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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Les retrouvailles de RAMA et SITA (récit indien extrait du Ramayana)

Récit inspiré du Ramayana de Valmiki tel que traduit par Hippolyte Fouché

 

Les retrouvailles avec Sita

Les combats faisaient cependant encore rage. La ville de Lanka était en flamme et les rakshassas s’enfuyaient de toute part pour ne pas être envoyés dans la mort.

Surpris par l'attaque soudaine des singes et des deux frères Rama et Lakshman, les rakshassas n’avaient pas pu défendre leur forteresse. Ravana rapidement mis à mort par Rama, l'armée des rakshassas avait été privée de chef, ce qui avait encore augmenté sa débandade.

Cependant, à chaque fois qu'un démon s'affaissait, son âme connaissait la délivrance et montait aussitôt au Svarga, afin de devenir un être de lumière ou des ganas, ces troupes délites de yogi au service de Shiva.

Une fois Lakshman soigné, et Rama mis en sécurité, Hanouman retourna aider les singes à massacrer les derniers rakshassas qui n'avaient pas déjà eu la gorge tranchée. Pourfendant à lui seul toute la garde rapprochée de Ravana, il réussit à prendre le palais avant que celui-ci ne s'écroulât. L'or des plafonds commençait à fondre et s'écrasait au sol en gouttes brûlantes.

Quand Hanouman se fut introduit dans l'opulent palais de Ravana, qui fut aussi sa tombe, il vit, dépouillée de tout honneur Sita, la vertueuse épouse de Rama. La princesse de Mithila avait la tête courbée, le corps incliné, l’air modeste. Il la salua et se mit à lui répéter toutes les paroles que Rama lui avait chargé de lui dire :

« J’ai remporté la victoire, me fait dire ton époux ; sois tranquille, tes soucis ont pris fin. Il vient de tuer Ravana, sous le joug duquel gémissait le royaume de Lanka et ton séjour chez lui ne doit plus t’inspirer de crainte car Rama vient d’asseoir sur le trône le frère de Ravana, le loyal et juste Vibhishana. Sèche tes larmes, tu n'as plus rien à craindre en ce lieu. Donne-moi tes commandements, reine, car sans attendre je retourne où m’attend Rama. »

_ ô chef des singes, je désire seulement voir mon époux... » Voici les quelques mots que Sita lui répondit, suite auxquels Hanouman s'envola pour s'en aller retrouver Rama, qui était en quelque lieu où l'armée des singes campait.

_ Ta femme, que j’ai trouvée absorbée dans la peine et les yeux troubles de pleurs, dès qu'elle eut appris ta victoire, a désiré jouir sans délai de ta vue. » Entendant les paroles d’Hanouman, soudain le visage de Rama, le plus vertueux des hommes, se noya de larmes, puis le roi d'Ayodhya se retira pour mener à bien une profonde réflexion.

Méditant en observant la terre et la poussière, il poussa de longs et brûlants soupirs, puis il envoya à Vibhîshana, le nouveau monarque des Démons, le message suivant: « Fais venir ici la princesse de Mithila, Sita, ma femme, aussitôt qu’elle se sera baignée et qu'elle aura répandu sur sa corps de célestes parures et cerclé ses yeux d'un fard plus noir que le ciel un soir de nouvelle Lune. »

À peine eut-il pris connaissance du message, que Vibhishana partit d’un pas pressé pour le gynécée, où résidait Sita. Là, les mains réunies en prière, il lui dit: « Baigne-toi, princesse; s’il te plaît, revêts de célestes parures et monte dans un char, ton époux veut te voir. »

À ces mots, Sita répondit :

_ Ô roi des Démons, j'ai trop attendu, je désire aller voir mon époux avant même de m’être lavée. 

_ Reine, tu dois faire comme ton époux veut que tu fasses. » insista Vibhishana.

_ Qu’il en soit donc ainsi ! » Répondit alors la vertueuse Sita, cette reine toute dévouée à l’amour et à la volonté de son époux qui était pour elle semblable à un dieu.

Sur-le-champ, des jeunes femmes lavèrent sa tête et firent sa toilette ; on la revêtit de robes précieuses, on la para de riches joyaux ; puis, Vibhishana la fit monter dans un palanquin magnifique, couverte de coussins et de tapis somptueux, et l’emmena à Rama, escortée par les démons en grand nombre.

Enflammés de curiosité, les singes, désirant voir la plus belle princesse qui jamais ne fut sur terre, s’agglutinaient par centaines de milliers au passage du convoi . « A quoi ressemble—elle ? se disaient-ils. Quelle est cette perle des femmes, à cause de qui la nation des singes fut mise en si grand péril ? Qui est-elle donc, pour qu'à cause d'elle, soit tué un roi, que tant de guerriers ont accompagné dans la mort ? Qui est-elle donc, pour qu'à cause d'elle, un si grand nombre soit jeté dans les vagues de l'océan ?

Au milieu de ces paroles, qu’il entendait répéter de tous les côtés, Vibhishana mit le somptueux palanquin en tête et s’avança lui-même vers Rama, qui semblait plongé dans ses réflexions, et profondément las, tout victorieux qu’il fût, et lui dit en s’inclinant :

« Je t'ai amené ta femme, ô Rama ! »

À peine eut-il appris qu’elle était là, celle qui avait longtemps habité dans la maison d’un Démon, que trois sentiments assaillirent à la fois Rama : la joie, la colère et la tristesse. Ses yeux fuyaient celle qui avait été la raison d'être de toutes ses actions depuis son enlèvement plusieurs années plus tôt dans la forêt de Janasthana. Ses pensées elles aussi se brouillèrent et furent marquées par l'incertitude. Après quelques instants d'un lourd silence qui gêna l'assistance, Rama dit ces paroles opportunes à Vibhishana :

« Monarque des Démons, mon ami, toi qui toujours t’es satisfait dans mes victoires, que la fille de Mithila paraisse au plus tôt en ma présence ! » À ces mots, les serviteurs de Vibhîshana, coiffés de turbans faits en peau de serpent, le tambour dans une main et le gourdin de bambou dans l'autre, refoulèrent de toutes parts la foule amassée.

Voyant ces foules rejetées en arrière, dans la peur et la précipitation, Rama, animé comme à son habitude par un sentiment de politesse et d’amour, fut irrité et il adressa ces mots de reproche à Vibhîshana :

« Pourquoi, sans égard pour moi, vexes-tu ces gens ? Ne leur fais pas de violence, car je considère chacun d’eux comme s’il était de ma famille. »

Attentive aux paroles de son époux, mais comprenant que ses première paroles ne furent pas pour elle, Sita, se voyant ainsi négligée en étant exposée à la honte et au commentaire, en conçut une secrète colère qu'elle eu bien du mal à contenir et, agissant en femme, elle réprima sa joie d'être libérée et la cacha au fond de son cœur.

Le sage Rama dit alors ces mots à Vibhîshana d’une voix forte et pareille au tonnerre de l'orage :

« Ce ne sont pas les maisons, ni les vêtements, ni l’enceinte retranchée d’un sérail, ni l’étiquette d’une cour, ni tout autre cérémonial des rois, qui mettent une femme à l’abri des regards : le voile d'une femme, c’est sa vertu en tant qu'épouse ! Celle que voici nous est revenue de la guerre ; elle est plongée dans une grande infortune ; je ne vois donc pas de mal à ce que les regards se portent sur elle, surtout en ma présence. Fais-lui quitter son palanquin, amène la près de moi : que les singes, qui sont les hommes des bois, puissent enfin la voir ! »

À peine ouïes les paroles de Rama, les singes, les généraux des Démons, ainsi que le peuple, tous se regardèrent les uns les autres et de s’entre-dire : « Que va-t-il faire ? On entrevoit chez lui une colère secrète ; elle perce même dans son regard. » Suivant chacun des gestes de Rama, ils étaient agités de crainte et la peur naquit dans leur âme, et, tremblants, ils changèrent de visage.

Lakshman, Sugriva et Angada, le fils de Vali, étaient confus à l'idée que la princesse Sita soit livrée au regard de la multitude; et, ensevelis dans leurs pensées, ils ressemblaient à des morts. À l’indifférence que leur champion marquait pour son épouse, à ses manières effrayantes, Sita parut à leurs yeux comme un bouquet de fleurs qui a fané et que l'on jette par devers soi.

Les membres fléchissants de pudeur, Sita s’avança donc vers son époux. On la vit s’approcher de lui, telle une déesse revêtue d’un corps, ou telle que Pattini, la divinité maîtresse de Lanka, ou enfin telle que Prabha, une des femmes du soleil. À la vue de Sita, la plus noble des épouses, par la force de sa grâce et de sa beauté, les singes ressentirent la plus haute admiration.

Le visage inondé par des larmes de pudeur, au milieu de ces peuples assemblés, Sita se tenait près de son époux, comme la charmante Lakshmi à côté de Vishnou. Ballotté au milieu des flots de la colère et de l’amour, le visage pâle, à la vue de cette femme qui animait un corps d’une céleste beauté, Rama pleura encore, mais ne lui adressa aucun mot, car le doute était né dans son cœur.

Il voyait devant lui cette reine, debout, l’âme frissonnante de pudeur, ensevelie dans ses pensées, en proie à la plus vive affliction. Il la vit telle une veuve qui n’a plus son protecteur. Elle, cette jeune femme, qu’un Démon avait enlevée de force et tourmentée dans une odieuse captivité ; elle, à peine vivante et qui semblait revenir du monde des morts ; elle, que la violence arracha de son ermitage un instant quitté; elle, sans reproche, innocente, à l’âme pure, elle qui n'aurait jamais reçu de son époux le moindre reproche ! Elle, dont il doutait à présent !

Voyant Rama gêné à sa vue, Sita connut alors le plus profond des désespoirs et les yeux déjà mouillés d'avoir été humiliée en public au milieu de tous ces peuples assemblés, elle fondit en larmes une nouvelle fois. Des torrents de pleurs lui coulant des yeux, elle se rapprocha de Rama, et lui dit simplement: « Mon époux ! »

À ce mot, qu’elle soupira avec un sanglot, une larme vint troubler les yeux des singes; et tous se mirent à pleurer avec elle. Rama lui-même, sentant sentir naître son émotion, se couvrit aussitôt la face de son vêtement et fit un immense effort pour contenir ses larmes et rester impassible dans sa fermeté.

La belle Sita, ayant remarqué avec tristesse la grande révolution qui s’était opérée dans son époux, rejeta sa timidité et se mit face de lui. Secouant son chagrin, s’armant de courage, elle refoula ses larmes en elle-même et on la vit arrêter sur le visage de son époux un regard où plus d’un sentiment se peignait : s'y mêlèrent l’étonnement, la joie, l’amour, la colère et bien sûr la douleur.

Ballotté par le doute, Rama, quand il vit ainsi la reine, se mit à lui exposer l’état secret de son cœur : « Je t’ai conquise des mains de l’ennemi par la voie des armes, noble Dame : reste donc à faire bravement ce que demandent les circonstances. J’ai assouvi ma colère, j’ai lavé mon offense, j’ai retranché du même coup mon déshonneur et mon ennemi. Aujourd’hui, j’ai fait éclater mon courage ; aujourd’hui, ma peine a rendu son fruit ; j’ai accompli ma promesse : je suis ici à ma place.

Pour ce qui est de ton rapt en mon absence par un Démon travesti sous une forme empruntée, c’est le Destin qui est l’auteur de cette faute ; la fraude s’est faite ici l’égale du courage. Mais qu’aurait-il de glorieux, homme qui n’essuierait pas avec énergie la honte qui a rejailli sur lui ?

À présent que la traversée de la mer permit le ravage de Lanka, à présent que les exploits d’Hanouman ont porté leur heureux fruits, à présent que l'armée des singes est fatiguée, après avoir, à nos côtés, déployé tant de courage dans les combats et de lumière dans les conseils, à présent que l'amitié de Vibhîshana qui, désertant le parti d’un frère vicieux, est venu se rallier au nôtre, porte lui aussi ses fruits... »

Ne sachant où Rama voulait en venir, Sita le regardait circonspecte, ses yeux grands ouverts, comme ceux d’une gazelle, était inondée par les larmes. Elle retenait son souffle, à l'unisson de la multitude qui était réunie autour d'eux et qui était témoin de ces tristes retrouvailles.

Cependant, la colère de Rama s’accrut encore davantage, et, fronçant ses noirs sourcils, sous lesquels on apercevait d'obliques regards, il envoya à Sita ces mordantes paroles au milieu des singes et des Démons:

« Ce que doit faire un homme pour laver son offense, je l’ai fait, par cela même que je t’ai reconquise : j’ai donc sauvé mon honneur. Mais sache bien cette chose : les fatigues que j’ai supportées dans la guerre avec mes amis, c’est par ressentiment, noble Dame, et non pour toi, que je les ai subies ! Tu fus reconquise des mains de l’ennemi par moi dans ma colère ; mais ce fut entièrement, noble Dame, pour me sauver du blâme encouru et laver la tache imprimée sur mon illustre famille.

Ta vue m’est importune au plus haut degré, comme le serait une lampe mise trop près de mes yeux ! Va donc, je te donne congé ; va où il te plaira ! Vois les dix points de l’espace, choisis-en y et va-t-en! Il n’y a plus rien de commun entre toi et moi. En effet, est-il un homme de cœur, né dans une noble maison, qui, d’une âme où le doute fit son trait, voulût reprendre son épouse, après qu’elle aurait habité sous le toit d’un autre homme ? Car il n’est pas croyable que Ravana, t’ayant vue si ravissante et douée de cette beauté céleste, ait pu jamais trouver du charme dans aucune autre des jeunes femmes qui habitent son sérail! »

Quand elle entendit pour la première fois ces paroles affreuses de son époux au milieu des peuples assemblés, Sita se courba sous le poids de la pudeur. Blessée par les flèches de ces paroles, elle versa un torrent de larmes. Ensuite, essuyant son visage baigné de pleurs, elle dit ces mots lentement et d’une voix bégayante à son époux :

« Tu veux me donner à d’autres, comme une danseuse, moi qui, née dans une noble famille, ai grandi et fus mariée dans une race illustre... Pourquoi, héros, m’adresses-tu, comme à une épouse vulgaire, un tel langage, si choquant à l’oreille et qui n’a point d’égal en cruauté? Je ne suis pas ce que tu penses, et tu devrais, ô noble guerrier aux bras musclés, mettre plus de confiance en moi, car je suis ta femme et, aussi vrai que tu es vertueux, je suis digne de ta confiance.

Pour dire vrai, c’est avec raison que tu soupçonnes les femmes, si leur conduite est légère ; mais oublie tes doutes à mon égard, Rama, et étudie en détail la situation et ma juste cause. S’il m’est arrivé de toucher les membres de ton ennemi, mon amour n’a rien fait ici pour la faute ; le seul coupable, c’est le Destin ! Mon cœur, néanmoins, la seule chose qui fût en mon pouvoir, n’a jamais cessé de résider en toi ; que ferai-je désormais, esclave en des bras qui ne seraient pas à moi comme le sont les tiens? Jamais en idée, si ce n'est en acte, je n’ai failli envers toi ! Puissent les Dieux, nos maîtres, m'offrir la sécurité d’une manière aussi durable que ma parole est véridique! Si mon âme, ô mon prince, si mon naturel chaste et notre vie commune n’ont pu me révéler à toi, ce malheur me tue pour l’éternité.

Quand Hanouman, envoyé par toi, s’est montré la première fois dans Lanka, où j’étais captive, pourquoi, héros, ne m’as-tu pas rejetée dès ce moment ? Aussitôt cette parole, vaillant guerrier, abandonnée par toi, j’eusse abandonné la vie à la vue même de ce noble singe. Tu n’aurais pas en vain subi tant de fatigue et mis ta vie en péril ; cette armée de tes amis ne se fût pas consumée en des travaux sans fruit.

Mais, sous l’empire même de la colère, ce que tu mis avant tout, comme un esprit léger, ce fut ma qualité seule d’être une femme. J’étais née du roi Janaka, appelée que je fusse d’un nom qui attribuait ma naissance à la terre ; mais, ni ma conduite, ni mon caractère, tu n’as rien estimé de moi. Ma main, qu’adolescent tu avais pressée en mon adolescence, tu ne l’as point admise pour garant ; ma vertu et mon dévouement, tu as tout rejeté derrière toi ! »

Sita parlait ainsi en pleurant et d’une voix que ces larmes rendaient balbutiante ; puis, s’étant recueillie dans ses pensées, elle dit avec tristesse à Lakshman : « Élève-moi un bûcher ; c’est le remède à mon infortune : frappée injustement par tant de coups, je n’ai plus la force de supporter la vie. Dédaignée par mon époux, humiliée devant l’assemblée de ces peuples, je vais entrer dans le feu ; c’est la seule route qu’il m’est dorénavant possible de suivre. »

À ces mots, Lakshman, cet intrépide massacreur d'ennemis, flotta parmi les vagues de l’incertitude, et chercha des yeux le regard de son frère, dont l'opinion se manifesta dans l’expression rude de ses traits. Alors Lakshman fit sans tarder ériger un bûcher.

Rama n'avait toujours pas adresser une parole, ni même regarder son épouse. Ni son frère ni personne n’aurait alors pu le calmer, lui qui était invincible au combat mais qui à présent tombait sous les coups de la douleur et de la colère.

C'est alors que Sita, exprimant ainsi une dernière fois son amour envers Rama, tourna autour de lui la tête inclinée, puis s'avança sans hésiter vers le bûcher qui venait d'être allumé.

Quand elle fut près du brasier, elle s’inclina d’abord en l’honneur des dieux, puis en celui des brahmanes ; et, joignant ses deux mains en prière au dessus de sa tête, elle invoqua Agni, le dieu du feu et du foyer familial, et lui adressa cette prière : « De même que je n’ai jamais violé, soit en public, soit en secret, ni en actions, ni en paroles, ni de l’esprit, ni du corps, ma foi donnée à mon époux Rama ; de même que mon cœur ne s’est jamais écarté de lui : de même, toi, Agni, témoin du monde, protège-moi de l'infamie! »

Après qu’elle eut parlé ainsi, Sita, impatiente de s’élancer dans les flammes, les bras au ciel et la tête baissée, fit le tour du feu et dit encore ces mots : « Agni, ô toi qui circules dans le corps de tous les êtres, sauve-moi, ô le plus vertueux des Dieux, toi qui, placé dans mon corps, sera en lui comme un témoin ! »

Témoins de ces paroles, les généraux simiens versèrent des torrents de larmes. Tombant une à une, les larmes couvrirent bientôt les visages de l'assistance où même, et c'est là une chose bien étonnante, les démons pleuraient.

Alors, s’étant une nouvelle fois prosternée devant son époux, Sita d’une âme résolue entra dans les flammes. Semblable à l’or le plus pur, Sita, parée de bijoux, s’élança dans les flammes allumées, comme une victime, que l’on jette dans le feu du sacrifice. Une multitude immense, adultes, enfants, vieillards, était rassemblée en ce lieu ; et tous virent la princesse éplorée plonger dans le bûcher.

Au moment où elle entra dans le feu, singes et démons poussèrent des clameurs intenses. À ces cris, Rama, le devoir accompli mais l’âme courroucée, demeura un moment les yeux troubles de larmes.

Soudain Kubera, le roi des richesses, Yama le seigneur de la mort, et Varouna, le souverain des Océans, le fortuné Shiva aux trois yeux, qui possède pour emblème le taureau, Brahma, l’auguste et bienheureux créateur du monde entier, et le roi Dasharatha, qui après sa mort était devenu une divinité, portés dans un char au milieu des airs, rayonnants de splendeur, tous accoururent ensemble vers le lieux où se tenait le sacrifice de Sita. Tous, se hâtant sur leurs chars semblables au soleil, ils arrivent sous les murs de Lanka.

C'est alors que Brahma, le plus éminent des Immortels et le plus savant des esprits savants, le saint créateur de l’univers, étendit un bras dont sa main était la digne parure, et dit à Rama, lequel se tenait humblement devant lui, la tête inclinée, le dos courbé et ses deux mains réunies en coupe : « Comment peux-tu voir avec indifférence que Sita se jette dans le feu d’un bûcher ? Lui demanda-t-il. Comment, ô le plus grand des plus grands Dieux, ne te reconnais-tu pas toi -même ? Et ainsi tu doutes de ta femme comme le ferait un vulgaire époux ! »

À ces mots du roi des Immortels, Rama, joignant ses deux mains aux tempes, répondit au plus éminent des Dieux : « Je ne suis, il me semble, qu'un homme. Je suis Rama, le fils du roi Dasharatha. S’il en est d’une autre manière, daigne alors, ton excellence, me dire qui je suis et d’où je viens. »

Alors Brahma, dont la splendeur est infinie et qui existe par lui-même, poursuivit: « Écoute la vérité, Rama, ô toi à qui la force n'a jamais failli ! Ta véritable identité est celle de Vishnou, et ton arc lui-même est une divinité connue sous le nom de Sharanga; tu es le plus glorieux des hommes.

Rama, tu es la demeure de la vérité ; tu es vu au commencement et à la fin des mondes ; mais on ne connaît de toi ni le commencement ni la fin. Tous se demandent de quoi est composée ton essence, quelle est ta nature. On te voit dans tous les êtres ; dans les troupeaux, dans le ciel, dans tous les points de l’espace, dans les mers et dans les montagnes !

Dieu fortuné aux mille pieds, aux cent têtes, aux mille yeux, tu portes les créatures, la terre et ses montagnes. Que tu fermes les yeux, c’est la nuit ; si tu les ouvres, c’est le jour : les Dieux étaient dans ta pensée, et rien de ce qui est n’est sans toi.

On dit que la lumière fut avant les mondes ; on dit que la nuit fut avant la lumière ; mais ce qui fut avant ce qui est, on raconte que c’est toi, l’âme suprême. C’est pour la mort de Ravana que tu es entré ici-bas dans un corps humain. Ce fut donc pour nous que tu as consommé cet exploit, ô la plus forte des colonnes qui soutiennent le devoir. Maintenant que l’impie Ravana est tué, retourne joyeux dans ta ville. »

Cependant le feu ardent et sans fumée avait respecté le corps de Sita qui, même placée au milieu du bûcher, ne se consumait pas. Tout à coup, voilà que le feu s’incarna dans un corps et que soudain il s’élança hors du brasier en tenant Sita dans ses bras, qu'il déposa entre les bras de Rama.

Alors ce témoin incorruptible du monde et de ses turpitudes, Agni, le dieu du feu, dit à Rama : « Voici ton épouse, Rama ; il n’existait aucune faute en elle.

Cette femme vertueuse à la sage conduite n’a pas failli envers toi, ni de parole, ni de pensée, ni par l’esprit, ni par les yeux. Un jour où tu l'avais laissée seule, le démon Ravana, d’une irrésistible vigueur l’emporta malgré sa résistance loin de la forêt solitaire où vous viviez. Enfermée dans ses quartiers, triste, absorbée dans ton souvenir, n’ayant de pensée que pour toi, surveillée de tous les côtés par des démons difformes, tentée et menacée de toutes les manières, ta femme, son âme toujours tournée vers toi, n’a jamais ne serait-ce que songé à son ravisseur.

Reçois-la pure, elle est sans tache : il n’existe pas en elle la moindre faute : je t’en suis le garant. Le feu voit tout ce qu’il y a de manifeste et tout ce qu’il y a de caché : aussi, ta Sita m’est-elle connue, à moi, qui viens de l’observer ici même et de mes propres yeux ! »

À ces mots, le héros à l’inébranlable énergie, Rama, répondit au plus parfait des dieux : « Il fallait nécessairement que Sita fût soumise dans les mondes, grand Dieu, à l’épreuve de cette purification ; car elle avait longtemps, elle qui est une femme charmante, habité dans le gynécée de Ravana. « Rama est un insensé ; son âme n’est qu’une esclave de l’amour, » auraient dit les mauvaises langues, si je n’eusse point fait passer Sita par cette purification. Cependant je savais bien qu'elle n’avait pas changé, qu’elle m’était toujours dévouée et que sa pensée avait sens cesse erré autour de moi depuis son départ. Cependant, afin d'attirer les trois mondes dans cette assemblée, je n’ai point arrêté Sita, quand elle s’est jetée au milieu du feu.

De même que l’océan ne peut franchir son rivage, les démons ne peuvent triompher d'une femme défendue par sa vertu. Non, Sita n’a pas plus donné son cœur à un autre, que la splendeur n'a divorcé d'avec le soleil ! »

Rama reconnut ainsi, par le témoignage du feu, l’innocence de son épouse. Ce grand exploit, qui est qu'un homme accepte son erreur, réjouit en un instant les trois mondes et pour cette occasion les êtres qui se meuvent se réconcilient avec ceux qui ne se meuvent pas, ainsi qu'avec les nombreuses divinités et les grands Rishis.

Rama fut alors rempli d’allégresse et il fut comblé d’honneurs par toutes les Divinités.

 

Sur la route qui le menait de retour à Ayodhya, Rama rencontra une statue de femme figée à jamais dans son désespoir. D'une caresse, Rama rendit la vie à la femme qui avait été changée il y a fort longtemps en statue de pierre.

Cette femme révéla alors sont identité, elle était Ahalya, une fille de Brahma, qui l'avait faite plus belle femme du monde, plus belle encore que Pramocha la plus belle des nymphes. Elle avait été mariée à Gotama, un rishi rédacteur des Védas bien plus âgé qu'elle, mais avait succombé aux avances d'Indra, qui l'avait approchée en prenant l'apparence de son mari.

Maudite par Gotama, qui la changerait en pierre, elle avait dû attendre des milliers d'années avant que Rama ne la touchât et qu'elle pût retrouver sa forme humaine. Depuis, réciter le nom d’Aaliyah absout des pêchés.

Les retrouvailles de RAMA et SITA (récit indien extrait du Ramayana)

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