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Arya-Dharma, l'héritage indo-européen

La bibliothèque numérique consacrée aux traditions primordiales et indo-européennes

Le RAGNAROK (mythe scandinave)

Xavier Marmier est l'un des plus grands spécialistes et voyageurs de l'Islande et de la Scandinavie du 19e siècle. Dans son ouvrage Chants danois, nous trouvons un résumé clair de la cosmogonie scandinave telle que présentée dans l'Edda :

*

Un jour, la haine qui existe entre les dieux et les mauvais génies éclatera, et le monde sera abîmé dans cette lutte des deux puissances. Il y a pour ce temps de calamité des pronostics annoncés par les poètes : trois longues années d’un continuel hiver, puis trois années de combats sanglants. L’égoïsme et l’avarice s’emparent de l’esprit des hommes ; les amis se trompent ; les frères égorgent les frères ; il n’y a plus de lien de famille, plus de dévouement, plus de vérité. La terre est livrée aux passions les plus effrénées, à la haine, à l’anarchie. Alors arrivent les ennemis des dieux : Loki, l’esprit du mal ; et le serpent né de Loki, qui de son corps monstrueux entoure la terre comme un anneau ; et Surtur, l’irréconciliable antagoniste des Ases ; et le loup Fenrir, dont les mâchoires en s’ouvrant touchent à la terre et au ciel. Le Naglfar [vaisseau de la fin du monde] flotte sur les eaux. La terre tremble, les rochers se fendent, les arbres tombent, les hommes meurent, la mer rompt ses digues, se répand à travers l’espace, et le ciel se déchire. Les dieux s’avancent contre les ennemis. Chacun choisit son adversaire ; chacun emploie dans ce combat effroyable tout ce qu’il a de force, de prévoyance et de fermeté. Thor écrase de son marteau la tête de la vipère ; mais il s’abîme dans le venin qu’elle a répandu. Tyr s’attaque au chien Garnir, et tous deux succombent après une lutte acharnée. Le loup Fenrir engloutit Odin dans ses entrailles. Vithus tue le loup ; mais Surtur embrase le monde. Le soleil devient noir ; la terre s’abîme dans la mer, la flamme, la fumée de l’incendie s’élèvent jusqu’au ciel ; les étoiles se détachent de leur place, et le ciel tombe.

*

« Tout à coup la terre tremble sur sa base ; les arbres sont renversés avec leurs racines ; les montagnes s’écroulent ; les étoiles tombent du ciel ; deux loups engloutissent le soleil et la lune, et le monde est plongé dans les ténèbres. L’Océan, que la main du Créateur n’arrête plus dans son lit de sable, inonde le globe. Sur ses vagues orageuses on voit flotter le Naglefar [navire céleste]. Les géants eux-mêmes le remplissent et s’en vont chercher les dieux. Le serpent Midgard fouette les eaux de sa large queue, et lance son venin dans les airs. Le loup, Fenrir s’avance l’œil enflammé ; une de ses mâchoires touche à la terre, l’autre au ciel. Loki marche, comme l’Antéchrist ; à la tête de tous les monstres, et Surtur le suit avec une épée flamboyante à la main.

À l’entrée de la forteresse céleste, Heimdal jette le cri d’alarme, et sonne la trompette qui retentit dans le monde entier. Odin va consulter la source de Mimer, et tous les dieux se préparent au combat. Surtur renverse à ses pieds l’amoureux Freyr, qui n’a plus d’épée. Thor écrase le serpent, et puis tombe lui-même sous le poids du venin que le monstre lui a jeté. Le loup dévore Odin ; mais le puissant Vidar s’élance contre lui, pose un pied sur sa mâchoire, et, d’une main de fer, lui déchire la mâchoire supérieure. Loki et Heimdal se tuent l’un l’autre, et Surtur, le génie du feu, embrase le monde. » X. Marmier, Lettres sur l’Islande.

 

La fin du Ragnarok

Le thème de la résurrection est particulièrement présent dans l'Edda :

« C’est ainsi que nos ancêtres se sont figuré la fin du monde, la dissolution des substances, des hommes et de la création entière. L’ordre de la nature est interrompu, les éléments se rencontrent ; Surt, le feu du ciel, le loup et le feu souterrain détruisent le serpent de Midgard, l’image de la mer ; d’autres puissances ennemies engloutissent la terre. Mais qu’arrivera-t-il quand tout aura cessé, et que ni les dieux ni les hommes ne seront plus ? Il est dit pourtant que les hommes doivent vivre éternellement. Vala, la prophétesse divine de l’Edda, répond en continuant en ces termes : « Pour la deuxième fois je vois la terre surgir de l’océan, les torrents jaillissent, l’aigle puissant plane au-dessus du rocher prêt à fondre sur sa proie ; les champs donnent en abondance sans avoir été semés, tout ce qui était souillé s’est purifié. » S. Ricard, Précis de la mythologie scandinave.

« Le monde est détruit : le monde renaît. Du milieu des flots surgit une création toute jeune, une terre couverte de fleurs et de verdure. Les jours sont beaux comme à l’âge d’or. L’homme n’a plus besoin d’arroser le sol de ses sueurs ; la terre se couvre elle-même de fruits. Les vices d’autrefois ont disparu, les douleurs d’un autre temps sont oubliées. Le bon Balder revient. Les Ases trouvent les tables d’or d’Odin, et se souviennent de ses prédictions. Tout se ranime, tout prend une nouvelle vie, et un palais d’or s’élève, un palais plus brillant que le soleil, où les justes iront jouir d’une félicité éternelle. » X. Marmier, Chants danois.

On retrouve dans cet extrait l'influence chrétienne de la Jérusalem céleste : la Terre céleste qui surgirait après la destruction de la planète Terre, et que repeupleraient les saints et les justes. Il s'agit vraisemblablement d'un ajout de la part des rédacteurs de l'Edda à la tradition germanique originale. Cependant, si ce mythe juif fut adapté sans difficulté aux légendes païenne, c'est bien parce qu'il évoque lui aussi le mythe de l'âge d'or qui succède, de manière cyclique à l'âge de la destruction.

« Le monde s’est écroulé comme dans l’Apocalypse, comme dans l'Avesta, comme dans les Védas. Les hommes ont péri dans le feu, les dieux ont disparu. Mais du milieu des flots purifiés, une autre terre surgit plus fraîche et plus riante que la première. Balder ressuscite ; Vidar et Vali ont survécu à la race des dieux. Un enfant du soleil éclaire de ses rayons limpides ce nouveau monde. Un homme et une femme ont échappé à l’embrasement universel, et répandent sur le globe une famille nombreuse. Au Valhala succède un autre paradis plus heureux et plus beau, et le Niflheim est remplacé par un autre enfer. Le sol, béni par les dieux, n’attend plus que le laboureur le sillonne à la sueur de son front. Il se couvre de fleurs et de fruits. Un ciel d’azur s’élève sur cette terre féconde ; un printemps éternel sourit à tous les regards. Les hommes vivent d’une vie paisible dans une atmosphère de joie et de lumière. Les dieux retrouvent sur le gazon les tables d’or des Ases, et s’assoient l’un auprès de l’autre, et s’entretiennent du temps passé. » X. Marmier. Lettres sur l’Islande.

 

Le RAGNAROK (mythe scandinave)

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