieusement et si longtemps médités. Frappé d’un prodige aussi inouï, ce dernier renonça aux dieux de l’Inde et devint un des sectateurs les plus zélés de celui que naguère il traitait d’imposteur. »

Récit extrait de la Biographie universelle ancienne et moderne, de L.-G. Michaud, article « Zarathoustra ».

 

Le testament de Zarathoustra

Zarathoustra demeura au royaume de Vishtaspa.

Bien qu'il se fût marié trois fois, il y vivait en ascète, c’est-à-dire qu'il dédaignait la vie de la cour ou de la cité, pour préférer vivre seul au sommet d'une colline. Là-haut, depuis une grotte à l'intérieur de laquelle il passait ses journées à méditer et à prier, il conseillait ceux qui venaient le visiter et lui rendre hommage.

Vishtaspa quant à lui n'avait de cesse de mener la guerre contre ceux qui, peuples ou rois, refusaient de reconnaître Ahura-Mazda comme dieu supérieur à tous les autres, comme seule entité digne d'être adorée pour ce qu'elle était, et non pour ce qu'elle pourrait apporter à celui qui la priait. C'est ainsi qu'après avoir soumis la Bactriane, l'Iran et la Perse, le roi des rois entreprit la conversion des peuplades nomades situées par-delà les frontières nord du monde aryen.

Ces barbares se nommaient les Touraniens [parfois présentés comme des Turcs ou des Scythes] et étaient les guerriers les plus féroces qui soient. Non seulement ils résistèrent aux troupes de Vishtaspa, mais encore contre-attaquèrent et ruinèrent le pays aryen.

Bactres fut incendiée et durant l'incendie, Zarathoustra fut assassiné par un prêtre touranien.

En mourant, Zarathoustra eut cependant des paroles pleines d'espoir et qui prouvèrent une nouvelle fois l'universalité de sa doctrine :

« Si, parmi les puissants descendants et arrières-neveux des Touraniens, il en naît qui par la sainteté et le zèle font prospérer les mondes de la sagesse, c'est que la grâce et la Justice les ont visités et se sont unies à eux, car Ahura-Mazda commande pour leur bonheur. Ainsi, qui que ce soit, parmi les mortels, m'honore par ses offrandes, est propre à prêcher sa doctrine. Ahura-Mazda lui a donné le monde et c'est pour lui qu'il fait croître les fruits de la Terre. Celui qui m'honore est un disciple d'Asha, le juste et bénéfique ordre du monde. À celui qui me cause de la joie, que les meilleures choses lui soient accordées ! Qu'il partage ma plénitude et mes biens ! Mais celui qui me cause du tort, à ses angoisses répondra d'autres angoisses. À celui qui m'offre ce que je désire le plus, on lui donnera en récompense l'avenir et il pourra jouir de tous les biens que j'ai obtenus de la vache matricielle. Tout selon les règles saintes mais rien en dehors d'elles. Que celui qui chante les prières, qui donne les offrandes, et respecte les règles prescrites, qu'il discerne ce qui est juste de ce qui ne l'est pas, et qu'Ahura-Mazda dirige tout le monde par sa sainte omnisciente. »

Puis il expira.

 

Récit inspiré du yasna 46 de l'Avesta, 11e gathas (trad. de Harlez).

*

Saoshyant

C'est ainsi que mourut le premier des prophètes historiques. Il avait 77 ans et laissait derrière lui trois épouses avec lesquels il avait eu de nombreuses filles et de nombreux fils. L'une des filles, Pourucista, s'unit à Jamaspa, le ministre de Vishtaspa. Quant à Hvogva, sa troisième femme, bien que non féconde, c'est de sa lignée que naîtra un jour celui qui sauvera la communauté des mazdéens.

En effet, naîtra un jour Saoshyant, le « Sauveur », le champion des zoroastriens, le défenseur des derniers authentiques mazdéens. C'est lui qui éradiquera le mal de la Terre, marquant ainsi la victoire finale d'Ahura-Mazda sur Angra-Mainyu.

Par la vertu d’un second sacrifice du taureau, Saoshyant donnera aux hommes l’immortalité. Ce sera alors la fin des temps, car la création cessera d'être perturbée par l'esprit du Mal et reviendra à l'état d'unité, d’absolue pureté. La paix et l'immortalité seront alors communes à l'Univers.

La vie de ZARATHOUSTRA selon les textes sacrés du mazdéisme

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