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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

La chute de ZARATHOUSTRA

Ne comprenant pas que c'était Dieu qui rendait sa gloire éclatante, les sages qui composaient la cour de Vishtaspa étaient jaloux de Zarathoustra. Ils s'effrayaient de voir leur pouvoir néfaste réduit à néant par la diffusion de la doctrine claire et juste du Zoroastre. Aussi, ils comptaient bientôt le couvrir d'opprobre devant le roi.

Le saint Zarathoustra ignorait les machinations de ces gens impurs et méchants. Chaque fois qu'il quittait sa maison pour se rendre auprès du roi, il confiait au portier royal la clef de sa maison. Les sorciers, avertis de cette circonstance, vinrent trouver le portier du roi, et donnèrent quelque argent à cet homme félon afin qu'en cachette il leur remît la clef. Ensuite, dans le plus grand secret, les sorciers cherchèrent dans les cimetières et les décharges les choses plus impures qui soient : du sang, des ordures, de la sanie, des cadavres, des ossements, ainsi que des têtes de chat et de chien… Ils portèrent toutes ces immondices dans la maison de Zarathoustra et les dissimulèrent dans son lit et ses bagages ; telles furent les fourberies qu'ils employèrent. Après avoir refermé la porte, ils en rendirent la clef au portier déloyal, en lui ordonnant de ne jamais trahir le secret.

De là les sages s'en vinrent au palais ; ils vinrent devant le trône royal. Zarathoustra était assis avec le roi qui étudiait l'Avesta, plein d'admiration devant l'écriture et la doctrine du livre auquel, dans son âme, il était devenu favorable.

Les docteurs dirent :

« Ô roi, ne te donne plus de peine ! Cet Avesta est tout entier de la magie ; tu ne sais pas, ô roi, qui est cet homme ! Serviteur de la magie, cet homme ne désire rien, sinon te plier sous sa main. Par ses conjurations et ses enchantements, il t'a rendu mou, par ses discours il a embrasé ton cœur ! La nuit, il ne cesse de s'occuper de magie, il cherche à renverser ta gloire. Dès qu'il t'aura dans sa main, il répandra le malheur et la ruine dans le monde ! »

Après avoir entendu ces paroles, Vishtaspa réfléchit sur l'affaire, puis il donne l'ordre de fouiller la maison de Zarathoustra, et d'apporter devant lui tous les objets qu'on trouverait après avoir fait des recherches soigneuses. Zarathoustra, sûr de son affaire et n'éprouvant aucune inquiétude à ce sujet, désigna lui-même sa clef au portier. Les sages partirent et apportèrent tout ce qu'ils avaient trouvé : ce qui lui servait de nourriture, les couvertures de son lit, aussi la boîte du livre et le coffre aux vêtements, ils les apportèrent devant le roi du monde. On fouilla tout et on découvrit les têtes de chat et de chien, des ongles, des poils et des os provenant de cadavres humains.

« Chien misérable ! Cria le roi à Zarathoustra, tu n'es digne que du pieu et du gibet ! » Et aussitôt le roi jeta loin de lui l'Avesta, et donna l'ordre d'enchaîner le prophète. « Mettez cet homme en prison, ordonna-t-il, et ne faites point attention à ce qu'il dira, car il n'est autre que le chef des sorciers et ne cherche qu'à bouleverser le monde ! »

Sur l'ordre du roi, Zarathoustra fut aussitôt entraîné et jeté dans la basse-fosse. Un gardien eut charge de lui porter tous les jours sa ration et de le surveiller dans le cachot, afin qu'il ne s'échappât pas inopinément.

Nullement coupable, Zarathoustra resta pourtant une semaine dans la prison, accablé de douleur.

Récit extrait du Zarathusht-Nama

*

Le cheval de Vishtaspa

« Cette détention durait depuis sept jours, lorsqu’un événement singulier fit éclater l’innocence de Zoroastre. Le cheval favori de Vishtaspa fut atteint d’une paralysie, ou, comme le disent les légendes, d’une maladie qui avait fait rentrer ses jambes dans son ventre. Aucun des sages ou des médecins ne connaissait de remède à ce mal ; et, après mille efforts infructueux, on désespérait de sauver l’animal, lorsque Zoroastre, averti de ce qui se passait, demanda à paraître devant le roi, promettant de guérir son cheval et de dissiper son chagrin. Il y réussit en effet, et cela à la vue de toute la cour que le bruit du miracle attirait autour de lui.

Mais à chaque jambe qu’il faisait paraître hors du ventre de l’animal, il imposait à Vishtaspa une nouvelle condition, que ce prince n’avait garde de lui refuser. C’est ainsi que successivement le roi, Esfendiar, son fils aîné et son héritier présomptif, enfin la reine et toute la maison royale adoptèrent la loi d’Ahura-Mazda et jurèrent de croire à l'Avesta.

Il ne restait plus que la quatrième jambe à guérir quand Zoroastre demanda que l’on appelât le serviteur qui s’était laissé séduire par ses ennemis. Cet homme, ayant reçu l’assurance de sa grâce, dévoila le mystère et prouva ainsi au roi l’innocence du prophète, qui fut réintégré dans sa maison et redevint le favori de Vishtaspa.

Aussi zélé pour la propagation du nouveau culte qu’il avait été attaché à sa première croyance, ce prince fit tous ses efforts pour que ses sujets suivissent son exemple, éleva partout de vastes temples du feu, établit des mohabs et des destours [ministres capables d'enseigner la nouvelle doctrine et capables de former des nouveaux prêtres] et écrivit aux gouverneurs des pays voisins de venir à pied visiter le cyprès de Zarathoustra. Quelques-uns obéirent ; mais d’autres s’y refusèrent, et même empêchèrent leurs provinces d’accepter le culte nouveau.

Cependant Zoroastre se rendait de plus en plus célèbre par des conversions éclatantes. La plus mémorable fut celle du brahmane Changragach. Ce sage, un des plus habiles de l’Inde, avait résolu de venir lui-même convaincre de folie ou d’imposture aux yeux de toute la cour le prophète d’Iran ; et, dans cette espérance, il avait, pendant deux ans entiers, rassemblé les questions les plus épineuses et les plus difficiles à résoudre. La vie d’un homme, disait-il à quatre-vingt mille brahmanes qui l’accompagnaient, ne suffirait pas pour en expliquer la moitié. Arrivé dans la capitale de Vishtaspa et admis à une conférence publique avec Zarathoustra, il se préparait à lui adresser une de ses questions, lorsque le réformateur, prenant la parole, ordonna à un de ses disciples de lire à haute voix un des nosk [sections] qui faisaient partie de l'Avesta. Ce nosk contenait la solution de tous les problèmes que Changragach avait si laborieusement et si longtemps médités. Frappé d’un prodige aussi inouï, ce dernier renonça aux dieux de l’Inde et devint un des sectateurs les plus zélés de celui que naguère il traitait d’imposteur. »

Récit extrait de la Biographie universelle ancienne et moderne, de L.-G. Michaud, article « Zarathoustra ».

*

Le testament de Zarathoustra

Zarathoustra demeura au royaume de Vishtaspa.

Bien qu'il se fût marié trois fois, il y vivait en ascète, c’est-à-dire qu'il dédaignait la vie de la cour ou de la cité, pour préférer vivre seul au sommet d'une colline. Là-haut, depuis une grotte à l'intérieur de laquelle il passait ses journées à méditer et à prier, il conseillait ceux qui venaient le visiter et lui rendre hommage.

Vishtaspa quant à lui n'avait de cesse de mener la guerre contre ceux qui, peuples ou rois, refusaient de reconnaître Ahura-Mazda comme dieu supérieur à tous les autres, comme seule entité digne d'être adorée pour ce qu'elle était, et non pour ce qu'elle pourrait apporter à celui qui la priait. C'est ainsi qu'après avoir soumis la Bactriane, l'Iran et la Perse, le roi des rois entreprit la conversion des peuplades nomades situées par-delà les frontières nord du monde aryen.

Ces barbares se nommaient les Touraniens [parfois présentés comme des Turcs ou des Scythes] et étaient les guerriers les plus féroces qui soient. Non seulement ils résistèrent aux troupes de Vishtaspa, mais encore contre-attaquèrent et ruinèrent le pays aryen.

Bactres fut incendiée et durant l'incendie, Zarathoustra fut assassiné par un prêtre touranien.

En mourant, Zarathoustra eut cependant des paroles pleines d'espoir et qui prouvèrent une nouvelle fois l'universalité de sa doctrine :

« Si, parmi les puissants descendants et arrières-neveux des Touraniens, il en naît qui par la sainteté et le zèle font prospérer les mondes de la sagesse, c'est que la grâce et la Justice les ont visités et se sont unies à eux, car Ahura-Mazda commande pour leur bonheur. Ainsi, qui que ce soit, parmi les mortels, m'honore par ses offrandes, est propre à prêcher sa doctrine. Ahura-Mazda lui a donné le monde et c'est pour lui qu'il fait croître les fruits de la Terre. Celui qui m'honore est un disciple d'Asha, le juste et bénéfique ordre du monde. À celui qui me cause de la joie, que les meilleures choses lui soient accordées ! Qu'il partage ma plénitude et mes biens ! Mais celui qui me cause du tort, à ses angoisses répondra d'autres angoisses. À celui qui m'offre ce que je désire le plus, on lui donnera en récompense l'avenir et il pourra jouir de tous les biens que j'ai obtenus de la vache matricielle. Tout selon les règles saintes mais rien en dehors d'elles. Que celui qui chante les prières, qui donne les offrandes, et respecte les règles prescrites, qu'il discerne ce qui est juste de ce qui ne l'est pas, et qu'Ahura-Mazda dirige tout le monde par sa sainte omnisciente. »

Puis il expira.

Récit inspiré du yasna 46 de l'Avesta, 11e gathas (trad. de Harlez).

La chute de ZARATHOUSTRA

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